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est fortement atteinte et détruite, si bien que la partie antérieure persiste seule et est seule intacte. Le pli courbe de ce même côté est atteint légèrement, mais assez toutefois pour que toute sa partie antérieure soit détruite, tandis que la partie postérieure est intacte.
A droite la lésion a porté beaucoup plus en arrière, et elle est en même temps plus profonde. La zone motrice est totalement indemne. Le tiers postérieur des trois circonvolutions parallèles est détruit, il en est de même d'une partie du pli courbe qui est lésé en sa partie supérieure.
Des deux côtés, par conséquent, les lésions ont eu lieu sur des zones différentes. Une seule zone est atteinte des deux côtés à la fois, c'est la partie supérieure du lobule du pli courbe.
Or, étant donnés les troubles psychiques, sensoriels, observés des deux côtés, il est intéressant de constater par ce procédé de deux lésions importantes, mais présentant un seul point commun, la localisation de ce centre visuel.
Voici le récit succinct de l'autre cas de cécité psychique expérimentale chez le chien.
Il s'agit d'un chien mâtiné à longs poils, qui a subi deux opérations : la première dans les premiers jours de novembre 1891 ; la seconde, le 10 janvier 1832.
Après la première opération, que j'ai faiteavec M.Langlois, il avait perdu manifestement, du côté opposé à la lésion, la notion de la frayeur (réllexe psychique simple), déterminée par l'approche d'un objet menaçant. Mais l'étude méthodique des phénomènes psychiques, après une lésion unilatérale, est très difficile, vu qu'on ne peut guère décider un chien à garder un bandeau sur un de ses yeux; et, d'autre part, à cause de l'entre-croisement incomplet des nerfs optiques ; il y a toujours, même après ablation d'une sphère cérébrale visuelle, conservation partielle de la vue dans l'œil du côté opposé.
Après la seconde opération, ce chien (Tom) parut complè-
temenl aveugle. Peu à peu, quelques phénomènes de cécité se dissipèrent, mais il en resta d'autres qui méritent une discussion lant soit peu approfondie, d'autant plus que, tous les symptômes inflammatoires ayant disparu, nous avons eu un état stable qui ne s'est guère modifié depuis quinze jours environ. On ne peut donc supposer qu'il s'agit de troubles dus à des hémorrhagies ou des abcès, ou des compressions cérébrales. Aujourd'hui il est tout à fait bien portant.
Un premier point à constater, c'est que Tom n'est pas aveugle. L'iris est contractile par voie réllexe; mais il y a plus : l'animal voit; et voit assez pour se diriger dans une salle encombrée d'objets, sans se heurter. Il se heurte quelquefois quand il va très vite, mais cela est assez rare; on le voit passer entre deux chaises voisines, juste dans l'espace libre, se glisser à travers une porte entre-bâillée, reconnaître une table sur laquelle il dirige ses regards, et une première observation ferait dire qu'il n'a absolument aucune lésion visuelle.
Ainsi, il voit les objets qui sont devant lui, et il s'en détourne.
Mais il ne comprend pas la nature des objets qui sont devant lui; et, suivant la formule que j'ai employée plus haut, il voit les objets en tant qu obstacles; mais il no les voit que comme des obstacles.
Ainsi, quand on met un lapin devant lui, il ne le voit pas.
Rien n'est plus étrange que le spectacle de ce chien qui cherche ardemment à saisir ce lapin qu'il sent, et qu'il ne peut pas voir, quoiqu'il lui crève les ?jeux, suivant l'expression vulgaire. 11 passe à travers deux chaises voisines pour le prendre, mais il ne le voit pas, de sorte qu'un lapin, même peu agile, lui échappe toujours, même dans une pièce nue ; car il ne le retrouve pas, dès qu'il en a perdu la piste, môme quand le lapin est à 2 mètres de lui, ou à un demi-mètre.
Quelquefois, si on porte le lapin au-dessus du sol, en le lui mettant sous le nez, puis en le retirant, Tom essaye de le
happer à l'endroit où il était; mais, après quelques efforts infructueux, il y renonce, fixant dans le vide un œil hagard pour chercher à distinguer un lapin imaginaire, dont il sent la présence, alors que le vrai lapin est tout près de lui.
Tom ne reconnaît les personnes qu'à l'odorat. Si on l'appelle, il cherche a venir, se dirige (assez mal) du côté de la
Fig. 57. — Schéma de la cécité psychique chez le chien.
A, centre auditif des images; A', centre olfactif: A . centre visuel. Le-» excitations ont alors k un centre moteur C, qui détermine des mouvements généraux t'onclionnels. L'excitation visuelle peut provoquer des réflexes psychiques compliqués A C, ou des réflexes psychiques simples, comme le fait de se détourner d'un objet qui fait obstacle 1! .
Dans le cas de Tom, le centre visuel des images (A'J est détruit, ;i droite et à gauche: de sorte que le réflexe psychique A'C est le seul qui ne se produise pas. Le réflexe psychique visuel élémentaire de détournement, A, continue à se produire.
voix qui l'appelle; et, quand il a senti la personne qui l'a appelé, remue la queue en signe de joie; mais la vue ne lui a rien fait éprouver.
On peut le menacer avec un bâton ; il ne se détourne pas.
D'ailleurs, il n'a pas de troubles moteurs, sauf un très léger défaut de sensibilité musculaire à droite, presque inappréciable. Point de troubles intellectuels, sinon peut-être un manque de sens moral qui se traduit chez lui par ce fait qu'il
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mangedu chien. <>n sait, qu'à L'état normal, jamais an chien ut' mange un autre chien. .M. Langlois et moi nous avions déjà constaté pareille anomalie chez un chien ayant subi des Lésions cérébrales. Il paraît, d'ailleurs, aussi intelligent qu'avan I L'opération, quoique son intelligence soit, dans L'ensemble, assez médiocre.
En somme Tom <•( .Miss, à peu de chose près, offraient exactement Les mêmes symptômes.
Pour expliquer les troubles psychiques qui se produisent, j'aurai recours au schéma suivant.
Supposons que la vue, l'ouïe et l'odorat provoquent une perception sensitive, une image, comme on dit, qui agisse directement sur un centre moteur ; par exemple, dans le cas d'un lapin présenté au chien, sur l'appétition. Si Tom voit, ûaire, ou entend le lapin, aussitôt, guidé et excité par l'image sensitive qui se grave dans son cerveau, il se précipite sur le lapin; mais, dans le cas actuel, chez Tom, l'image visuelle ne se produit pas; il y a conservation de l'appétition; mais l'image visuelle qui la provoque est abolie, alors que l'image olfactive et l'image auditive ont conservé leur intégrité.
Cependant les images visuelles ne sont pas tout à fait abolies; les images qui provoquent des sentiments, des émotions, n'ont plus de substratumanatomique ; mais certains phénomènes simples de la vision sont conservés, comme, par exemple, l'image qui conduit l'animal à se détourner.
Ou peut supposer que, dans le cas d'un objet extérieur, l'excitation optique suit deux voies : une voie compliquée, par l'encéphale, pour provoquer une émotion; une voie pins simple, par les centres ganglionnaires cérébraux, pour aboutir à un mouvement de recul et au fait de se détourner.
Se détourner d'un obstacle, c'est un réflexe psychique très simple, qui n'exige probablement pas l'intégrité de l'écorce cérébrale, tandis que le fait d'être ému par un lapin ou par un bâton menaçant suppose une conduction dans l'écorce cérébrale, très compliquée.
Au moment où je me proposais de montrer de nouveau ce chien à mes confrères de la Société de biologie, il a été pris brusquement de phénomènes épileptiformes, et, au bout de vingt-quatre heures, il succombait.
L'autopsie n'a pas pu montrer la cause de cette épilepsie, d'origine évidemment corticale, mais le siège des lésions a pu être déterminé avec précision.
A droite et à gauche les lésions sont quelque peu dissemblables ; mais dans une région limitée elles sont bilatérales, de sorte que c'est ce point qui est probablement le siège même de la perception visuelle, puisqu'il faut, pour amener la cécité psychique complète, une lésion bilatérale.
Si nous adoptons la nomenclature des zoologistes nous voyons que le pli courbe ou g y rus sylviacus est entouré d'une circonvolution gyrus cctosylviacus que l'on peut diviser en trois parties : postérieure, moyenne (ou supérieure) et antérieure. Or, en cherchant quelles sont les lésions qui se trouvent dans les deux hémisphères, on constate que c'est la partie moyenne du gyrus ectosylviacus qui se trouve seule détruite à droite et à gauche, entamant légèrement la partie tout à fait supérieure du pli courbe.
Ces résultats concordent assez bien avec l'autopsie de Miss.
1. Ei.lenbeyer et Baum. Ancitomie des Hundes, 1891, p. 403, fig. 113 et il i.