‹ Physiologie; (volume 5)Chapitre 52 sur 93 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

huile d'un jaune foncé, soluble dans l'alcool et dans le chloroforme, et insoluble dans l'eau. Cette huile est très dangereuse à manier, car elle est volatile et ses vapeurs produisent une conjonctivite extrêmement douloureuse. Mon garçon de laboratoire et moi, nous en avons été assez malades pendant 48 heures, avec insomnie, douleurs intenses,, céphalée et état presque fébrile.

Je n'en ai fait l'étude, ni physiologique, ni chimique. II me paraît que cette substance est assez analogue à l'huile de croton et c'est probablement à elle, plus qu'à la toxine, que le suc d'assaku doit ses propriétés caustiques, qui le font tant redouter des naturels du pays.

Le précipité alcoolique (par cinq volumes d'alcool) est très abondant. Après que l'alcool a été décanté, on peut le redissoudre dans l'eau. Une grande partie se redissout; il reste quelques albuminoïdes insolubles : on filtre, et le liquide est précipité de nouveau par 5 volumes d'alcool à 95''.

Ce précipité, mis sur un filtre, noircit à lair lorsqu'il perd son alcool : il contient une oxydase énergique.

Par des précipitations fractionnées, on arrive à le séparer en deux parties qui diffèrent par leur différente solubilité dans l'alcool : l'une est soluble dans 50p. 100 d'alcool; l'autre y est insoluble.

La crépitine soluble dans 50 p. 100 d'alcool se redissout facilement dans l'eau. Je l'appelle crépitine rouge.

La crépitine insoluble dans 50 p. 100 est encore soluble dans 25 p. 100 d'alcool. Je l'appelle crépitine noire.

La séparation de ces deux substances est très délicate, et on en perd une grande partie dans les manipulations que cette séparation nécessite.

Je compte, avec les échantillons nouveaux que je viens de recevoir, faire une séparation plus complète. En tous cas, les expériences dont je vais donner la relation ont été faites avec ces deux crépitines nettement distinctes : crépitine noire, insoluble dans 50 p. 100 d'alcool; crépitine rouge,

soluble entièrement dans 50 p. 100 d'alcool; toutes deux insolubles dans 75 p. 100 d'alcool.

Il va de soi que l'ancienne crépitine, celle qui a fait l'objet du mémoire précédent, était de la crépitine mixte.

La crépitine rouge est beaucoup moins toxique que la crépitine mixte.

Les expériences résumées dans le tableau suivant prouvent que la dose toxique de crépitine rouge est voisine de Oê'^jOlS par kilogramme. (La chienne Pacifica, morte en deux jours après la dose de 0s%014, avait reçu en même temps une injection du tissu cérébral.)

Voici les chiffres qui indiquent sa toxicité :

Crépitine rouge (Chiens).

NUMÉROS

NOMS

DOSE

DE CRÉPITINE

en milligr. par kil.

SURVIE

EN JOURS

Louverture

Erié

Taïti

Toussaint

Mufti

Martinique

Por't-au-Prince. . .

Toboso

Maine

Amerigo

Honduras

Alcala

Boulogna

Louisiane

Labrador

Austr'alia

Guadeloupe

Guadalquivir. . . .

Morena

Pacifica

Diémen

Bas-de-Cuir ....

Georgia

Bornéo .......

Honolula

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit. 1 Survit.

Survit.

Survit.

A cette liste, j'ajouterai quelques autres expériences assez instructives.

D'abord, le sérum des chiens immunisés exerce une action antitoxique qui diminue la toxicité de la crépitine rouge. Ainsi le chien Belem (n° 154) reçoit 0^'',040 de crépitine rouge, soit une dose extrêmement forte, et toujours mortelle, mélangée au sérum à! Amerigo, et survit. Le chien Roscoff [ii° 155) reçoit 0&'', 02 15 mélangée au sérum de Pizarre (n** 155 bis), également immunisé, et survit.

Si l'on chauffe modérément, à 40° pendant une heure ou deux, avec addition de carbonate de soude à 0,05 p. 100, la solution de crépitine, on la rend plus toxique. Ainsi, Salem (n° 156) reçoit O^^Oll de crépitine rouge, en solution alcaline, et meurt au 23* jour. Carcassonne (n° 157) reçoit 0^'",011 de crépitine rouge chauffée à 40° et meurt le 10* jour. Tout se passe comme si la toxine n'existait pas en tant que toxine active, mais en tant que protoxine, capable de se transformer en toxine par l'action de la chaleur ou de l'alcali.

Et en effet, en maintenant dans la glace une solution de crépitine dès qu'elle est faite, on atténue ses propriétés et on la rend beaucoup moins active. Atala (n° 158) a reçu 0^^0285 et a survécu. Il est intéressant de rapprocher le cas à^ Atala du cas de Carcassonne .Vl^ toxine chauffée à 40° a tué Carcassonne à la dose de 0 s'',Oll. Refroidie à 0°, cette même toxine n'a pas tué Atala à la dose de 0^^0285. On verra plus loin qu'avec la congestine j'ai obtenu plus nettement encore les transformations de protoxine en toxine.

J'ai essayé sur les cobayes la toxicité de la crépitine rouge (en injection sous-cutanée ou intraveineuse) et j'ai constaté que la dose toxique est très exactement le double .de la dose toxique chez le chien.

Crépitine rouge (Cobayes)

Grépitine rouge (Lapins).

DOSE

EN MILLIGR.

par kil.

DURÉE

DE LA SURVIE

(en jours).

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

rrj

DUREE

DE LA. SURVIE

(en jours).

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit(m.au32°j.)

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Sur les lapins les chiffres sont moins réguliers (injection toujours intra-veineuse).

Ainsi, malgré quelques irrégularités, la dose limite est^ en milligrammes par kilogramme pour injections intraveineuses :

Cobayes 30

Lapins 45

Chiens 15

Autrement dit, très exactement, dans les rapports de- 1,2, 3.

La crépitine noire est beaucoup plus toxique que la crépitine rouge.

Voici d'abord les chiffres relatifs aux chiens.

Grépitine noire (Chiens)

NUMÉROS

NOMS

DOSE

EN MILLIGRAMMES

par kil.

DURÉE

DE LA SORVIE

(en jours).

Diaz. . ,

Tarascon

Colon

Antilla

Rodriguez

Culebro

Sosie

Othello

Guzman

Atochio

Natchez

Gonzalve

Pacheco

Palebras

Gonzalès

Aztèque

Ge7'as

Concepcion

Inès

Ahnanzora

Melbourne

Grenadio

Sidney

Assompcion

Granada

Castillo

Pueblo

Boléro

0,5 Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Il faut évidemment mettre à part le chien Guzman, qui a présenté une immunité naturelle assez paradoxale, plus ou moins comparable à celle du chien Kakatoa.

Si le chien Grenadio (n° 180) a survécu, c'est qu'il avait reçu en même temps l'extrait cérébral du chien Belem, déjà mentionné plus haut, et qui était sans doute très fortement immunisé, puisqu'il avait résisté à 08', 040 de crépitine rouge.

En définitive, la dose toxique de crépitine noire paraît

être très voisine de 08'',001, c'est-à-dire se rapproclier de la dose toxique de la crépitine mixte.

Je n'ai pas fait d'injections de crépitine noire à des cobayes, mais seulement à des lapins, et j'ai obtenu les chiffres suivants :

Crépitine noire (Lapins)

NUMÉROS

DOSE

EN MILLIGRAMMES

DURÉE

par kil.

DE LA SURVIE

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Survit.

Les lapins ont donc une dose limite de Os^OOiS par kilogramme, c'est-à-dire qu'ils sont 4 fois moins sensibles que les chiens.

En tout cas, ce qui ressort nettement de ces expériences, c'est que la crépitine x'ouge est 15 fois moins toxique que la crépitine noire.

Il me paraît peu rationnel d'admettre que la crépitine rouge doive sa toxicité à des traces de crépitine noire ; car

CHARLES RIGHET.

autant il est difficile d'avoir de la crépitine noire ne contenant pas de traces de crépitine rouge, autant il est facile, par une solution alcoolique à 50 ou même à 62 p. 100 d'alcool, d'éliminer complètement les albumines qui, comme la crépitine noire, précipitent par plus de 25 p. 100 d'alcool. Le filtrat est parfaitement pur, et cette solution alcoolique peut être indéfiniment gardée.

D'ailleurs, vu l'importance de cette séparation rigoureuse, je cherche en ce moment à obtenir des séparations plus complètes encore entre les deux crépitines différemment solubles, suivant les proportions d'alcool.

Les crépitines noire et rouge ont été aussi étudiées au point de vue de la puissance anaphylactique. Pour faciliter le langage, nous appellerons injection préparante la première injection anaphylactisante, et injection déchaînante la seconde injection qui provoque les accidents d'anaphylaxie.

La crépitine rouge a un pouvoir déchaînant notable. (La limite toxique, chez le chien, est de 0*?',015.)

Crépitine rouge. Injection déchaînante.

NOMS

DOSE

EN MILLIGR.

par kil.

ACCIDENTS ANAPHYLACTIQUES.

Philadelphie ....

Michigan

Bolivar

Mexico

Nicaragua

Louisiane

Raminto

Concepcion

Texas

Assez forts. Survit.

Très forts. Survit.

Moyens. Prurit intense. Survit.

Très forts. 4 jours.

Très forts. Survit.

Survit.

Très faible. Survit.

Faible.

Survit.

La crépitine noire a, elle aussi, un pouvoir déchaînant très fort. (La dose toxique de crépitine noire est, chez le chien, de 0&'r,001.)

Mais il faut interpréter ces faits ; car les conditions, chez ces différents chiens, étaient très différentes.

Crépitine noire. Injection déchaînante.

DOSE

EN MILLIGR.

par kil.

ACCIDENTS ANAPHYLACTIQUES.

Ténériffa. . . ^ . .

Crépita

Hudson

Lille

Kinley

Baltimore

Dayton

Ver a Cruz

Québec

York

Vaiicouvra

Louisiane

Honolula

Bolivar

Paolo

Roscoff'.

Bornea

Très forts. Mort en 25'.

Très forts. Mort en 3 li.

Nuls. Survit.

Faibles. Survit.

Assez forts. Survit.

Nuls. 19 jours.

Nuls. Survit.

Nuls. Mort en 8 jours.

Nuls. Survit.

Faibles. Prurit. Mort en 24 h.

Moyens.

Moyens. Survit.

Moyens. Survit.

Extrêmement forts.

Mort immédiate.

Forts. Survit.

Très forts. Mort en 1 jour.

Chez Ténériffa et Créjnla on ne peut pas dire qu'il s'agisse de vraie anaphylaxie, car la dose injectée a été tellement forte qu'on ne peut rien conclure, sinon que l'animal n'était pas immunisé contre une aussi forte dose.

Hudson, Lille, Kinley, Dayton, Québec ont survécu à des doses mortelles pour des chiens normaux, et ils n'ont pas présenté de phénomènes anaphylactiques. Ils étaient donc bien immunisés sans être anaphylactisés, alors que les chiens injectés à la crépitine rouge étaient immunisés, mais en même temps anaphylactisés [Michigan et Philadelphie).

On ne peut cependant pas conclure que la crépitine noire n'ait pas de pouvoir déchaînant. Au contraire, son pouvoir déchaînant est manifeste dans quelques cas, par exemple pour Bornr'a et Paolo.

Bornea a reçu le 14 avril 08'",002 de crépitine rouge, ce qui est une dose absolument inoffensive. Le 20 mai, soit 37 jours après, elle reçoit de crépitine 7ioire la dose extrê-

■282 CHARLES lilCHET.

mement faible de 08',004. Immédiatement, elle est prise de vomissement, diarrhée intense, puis coma, avec respiration <lyspnéique, insensibilité complète, mort imminente. Elle se relève pourtant, mais meurt dans la nuit, près de 6 heures après l'injection. A noter que l'injection préparante était crépitine rouge, et l'injection déchaînante crépitine noire.

Paolo a reçu le 15 janvier Os', 01 d'une crépitine (mixte impure) dont la toxicité est faible. Le 28 février, soit au 44" jour, il reçoit en injection déchaînante 08'',0014 de crépitine noire, additionnée de carbonate de soude. Alors, aussitôt, phénomènes extrêmement graves. Vomissements. Etat asphyxique. Cécité psychique et insensibilité. Il meurt 3S minutes après l'injection, ce qui est absolument exceptionnel.

Daijton, qui avait reçu le 14 janvier 08'',007 de la même crépitine mixte, en injection préparante, c'est-à-dire presque exactement la même dose que Paolo, et en même temps que lui, reçoit le 28 février 08'',0029 de la môme solution de crépitine noire que Dajyton, mais sans addition de carbonate de soude. Il n'a pas d'anaphylaxie et survit, sans avoir jamais présenté le moindre trouble. (Il était encore vivant le 15 juin.)

Ces trois expériences prouvent donc : 1° Que la crépitine noire a un pouvoir déchaînant, même si l'injection première a été de la crépitine rouge ;

2° Que la crépitine noire est probablement une pro toxine, puisque son pouvoir toxique augmente par l'action du carbonate de soude.

L'expérience faite avec Roscoff confirme nettement le pouvoir déchaînant de la crépitine noire, même quand l'injection préparante a été faite avec la crépitine rouge. Roscoff a reçu le 23 février 08'",0215 de crépitine rouge et a survécu (car la toxine était mélangée avec du sérum d'un chien immunisé). Le 19 avril, soit au 54® jour, on lui injecte 0^'',0012 de crépitine noire. Il est tout de suite très malade,

avec titiibation, vomissements, diarrhée, inertie absolue, respiration mauvaise, état assez grave qui dure 33 minutes.

Cet antagonisme est d'autant pins intéressant, que de crépitine rouge à crépitine ronge l'anaphylaxie est faible. Ainsi, Louisiane, qui a reçu le 11 février la dose très forte de 08^,019 de crépitine rouge, reçoit le 21 avril, c'est-à-dire au 68® jour, 0s'",005 de cette même crépitine rouge, et n'a rien. Mais, le 20 mai, c'est-à-dire au 29® jour, après avoir reçu 0^1", 002 de crépitine noire, elle a une anaphylaxie des plus nettes (diarrhée intense, état cataleptoïde et spasmodique des muscles, respiration difficile, anhélante). La crépitine rouge n'a pas pu produire en injection déchaînante l'anaphylaxie qu'a provoquée intensivement la crépitine noire ; encore que la première injection ait été de la crépitine rouge.

Donc, il y a interchange d'action entre la crépitine rouge préparante et la crépitine noire déchaînante.

Mais la réciproque n'est peut-être pas vraie ; encore que, par suite du petit nombre d'animaux ayant survécu à l'injection première de crépitine noire, il soit difficile de conclure en toute rigueur.

Philadelphie, Bolivar et Texas ont reçu de la crépitine rouge en injection déchaînante, après avoir reçu de la crépitine noire en injection préparante. Mais ils avaient antérieurement été injectés avec de la crépitine mixte, et la crépitine noire n'a été qu'en seconde injection, la crépitine rouge en troisième, ce qui rend la conclusion difficile.

Je ne peux guère citer que la chienne Co?icepcion qui avait résisté le 28 février à la forte dose de 0&'",0031 de crépitine noire. Le 21 avril, soit au 53" jour, elle reçoit 0?'', 0031 de crépitine rouge et est à peine malade (vomissements et un peu de diarrhée).

Nous retrouverons plus marqué encore ce même antagonisme entre les deux variétés d'une même toxine pour la congestine jaune et la congestine noire.

J'ai fait aussi quelques expériences d'anaphylaxie sur les cobayes et les lapins, mais les résultats ont été assez médiocres, suffisants pour dire qu'il y a anaphylaxie et immunité. Mais l'anaphylaxie comme l'immunité ne sont pas très marquées, et les expériences fournissent alors beaucoup moins de détails que quand elles sont faites sur les chiens.

De l'anaphylaxie « in vitro » avec la crépitine.

Les expériences d'anaphylaxie in vitro que j'avais indiquées dans mon précédent mémoire ont été répétées avec succès par divers auteurs : Friedemann, Dôrr et Russ, Briot, etc., de sorte que ce fait, si important pour la théorie de l'anaphylaxie, n'est plus contestable. Il a d'ailleurs été fortifié par la découverte importante de Friedrerger, que la précipitine obtenue par le mélange de l'antigène avec le sérum de l'animal immunisé, est par elle-même toxique, et provoque chez un animal neuf les syndromes de l'anaphylaxie.

Pourtant il me paraît utile de rapporter quelques-unes de mes nouvelles expériences sur l'anaphylaxie m vit?'o; car l'expérimentation sur le chien, avec un produit relativement homogène, comme la crépitine, fournit de plus amples renseignements que l'expérimentation avec un sérum étranger chez des lapins et des cobayes.

I. Le chien Amérigoreqoii le 4 février 0^^022 de crépitine rouge. Le 11 mars, au SS'' jour, il est sacrifié, et le mélange de son sérum (192 centimètres cubes), avec 0*'''',26 de crépitine rouge, est injecté hBelem,àe 6'', 5 (ce qui fait 0=', 04 par kilogramme).

Pendant l'injection même, il y a une hémorragie intestinale, et il s'écoule par le rectum du sang presque pur. Belem est assez malade, vomit du sang assez abondamment, a de la

EXPERIENCES SUR LA CREPITINE. 28b

diarrhée sanguinolente, se couche, très abruti, et ayant grande peine à se relever. Pourtant, il survit.

L'expérience est doublement intéressante, car Belem a survécu, quoique la dose de O^^Oi de crépitine rouge soit mortelle pour un chien neuf; le sérum était donc immunisant. En même temps, il contenait de l'apotoxine, c'est-àdire la combinaison de la toxine antigène avec la toxogénine du sérum à'Amérigo. En effet, jamais, chez un chien neuf, l'injection de crépitine n'est accompagnée d'hémorragie intestinale, ou même de phénomènes toxiques quelconques.

Par comparaison, le même jour, on mélange 0§'',02 (par kil.) de crépitine avec l'extrait hépatique à'Amerigo et on injecte le mélangea Alcala. Alcalana présente aucun symptôme immédiat (donc le foie ne contenait pas de toxogénine), mais elle n'est pas immunisée non plus, et meurt le 10^ jour. (Donc le foie ne contenait pas plus de toxogénine que d'antitoxine.)

II. La chienne Atala a reçu le 1 1 février 0&%028S de crépitine rouge, sans être malade aucunement. Le 21 mars, au 38^ jour, elle est sacrifiée par hémorragie, et on mélange 90 centimètres cubes de son sérum avec 08^% 145 de crépitine rouge, pour l'injecter à Louvertiire [ce qui fait0°'",05 par kilogramme de crépitine rouge). Après injection de 20 centimètres cubes, Louverture vomit avec intensité : il a de la diarrhée, un léger ténesme rectal et un peu de tilubation. Après que toute la crépitine, mélangée au sérum à! Atala, d. été injectée, Louverture est pris de démangeaisons frénétiques, aussi nettes qu'après l'injection de thalassine. Pendant .5 minutes, il se frotte énergiquement le museau sur le sol, se roule par terre, se gratte de tous côtés, ne sait où aller, tant le prurit est fort. Il est impossible de trouver un exemple plus net de prurit. Or nous savons que le prurit est un des phénomènes essentiels de l'anaphylaxie, et que jamais la crépitine ne provoque rien d'analogue sur un animal neuf.

Louverture avait reçu une dose très forte, trop forte sans doute pour qu'on ait pu ainsi l'immuniser. Il meurt le 8^ jour.

Le foie ^Atala (extrait soluble, hépatique, bien filtré) est injecté à un autre chien, Toussaint, avec Os',04 (par kilogramme) de crépitine. Toussaint a quelques légères et fugaces démangeaisons, et ne paraît d'ailleurs pas incommodé. Il meurt le 17'' jour.

III. Guzman a reçu sans mourir, le 14 février, la dose extrêmement forte de 0s'',0083 de crépitine noire. Il est sacrifié par hémorragie le 28 mars, soit au 42° jour. Le 28 mars, on mélange 11 0 centimètres cubes de son sérum avec Os^'^jOS de crépitine noire, et on injecte la totalité à Pacheca (soit 0,0053 par kilogramme), de 5 h. 15 à 5 h. 23. A 5 h. 25, Pacheco, détaché, a un peu de titubation, de la diarrhée. Puis il tombe sur le flanc^ ne pouvant plus marcher. La respiration est dyspnéique. Pourtant, il conserve son intelligence, il n'a pas de cécité psychique ; mais il est dans un état d'inertie absolue, avec incapacité motrice. Il ne peut se relever et marcher tout seul qu'à 5 h. 45. Il meurt le 14^ jour.

IV. Nicaragua, assez jeune chien bull, a reçu le 5 novembre 0&''',0013 de crépitine mixte, et, le 22 février, la dose très faible de 08'',005 de crépitine rouge, ce qui détermine une très forte anaphylaxie. 50 jours après la seconde injection, le 13 avril, il est sacrifié; on injecte à Taïti 135 centimètres cubes de son sérum, mélangé à 0§'',33 de crépitine jaune. Dès le début de l'injection (0o'",006 par kilogramme) Taïti est assez malade. Il peut se tenir debout, mais il est hébété, presque insensible, ne répondant pas à. des excitations même fortes. On achève l'injection des O»"", 032 (par kilogramme) et les phénomènes, loin de s'aggraver, paraissent plutôt diminuer. Il meurt au 2^ jour.

V. Belem est sacrifié le 22 avril par hémorragie. On prend 62 centimètres cubes de son sérum qu'on injecte à Gonzalès avec 0s'',005 par kilogramme de crépitine noire.

L'injection est finie à 3 h. 38. A 3 h. 45, Gonzalès a une anaphylaxie priiritique légère, mais aussi nette qu'on peut le désirer. 11 se frotte le museau avec les deux pattes. C'était un chien vif et allègre, qui pendant une demi-heure devient triste, fatigué, hébété.

VI. Diémen a reçu le 11 avril 0o'",0085de crépitine rouge; eiAustralia, le 15 avril, 0o%015 de cette même crépitine rouge. Les deux chiens sont sacrifiés le 24 mai, soit aux 44^ et 41'' jours, par hémorragie. On mélange les deux sérums, qui sont injectés à Melbourne, avec 0s'',0023 (par kilogramme} de crépitine noire (160 centimètres cubes de sérum). L'injection est finie à 3 h. 38. D'abord Melbourne n'est pas malade; mais à 3 h. 48 apparaissent les démangeaisons,, nettes et modérées. A3 h. 56, elles s'exacerbent, et enfin à 4 h. 2, elles deviennent frénétiques, d'une intensité extrême.

VIL Bas de Cuir a reçu le 7 février 08'",005 de crépitine^ royge. Le 15 avril, c'est-à-dire au 69'^ jour, il est sacrifié par hémorragie, et 230 centimètres cubes de son sérum sont injectés à Diémen, mélangés à 0"'",0085 (par kilogramme) de crépitine rouge. Diémen a une attaque légère, maisnette,^ de démangeaisons.

VIII. Michigan, Québec et Georgia sont sacrifiés par hémorragie. Ils avaient reçu de la crépitine mixte et de la crépitine rouge à plusieurs reprises, 40 jours auparavant. Leur sérum (mélangé) est mélangé à 0»'",8 de crépitine jaune et injecté, à la dose de 190 centimètres cubes, à Cypris de 17'', 4 (soit ll'=%2 de sérum par kilogramme et 08'-,048 par kilogramme de crépitine). Dès le début de l'injection, il y a hémorragie intestinale chez Ctjpris. Du sang presque pur s'écoule parle rectum. D'abord, il y a un prurit intense, puis, au bout de vingt minutes, l'état s'aggrave. Grande faiblesse. Stupeur. Respiration mauvaise. Cypris se couche, peut marcher encore, mais est tout à fait épuisée. L'extrême stupeur alterne avec des démangeaisons féroces Cypris meurt le lendemain même de l'injection.

Ces huit expériences, qu'il faut ajouter aux expériences indiquées dans le précédent mémoire [Mattagrossa, Romulus, etc.), établissent donc d'une manière indiscutable le phénomène que j'ai, le premier, appelé anapfiylaxie in vitro C'est, à ce qu'il me semble, un fait de capitale importance, et je ne crois pas qu'on puisse l'expliquer autrement que par l'hypothèse proposée dès mon mémoire de 1907, à savoir qu'il y a une toxogénine dans le sang des animaux anaphylactisés, et que cette toxogénine, réagissant sur la toxine antigène, donne une combinaison toxique, Vapotoxi?ie, poison anaphylactique, à effets particuliers, disparaissant très vite du sang, produisant, à dose faible, prurit; à dose moyenne, diarrhée, vomissements et hébétude ; à dose forte, dyspnée, état comateux, et hémorragies gastro-intestinales.

Peut-être, d'ailleurs, cette anaphylaxie in vitro ne doit-elle pas être généralisée outre mesure, car avec la congestine des actinies je n'ai jamais rien pu voir d'analogue.

De l'anaphylaxle cérébrale « in vitro ».

J'ai supposé que la toxogénine des chiens anaphylactisés n'existait pas seulement dans le sérum du sang, mais encore dans le tissu cérébral, et l'expérience a confirmé mes prévisions.

Voici comment l'expérience a été faite :

Le cerveau d'un chien, sacrifié par hémorragie, est traversé par un courant d'eau injectée par la carotide, dp manière à être débarrassé de tout le sang qu'il contient.

1. M. WoLFF EissNER [Handbuch der Serumtherapie, 1910) appelle cette théorie de l'apotoxine une théorie emhrouïllé.e {verwir rende). C'est sans doute parce qu'il n'a pas pu la comprendre, ce qui ne dépend pas tout à fait de moi.

Alors le cerveau est broyé avec du sable en pulpe très fine, et agité avec 3 fois son poids d'eau salée à 7 p. 1 000 de NaCl. L'extrait est centrifugé, et le liquide opalescent qui surnage filtré à quatre reprises sur du papier filtre très serré (trois filtres superposés à chaque filtration). Le liquide reste toujours un peu opalescent, mais finit par passer sur ces triples filtres aussi rapidement que de Teau. La quantité de matière organique a été de 0,46 p. 100 dans un dosage,

Ce liquide peut être injecté sans inconvénient à des chiens, même à dose très forte.

Si l'on évalue en centimètres cubes la quantité de liquide cérébral injecté par kilogramme d'animal (et toujours l'extrait aqueux cérébral était fait par broyage du cerveau avec 3 fois son volume d'eau), on a pu, sans obtenir aucun autre symptôme que quelquefois une passagère anhélation et un peu de diarrhée, injecter les quantités suivantes (en centimètrescubes) : 10,0—10 — 10 —9 — 6,2 — 4,5 — 4,4—4 — 3,6 — 3 — 2 — 0,5, ce qui suffit pour établir la relative immunité de cette injection d'extrait aqueux cérébral.

Au contraire, si l'extrait aqueux du cerveau d'un animal anaphylactisé est mélangé avec l'antigène qui a anaphylactisé, il se fait immédiatement une réaction violente, et une anapliylaxie parfois très intense se déchaîne.

En voici quelques exemples typiques :

I. Amérigo a reçu il y a 35 jours Oêï',024 de crépitine rouge. On injecte 60 centimètres cubes de son extrait cérébral (soit 5'=%9 par kilogramme à Honduras avec 0,001 (par kilogramme) de crépitine rouge. Aussitôt après l'injection apparaissent des phénomènes extrêmement graves, perte de connaissance, yeux hagards, iris dilaté, cécité psychique, respiration asphyxique. Puis se manifestent nystagmus, cécité psychique, diarrhée avec sang dans les fèces, titubation, etc.

Néanmoins, Honduras survit à cette anaphylaxie intense : il ne meurt que le 35** jour.

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