TOME ï. la
l'excitation; destruction profonde, qui produit la paralysie '.
Avant d'examiner les faits de calorimétrie, nous allons étudier les phénomènes qui surviennent du côté de la nutrition; et, pour cela, nous suivrons les effets de la piqûre du cerveau sur le poids des lapins. A cet égard, les expériences sont nombreuses et décisives. Je donnerai d'abord quelques exemples qui vont montrer de quelle manière se comportent, au point de vue du poids, des lapins normaux régulièrement nourris.
Lapins nés le 2o décembre 1884 :
Poids moyen.
kilog.
Le o janvier 0,220
Le 12 — 0,379
Le 13 février 1,432 1
Le 3 mai 2,406
(minimum, lk,285; maximum, lk,57-J).
(minimum, 2k , 1 90 ; maximum, 2k,530).
Voici un lapin normal qui nous a donné les poids suivants :
Poids. Poids.
kilo-.
kilog.
24 avril 1884.. .
27 avril 1884.. .
1. On peut juger de la difficulté du sujet d'après les divergences des expérimentateurs. Voici M. Munk et M. Christiani, tous deux observateurs distingués, qui sont arrivés à des résultats absolument opposés.
Je signalerai un fait qui n'a pas de rapport immédiat avec les phénomènes thermiques, mais qu'il me paraît cependant utile de mentionner ici; car, à ma connaissance, il n'a pas encore été indiqué, et c'est une expérience de cours assez instructive. — Des lapins, dont le cerveau a été plus ou moins complètement détruit, n'ont pas perdu la faculté de reconnaître la direction des sons; ils dirigent très exactement l'oreille vers l'endroit d'où vient le son, par une sorte d'action réflexe psychique très précise. Le pavillon de l'oreille suit le mouvement d'un objet sonore qu'on déplace autour d'eux, en avant, en arrière, faisant un demi-cercle qui suit le demi-cercle que fait l'objet sonore. Sur des lapins normaux, on ne voit rien d'analogue, et ils n'adaptent pas le pavillon de l'oreille à a direction des sons.
C'est, je le répète, une expérience de cours, qui peut montrer comment, par un simple réflexe, le pavillon de l'oreille, chez les animaux doués d'une oreille très mobile, se dirige vers l'endroit d'où vient le son.
■l-il
Poids.
Poids
kilog.
29 avril 1884.
Ier mai 1884. .
kilog.
6 mai 1884
Un autre lapin, ayant un abcès à la cuisse et cependant bien portant, nous adonné les poids suivants :
Poids.
Poids.
kilog.
kilog.
24 avril 1884. . 2,270
9 mai 1884 ... 2,270
1er mai 1884
Or, si l'on analyse ces oscillations, on voit que, pour considérables qu'elles soient, elles ne dépassent cependant pas, en une période de vingt-quatre heures, 200 grammes : encore peut -on facilement expliquer ce chiffre de 200 grammes pour vingt-quatre heures, en admettant qu'un certain jour le chiffre était trop fort, et le lendemain trop faible, non certes par suite d'une erreur dans la pesée, mais parce que l'animal venait de manger ou n'avait pas uriné. Un lapin, s'il vient de manger et s'il n'a pas uriné, peut facilement peser 200 grammes de plus qu'un lapin qui est réellement du même poids, mais qui vient d'uriner et qui n'a pas mangé depuis plusieurs heures.
Ce qui est important, ce n'est pas de voir une diminution
de poids ou une augmentation accidentelle; mais la marche progressive et régulière de la diminution ou de la progression. Voici quelques exemples d'effets de la piqûre du cerveau sur le poids des lapins :
EXPÉRIEN CE P REM 1 È H E.
Poids.
kilo?.
20 mars 1885 2,090 Piqûre.
1er avril 1885 .... 1,680 —
EXPÉRIENCE II
Poids, kilo?.
2Ti avril 1885 1,670 Cautérisation du cerveau droit.
27 avril » Mort.
Mais il s'agit là d'une lésion grave qui altère profondément toutes les fonctions. L'expérience n'est vraiment intéressante que si elle porte sur des lapins dont la lésion est superficielle et peut facilement guérir.
Voici l'exemple d'une lapine qui non seulement a guéri de sa piqûre cérébrale, mais encore qui a eu des petits après l'opération répétée plusieurs fois de suite.
EXPÉRIENCE 111
Poids.
kilos .
17 mars 1885 » Piqûre.
[ Piqûre et cautérisation
24 — » avec le phénol et le
( peiclilorure de fer.
CAL0RÎMÉTRI1
Poids.
21 avril 188.i.
l«»mai 1885
Le lendemain ,
kllog.
18 mai, a des pelits
On voit par cet exemple qu'une ancienne piqûre du cerveau n'a aucunement diminué l'accroissement et gêné la fécondation et la parturition.
EXPERIENCE IV
l'oids.
kilog.
1er mai 1 88o 1,800
12 — 2,190 Piqûre du cerveau.
230 CHAULES RICHET.
Poids.
kilo-.
17 mai 1885 2,185
Est complètement guéri de sa piqûre et paraît tout à fait normal.
Ainsi, du 1er au 12 mai accroissement de 319 grammes; soit 26 grammes par jour; du 12 au 22 mai, accroissement de 40 grammes, soit 4 grammes par jour, après piqûre du cerveau.
EXPÉRIENCE V
Poids, kilo».
/ Cautérisation du cer-
29 avril 1885 1,815 I veau occipital à
l gauche.
1er mai 1885 1,590
GAL0RIMETR1E. i\\
Cet animal, cjui a présenté immédiatement après la cautérisation dos phénomènes d'excitation psychique extrêmes (avec une température de 40°, 4) est, le 25 mai, tout à fait remis, et il ne semble pas qu'il y ait do suppuration intra-craoienne. Cependant on voit combien la cautérisation du cerveau a empêché son développement, puisque au bout d'un mois son poids a diminué de 400 grammes.
Comparativement, voici les effets déterminés sur la nutrition par des lésions de nerfs ou d'autres organes :
EXPERIENCE VI
kilos.
29 avril 1885 2,060
1er mai 1885 2,01O
! Cautérisation incomplète du nerf sciatique.
lerjuillet 1885 2,652
Très bien portant, quoiqu'il ait à la cuisse des lésions trophiques considérables.
EXPERIENCE VII
Poids
24 avril L884
IM mai 1884
longation du sciatiqùe.
nerf
Cautérisation au thermo-cautère de la partie antérieure du cerveau.
Température.
heures, degrés.
13 mai 1884 2,315
Opération.
Il parait, à ce moment, complètement remis de l'opération.
On voit que l'animal, tout à fait remis de la lésion du nerf sciatiqùe, a rapidement augmenté de poids, puisque, du 24 avril
an 12 mai, c'est-à-dire en 18 jours, il a augmenté do l\'.')o grammes, tandis qu'après L'opération faite au cerveau il a diminué en ~ï jours de îi70 grammes et en 13 jours de
80 grammes.
Nous donnons encore le poids d'un autre lapin dont, à plusieurs reprises, le foie a été légèrement piqué.
Poids.
Température
kllog. degrés.
16 avril 1884. . . 2,090 Piqûre du foie. 39,0
Nouvelle piqûre. 39,9 avant la piqûre 39,8 après la piqûre
2, lO.i 39,7
1er mai 1884
2,560 Piqûre du foie. A 3 h. 40,1 A 6 » 40,1
gg .
1er juillet 18
On voit, par cette expérience, que, si la piqûre du foie a fait, pendant un temps très court, diminuer le poids, la lésion
234 CHARLES 1UCHET.
n'a pas eu d'influence grave et prolongée et que le lapin s'est complètement rétabli.
Comme point de comparaison, je donnerai une nouvelle expérience, dans laquelle un lapin a été soumis à l'inanition.
Poids.
kilo-.
-> • lotl, , no,> ( Injection de 1 ce. de san g
2 mai 1884 1,880 ,.,..,
( putréfie dans la cuisse.
Température.
degrés. heures.
îo - 2,o8;;
A partir du 12 mai, soumis à l'inanition.
13 mai 1884 1,875 39,3
On lui redonne à manger.
19 mai 1884 1,570 39,7
Je ne multiplierai pas les expériences analogues ; car elles ne feraient que confirmer ces faits : toute lésion traumatique diminue le poids de l'animal opéré, et cette diminution est quelquefois extrêmement rapide. Quand la lésion porte sur le système nerveux central, et en particulier sur le cerveau, la
GALORIMÉTRIE. 23S
diminution de poids csl très intense, même quand l'animal peut se nourrir et quand il n'a aucune modification appréciable dans ses allures, aucun trouble moteur on sensitif.
L'augmentation de température, l'excitabilité sensorielle, la diminution de poids sont trois phénomènes qui marchent de pair et qui se lient étroitement l'un à l'autre. L'excitation du cerveau amène une combustion plus active, une température plus élevée, et, partant, une dénutrition plus rapide.
Il serait, en clinique médicale, d'un grand intérêt de poursuivre cette influence de la fièvre sur le poids, et cependant peu de médecins ont entrepris cette étude. Il n'y a guère à cet égard que les excellentes leçons de Botkine1 et surtout un mémoire de Leyden\ D'après ce médecin distingué, la perte de poids, dans certaines fièvres, a pu atteindre par heure et par kilogramme 12 grammes environ, pendant la période aiguë de la fièvre. On ne comprendrait pas cette énorme perte de poids si l'on n'admettait une combustion exagérée des tissus, par conséquent, une production plus considérable de chaleur3.
i. De ta fièvre, traductiou française, Paris, 1872, 1 vol. in-8°.
2. « Untersuchungen uber das Fieber » [Deutsches Archiv fùrklinische Med., 1869, t. Y, pp. 305 à 371).
3. On trouvera encore quelques indications sur la perte de poids par la lièvre dans la Thèse d'agrégation de M. Du Castel, 1878, page 122 ; dans la Thèse inaugurale de M. Sactarkl, Paris, 1869. D'après Wachsmuth, cité par Hirtz, article fièvre, page 723,1a perte de poids a été dans un cas de 16,2 p. 100 par kilogramme, en vingt-quatre heures. Je le répète, les indications des médecins, sur ce point, sont peu nombreuses. Le sujet a cependant une réelle importance.
Quoique mes expériences portent sur des lapins, cependant j'ai pu observer des phénomènes analogues chez les oiseaux. Ainsi un canard opéré le
16 juin ISS.'i de l'ablation superficielle du cerveau, avait 42°, 1 à 3 h. 30 m., et son poids était de 1 630 grammes; à 5 h. 20 m. sa température était de 43°, 1 ; et le lendemain, vingt- quatre heures après l'opération (il n'avait pas mangé), sa température était de 43°,o, et son poids de 1 375 grammes, soit
17 p. 100 de perte de poids en vingt-quatre heures, perte coïncidant avec une hyperthermie considérable.
D'ailleurs, les expériences qui vont suivre, et qui portent sur la calorimétrie après traumatisme cérébral, vont donner, outre la calorimétrie proprement dite, quelques cas typiques d'hyperthermie et de dénutrition consécutives au traumatisme encéphalique.
Je donnerai d'abord une sorte de statistique générale des premières expériences faites en novembre-décembre 1884.
Six expériences faites sur des lapins normaux m'ont donné une moyenne de 3 070 calories ; vingt expériences portant sur des lapins dont le cerveau avait été piqué ont donné une moyenne de 398o calories.
Dans des expériences faites avec un autre récepteur calorimétrique, j'ai trouvé comme moyenne de huit expériences sur des lapins normaux 3 070 calories, et, comme moyenne de neuf expériences faites sur des lapins piqués, une moyenne de 3 650 calories.
Par conséquent, dans ces deux séries on voit combien la piqûre du cerveau a augmenté la radiation calorique.
Appelons 100 la quantité de chaleur émise par un lapin normal, le minimum a été de 90 et le maximum de 113 dans ces premières expériences. Quant aux lapins piqués, la moyenne a été de 124 avec un maximum de 163.
Ainsi la piqûre du cerveau peut augmenter de plus de moitié la production de la chaleur normale, et l'augmentation de la radiation calorique coïncide avec l'augmentation de la température centrale.
De là on peut conclure rigoureusement ce fait important, c'est que le système nerveux, étant excité, provoque des combustions chimiques plus actives dans les tissus, et que la fièvre est due non à une déperdition moindre, mais à une production plus grande de chaleur, fait qu'on avait admis depuis
CÂLORIMÉTRIE. j:i7
Longtemps, mais sans pouvoir en donner la démonstration directe.
Il est d'ailleurs utile d'entrer dans le détail des expériences, quelque complexes qu'elles soient : on pourra en tirer certaines déductions importantes. Nous présentons ces faits sous la forme d'un tableau (voir p. 240) qui permettra la comparaison'.
Ces expériences, si imparfaites qu'elles soient, — et personne assurément n'en connaît mieux que moi les défectuosités, — indiquent cependant quelques faits caractéristiques que nous essaierons de dégager. Pour cela nous ne nous servirons pas de toutes les expériences (et j'ai donné dans le tableau précédent presque sans exceptions toutes celles que j'ai faites), mais seulement de celles qui ont un certain intérêt général par la netteté des déductions qu'elles entraînent.
Je signalerai d'abord, au point de vue de la chute du poids sous l'influence d'une lésion nerveuse centrale, les lapins M et 0. Le lapin M, en vingt-quatre heures, a perdu 460 grammes, soit un sixième de son poids. Nous avons vu plus haut qu'un lapin soumis à l'inanition a mis deux jours à perdre la même proportion de son poids.
Il en est de même du lapin 0, qui a présenté la température élevée de 41", 7, et qui a perdu en trois jours un quart de son poids. Et cependant, le lapin soumis à l'inanition a subi en trois jours une moins grande diminution proportionnelle de poids.
Notons aussi, indépendamment des chiffres calorimétriques proprement dits, combien est nette l'augmentation de température après lésion du cerveau. Dans l'expérience W, à 3 heures, la température est à 39°, T. Une heure après,
1. La lecture eu paraîtra diflicile. Elle ne sera guère utile qu'aux physiologistes qui voudraient pénétrer plus avant clans l'étude de cette influence du système nerveux sur la nutrition. Par suite de nombreuses données qui devaient y être introduites, je n'ai pas pu le rendre plus finir.
sous l'influence de la piqûre cérébrale, elle monte de plus de 2 degrés, à 41°,8; et elle reste ainsi, pendant près d'un mois, comme si la suractivité chimique des tissus s'était, par le fait du traumatisme, établie d'une manière définitive.
On peut dire que, toutes les fois qu'on fait un traumatisme superficiel au cerveau, il y a une hyperthermie consécutive.
L'expérience réussit plus ou moins bien, l'hyperthermie est tantôt rapide et durable, tantôt lente à venir et passagère, tantôt faible, tantôt forte; mais elle existe toujours quand la lésion n'atteint pas les corps opto-striés et quand elle ne provoque aucun trouble de la respiration ou de la circulation.
Le contraste est remarquable entre les lésions superficielles qui excitent et les lésions profondes qui détruisent. Les lésions superficielles excitent la production de chaleur et font monter la température à 42°, 2. Les lésions profondes, au contraire, diminuent la production de chaleur qui tombe à 37°, 36°, 35°, et moins encore (exp. H).
On peut faire l'expérience suivante, qui est en quelque sorte une expérience de cours. D'abord cautérisation superficielle, qui, en une heure, fait monter la température de 40° à 42°; puis cautérisation profonde, allant jusqu'aux corps optostriés, ce qui, en deux heures, abaissera la température à 36°. A cet égard, le fait suivant est caractéristique.
Un lapin (lapin Q), cautérisé superficiellement la veille, a 42°, 2, le lendemain à 3 heures; le môme jour, un autre lapin (lapin R) est cautérisé profondément à 8 heures du matin, et, après une rapide période ascensionnelle, la température est descendue à 37°, 1 à 3 heures.
Je le répète, c'est une expérience qui réussit toujours, et qu'on pourrait, avec avantage, présenter comme le meilleur exemple de l'influence du système nerveux sur les actions chimiques.
CALORIMÉTRI& 23«
Dès qu'on lèse le cerveau, on change les fonctions chimiques de l'organisme, de sorte que tous mes lapins opérés présentent, tantôt en plus, tantôt en moins, une production différente de chaleur.
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