‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 61 sur 168 · Tout le monde connaît sans doute le récit du Dante · texte numérisé non relu

Tout le monde connaît sans doute le récit du Dante

«. Comme le quatrième jour commençait, le plus jeune de mes fils tomlja à mes pieds étendu, en me disant : « Mon père, secours-moi! » C'est âmes pLeds qu'il expira, et je les vis tous trois tomber un à un entre la cinquième et la sixième journée, si bien que, n'y voyant déjà plus, je me jetai moi-même, hurlant et rampant, sur ces corps inanimés, les appelant deux jours après leur mort, et les rappelant encore, jusqu'à ce que la faim éteignit en moi ce qu'avait laissé la douleur. »

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rablement à tout, même au froid. De fait, la mortalité des petits enfants est due surtout à un défaut dalimentation qu'on a appelé l'athrepsie. Les enfants morts dathrepsie présentent les mêmes lésions organiques que les animaux inanitiés. Chez les enfants athrepsiqucs. on constate à l'autopsie que tous les organes sont dépourvus de graisse, comme ceux des animaux morts de faim, mais que le système nerveux n'a pas diminué de poids.

Par conséquent, si vous voulez avoir des notions exactes sur la santé des petits enfants, il faut recourir à des pesées fréquentes et observer la courbe qu'elles donnent. Si, au bout d'un certain temps, la courbe baisse constamment, vous pourrez en conclure qu'il existe, chez l'enfant, une cause d aiTaiblissement, soit une maladie, soit une alimentation insuffisante.

A propos de l'inanition des enfants nouveau-nés. il v a, je ne dirai pas dans là science, mais dans les journaux de médecine, une histoire extraordinaire.

Il s'agit d'un enfant né avant terme, à sept mois, qui serait resté sept semaines sans avoir le sentiment de la déglutition. « Pendant ces sept semaines, il ne but ni ne mangea, n'évacua pas, ni n'urina, et garda la situation de l'enfant dans la matrice. Au bout de ces deux mois, il se réveilla et se mit à crier comme les autres. Cet enfant vécut et se porta très bien. » C'est une histoire qui ne date pas du xvi' ou du xvn" siècle : elle a été donnée, il y a une quarantaine d'années, dans les journaux de médecine ipar Chauvaix en 1840), et, s'il n'y a pas lieu de la considérer comme absolument vraie, il n'y a pas lieu non plus d'en douter complètement '.

En général, l'inanition, chez les enfants, se manifeste par la diminution du poids et par un fait curieux que M. Lépixe a étudié : l'accroissement des globules du sang-. Mais ceci ne veut pas dire que les globules du sang ont réellement aug-

I. « Enfant né avant trrme. » etc., par Chauvaix. [Journal de méd. et de dur. pratiques, 2" édil. ; Paris. 184(1: t. XI, art. 2023, p. 239. }

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mcnlé en nombre; cela signifie simplement qu'ils ont augmenté par rapport à Feau. L'inanition entraîne une déshydratation du sang-, de telle sorte que, si l'on compare deuK entants, l'un se portant bien, l'autre en état d'inanition, le nombre des globules paraîtra plus grand chez celui-ci que chez i'eiifant en bonne santé. M. Léi'ine a trouvé G millions de globules par millimètre cube pour l'enfant on état d'inanition et 5 millions chez l'enfant normal.

Il faut étudier une autre influence qui détermine les conditions de la plus ou moins grande durée de l'inanition ; c'est l'action de la lièvre, et, là encore, nous voyons intervenir le système nerveux.

La lièvre détermine probablement une production de poisons qui stimulent le système nerveux et qui amènent une dénutrition énergique.

Je vous ai dit que, chez les lapins, la perte de poids était de l^'^S par kilogramme et par heure. Dans des expériences faites par nous sur des lapins lebricitants, nous avons vu la dénutrition s'élever à l) grammes par kilogramme et par heure.

Perte par kilogramme et par heure.

Lapins féhricitants . . 2,30

— . . o,eo

— . . -1,80 Lapins normaux . . . 4,33

Ils se dénourrissaient avec une extrême rapidité. De même, M. Colin a comparé un cheval se portant bien et un cheval malade. Le cheval bien portant a perdu 0^'",28 et le cheval malade a perdu six fois plus.

Durée Port(!

(le la résistance parkilDgrammo

k l'inanition. et par heure.

Cheval sans fièvre . . 30 jours. 0,28

Ctieval avec fièvre . . 0 — 1,31

Chez les individus atteints de fièvre typhoïde, le poids du corps diminue parfois très vite. Si, chez les individus adultes,

en bonne santé, la perle de poids est de 0"',3 par kilogramme et par heure, chez les individus malades, la perle est plus considérable; chez les typhoïdiques, la dénutrition est de O""",? par kilogramme et par heure.

Un homme à jeun et bien portant perd en moyenne de 0='',80 à O'^oO par kilogramme et par heure, tandis que des fébricitants, quoique étant ahmentés, et quoique les aliments introduits comptent dans le poids final, ont perdu bien davantage.

Ainsi, des malades atteints de fièvre typhoïde, cités pi^r ComN (Thèse de Paris, 1887, n" 144), ont perdu, par kilogramme et par heure, les poids suivants :

En 0 jours. ,

En 9 jours. .

En 7 jours .

ils étaient pourtant suffisamment alimentés; leur inanition n'était pas absolue, mais relative, due seulement à ce qu'élant malades, ils ne mang^eaient pas, et n'avaient pas envie de manger.

Sous rinfluence de la fièvre, le poids tombe donc bien plus vite que par l'inanition seule.

Il faut encore noter l'inlluence des boissons. De deux chiens observés par M. Labordi:, l'un est mort en vingt jours; l'autre, au bout de trente-sept jours, était encore vivant, mais il avait pu boire à sa guise. Il y a bien quelques exemples contradictoires. Ainsi le chien de Falck serait resté soixante et un jours sans boire ni manger. En général, les chiens soumis à l'inanition boivent extrêmement peu. Il semble que leur instinct les avertit de ne pas boire plus qu'il ne faut. L'eau, en effet, hâte le lavage des tissus et accélère la spoliation des sels de l'organisme. II en résulte qu'en buvant de l'eau, on excrète plus de chlorure de sodium, plus de phosphates, plus d'urée, de sorte que, si, en général, les animaux

soumis à la privation de boisson vivent moins longtemps que ceux qui peuvent boire, il y aurait cependant une certaine différence entre ceux qui peuvent boire un peu et ceux qui boivent beaucoup, et qui mourraient plus vite.

En tout cas, lorsqu'on a la possibilité de boire, les souffrances sont moins grandes. Car ce qu'il y a de caractéristique dans la privation d'aliments et dans la privation de boissons, c'est que la soif torture beaucoup plus que la faim, et ceux qui ont raconté les cruelles souffrances qu'ils ont éprouvées ont dit, en effet, qu'elles étaient causées bien plus par la soif que par la faim. Il me paraît cependant, en général, que l'heure de la mort n'est pas beaucoup retardée par l'ingestion des boissons.

Venons maintenant aux exemples de jeûne plus ou moins prolongés chez l'homme. Nous avons différents cas à examiner. Il y a d'abord le jeûne expérimental, comportant des expériences précises, limitées à de certains jours; il y a aussi le jeûne que j'appellerai le jeûne cliarlatanesque ; et enfin le jeûne forcé, portant sur des individus surpris par des accidents, des naufrages, des éboulements, ou jetés tout à coup dans l'immensité du désert.

Voyons d'abord le jeûne expérimental. Un physiologiste allemand, M. Ranke, s'y est soumis pendant quarante-huit heures. Il n'en a pas ressenti une grande incommodité ; de plus, durant ce jeûne, c'est surtout aux premiers moments que les souffrances ont été cruelles. Les symptômes qu'il éprouvait étaient une grande faiblesse musculaire, l'impossibilité de se livrer à des mouvements prolongés, des frémissements fibrillaires, de la céphalalgie. Ce qu'il y avait de plus saillant, c'était le phénomène — constant d'ailleurs — d'une dure insomnie avec des nuits troublées par des cauchemars et le retentissement du pouls dans la tête.

M. Ranke a fait des expériences pour voir quelle était sa

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quotidienne diminution de poids et pour déterminer sa consommation d'azote et de carbone par {kilogramme et par heure ; car nous brûlons à la fois l'azote que nous ingérons et l'azote qui fait partie de nos tissus : par conséquent notre consommation doit être en partie proportionnelle à la quantité ingérée.

Il a constaté que, si nous brûlons O^M d'azote par kilogramme et par vingt-quatre heures, nous brûlons 2 grammes de carbone par kilogramme et par vingt-quatre heures, ce qui fait en chiffres ronds vingt fois plus de carbone que d'azote. Il a eu soin de nu commencer ses expériences que dix-neuf heures après avoir cessé de prendre des aliments'. Il a aussi étudié la perte de poids subie par lui, et il a constaté qu'elle était à peu près de 1^"",2 par kilogramme et par heure. La quantité d'acide carbonique que M. Ranke a produite à l'état de jeûne a été de quatorze litres par kilogramme et par heure.

Ce nombre est important à retenir. En effet, à l'état normal, nous produisons dix-huit litres d'acide carbonique par heure. D'autre part, dans ce jeûne, on n'est ni malade ni invalide. A quoi servent donc les quatre litres d'acide carbonique en plus? On peut supposer qu'ils ne servent guère, et qu'ils constituent une consommation de luxe. Nous pourrions, sans être incommodés, ne produire que quatorze litres d'acide carbonique, mais nous en produisons davantag-e. Malgré toute l'économie qu'il y a dans la machine animale, il y a un excédent de dépense considérable, puisqu'elle porte sur une fraction importante de la consommation totale.

J'ai fait, de mon côté, des expériences sur un brave homme qui s'est soumis au jeûne pendant quelque temps. Avec M. Hanriot, nous avons étudié sa consommation d'oxygène, et sa production de CO', et nous avons trouvé qu'à l'état d'inanition, la quantité d'acide carbonique produite était de quatorze litres. Au bout de trois jours, après un repas abondant,

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