P. 254, Conclusion IV
222 Cil A H LES RI Cil ET.
La piqûre a respecté les couches optiques et les corps striés, elle se trouve à 3 ou 4 millimètres eu avant de la partie antérieure du corps strié, occupant la partie postérieure du tiers antérieur du cerveau droit. La piqûre a traversé tout le cerveau de haut en has; la portion supérieure de la piqûre est nette, tandis que la partie profonde est mal délimitée.
EXPÉRIENCE R
— Lapin.
heures.
degrés.
' Cautérisation superficielle du
cerveau avec du perchlorare de fer.
Le lendemain . . .
EXPÉRIENC1
Température.
heures.
degrés.
L'animal est attaché
Cautérisation superficielle du cerveau avec du phénol.
Le lendemain. . .
Cautérisation nouvelle.
Comme j'aurai l'occasion de rapporter, à propos d'autres expériences, des faits analogues, je me contente dé signaler ces trois hyperthermies, qui sont tout à fait caractéristiques, puisqu'il s'agit là de lésions qui n'ont certainement pas atteint le mésocéphalc.
Il va sans dire qu'il est impossible de penser à une fièvre infectieuse quelconque. La marche de l'expérience l'indique bien suffisamment, comme aussi le fait que les agents antiseptiques n'empêchent absolument pas l'hyperthermie.
Par conséquent, nous pouvons admettre, comme démontré, que la piqûre, la cautérisation, l'excitation mécanique et trau-
CALORIMETRIE. 223
matique des hémisphères cérébraux onL un effet hypertherniiquo, presque sans exception.
En même temps que celte hyperthermie, on voit survenir de curieux phénomènes d'excitation.
Les lapins, dits de chou, et qui servent à ces expériences, vivent en captivité dans une cage étroite. Ils ont alors les allures paresseuses et maladroites que chacun connaît. Ils avancent à grand'peine, incapables de courir, se traînant pour ainsi dire sur le sol, ne fuyant pas quand on les approche; marchant en tâtonnant, même si on les pousse; de sorte qu'on a la plus grande peine à les faire avancer. Or, quand on a piqué le cerveau, ou seulement quand on en a cautérisé la région superficielle, leurs allures sont devenues soudain tout à fait différentes. Ils sont maintenant farouches, sautant avec une agilité extrême, se sauvant en faisant des bonds prodigieux dès qu'on approche; dressant les oreilles comme font les lièvres ouïes lapins de garenne et n'ayant plus les oreilles traînantes des lapins de chou.
Voici une expérience très concluante à cet égard, et qui montrera que la piqûre du cerveau agit simultanément sur la température centrale et sur l'excitabilité générale psychique de l'organisme :
Lapin, à :i heures (28 juin 1885), T. 39°, 7. Piqûre du cerveau droit, à la région antérieure.
Pendant deux minutes, l'animal reste à peu près immobile : aucun changement, sinon dans sa respiration qui est un peu plus fréquente ; puis, tout d'un coup, il se sauve quand on approche, et, alors, fait des bonds extraordinaires, traversant en un clin d'œil toute la grande salle du laboratoire. Il voit des deux yeux, n'a aucune paralysie du mouvement ou de la sensibilité, et, quand on ne l'excite pas. a les allures d'un lapin normal.
A 4 heures, T. 41°,8.
Le lendemain (20 juin), à 4 heures, T. 40°, 6.
Le 1er juillet, il est toujours dans le même état; le 10 juillet, également.
Il continue à bien manger, tout à fait intact au point de vue moteur et sensitif, flairant les autres lapins; mais faisant toujours, quand on l'excite, des bonds prodigieux et sautant avec agilité par-dessus tous les
22i CHARLES RI CIli: T.
olistacles.il porle les deux oreilles droites, comme les lièvres. Le lojuillet, l'animal est toujours dans le même état1.
Sur les oiseaux, on observe aussi, après l'ablation ou l'excitation du cerveau, des phénomènes assez analogues, c'est-à-dire une excitabilité extrême. Les canards, les poules ainsi opérées courent sans pouvoir, pour ainsi dire, s'arrêter. Ils se lancent en avant, et, quoiqu'ils ne soient aucunement aveugles, ils vont buter contre les obstacles qui arrêtent leur course.
J'avais d'abord pensé qu'il s'agissait là de la suppression d'une action inhibitoire normale; mais, comme me l'a fait remarquer M. Brown-Séquard, cette hypothèse est moins satisfaisante et moins simple que celle d'une augmentation d'excitabilité. D'ailleurs, il n'est pas besoin d'enlever la couche corticale du cerveau pour voir cette sauvagerie de l'animal; il suffit d'une simple piqûre du cerveau; ce qui exclut l'hypothèse de la suppression d'une action inhibitoire et rend beaucoup plus plausible l'opinion qu'il s'agit là simplement d'un accroissement d'excitabilité.
De fait, quelle que soit la lésion du cerveau, pourvu que les corps opto-striés ne soient pas profondément lésés, qu'il s'agisse d'une piqûre, d'une cautérisation par des substances chimiques ou par le thermo-cautère, on voit survenir ces deux phénomènes qui marchent de pair : d'une part, l'accroissement de température; d'autre part, l'accroissement d'excitabilité psychique.
Alors, tout naturellement, on est amené à penser que la cause de ces deux phénomènes est la môme; le cerveau est devenu plus excitable et commande des actions chimiques plus intenses, en même temps qu'il réagit plus vivement, par des mouvements, aux excitations sensorielles. C'est ce que
1. Ces phénomènes sont dilïérents de ceux qu'ont observés MM. MoNK et Christiani, à la suite, il est vrai, de traumatisâtes plus considérables (voyez l'ouvrage de M. Christiani : Zur Physiologie des Gehirnes, Berlin, 1885, pp. 14
GALORIMÉTRIE. 22b
M. Brown-Séquard appelle tics actions dynamogéniques. La puissance du cerveau est exaltée; il fonctionne avec une activité plus grande, aussi bien au point de vue chimique qu'au point de vue de l'excitabilité sensorielle et des mouvements spontanés.
Si la piqûre est plus profonde, ou si, à la suite de piqûres répétées au même point, il s'est formé des abcès, de l'encéphalite, détruisant certaines portions des ganglions optostriés, ce n'est plus de l'excitabilité exagérée qu'on observe; mais une diminution de l'activité. On voit alors les lapins dépourvus, pour ainsi dire, de spontanéité. Ils ne mangent presque plus, ne voient plus, n'entendent plus; leur tête oscille et devient tremblante; ils ne se meLtent plus en mouvement que quand on les excite en pinçant vigoureusement les pattes ou la peau. En un mot, ils sont plus ou moins analogues aux pigeons de Flourens. dont le cerveau a été enlevé.
On peut donc distinguer deux périodes dans les effets des lésions cérébrales : excitabilité exagérée à la suite d'une piqûre légère et d'un traumatisme superficiel ; coma et stupeur, à la suite d'une piqûre profonde et quand la lésion a détruit l'encéphale.
La température suit ces deux phases. Tant que ï excitabilité est accrue, la température croît; elle est diminuée au contraire dans la période de stupeur. Par conséquent,, elle traduit, pour ainsi dire, l'état du cerveau, et les phénomènes chimiques de la vie des tissus suivent la même marche que les phénomènes psychiques, croissant ou diminuant, suivant que l'excitabilité cérébrale est accrue ou diminuée.
Il serait évidemment de la plus haute importance de pouvoir localiser et préciser les parties de l'encéphale qu'il faut toucher ou détruire pour faire ainsi croître ou diminuer l'excitabilité. Mais, jusqu'ici, il ne nous a pas été donné de faire cette détermination précise; et il faut nous résigner à ces notions vagues, telles que : piqûre superficielle, qui produit