TOME VII
290 CHARLES RIGHET.
II. Nicaragua, 50 jours après l'injection déchaînante de crépitine mixte, est sacrifié par hémorragie. L'extrait cérébral est injecté à la dose très faible de 0'^'=,5 par kilogramme à tionolula avec 0^^', 0005 par kilogramme de crépitine rouge. Dès que l'injection de cette minuscule dose est terminée, apparaissent des phénomènes graves, troubles de la locomotion, ataxie, paraplégie, nystagmus et diarrhée. Pour s'assurer que l'extrait cérébral n'est pas par lui-même toxique, on injecte 1 centimètre cube (par kilogramme) de ce liquide, non additionné de crépitine, à Sandwich, ce qui provoque quelques troubles respiratoires qui ne durent que 5 ou 6 secondes, puis tout disparaît, alors que Ronolula reste pendant une heure extrêmement malade. Honolula a survécu.
Le lendemain, ce même liquide est injecté à Bornéa (1 centimètre cube par kilogramme) sans addition de crépitine, et cela sans aucun efTet. Même après addition de 0»^',002 par kilogramme de crépitine, on n'observe plus le lendemain aucun effet sur Bornéa (comme si la toxogénine avait disparu ?) .
III. Belem, au 42® jour, après injection préparante de 0ê'",040 de crépitine rouge, est sacrifié par hémorragie. On injecte 20 centimètres cubes de son extrait cérébral à ^rroyo (de 12 kilogrammes) (soit i"'^,^ par kilogramme), avec la même quantité de Os', 00033 par kilogramme de crépitine noire. Injection finie à 4 h. 5. A la fin de l'injection, il a de ladiarrhée, et est très faible. A 4 h. 10, l'état s'aggrave, la respiration se suspend, le cœur bat avec une force extrême, assez pour soulever violemment le thorax et ébranler la tête. Puis la respiration revient et reprend son rythme normal. Alors l'animal est dans un grand état d'épuisement. Il ne peut se tenir debout. Un liquide séreux, diarrhéique, mélangé à du sang, s'écoule par le rectum. Mais la respiration devient de plus en plus mauvaise, et finit par s'arrêter. Il meurt par arrêt respiratoire, le cœur continuant à battre, à4h.23.
Mais j'ai poussé l'expérience plus loin. De l'extrait cérébral de Belem, 20 centimètres cubes seulement avaient été injectés à Arroyo. Alors 80 centimètres cubes de ce même liquide sont précipités par l'alcool ; le précipité, abondant, est séché sur papier, puis redissous dans l'eau et injecté avec 081,0022 par kilogramme de crépitine noire à Grenadio (de 1^,2). Injection terminée à lh.30. L'animal, détaché, est observé avec soin. Il a quekfues troubles (légers), de la démarche et une titubation à peine perceptible. Puis apparaît (1 h. 40) un prurit faible d'abord, mais qui devient de plus en plus net. Il se gratte partout, se frotte le museau contre terre avec ses deux pattes, renifle de tous côtés, se gratte le flanc avec la patte, se mordille la queue, se lèche les pattes, se frotte les oreilles avec frénésie. Cet état de prurit ne dure guère et paraît terminé à 1 h. 5o.
L'expérience est donc très nette, et semble prouver que l'élément toxique, la toxogénine, dissoute dans l'extrait cérébral, a été précipitée par l'alcool, et a pu se redissoudre dans l'eau.
Je dois ajouter que ce même précipité alcoolique du liquide cérébral de Belem, additionné de crépitine, a été aussi injecté à Chrysale le même jour, et que Chrysale n'a eu que des symptômes peu accusés, un peu d'hébétude et d'essoufflement. Il est vrai que Chrysale n'était pas un chien neuf, mais qu'il avait reçu récemment de l'actino-congestine.
IV. Québec^ Michigan et Georgia sont sacrifiés par hémorragie. On mélange l'extrait cérébral aqueux, bien filtré, de ces trois chiens, et on en injecte 4o centimètres cubes (3'='=, 8 par kilogramme) à Mufti avec Osi',039 de crépitine rouge. L'injection est terminée à midi 28. D'abord, il n'y a aucun phénomène. A midi 48, Mufti commence à avoir quelques démangeaisons qui deviennent notablement plus fortes, sans être intenses. Mufti se gratte le museau avec ses pattes, se lèche, et se mordille les pattes. Mais il n'est nul-
lement malade. A 1 h. 30, il essaye le coït avec Sosia, qui a reçu, à 1 h. 25, du même liquide cérébral, 4'^<=,2 par kilogramme, mélangés à la très forte dose de 0,026 de crépitine noire. Sosia est un peu hébétée et survit, ce qui n'est pas démonstratif, car la dose de 0&'",026 de crépitine noire est suffisante pour produire des troubles.
V. Pizavî-a, très jeune chienne de 3 mois, injectée le 26 décembre avec 0ë»",003 de crépitine mixte, a survécu. Elle est sacrifiée le 23 février, soit au 59" jour. Son extrait cérébral aqueux est injecté à la dose de 14 centimètres cubes par kilogramme à Boiilogna avec 0»'',020 de crépitine rouge par kilogramme.
Boidogna est rapidement très malade. Elle tombe par terre, e|; ne peut se relever qu'à peine. Sa démarche est titubante, ataxique. Finalement, elle ne peut plus se relever. Insensibilité presque complète. Etat très grave. Elle meurt au 2® jour, et on trouve du sang en abondance dans l'intestin et dans le foie.
VI. Grenadio a reçu le 23 avril 08'',0022 de crépitine noire. Le 15 juin (au 55*^ jour), il est sacrifié par hémorragie. L'extrait aqueux de son cerveau est centrifugé, et le liquide qui surnage est précipité par 4 volumes d'alcooL Ce précipité, desséché dans le vide et pulvérisé, est repris par l'eau. Le filtrat, limpide, est additionné de 0''',003 (par kilogramme) de crépitine noire et injecté à Makoko. Sept à huit minutes après que l'injection est terminée,^ apparaît un prurit extrêmement net. Makoko se frotte le museau avec les pattes, se lèche et se mordille partout, se frotte frénétiquement le museau contre un paillasson, en se roulant dessus. Ce prurit très fort dure peu de temps. Au bout d'un quart d'heure, Makoko est revenu à l'état normal. Il n'a d'ailleurs eu, en fait de symptômes, que du prurit.
Ainsi, ces 6 expériences établissent formellement ce fait que la crépitine, mélangée au cerveau (et même au précipité alcoolique du cerveau) agit comme une substance toxique
immédiatement ofTensive (apotoxine) e1 déchaînant immédiatement des accidents anapiiylactiques, anssi nettement que l'amygdaline mélangée à l'émulsine provoque les accidents toxiques de l'empoisonnement cyanliydrique.
L'expérience vient d'ailleurs d'être répétée d'une manière ingénieuse par Belin [Bull, de la Soc. de Biol., mai 1910) sur des cobayes.
11 est vrai que dans quelques cas les résultats ont été négatifs, mais en pareil cas les faits négatifs n'ont pas grande valeur. Tous ceux qui ont étudié les réactions humorales des animaux immunisés savent qu'on observe de nombreuses et formelles exceptions.
Voici quelques faits négatifs :
I. Guadeloupe reçoit d^^i (par kilogramme) du cerveau de Vadius, avec 08'",015 de crépitine rouge. Nul effet: cependant il a peut-être quelques légères et fugaces démangeaisons.
II. Port-au-Prince reçoit 10'=<=,6(par kilogramme) du cerveau diAtala avec O^^^jOSS (par kilogramme) de crépitine rouge, et ne présente absolument aucun phénomène.
III. Australia Te(jO\i ^'^'^,2 par kilogramme du cerveau de Bas-de-Cuir avec0s'",014 de crépitine rouge. Nul phénomène. [Boréal reçoit le même jour 4*^*=, 6 par kilogramme du même liquide cérébral non additionné de crépitine, et n'a aucun phénomène, sinon un peu de polypnée pendant l'injection.)
IV. Pépito a reçu le précipité alcoolique cérébral d'un chien anaphylactisé (mélangé avec de la crépitine) et n'a eu aucun symptôme.
Voici d'ailleurs, résumé en un tableau, le résultat de ces expériences d'anaphylaxie cérébrale in vitro.
Ajoutons à ces faits très nets quelques expériences faites avec la congestine des actinies, mélangée avec l'extrait cérébral de chiens anaphylactisés contre la congestine.
Je dois indiquer ici, pour y revenir plus tard, que la congestine noire et la congestine jaune sont mortelles, en 3
DOSE
DOSE
NOMS
d'extrait cérébral aqueux'
par kil.
de
CRÉPITINE
niilligr.