‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 74 sur 168 · J^A VIE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

J^A VIE DES ANIMAUX

ENFERMÉS DANS DU PLATRE Par MM. Ch. Richet et P. Rondeau.

On sait ou on croit savoir de temps immémorial que des reptiles et des batraciens peuvent séjourner impunément enfermés dans des corps solides pendant un espace de temps illimité. Ce sont surtout les crapauds qui jouissent de cette étrange réputation. A vrai dire elle est plutôt dans l'opinion vulgaire que dans les ouvrages scientifiques. En effet, un très petit nombre de savants se sont occupés de cette question intéressante.

Pour donner une idée des faits presque fabuleux qui avaient cours il y a à peine un siècle et demi, nous citerons deux récits empruntés aux Mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris.

« Dans un pied d'orme..., précisément au milieu, on a trouvé un crapaud vivant, de taille médiocre, maigre, qui n'occupait que sa petite place. Dès que le bois fut fendu, il sortit

et s'échappa fort vite. Jamais orme n'a été plus sain, ni composé de parties plus serrées et plus liées, et ce crapaud n'avait pu y entrer par aucun endroit. L'œuf qui l'avait formé devait se trouver dans l'arbre naissant par quelque accident bien particulier. L'animal avait vécu là sans air, ce qui est encore surprenant, s'était nourri de la substance du bois et n'avait crû qu'à mesure que l'arbre croissait. Le fait est attesté par M. Hubert, ancien professeur de philosophie à Caen, qui l'a écrit à M. Variquen \ »

La seconde observation, quoique plus récente, est plus étonnante encore :

« M. Seigne écrit le même fait à l'Académie, à cela près qu'au lieu d'un orme, c'était un chêne plus gros que l'orme, selon les mesures qu'il en donne, ce qui augmente encore la merveille. Jl juge parle temps nécessaire à l'accroissement du chêne, que le crapaud devait s'y être conservé depuis 80 ou 100 ans, sans air et sans aliment étranger ^ »

On pourrait certainement, dans les mémoires des anciennes Académies d'Allemagne ou d'Angleterre, trouver nombre d'exemples analogues. Mais il ne nous paraît pas que cela soit bien nécessaire, car ces observations ne sont pas faites avec la précision scientifique indispensable.

Haller même, en étudiant les conditions de l'asphyxie, ne cite que des faits assez peu probants. Il raconte" l'histoire des hirondelles qui, à l'approche de l'hiver, à moitié engourdies par le froid, se fixent sur des roseaux, et sont peu à peu envahies par la glace ; il paraît qu'elles peuvent ainsi passer la saison hivernale, ensevelies dans la glace des étangs.

Une observation plus sérieuse paraît être celle de Baglivi, rapportée par Haller^, qu'une tortue a pu vivre vingt jours

1. Histoire de l'Académie royale des sciences, 1779. Édit. de Paris, ia-12, 1777, p. 49.

2. Histoire de l'Académie royale des sciences, 1731. Édit. d'Amsterdam, in-I2 1735, p. 29.

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