‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 72 sur 168 · Voyez Revue scientifique, 2° sem., 1886, p · texte numérisé non relu

Voyez Revue scientifique, 2° sem., 1886, p

324 CHARLES lUCHET.

beaucou}3, il est vrai, que de dire cela, mais c'est déjà quelque chose.

Comment se fait-il maintenant que, dans les jeûnes forcés, dont on connaît malheureusement quelques exemples célèbres, il y ait eu une mort beaucoup plus rapide. Je vous en citerai trois principaux : le naufrage de la Méduse, Y expédidition du colonel Flatters et le naufrage tout récent de la Mignonnette, petit canot qui s'était perdu dans les mers de l'Australie.

Eh bien, dans ces trois cas, ce n'est pas au bout de vingt jours ou un mois que les horreurs de la faim ont commencé à se faire sentir, c'est déjà au bout de quelques jours. Ainsi, sur le radeau de la Méduse^ au bout de trois jours, les malheureux naufragés ont été pris de délire. D'après le récit de Savigny \ ils se sont précipités les uns sur les autres, et ils se sont tués à coups de hache et à coups de pique. De cent soixante-treize qu'ils étaient au commencement, ils n'étaient plus que quinze après ce massacre. Il leur restait des vivres. Ce n'est donc pas la faim seulement qui avait agi sur eux.

Pourquoi donc ces naufragés ont-ils été pris de délire au bout de trois jours, et pourquoi les Danois dont je parlais tout à l'heure et qui sont restés dix-sept jours sur les glaçons ontils conservé toute leur raison? Je crois qu'il faut chercher la cause de cette différence dans la température. Les naufragés de la Méduse se trouvaient dans les parages du Sénégal, sous l'inlluence d'une température qui ne permettait pas à l'organisme de se refroidir. Ils avaient beau être trempés dans l'eau de mer, ils souffraient d'une chaleur étouffante : celle eau elle-même, lorsqu'ils voulaient la boire, ne faisait qu'augmenter leurs souffrances. Savigny raconte qu'ils buvaient de l'urine plutôt que de boire de l'eau de mer, qui provoquait une soif inextinguible.

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