‹ Physiologie; (volume 5)Chapitre 37 sur 93 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

ipresque une anomalie. Au point de vue biologique, — et, rjeiorois bien, au point de vue psychologique aussi, — il ne 'Compte plus. Ce n'est qu'une masse stérile de matière vivante pour qui s'est attardée l'heure de la mort. Ce n'est iplus qu'un résidu de vie.

La jeune cellule régénérée a récupéré toute la force (d'attraction que ses parents avaient perdue. Avec une extrême rapidité le nouveau-né croît, si rapidement pour certaines Espèces animales, et surtout végétales, qu'il a doublé de poids en quelques jours. Il prend dans le milieu ambiant les éléments de sa croissance, et son expansion est, surtout au début, extraordinaire. Puis peu à peu sa force d'attraction diminue ; il arrive, de plus en plus lentemeut, à l'état adulte, et alors, comme il n'est plus capable de croît, il refait de nouvelles cellules, aptes au rajeunissement; et le cycle recommence.

Mais c'est toujours, sous ces formes changeantes de nouveau-né, d'enfant et d'adulte, la même masse primitive qui est en jeu, et qui conserve intacte sa force d'attraction, se manifestant par les deux fonctions vitales essentielles, la nutrition et la reproduction, lesquelles toutes deux intensifient l'attraction.

Si la grandiose hypothèse de Darwin sur la descendance des êtres est vraie, — et les fades critiques qu'on lui a adressées me paraissent absolument sans force, — il s'ensuit que toms les êtres, végétaux et animaux, dérivent des mêmes éléments primitifs, successivement et progressivement différenciés. Alors la vie nous apparaîtra à la surface de notre humble planète comme l'épanouissement d'une première masse matérielle, mieux disposée pour l'attraction que les masses de matière inerte qui l'entourent. Peu à peu, par l'eiîet de son organisation morphologique et fonctionnelle,

cette masse primitive s'est renforcée, s'agrégeant des particules matérielles de plus en plus nombreuses, pour arriver Qnalement à triompher partout, en s'assimilant d'immenses masses de matières minérales que la seule force attractive ne lui aurait pu adjoindre, si l'organisation vitale ne l'avait pas aidée. Comment expliquer, autrement que par une tendance à la vie, cette prodigieuse expansion du règne végétal et du règne animal à la surface terrestre? Et comment ne pas voir dans cette tendance de tous les êtres vivants à s'accroître sans cesse une force qui ressemble singulièrement à l'attraction ?

Ces masses organisées, qui toutes individuellement ont tendance au croît, sont très diverses. Alors, comme toutes, presque au même degré, aspirent à s'amplifier sans cesse, elles se mettent à lutter les unes entre les autres, oubliant qu'elles sont en réalité, les unes et les autres, des prolongements de la même première masse vivante. C'est ainsi sans doute que s'établit la lutte pour la vie, laquelle lutte n'est qu'une forme de l'efîort vers la vie. Les êtres luttent pour vivre, parce qu'ils ont tous tendance à croître, et que les éléments, carbone et azote, nécessaires à leur accroissement, sont en quantité limitée. De là conflit pour la nutrition. La lutte pour la vie, c'est la lutte pour le carbone. Tous les êtres cherchent à s'agréger un maximum de carbone, tendant chacun à devenir de plus en plus volumineux, de plus en plus puissants, de plus en plus riches en énergie. Les formes et les instincts, les appareils et les fonctions, ne sont que des moyens de plus en plus compliqués par lesquels tous les êtres ont renforcé leur puissance attractive.

Les premières masses vivantes n'ont eu qu'à s'assimiler le carbone et l'azote du monde minéral; mais, une fois que ces masses vivantes se sont accrues, elles se sont dispersées, dissociées, disséminées. Or, comme leur puissance attractive n'avait pas diminué, chacune de ces masses, devenue à peu près indépendante, s'est efforcée d'assimiler les

autres masses vivantes, homogènes ou hétérogènes, qui lui offraient alors un aliment plus facile.

Et c'est en effet le tableau que nous offre la nature vivante. Les gros mangent les petits ; et les petits mangent les minuscules, absolument comme, dans un milieu minéral inerte, les petites granulations se joignent les unes aux autres, pour former des granulations moyennes, lesquelles vont finalement s'agglomérer en une masse plus forte, confluence des petites granulations isolées.

Seulement, au lieu d'être dirigées par une force physique simple, les [masses vivantes sont aidées par des appareils multiples, terriblement compliqués, dans lesquels les actions chimiques ont un rôle prépondérant. Les graminées fixent le carbone de Pair et l'azote ammoniacal du sol pour en faire tige et graine de graminées. Les moutons ingèrent le carbone et l'azote des graminées pour en faire chair de mouton; et les lions dévorent la chair des moutons pour en faire chair de lion. La lutte pour la vie, qui s'exerce sans trêve ni merci entre tous les êtres vivants, se caractérise par le conflit des diverses forces d'attraction plus ou moins intenses, plus ou moins efficaces. L'être qui triomphe, c'est celui qui a une force attractive maximale ; et cette force n'atteint son maximum que si elle est aidée par une organisation à la fois plus subtile et plus résistante. A mesure en effet que dans la série progressive des êtres l'être se différencie, il acquiert, sans rien perdre de sa force attractive essentielle, une individualité de plus en plus puissante. De sorte que finalement chaque masse organique individualisée travaille pour son propre compte, sans se soucier des masses voisines. Elle devient un centre d'attraction isolé et individuel, possédant son originalité propre, et luttant pour son développement personnel; car elle cherche à attirer à elle un maximum de substance et à déchaîner un maximum d'énergie.

La puissance attractive des êtres qui ont évolué a pour première caractéristique des instincts extrêmement puissants. La faim et l'amour sont les deux implacables divinités qui gouvernent le monde (Tourguéneff), et leur force est irrésistible. La faim, c'est l'instinct qui nous mène violemment vers l'aliment; l'amour, c'est l'instinct qui pousse l'être à se rajeunir par la génération d'un être nouveau qui le prolongera, et qui sera identique à lui.

Quand on voit chez tous les êtres se déchaîner ces deux forces, on ne peut s'empêcher de trouver, dans la nécessité inéluctable qui conduit toute matière vivante à un but absolument ignoré, la fatalité d'une loi aveugle, telle que la loi qui gouverne l'attraction des corps. Pourquoi, avec cette ardeur insatiable, les sexes s'unissent-ils? Pourquoi, avec cette frénésie furieuse, chaque individu lutte-t-il, au prix des pires dangers et des pires douleurs, pour arracher une proie à son voisin? Pourquoi cet amour maternel qui force les mères à veiller jalousement sur leurs petits? Pourquoi tous ces instincts de conservation, de nutrition, de reproduction, si divers dans leurs moyens, si identiques dans leurs effets, si obscurs dans leurs tendances ? N'y a-t-il pas là quelque grande loi cosmique universelle, commune à toute matière? Ce serait faire preuve d'une ridicule pusillanimité que de ne pas vouloir accorder à ces puissances souveraines quelque caractère de fatalité. La force qui pousse des millions et des millions de harengs à aller frayer au large est aussi brutale que la force qui attire une pierre vers le sol. L'instinct qui contraint deux chiens à se déchirer à coups de crocs pour happer un lambeau de chair, •est aussi fatal que l'adhésion d'une molécule d'eau à la molécule d'eau qui l'approche.

Simple ou compliquée, la loi est la même ; c'est tou-

jours la tendance à vivre, c'est-à-dire à croître, et, pour les êtres vivants, à perpétuer l'espèce quand le croît individuel n'est plus possible.

Ce qui complique surtout le phénomène attractif chez l'être vivant perfectionné, c'est qu'à ce besoin fatal d'attraction la conscience vient se surajouter. Quand la terre par sa masse attire les objets, elle n'a pas conscience de sa puissance. Quand une molécule granulaire attire à elle les petites granulations qui l'entourent, c'est sans le savoir, sans en éprouver peine ou plaisir. Au contraire, par le progrès qui a créé graduellement l'intelligence et la conscience, cette attraction se transforme en un véritable besoin, lequel, s'il n'est pas satisfait, amène une douleur A^éri table. Et cette sensation renforce la puissance attractive ; car elle devient elle-même un mobile, un élément d'action. L'animal qui a faim recherche avec âpreté des aliments, parce qu'il a faim. C'en est assez pour le mouvoir, et les tortures de la faim suffisent à déterminer ses actes. Il ne sait pas qu'il a en lui une force attractive qui le pousse à s'assimiler un maximum de matière, et que cette force trouve un puissant auxiliaire dans la sensation de désir qui l'accompagne.

Il est d'ailleurs évident que nos besoins organiques, le besoin sexuel, le besoin d'aliments, le besoin d'oxygène (le plus puissant de tous) sont là pour la protection de l'être. On ne peut même pas comprendre qu'ils aient une autre signification. L'être est fait pour vivre, c'est-à-dire (répétonsle une fois encore) pour croître. Par conséquent tous les instincts sont adaptés à la vie, autrement dit au croît ; autrement dit, en dernière analyse, à l'attraction. Ce qui, dans la matière inerte, est force inconsciente, devient, dans la matière vivante perfectionnée, une force consciente d'elle-

HYPOTHÈSE SUK LA BIOLOGIE GÉNÉRALE. nm

même, capable de plaisir quand cette force est satisfaite, et de douleur quand elle est contrariée.

Ces forces d'attraction, conscientes d'elles-mêmes, ce sont les individus, qui acquièrent ainsi une personnalité d'autant plus puissante que leur conscience s'est développée davantage.

En même temps que naît une notion de plus en plus pro>fonde du moi, l'égoïsme, loi générale de tout être conscient, devient la grande puissance directrice des êtres vivants. Toutes les personnalités conscientes d'elles-mêmes cherchent à devenir des personnalités de plus en plus puis^santes. Il ne s'agit plus ici seulement, chez les êtres humains, d'une plus grande masse de carbone à fixer sur nos tissus,^ d'une plus grande somme d'énergie à dépenser, d'une force d'expansion de plus en plus grande. Étendre son influence, son autorité, sa puissance, soit pour soi-même, soit pour ses enfants, soit pour ses amis, soit, — ce qui est peut-être plus noble, — pour ses idées; c'est là le but vers lequel marche tout être humain, à moins que, dominé par ses besoins organiques, il n'ait d'autre idéal que de les satisfaire le plus amplement possible.

Assurément il faut faire un assez dur effort d'analyse: pour retrouver, dans ce cruel égoïsme qui régit toutes les intelligences humaines, la trace de l'attraction moléculaire qui régit toutes les masses de matière, les plus colossales et les plus infimes. Pourtant n'est-ce pas là toujours la même tendance à l'assimilation des forces voisines ? Le bonheur de l'homme, c'est d'avoir un maximum de force rayonnante. Peut-être, si la matière inerte pouvait penser, seraitelle heureuse de voir se diriger vers elle, attirées par sa masse, les molécules matérielles, plus petites, qui l'avoisinent.

En voyant tout être vivant tendre à un maximum d'énergie extérieure (qui correspond à un maximum de substance vivante) comment ne pas trouver là encore quelque analogie avec un principe qui régit souverainement la dynamique de la matière ? Une loi du travail maximmn a été démontrée, d'après laquelle tout système chimique aboutit à un maximum d'énergie extériorisée (sous la forme de chaleur en général). (Berthelot.) Autrement dit, étant donné un ensemble de réactions chimiques possibles, le terme final de ces réactions est celui dans lequel il s'est dégagé le plus de chaleur. Il semble que les êtres vivants, eux aussi, satisfassent à cette môme loi ; car, du moment qu'ils vivent et tendent à une vie de plus en plus intense, c'est en réalité pour tendre à ime dépense maximale d'énergie, sous la forme de chaleur, de mouvement et d'énergie dégagée.

Ici, la loi de l'attraction et la loi du travail maximum, convergent. Attirer à soi le plus de matière possible, et dégager le plus d'énergie possible : telles semblent être les deux grandes puissances directrices de la matière animée. Mais peut-être ne sont-elles ainsi les directrices de la matière animée que parce qu'elles sont aussi les deux grandes lois fondamentales qui régissent toute matière. De sorte que l'organisation de la matière brute en matière vivante semble %voir pour effet le perfectionnement, l'amplification, l'intensification des lois primordiales qui sont inhérentes à la dynamique de toute matière.

Il est certain que toute matière animée, faisant effort pour vivre, grandir et rayonner au loin, attire à elle plus de masses étrangères, et dégage plus d'énergie que ne le ferait cette même matière si elle était inerte. Il n'y a qu'à comparer le travail dégagé par un cadavre, et le travail dégagé par un vivant. Dès que la vie a cessé dans un amas de ma-

tière organisée, c^est à peine s'il s'en dégage quelque énergie. Toutes les fois qu'il y a vie, une plus grande somme de force est dégagée : l'épanouissement de la vie est donc comme une conséquence de la loi du travail maximum. Et uue même loi cosmique universelle dirige la dynamique de la matière et les fonctions physiologiques, et même psychologiques, de tout être vivant.

Je pourrais développer davantage ces analogies entre l'attraction par la matière vivante et l'attraction par la matière inerte. Mais je ne veux pas m'écarter d'un exposé sommaire et il ne convient pas d'aller plus loin.

En tout cas il me paraît que de telles considérations ne sont pas stériles: et qu'il y a intérêt à chercher, sinon à trouver, les lois générales qui donnent à toutes les molécules matérielles les mêmes tendances fondamentales. Non organisées ou vivantes, conscientes ou inconscientes, réunies en groupements ou isolées, intelligentes ou brutales, toutes les masses matérielles tendent à croître, à attirer les molécules ambiantes, de sorte que la loi de l'attraction peut être justement appelée loi de r attraction universelle.

De même la loi du travail maximum, qui s'applique à tous les systèmes chimiques, s'applique rigoureusement aux phénomènes biologiques. Les êtres animés semblent organisés pour produire un travail maximum.

Ainsi la finalité de toute la nature vivante semble être de donner plus d'ampleur aux lois qui gouvernent la nature inerte.

Par Charles Richet S. et J.

Dans le cours de notre voyage au Brésil, nous avons eu l'occasion de faire de nombreuses mensurations sur divers oiseaux tués à la chasse.

Il nous paraît intéressant de les rapporter ici : car, s'il ne faut pas que les machines volantes construites par l'homme copient servilement les machines volantes naturelles, ces dernières sont à ce point parfaites que leur connaissance exacte pourra donner d'utiles enseignements \

Nos recherches portent sur les mesures de poids, de longueur, de surface, de différents oiseaux.

La mesure du poids est simple; elle est exacte à un gramme près (notre balance n'ayant pas plus grande sensibilité). D'ailleurs une précision plus grande serait illusoire, et inutile.

Les mesures de longueur portent sur : i" l'envergure ; 2° la longueur

1. Voyez aussi Harting [Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, 1869), et Mullenhoff. Die Grosse der Flugfàchen [Archiv fur die ges. Physiol., xxxv, 1885, 407-454) où la bibliograpgie complète est donnée jusqu'à 1885.

des ailes; 3° la longueur du corps; 4° la longueur de la queue; 5° la largeur de l'aile; 6° la largeur de la queue.

Rien de plus facile que de bien préciser l'envergure. Mais il y a quelques légères précautions à prendre. Tout d'abord il faut s'entendre sur le mot envergure. D'abord on doit un peu distendre, sans tcaction exagérée, les ailes de l'oiseau. S'il est déjà en rigidité cadavérique, cette distension exige un certain effort. Ensuite il faut prendre, comme limites extrêmes, non pas la première, ni parfois la seconde penne de l'aile, mais la troisième, quelquefois la quatrième, en tout cas le point qui est le plus écarté de l'axe central du corps. Aussi l'envergure, que nous indiquons dans nos chiffres, signifiera-t-elle les deux points les plus distants du diamètre transversal de l'oiseau.

En somme on obtient un chiffre exact à 0™,005 près, pour les gros oiseaux, à 0™,002 près pour les petits oiseaux.

La longueur du corps, par suite d'une convention que nous avons adoptée, représente la longueur depuis la partie postérieure de l'œil jusqu'à l'extrémité de la queue.

La longueur de l'aile a été prise en mesurant la distance qui sépare le thorax de la partie la plus extrême de l'aile. C'est évidemment une longueur maximum.

Il s'ensuit que la largeur du corps (au thorax) est égale à l'envergure, moins la double longueur de l'aile. Soit par exemple une envergure d'un mètre et une longueur d'aile de 0,45, la largeur du corps sera de 1 —0,43 X 2; soit O"», 10.

La longueur de la queue a été prise en mesurant la distance qui sépare l'anus de l'extrémité de la queue.

Quant à la largeur de la queue, nous avons toujours indiqué la largeur moyenne. En effet, presque toujours, sinon toujours, la queue représente une figure géométrique régulière, où la largeur de la ligne médiane est la moyenne arithmétique entre la largeur de la base, et la largeur de l'extrémité postérieure.

La largeur de l'aile comporte plus d'incertitudes; et nous n'avons pas voulu donner de chiffre dans nos tableaux d'ensemble : car chez les divers oiseaux l'aile a des formes assez variables. Le plus souvent nous l'avons mesurée en prenant la largeur (une perpendiculaire à l'axe de l'aile) au niveau de l'articulation de l'humérus avec le radius et le cubitus. Mais il se trouve que la largeur, suivant les espèces, est en ce point tantôt maximale, tantôt non.

La mesure des surfaces, plus importante que celle des longueurs, est aussi plus délicate.

Il faut distinguer celles de la queue, des ailes et du corps.

La surface de la queue se détermine très bien et très exactement par la longueur et la largeur moyennes.

La mesure de la surface de l'aile est la partie essentielle de cette éttïde. Aussi ne nous sommes-nous pas contentés de mesurer largeur

et longueur. Nous avons décalqué avec autant d'exactitude que possible les ailes de nos oiseaux, et c'est sur ce décalque que la surface a été mesurée.

Mais comment faire le décalque? Si l'on étend les pennes au maximum, aux deux extrémités, les pennes s'écartent et laissent entre elles des espaces digités qui ne peuvent compter comme surface de sustentation. Certains oiseaux, quand ils volent, n'écartent pas aussi largement leurs pennes. D'autres, au contraire, comme les Urubus, par exemple, les écartent à ce point que l'extrémité de l'aile est toute dentelée. Il fallait donc adopter une sorte de distension moyenne, dans laquelle les pennes soient distendues, mais non pas assez pour qu'elles s'écartent aux extrémités de l'aile. De là une certaine incertitude dans la mesure, puisque aussi bien nous ne pouvons faire entrer dans la mesure géométrique de la surface les dentelures terminales.

Reste alors à apprécier la sui'face de l'aile. Pour une précision rigoureuse il eût fallu des méthodes spéciales d'appréciation, par exemple l'emploi de papiers quadrillés, ou de planimètres, ou bien encore la mensuration par des pesées de la quantité de papier occulté par le décalque. Mais cette précision eût été assez inutile, ainsi qu'on le verra par la suite, et nous avons préféré la méthode géométrique.

Dans beaucoup de cas, par exemple chez les hérons, l'aile représente très sensiblement deux figures géométriques; à la base un rectangle très régulier; à l'extrémité un triangle isocèle. La ligne de séparation entre le rectangle et le triangle est la perpendiculaire à l'axe de l'aile, menée par l'articulation huméro-radio-cubitale. Alors la mesure est simple.

Dans d'autres cas l'aile est très sensiblement quadrangulaire, sauf à l'extrémité, qui est plus étroite. Alors la mesure se fait en ne prenant pas pour longueur la longueur maximale de l'aile, mais la longueur qui va de l'axe à l'extrémité moyenne des pennes, sans tenir compte des troisième et quatrième pennes qui dépassent un peu. Certes cette mesure est arbitraire, mais l'expérience nous a appris qu'on a ainsi des chiffres assez homogènes, et que les nombres obtenus en adoptant d'autres méthodes sont très sensiblement les mêmes.

Parfois l'aile à son extrémité basale est singulièrement étroite. Dans ce cas nous prenons trois mesures de largeur, une à la base, l'autre à la partie médiane, l'autre à l'extrémité, et nous adoptons pour largeur moyenne la moyenne arithmétique de ces trois largeurs. Là encore ce sont des mesures assez incertaines; mais, tout compte fait, comme il s'agit de cause d'erreurs qui se corrigent l'une par l'autre, il nous a paru qu'on pouvait se contenter de ces approximations.

Quant à ce qui est de la mesure de la surface du corps, elle est absolument défectueuse. Mais iDourla théorie du vol elle n'a pas grande importance. Nous l'avons évaluée en supposant que le corps est un

losange dont le grand diamètre est représenté par la longueur du corps et le petit diamètre par la largeur. Soit l la longueur; m la largeur,

nous adoptons comme mesure de surface — - — .

A vrai dire le chiffre de la surface du corps est faible, par rapport à la surface des ailes, dont il ne représente pas plus qu'un dixième ; souvent même c'est beaucoup moins. On verra plus loin que nos conclusions restent identiquement les mêmes, que nous prenions la surface alaire seule, ou la surface totale (ailes, queue et corps).

Quant à la détermination des espèces observées, elle a été facile dans beaucoup de cas, grâce à l'excellent ouvrage de E. A. GoELDi \ Nous avions, grâce aux indications fournies par les indigènes chasseurs qui nous accompagnaient, le nom populaire, brésilien, ou plutôt indien, des oiseaux tués, et, en se référant à la table de l'ouvrage de Goeldi, et à l'album illustré, il était facile de vérifier le nom latin de l'espèce. A vrai dire quelquefois nous n'avons pu déterminer l'espèce et même le genre avec certitude, en particulier pour les Picapau, qui semblent assez confusément décrits par les indigènes, et peu fidèlement représentés dans l'album de Goeldi. De même certain oiseau étrange, sorte de corbeau, mais bien difîérent du corbeau, n'a pas pu recevoir de détermination exacte. D'ailleurs, pour un ouvrage qui n'a aucune prétention zoologique, l'extrême précision dans la nomenclature des espèces observées n'a pas de prépondérante importance.

Avant d'aller plus loin, dans les conclusions qu'on peut déduire de ces chiffres, il convient de savoir jusqu'à quel point ils méritent créance : autrement dit il faut déterminer les limites de l'erreur.

Il est certain que nous ne sommes absolument pas garantis contre des erreurs systématiques; celles-là, nous ne les éliminons pas en prenant plusieurs déterminations sur la même espèce; mais, pour les erreurs particulières de mensuration,

1. Goeldi. Album de Aves Amazonie as . (Instituto Polygraphico de Zurich, I, 1905-1907.)

on peut les juger en comparant les chiffres obtenus sur divers individus d'une même espèce'.

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Écart p. 100 àeR.

Ecart p. 100 de R'.

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