PAR LA RESPIRATION
Par M. Charles Richet.
Quoique, à diverses reprises, j'aie publié plusieurs expériences se rapportant à ce phénomène, je crois pouvoir les résumer ici, en y ajoutant des faits nouveaux, et surtout en présentant, aussi clairement que possible, l'ensemble de cette nouvelle fonction du bulbe.
1. Sur la dyspnée thermique, autrement dit l'influence delà température sur le rythme respiratoire, voici les indications bibliographiques que je peux donner :
Ackermaxn, Deutsches Archiv fur klinische Médian, octobre 1865, p. 360.
Goldstein, « Ueber Wârme-Dyspnôe, Sitzungsber. der Wùrzburger phys. med. Gesellschaft, 1872. — Mertschinski, « Ueber "Wàrnie-Dyspnoe Thèse inaugurale de Wiirzbourg et Sitz. der phys. med. Gesellschaft Wùrzbourg, 1881. — Gad, « Wàrme-Dyspnôe » [Ibid., 1881). — Sihler, « On the so called Heat- Dyspnœa, Journal of phgsiology, 1879, t. II, pp. 191-202. — Senator, Arch. fur Phys.. Supp. 1883, p. 206-209. — Cn. Richet, « Régulation de la chaleur par la respiration » Bull, de la Soc. debiol., 9 août 1884, pp. 548-551 ;31 juillet 1886, p. 397 et 16 juillet 1887, p. 483 et Mém. de la Soc. de biol. pour 1887, p. 2.-i-35. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 4 août 1884, t. XCIX, p. 279, et 9 août 1887, t. CV, et Revue scientifique, 2% semestre 1887, p. 801.
Quand un chien respire dans un milieu dont la température n'est pas au-dessus de 30°, il respire 24 ou .'{0 fois par minute ; mais, si la température du milieu ambiant s'élève, sa respiration devient, presque subitement. 10 ou 12 fois plus fréquente, et il respire jusqu'à 350 et même, comme je l'ai constaté dans un cas, 400 fois par minute. Quand la respiration est aussi fréquente, elle ne peut plus être comptée par la seule inspection ou palpation des parois thoraciques ; il faut recourir à l'inscription graphique qui donne une image exacte de la respiration, pour la forme comme pour la fréquence.
Même à une observation superficielle, on peut constater que cette respiration fréquente n'est pas volontaire. En effet, un animal, un chien, par exemple, n'est pas maître de respirer lentement ou vite. Jamais, chez lui, la volonté et la spontanéité n'interviennent que s'il crie, ou s'il hurle, ou s'il appelle. Or tel n'est point le cas. Fatalement, la respiration s'accélère avec la température. Si l'on fait l'expérience sur soi-même, on voit que, même en essayant de respirer aussi vite que possible, on n'atteint jamais une fréquence qui dépasse 100 à 150 respirations. A vouloir respirer très vite, on respirera très irrégulièrement; car, après une courte période de 10 à 20 respirations superficielles et rapides, on sera forcé de faire une ou deux grandes inspirations profondes, qui dureront bien plus longtemps que les courtes respirations précédentes et qui alors interrompront le rythme fréquent. D'ailleurs, pour respirer aussi vite, il faut n'avoir pas besoin de respirer. Chaque fois qu'on a vraiment besoin de respirer, on fait une respiration profonde, et qui dure longtemps; qui est par conséquent incompatible avec le rythme rapide.
Je donne ici un exemple de cette respiration extrêmement fréquente. Qu'on essaye sur soi-même d'imiter, même de loin, pareille régularité et pareille fréquence, et on sera étonné de son impuissance.
Pourtant ce chiffre de 400 par minute n'est pas incompatible avec ce que peuvent donner comme vitesse les muscles
POLYPNÉE THERMIQUE. 4M
volontaires; car l'expérience directe a prouvé qu'on peut exécuter un mouvement volontaire h peu près 11 fois par seconde au maximum, soit (H'>0 fois par minute; mais pour la respiralion il y a une difficulté spéciale qui empêche la rapidité de
Fia. 75. — Polypnée d'un chien échauffé par le séjour à l'étuve1.
Il était muselé, et sa température était de 43°. Les deux pneumogastriques avaient été coupés. Ou voit que la section des pneumogastriques n'empêche aucunement la polypnée.
ces contractions : c'est la profondeur de la respiration. Quand
1. Pour cette figure, comme pour toutes celles qui suivent, la lecture se fait de gauche à droite, et du haut vers le bas. L'inscription a été prise avec le cylindre enregistreur de M. Marey, animé de sa vitesse minimum, telle qu'un tour de cylindre est fait en une minute. Comme le papier du cylindre a 0m,40, il s'ensuit que 0m,40 représentent soixante secondes à peu près, autrement dit 0^,01 est une seconde et demie, ou une seconde est un peu moins de 0m,007.
Les graphiques de la respiration ont été pris en général, quand aucune indication contraire n'est donnée, avec le pneumographe de M. Marey.
Pour la figure 15, l'inscription a été prise avec le cardiographe appliqué sur le thorax.