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148 CHARLES RIGHET.

après injection du sérum de Manguina, mélangé à 0,0034 de crépitine. Enfin, quoique Santa-Fé ait donné un des exemples les plus nets d'anaptiylaxie foudroyante, son sérum, injecté à Arequipa, avec 0^'',0041 de crépitine, n'a rien donné.

Nous sommes donc forcé d'admettre, encore que ce ne soit pas bien satisfaisant, que dans certains cas il y a diffusion de la toxogénine dans le sang, comme pour Léandre et Patagonia,ei que, dans d'autres cas, comme pour Manguina, Cocotte, Santa-Fé, F^stramadure, Santos, la toxogénine fixée dans les cellules (probablement les cellules nerveuses) n'avait pas diffusé dans le sang. Gela s'expliquerait peut-être en admettant que, dans les cas de très forte anaphylaxie, il y a un tel excès de toxogénine dans le cerveau qu'il en passe dans le sérum. Peut-être aussi, selon la date de l'intoxication, la toxogénine est-elle tantôt dans le cerveau uniquement, tantôt à la fois dans le cerveau et dans le sang. Il y a là de nouvelles expériences, bien intéressantes, à instituer.

Que la toxogénine soit dans le sérum, cela n'est pas douteux ; toutes les expériences d'anaphylaxie passive parlent nettement dans ce sens : je l'ai prouvé en 1907 par l'expérience décisive faite sur Diogène [Amiales de l'Institut Pasteur, 1907), avec la mytilo-congestine, et Otto l'a confirmé par des expériences faites sur des cobayes. Que la toxogénine puisse in vitro réagir sur la toxine et produire l'apotoxine (poison qui provoque tous les phénomènes de l'anaphylaxie), ce n'est pas douteux non plus après les expériences relatées plus haut, faites sur Mattagrossa et sur Papaga. Mais il y a quelque chose de plus à tirer des expériences négatives que je viens de rapporter, c'est que, même chez les animaux fortement anaphylactisés, la réaction de leur sérum avec la toxine ne se fait pas in vitro. La seule hypothèse possible, c'est que leur sérum à ce moment ne contient pas assez de toxogénine pour qu'il y ait formation d'une quantité d'apotoxine suffisante. L'expérience négative prouve

donc qu'il peut y avoir beaucoup de toxogénine dans les cellules nerveuses encéphaliques et médullaires, alors qu'il n'y en a pas encore (ou qu'il n'y en a plus) dans le sang. Des expériences ultérieures pourront seules établir à quels moments et dans quelles conditions se l'ait la diffusion du poison toxogénique (intra-cérébral) dans le sérum.

L'hypothèse d'une apotoxine résultant du conflit de la toxogénine et de la toxine, n'est évidemment qu'une hypothèse. Mais je ne comprends pas pourquoi Friedemann, qui admet qu'il y a un poison anaphylactique, et qui propose même de Va^i^eler anap/iylaktische?' Giff, ne veut pas du mot apotoxine. ( Weitere Untersuch. iiber den Mechanismiis der Anaphijlaxie. Zeitsch. f. Immunitàtsforschung, 1909, II, 625.) Quand on aura pu d'une manière régulière préparer des animaux dont le sérum, mélangé à la toxine, ou à un autre sérum, fera éclater immédiatement des accidents anaphylactiques, alors il sera facile d'étudier la nature de ce poison ; et il importe assez peu qu'on l'appelle apotoxine ou anaphy laktischer Gift.

On peut se demander pourquoi, alors que l'anaphylaxie passive est si facile à observer, quand on a injecté du sérum anaphylactique à un animal, il est si difficile d'avoir avec le mélange in vitro des accidents anaphylactiques immédiats. On injecte 100 centimètres cubes de sérum anaphylactique à un chien et les accidents se développent immédiatement, si, 2 heures après, on lui injecte la toxine. Mais, quand on mélange m vitro ces 100 centimètres cubes de sérum anaphylactique avec la toxine, les accidents ne se développent immédiatement que dans certains cas relativement rares. Pourquoi cette différence ? Peut-être parce que la toxogénine du sérum anaphylactique va se fixer électivement dans les cellules nerveuses et que celles-ci sont alors, quand la toxine arrive, toutes prêtes à être empoisonnées par le conflit des deux substances. Mais ce sont là des vues un peu hypothétiques.

ISO CHARLES RICHET.

Ce qui est certain, c'est que le mélange, fait in vitro, de deux «ubstances inoffensives se comporte, sinon toujours, au moins souvent, comme si, par une réaction chimique spéciale, M y avait formation d'un poison nouveau.

Influence de l'hémorragie sur l'anaphylaxie. Injections de erépitine par la carotide. Effets de l'apotoxine.

Qiiaand on fait l'injection par la veine saphène, le sang passe par le cœur droit, puis par les poumons. Une minime partie du poison va dans le cerveau, sans avoir subi Faction préala)ble du foie, des reins, des glandes et des autres tissus. Il est probable que dans tous ces tissus il se fixe, s'atténue peut-être, de sorte que la quantité qui finalement irrigue le cerveau est moindre que la totalité injectée ; car une partie du poison se transforme ou se fixe dans les glandes. J'ai pensé alors à faire l'injection directement dans le bout céphalique de l'artère carotide, et j'ai pu voir des effets presque foudroyants se déclarer.

A Jsaïe, de 9''»'',700, vieux chien qui avait subi plusieurs fois des injections d'actino-congestine (n" 104) (ce qui nous avait paru n'anaphylactiser nullement contre la erépitine) on injecte avec la vitesse ordinaire 20 centimètres cubes d'une solution de erépitine à 2 p. 1 000, soit 0,0041 par kilogramme. Cette dose ne détermine aucun accident immédiat chez un chien normal, lorsqu'elle est injectée par la saphène tibiale, ou la veine fémorale, ou la veine jugulaire. Pour- \MiiJsaïe est tout de suite très malade. Il vomit avec intensité; les vomissements sont violents et douloureux. Puis les pupilles se dilatent, l'œil devient hagard. Cécité psychique complète. Plus de réflexes patellaires, plus de sensibilité, impossibilité de se tenir debout. Ce qui domine la scène, c'est une respiration profonde, asphyxique, fréquente,

anxieuse, si bien que pendant près d'une demi-heure j'ai cru que la mort était imminente. Le cœur est faible. Une aiguille plantée dans le cœur indique qu'il n'y a pas de syncope, et même qu'il n'y a ni ralentissement, ni accélération cardiaques, haie ne meurt pas immédiatement, et, 4 h. 1/2 après l'injection, il peut marcher et se tenir debout. Mais il a une diarrhée sanglante et il meurt dans la nuit, après avoir eu des hémorragies intestinales abondantes.

La même expérience a été faite avec un résultat identique sur Joas (n° \ 05) qui meurt dans la nuit, après avoir reçu 0si",0052 de crépitine par le bout périphérique de la carotide. Le phénomène dominant a été, comme pour haïe, une dyspnée intense : respirations profondes, fréquentes, presque asphyxiques.

Toutefois Joas et haïe avaient été antérieurement intoxiqués par l'actino-congestine, de sorte qu'on peut supposer qu'il s'agit là d'une anaphylaxie non spécifique, l'injection première étant avec l'actino-congestine, l'injection seconde avec la crépitine.

En efTet, sur un chien neuf n'ayant pas reçu de congestine, Indiano (n" 106), l'injection par la carotide de 0,0033 n'a pas produit d'accident.

L'expérience faite sur Périchole est plus démonstrative encore. Je lui ai injecté par le bout périphérique de la carotide 0?'",03o par kilogramme de crépitine, et, malgré cette énorme dose, les effets toxiques sont peu accentués. Elle peut marcher ; l'intelligence est intacte, et, à part un grand épuisement et une respiration un peu plus profonde et fréquente, elle ne présente guère de phénomènes d'intoxication.

Il faut donc conclure que, si ha:ie et Joas ont présenté des symptômes très graves après l'injection de crépitine par le bout périphérique de la carotide, c'est qu'ils avaient une anaphylaxie non spécifique, déterminée par lïnjection antérieure d'actino-congestine, et il est fort possible que l'injection faite par la veine saphène eût donné les mêmes effets.

(Pourtant, comme on l'a vu plus haut, Factino-congestine n'avait pas anaphylactisé Tartuffe,, Oronte,. Léandre, Ptiron, Diafoiriis. Il est vrai que dans ce cas l'injection seconde n'avait pas été faite par la carotide.)

Même sur des chiens ayant reçu de la crépitine, l'injection du poison par le hout périphérique de la carotide ne détermine pas d'accident, s'ils sont immunisés au lieu d'être anapliylactisés.

On peut même rendre l'expérience plus démonstrative encore, en injectant la toxine (par la carotide) après une hémorragie.

Crépita, de ll^'ë^i'jS injectée deux fois (la première fois depuis 69 jours, la seconde fois depuis 39 jours), subit une hémorragie de 393 grammes (3,4 p. 100). Elle n'est pas malade (ce qui prouve qu'elle est guérie). Alors on lui injecte 0î^'',00076 par kilogramme de crépitine. Elle aune respiration un peu plus profonde qu'avant l'injection, mais c'est tout. Elle survit.

Magellana, de 17''S'-,8, injectée antérieurement deux fois, subit une hémorragie de 440 grammes (soit 2,75 p. 100 de son poids). Alors, on lui injecte 08>',0011 de crépitine. Nul phénomène, sinon une légère anhélation. Elle survit.

Ferrol, jeune chien de ll''^'",3, injecté une fois, il y a 46 jours, de la dose très forte de 0,004 de crépitine, subit une hémorragie de 340 grammes (soit 3,1 p. 100 de son poids). Il n'est nullement malade, ni même affaibli. 4 heures après, par le bout périphérique de le carotide, on lui retire 100 grammes de sang (ce qui fait une perte totale de 4 p. 100). Il n'est pas trop affaibli. On lui injecte alors 0,0008 de crépitine par le bout périphérique de la carotide Il n'a ni vomissement, ni vertige, ni dyspnée.

Il en a été de même pour Cordillero qui, après hémorragie de 3,2 p. 100 de son poids, a reçu 0,0031 de crépitine par la carotide et a survécu.

On peut donc faire des injections de la toxine par le bout

ETUDES SUR LA CREPITINE. lo3

périphérique de la carotide sans déterminer d'accidents immédiats, quand l'animal n'est pas anaphylactisé, même après lui avoir fait subir une hémorragie.

Pourtant, s'il y a anaphylaxie, l'hémorragie d'une part, et, d'autre part, l'injection par le bout périphérique de la carotide, provoquent des accidents graves.

Estramadure ayant, il y a 49 jours, reçu de la crépitine chauffée, subit une hémorragie de 3,4 p. 100 de son poids (355 grammes pour 11 kilogrammes) et on lui injecte 0,0032 de crépitine par le bout périphérique de la carotide. Symptômes éclatants de forte anaphylaxie, qui se dissipent à peu près au bout d'une heure et demie.

Mais les accidents n'ont pas été beaucoup plus graves que si l'animal avait reçu, sans hémorragie, l'injection par la veine saphène tibiale, de sorte que je crois pouvoir conclure d'uîie manière générale que ni l'hémorragie, quand la perte de sang est inférieure à 3,5 p. 100 du poids de l'animal, ni l'injection par le bout périphérique de la carotide ne modifient sensiblement les effets de l'anaphylaxie. (11 y aurait lieu évidemment d'étudier les effets d'une hémorragie plus forte, au-dessus de 3,5 p. 100 du poids de l'animal.)

On remarquera que, s'il s'agit d'un chien neuf, l'hémorragie rend les effets de la toxine beaucoup plus graves, tandis qu'elle ne me semble pas rendre beaucoup plus graves ces phénomènes anaphylactiques.

Pour mieux rendre compte des effets toxiques du poison anaphylactique, je rapporterai une expérience, très nette, et méritant d'être indiquée ici, encore qu'elle n'ait pas été faite avec la crépitine, mais avec l'actino-congestine.

Pourceangnac, chien de 16 kilogrammes, reçoit le 5 juin 0,039 par kilogramme d'actino-congestine jaune \

1. Je ne puis entrer ici dans le détail de cette actino-congestine jaune. Il s'agit d'une préparation nouvelle de la congestine qui m'a permis de séparer une actino-congestine (que j'appelle noire) insoluble dans 30 p. 100 d'alcool et une actino-congestine jaune, fluorescente, soluble dans 50 p. 100 d'alcool et insoluble dansSo p. 103 d'alcool.

lo4 CHARLES RICHET.

Un mois après, le 5 juillet, il est très bien portant (P .-= 18''8'",3). On lui fait le matin une hémorragie de 618 grammes de sang (soit 3,4 p. 100). Il n'est pas affaibli du tout. Alors, 4 heures après, à 2 h. 30, on lui injecte par le bout périphérique de la carotide la minime quantité de 0,0037 de congestine par kilogramme. Les accidents sont tellement graves que je le crois mort. Syncopes cardiaque et respiratoire avec convulsions toniques. Puis, au bout de 2 ou 3 minutes, la respiration reprend, très profonde, dyspnéique. Alors il est dans un état d'anesthésie complète. On ne neuf mieux le comparer qu'à un chien anesthésié. Pourtant il y a des réflexes, mais la vie cérébrale est absolument arrêtée. Plus de conscience, plus de sensibilité. L'œil est hagard. Il n'y a plus aucun mouvement spontané. Diarrhée sanglante.

On injecte alors, toujours par le bout périphérique de la carotide, la dose énorme de 0,08 de "congestine par kilogramme, ce qui ne détermine aucun changement, ni dans la respiration, ni dans l'état anesthésique. Les réflexes d'une part, et, d'autre part, le coma cérébral persistent sans altération.

Expérience très instructive, puisqu'elle nous montre dans l'anaphylaxie la hiérarchie des symptômes et qu'ejile nous l'ait connaître en quoi consistent essentiellement les effets de l'apotoxine [anaphy lactisches Gift). Elle agit sur les éléments nerveux; mais la dose qui tue chacun de ces éléments nerveux est différente.

On doit admettre qu'il y a pour les cellules nerveuses une sorte de hiérarchie dans la vulnérabilité aux poisons. Elles sont intoxiquées les unes après les autres, et il y a pour les atteindre des doses différentes d'une seule et même substance.

L'étude minutieuse de l'action des anesthésiques permet de faire cette dissociation (voy. Anesthésiques du Dict. de physiologie, I, 425). C'est d'abord le cerveau qui est atteint,

puis la moelle, puis les centres respiratoires, puis le cœur. En supposant, schématiquement, que la close toxique pour le cerveau soit de 1 ; la close toxique pour la moelle sera de 2 ; pour la respiration, de 3 ; et pour le cœur, de 4. De sorte qu'on pourra, suivant les doses, avoir (1) une anesthésie légère (c'est-à-dire avec réflexes conservés et inconscience) ; (2) une anesthésie profonde (abolition des réflexes) ; (3) une syncope respiratoire ; (4) un arrêt du cœur. La mort no surviendra qu'à la dose 3, et encore pourra-t-on maintenir la vie en faisant la respiration artificielle.

C'est sans doute à peu près ainsi qu'agit le poison de l'anaphylaxie, cette substance hypothétique, c|ue j'ai appelée apotoxine, résultant de la combinaison d'une toxogénine avec l'antigène,

A dose très faible, elle agit en provoquant du prurit ; mais à dose plus forte elle paralyse les fonctions psychic[ues et motrices. La motilité volontaire et la sensibilité sont abolies. Cécité psychique, coma et conservation des réflexes. On peut donc tout à fait comparer son effet à celui d'un anesthésic{ue, à cela près cfu'il y a par l'apotoxine, en même temps que les paralysies et dépressions nerveuses, un certain degré d'excitation bulbaire qui retentit sur la respiration et le CQîur. L'excitation très forte du cerveau précède sa paralysie : elle est parfois assez forte pour amener la mort.

Si les cobayes, dans l'expérience classique de Théobald Smith, meurent par l'efîet de toutes petites doses de sérum, je ne vois pas d'autre explication possible qu'une excitation cérébrale inhibitoire. Le cerveau intoxiqué et excité actionne les centres de la respiration et du cœur, et la mort survient par l'arrêt du cœur, puiscjue la respiration artificielle est impuissante à conserver la vie de l'animal (3). (Il faudrait d'ailleurs analyser avec plus de précision cju'on ne l'a fait la cause immédiate de la mort.)

Mais l'apotoxine a un autre effet, effet qui manque dans l'intoxication anesthésique ; elle agit sur les centres vaso-

moteurs, provoque des hémorragies intestinales et un abaissement énorme de la pression artérielle, comme on ne le voit guère avec d'autres poisons, à un semblable degré. Je l'avais vu en 1902 dès le début de mes études sur l'anaphylaxie. Arthus, Biedl et Kraus l'ont vérifié très nettement depuis.

Cette grande analogie entre les anesthésiques et l'apotoxine de l'anaphylaxie permet de très bien comprendre l'ingénieuse expérience de Besredka et Roux. Ils anesthésient un cobaye anaphylactisé et ne peuvent plus alors provoquer les accidents anaphylactiques. C'est que les deux poisons portent sur les mêmes éléments cellulaires, et que les centres nerveux, intoxiqués par l'anesthésique, ne peuvent plus réagir à l'apotoxine, de sorte que les phénomènes spéciaux à ce poison (congestion intestinale et abaissement de la pression) font défaut, et que le décours de l'intoxication demeure celui d'une intoxication anesthésique, puisque les anesthésiques s'étaient déjà fixés sur la cellule nerveuse.

L'axîtion intense d'un poison cérébral sur les vaso-moteurs n'est d'ailleurs pas un fait extraordinaire. Brovvn- Séquard a jadis montré que les traumatismes cérébraux produisent presque constamment des hémorragies dans le péritoine et dans la plèvre.

Aussi pouvons-nous définir par ses effets l'apotoxine : un poison qui paralyse le système nerveux centra^, et spécialement les fonctions vaso-motrices du système nerveux central.

Il est probable en outre, vu la rapidité avec laquelle disparaissent les phénomènes anaphylactiques, que ce poison est rapidement détruit. On comprendra mieux ce que je veux dire en analysant les phénomènes de l'anaphylaxie chroniques.

Des accidents de l'anaphylaxie chronique.

Il faut, dans l'anaphylaxie, distinguer ce qui a été trop souvent confondu ; l'anaphylaxie primitive (aiguë) et l'anaphylaxie secondaire (chronique).

C'est surtout l'anaphylaxie primitive qui a été étudiée, et cela se conçoit ; car les effets en sont éclatans et d'observation relativement facile. Mais, parce qu'il y a eu des effets immédiats foudroyants, ce nest pas une raison pour qu'il n'y ait pas d'effets chroniques.

En principe, les accidents d'anaphylaxie se dissipent très vite, mais dans certains cas, notamment avec la crépitocongestine et l'actino-congestine, après que se sont dissipés les accidents aigus, des accidents chroniques surviennent.

Ils sont de deux ordres, encore que la distinction soit souvent impossible à faire.

Au moment de l'anaphylaxie aiguë, il y a des hémorragies gastro-intestinales, intestinales surtout, et tout lintestin est rempli de sang. Cette hémorragie profuse laisse dans l'intestin une quantité de sang considérable qui se résorbe plus ou moins vite, mais dont la résorption est accompagnée d'accidents sérieux, une sorte d'infection hématique générale, plutôt humorale que microbienne. Tous les tissus sont colorés en jaune, ainsi que cela se voit dans certains ictères hémorragiques. L'inappétence persiste et les aliments ne sont pas digérés. Bref la muqueuse intestinale pendant longtemps ne récupère plus sa fonction. Autrement dit la mort par l'anaphylaxie chronique est due au moins en grande partie à une complication de l'anaphylaxie aiguë, à savoir l'hémorragie intestinale dont l'intensité règle la marche de l'anaphylaxie chronique.

Par conséquent le choc anaphylactique, encore qu'il se

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dissipe vite pour ce qui est du coma, de la paraplégie et de la dyspnée, détermine une lésion (hémorragie intestinale) qui disparaît lentement et crée un état morbide prolongé.

Outre cette lésion intestinale persistante qui résulte du choc anaphylactique, il y a, très probablement, à la suite de l'injection seconde, des lésions cérébrales et médullaires sérieuses qui ne se réparent pas sans peine.

Aussi, en général, peut-on diviser la symptomatologie de Tanaphylaxie (chez le chien) en trois périodes :

1*' Accidents nerveux, extrêmement graves, suraigus, qui ne se terminent presque jamais par la mort^ et qui durent de 5 minutes à une heure environ, termes extrêmes ;

2° Amélioration (survenant presque subitement) de quelques heures ;

3" Tantôt l'animal revient à la vie et guérit ; tantôt, après lamélioration de la seconde période, il retombe très affaibli et meurt en 6 ou 48 heures, termes extrêmes, avec les mêmes symptômes que dans l'intoxication primitive par une dose forte.

L'apo toxine est un poison dont les effets sont foudroyants, niais fugaces ; foudroyants, parce que c'est dans l'intimité de la cellule nerveuse que se l'ait la combinaison toxique ; fugaces, parce que les quantités en sont extrêmement faibles sans doute, et qu'il y a tendance à la guérison. Mais il est très légitime d'admettre que, si la lésion biologique foudroyante de la cellule nerveuse a été trop profonde, quoiqu'il y ait toujours tendance à la guérison, la cellule nerveuse, après cet effort pour la reconstitution de son chimisme normal, meurt définitivement.

De fait, quand l'organisme a fabriqué à la fois la substance immunisante et la toxogénine, après une injection seconde, c'est tantôt l'effet d'immunisation, tantôt l'effet d'anaphylaxip. qui prédomine.

Conclusions'.

La toxine de VHiira crepitans, ou crépitine, est donc un poison dont les eiïets sont extrêmement lents. Elle agit sur le système nerveux qui préside aux sécrétions et à l'innervation vaso-motrice de l'intestin et de l'estomac, et par suite elle trouble profondément les fonctions de nutrition.

Les doses qui sont immédiatement mortelles (c'est -à-dire mortelles en quelques minutes) sont peut-être mille fois plus fortes que les doses mortelles à longue échéance, ce qui signifie que le centre respiratoire et les ganglions du cœur ne sont pas très sensibles à l'action du poison.

Mélangée avec le sang normal, la crépitine est atténuée. Alors qu'une dose de 0,0012 est toxique ; il faut une dose de 0,003 pour déterminer les mêmes effets toxiques quand on la mélange à du sérum.

Donc, le poison mélangé avec du sérum est atténué.

De même l'animal hémorragie est plus sensible à faction toxique que l'animal normal.

Il faut par conséquent envisager le sang comme un appareil de défense de l'organisme, non seulement par les propriétés antitoxiques qu'il développe dans la cours d'une intoxication chronique, mais encore immédiatement par la neutralisation plus ou moins complète des éléments toxiques. Est-ce par ses lipoïdes? Est-ce par des ferments spéciaux? Est-ce par son oxygène ? On ne saurait le déterminer encore avec précision. Mais un fait reste acquis, c'est qu'il agit comme antitoxique sur l'animal normal et que par conséquent son rôle est considérable dans la défense contre l'intoxication (par la crépitine).

1. Il va sans dire que ces conclusions ne sont nullement un résumé des expériences ci-dessus relatées. Elles ne portent que sur certains points de ce travail. Elles ne dispenseront donc nullement de lire le mémoire même.

Il est impossible d'expliquer autrement que par un pouvoir préservateur du sang le fait que les animaux hémorragies sont beaucoup plus sensibles à l'action de la crépitine que les animaux normaux.

Les animaux très jeunes (chiens) présentent une immunité relative, et d'autant plus notable qu'ils sont plus jeunes (chez les chiens nouveau-nés, de 0,006 au lieu de 0,0012). (Est-ce parce que leur système nerveux est moins développé?)

La crépitine se comporte comme un antigène ; c'est-à-dire qu'injectée dans le sang elle développe un état d'immunité relative, mais cette immunité ne m'a pas paru très forte, et la dose mortelle, au moins pendant les 3 premiers mois de l'immunité, n'est jamais plus de 4 à 5 fois plus forte chez l'animal immunisé que chez l'animal normal.

L'anaphylaxie existe avec l'immunité. Elle est spécifique, en ce sens qu'il faut une première dose de crépitine pour qu'une seconde dose entraîne des accidents anaphylactiques; mais cette spécificité n'est pas absolue.

Le mélange du sang d'un animal anaphylactisé avec la toxine provoque quelquefois chez un animal neuf des accidents anaphylactiques immédiats; ce qui semble bien démontrer que l' anaphylaxie est due à un poison résultant d'une combinaison chimique entre la toxine même et une substance inoffensive en soi [toxogénine) qui se trouve dans le sang des animaux anaphylactisés.

Si l'expérience ne réussit que rarement, c'est que le plus souvent la toxogénine est peu abondante dans le sang. 11 est probable qu'elle n'apparaît dans le sang que lorsqu'il y en a un grand excès dans les cellules cérébrales ; car, selon toute vraisemblance, la toxine injectée dans le sang se fixe dans le cerveau pour en disparaître lentement et se transformer lentement en toxogénine.

C'est une endotoxine, fixée dans les cellules, spécialement les cellules nervtmses, qui se transforme brusquement en

apotoxine extrêmement ,toxique, au moment où la toxine entre au contact des cellules cérébrales.

Il me paraît très probable qu'en étudiant dans leur ensemble les diverses anaphylaxies produites par diverses substances, on constaterait la grande analogie (sinon l'identité) des accidents anaphylactiques de toutes les anaphylaxies, de sorte qu'il est permis de croire à la grande analogie (sinon à Fidentité) des diverses apotoxines, poisons de l'anaphylaxie. On arriverait alors à une conclusion très simple. Un seul et même poison, l'apotoxine, produit toutes les multiples anaphylaxies.

[Par M. Charles Richet^.

Après avoir entendu les deux plus grands orateurs de notre temps ^, voici qu'il vous faut écouter un simple professeur de physiologie;

Cela est grave pour vous, et surtout pour moi. Cependant je m'armerai de courage, et je vais, en physiologiste, vous exposer quelques vérités élémentaires sur le vol des oiseaux. Même j'aurai la prétention de faire comprendre à ce nombreux auditoire quelques vérités mathématiques très simples. C'est pourquoi, après la charmante et admirable éloquence que vous venez d'enlendre, je vous prie de m'excuser pour les paroles très sévères, très austères, très physiologiques, que je vais prononcer devant vous.

Austères et scientifiques, soit; mais bien actuelles aussi. Les temps sont changés. Personne ne doute aujourd'hui que l'homme ne soit capable d'imiter les oiseaux et de franchir les espaces en s'élançant à des hauteurs considérables. Cela

1. Conférence faite dans le grand a^nphithéâtre de la Sorbonne le 13 novembre 1910 à l'ouverture des cours des Associations pkilotechniques.

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