‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 71 sur 168 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

se trouvent ralentis ; de temps en temps, les malades se réveillent pour prendre quelques aliments et rejeter leurs excréments. Ce sont de véritables aliénés. Dans cet état, les phénomènes de la nutrition sont réduits au minimum '.

Il en serait de même pour certains faits à demi merveilleux, mal connus encore : ils sont relatifs à ces fakirs de l'Inde qui se font enterrer vivants. Ces fakirs subissent au préalable des mortifications extraordinaires et ne mangent que très peu. Encore s'abstiennent-ils de viandes. Ils se vident l'estomac au moyen de procédés bizarres. Pour le débarrasser de ses mucosités, ils y introduisent une longue bande de toile qu'ils retirent ensuite; ils se coupent le frein de la langue et la replient en arrière. Puis ils s'hypnotisent en regardant leur nombril : après toutes ces manœuvres ils restent presque sans respirer. D'après Rousselet et Jacolliot, qui invoquent le témoignage d'un colonel anglais, on connaît des cas authentiques. Mais il faut se méfier de l'habileté des jongleurs. On parle cependant d'un cas qui parait certain. Il s'agit d'un certain fakir qui se fit enterrer vivant. Des sentinelles anglaises furent placées sur son tombeau. Au bout de huit jours, le résident donna l'ordre de le déterrer : on le trouva dans un état de mort apparente. On le réveilla, et il a survécu.

Il en est de même de ces histoires de mort apparente que vous trouverez dans les livres' et dont il n'est pas permis

1. Au moment de corriger ces éprouves, je reçois la communication d'un fait analogue; il s'agit d'une dame de quatre-vingts ans, qui se soutient depuis longtemps en ne prenant qu'un peu de thé et de vin, avec quelques bonbons en chocolat et quelques biscuits.

2. TouRDES, dans l'article Mort apparente, du Dictionnaire encyclopédique , en cite des cas nombreux et intéressants (2e série, t. IX, 187.'], p. 598).

M. Bérillon {Revue de l'hi/pnotisme, avril 1887, p. 289) raconte l'histoire de la léthargique de Thonelles : c'est une femme de vingt-cinq ans qui dort depuis quatre ans, et qu'on nourrit à l'aide d'aliments liquides introduits dans sa bouche. La dormeuse fait alors des mouvements de déglutition.

Les dormeurs de cette nature ne sont d'ailleurs pas extrêmement rares.

Burette (1713) en cite un qui dormit 6 mois; Franck (1713), en cite un qui dormit 18 mois; Semelaigne raconte l'histoire de la femme d'un colonel anglais qu'on crut morte pendant 8 jours (1745), celle d'une jeune fille de vingt ans

de douter. Certainement il y a des cas authentiques de léthargie. Il se produit dans la léthargie une dépression considérable du système nerveux. L'activité du cœur, le rythme de la respiration, à un moment donné, tout cela disparaît.

Il n'y a pas beaucoup d'expériences à faire sur ce sujet chez l'homme; je puis citer cependant les expériences dues à M. Debove qui a essayé de voir quelle est l'influence de la suggestion chez les hystériques ^ Il suggéra à deux hystériques qu'elles ne devaient ni manger ni boire : ces malades ont, en effet, très bien supporté le jeûne pendant quinze jours, et n'ont diminué de poids que dans des proportions très faibles. La dénutrition des tissus était donc minime : elle était de 0°%i3 par kilogramme et par heure; au bout de quinze jours, elles ne ressentaient presque pas le sentiment de la faim.

Par comparaison, M. Debove a essayé d'opérer sur un homme vigoureux, mais on a été obligé de suspendre l'expérience au bout de cinq jours. Il avait perdu O^^S par kilogramme et par heure. Cet individu n'était pas suggestionnable.

C'est en ce sens qu'on a pu soutenir que la mort dans le jeûne n'était pas due à l'inanition même, et^M. Bernheim a pensé que la mort était produite par la faim, ce qui est d'ailleurs peu soutenable ^ Ce qu'on peut dire, c'est que, chez les hystériques, il y a ralentissement des échanges. Nous ne savons pas encore au juste quelle est l'influence du système nerveux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a diminution d'activité chimique dans les tissus qui produisent la chaleur et dans les glandes qui fournissent les sécrétions. Ce n'est pas

qui dormit pendant 15 jours (1761^), et enfin celle de la malade de Saint-Marcel, qui s'engourdissait chaque année pendant le carême, si bien qu'on la croyait morte. Schomberg (cité par Bérillon, loc. cit., p. 294) parle d'un dormeur hollandais qui restait également 6 mois en léthargie; Legrand du Saulle (ISeS^i rapporte l'observation d'un dormeur qu'il dut nourrir pendant 6 mois par la sonde œsophagienne.

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