IV
De 2 à 4 VI 264
De 5 à 7 VIII 294
De 12 à 15 IV 276
De 16 à 21 VII 217
De 24 à 33 IV 196
De 34 à 43 IV 182
Mais le fait surprenant, c'est que, très longtemps après (du cent trente-sixième au cent soixante-quatrième jour), la leucocytose persiste. XTI chiens ayant subi une injection de crépitine ont, du cent trente-sixième au cent soixantequatrième jour, présenté une leucocytose moyenne de 182, chiffre, comme on voit, tout à fait différent de la normale, qui est 100.
Voilà donc une preuve nouvelle, bien propre à nous assurer que la sensibilité des leucocytes est extraordinairement délicate, puisque, six mois après l'injection d'une toxine, l'organisme en a gardé le souvenir.
On peut se demander si les maladies infectieuses qui ont déversé leurs toxines dans le sang, n'ont pas ce même pouvoir, de maintenir une leucocytose durable. Mais je ne connais guère sur ce sujet qu'un mémoire, peu explicite d'ailleurs, de Sacquépée [Arch. de méd. expér., XIV, 1902, 124-129); il serait sans doute utile de comparer l'état leucocytaire du sang avant une maladie infectieuse et après cette maladie, voire même longtemps après.
Ce n'est pas seulement avec la crépitine que cet effet prolongé s'observe ; on le constate même après des injections de propeptone, soit dans la veine, soit dans le péritoine.
Des chiens ayant reçu de la propeptone dans la veine, à des doses relativement fortes (de 1 gr. à 0 gr. 1 par kilogr.) ont eu, du douzième au soixante-dixième jour, une leucocytose moyenne de 176.
Après injection de propeptone dans le péritoine à dose très faible, 0,005, ou 0,0005, ou 0,00005 par kilogr., ils ont, pendant douze jours, présenté de la leucocytose (XIV expériences, leucocytose moyenne : 190).
La seule objection qu'on puisse faire à ces expériences (et on ne peut la présenter pour les injections péritonéales), c'est que l'injection veineuse a nécessité une petite opération, la mise à nu de la veine tibiale, et, par conséquent, déterminé une légère suppuration consécutive. Mais je me
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suis assuré que, vers le dixième jour, la plaie est toujours guérie. Et, d'ailleurs, dans les expériences qui vont suivre, j'ai évité cette très petite cause d'erreur, car l'injection a été faite directement dans la veine, sans mise à nu préalable. Dans quelques cas, l'injection, au lieu d'être introduite dans la veine, a été faite dans le tissu cellulaire, mais l'absorption a été très rapide, et, par conséquent, presque équivalente à une injection intraveineuse.
B. Effets des doses faibles. — Si l'on injecte dans les veines d'un chien 2 cm^ d'une solution de crépitine très diluée (au dix-millième), on n'observe aucun phénomène immédiat; mais, quarante-huit heures après, il se produit une réaction leucocytaire qui est hors de proportion avec l'infimité de la dose injectée.
Or, comme l'excipient de la crépitine est la solution isotonique de chlorure de sodium, il faut d'abord savoir quel est l'effet de cette injection sur la réaction leucocytaire. 11 n'est pas négligeable, et, quarante-huit heures après l'injection, on trouve 140. Il semble qu'on puisse assimiler, au point de vue de la réaction leucocytaire, l'injection péritonéale et l'injection veineuse.
Avec les doses faibles de crépitine, on obtient un effet bien plus marqué, et la réaction leucocytaire monte à
De nouveau, nous voyons la puissance énorme des doses faibles, puisque aussi bien il s'agit d'un centième de milligramme par kilo.
Remarquons même que nous arrivoijs ainsi presque aux limites de divisibilité de la matière. Il y a, dans 100 grammes de sang, mille milliards de leucocytes; par conséquent, un centième de milligramme agit sur mille milliards de leucocytes, ce qui, pour chaque leucocyte, est un poids de 10-^'' de crépitine (d'ailleurs mêlée à beaucoup d'impuretés) et possédant une molécule très lourde, qu'on peut évaluer à 10.000, ce qui nous donne pour la quantité évaluée
€n molécule-gramme agissant sur un seul leucocyte, la quantité invraisemblablement faible de 10--°.
Après les closes fortes, l'effet leucocytaire dure longtemps; avec les doses faibles, il disparaît vite. Au bout de huit ou dix jours, l'animal est revenu à sa formule hématique normale.
Mais si alors on lui injecte à nouveau de la crépitine, il est devenu immune, et la réaction ne se produit pas.
En effet, alors que sur XII chiens neufs la leucocytose avaitjété de 180, sur VIII chiens soumis à une seconde injection (même dose de crépitine), la réaction a été de 90.
Ici se présente un fait singulier : c'est que cette réaction est interchangeable.
IV chiens ayant reçu une injection de propeptone dans le sang ont eu 175; à la seconde injection^, soit de crépitine, soit de peptone, soit de chlorure de sodium, ils n'ont eu que 100.
III chiens, ayant eu après injection de chlorure de sodium 150, n'ont eu, au vingt-troisième jour après l'injection seconde (crépitine, chlorure de sodium ou peptone), que 103.
Pour mieux faire saisir cet interchange entre les substances qui provoquent la réaction leucocytaire, je mentionnerai une expérience tout à fait probante, et cela d'autant plus qu'elle a été entreprise comme contrôle de faits déjà établis par d'antérieures expériences, mais pour lesquels je cherchais une confirmation.
Sept chiens reçoivent, le 26 mai, une même dose de crépitine variant de 0,000017 à 0,000028. P. Lassablière, qui faisait les numérations globulaires, ignorait absolument les conditions diverses dans lesquelles se trouvaient ces VII chiens (le 28 mai).
Or, chez ces VII chiens, il a trouvé alors en leucocytes : 155, 120, 101, 101, 93, 90, 64. Celui qui a eu 155 était le seul qui n'avait pas été injecté précédemment. Les six autres
LA REACTION LEUCOCYTAIRE. 39:;
avaient, le 3 mai, reçu de la crépitine (120, 101, 93, 90), ou de la peptone (101), ou du NaCl (64). Le fait de l'immunité interchangeable s'est donc trouvé vérifié.
Nous avions vu l'immunité interchangeable pour les injections péritonéales ; voici que nous la retrouvons pour les injections intraveineuses.
C'est là un fait qui me parait très important; car il établit (pour la première fois, je crois) ce qu'on peut appeler l'mimunité générale, c'est-à-dire une immunité pour des substances différentes, aussi diff"érentes les unes des autres que peuvent l'être des solutions de chlorure de sodium, de peptone et de crépitine.
Une conclusion se dégage. La réaction leucocytaire, non la nature des substances injectées, entraîne l'immunité. S'il y a eu une première réaction leucocytaire forte, alors, quelle que soit la substance injectée, il y a immunité pour la seconde injection, quelle que soit la nature de cette injection seconde. L'immunité dépend duchimisme cellulaire et non des forces extérieures à la cellule et agissant sur elle.
Ce qui confirme dans cette opinion, c'est que si, à la première injection, pour telle ou telle cause, la réaction a fait défaut, il n'y a pas d'immunité pour la seconde. Un chien qui, après la première injection de crépitine, n'avait eu (par grande exception) que 108, étant soumis à l'injection déchaînante, a eu 203. Un autre chien, qui n'avait eu (par exception) que 108 à la première injection, a eu à la seconde injection 120; ce qui est un des chiffres les plus forts pour la seconde injection de crépi-tine. Un autre chien qui, après avoir eu, pour la peptone, 104 à la première injection, a réagi assez fortement à la crépitine, et a eu 149.
Cette remarquable immunité ne se prolonge pas très longtemps. Au bout de vingt-trois jours, elle est très nette; mais, au bout de quarante-cinq jours, elle semble avoir tout à fait disparu.
390 CHARLES RICHEï.
En effet, deux chiens ayant reçu de la peptone depuis quarante-cinq et cinquante-sept jours ont eu, à l'injection seconde de crépitine, une réaction leucocytaire forte, 213. et 218.
Ce retour à l'état normal au bout de quarante-cinq jours prouve bien l'exactitude de notre méthode. Sauf de rares exceptions, on peut toujours expliquer pourquoi, dans tel ou tel cas, il n'y a pas de réaction leucocytaire. Les anomalies apparentes qu'on constate finissent toujours, quand on les étudie de près, par comporter une explication rationnelle et simple. Toutefois, à la quatrième ou cinquième injection, les résultats, même si l'on a mis de grands intervalles entre les injections, sont confus, et permettent difficilement une conclusion.
Encore que ces faits d'immunité générale ne s'appliquent qu'à un phénomène presque latent, qui ne se traduit que par un plus ou moins grand nombre de leucocytes, il me parait qu'en médecine cette donnée nouvelle est d'une essentielle importance. Avec de petites doses, de très petites doses^ on peut immuniser contre un symptôme, et immuniser généralement^ c'est-à-dire empêcher ce symptôme de se produire, quelle que soit la cause qui le provoque. Je ne sais si, pour les cellules nerveuses, on pourra retrouver la même immunisation générale que pour les leucocytes; mais, étant donnée la grande similitude fonctionnelle de toute cellule vivante, cela me semble assez probable. Le tout sera de trouver ce réactif qui, agissant sur la cellule nerveuse à faible dose, provoquera, au bout de plusieurs jours, une immunité générale qui pourra durer plusieurs semaines. Le problème est posé maintenant, et je laisse aux médecins le soin d'en déduire les conséquences.
LA RÉACTION LEUCOCYTAIRE. 397
Mais, pour rester dans le domaine hématologique, il est bien évident^ en tout cas, qu'une injection intraveineuse (ou sous-cutanée), même d'une solution isotonique, est une action thérapeutique déjà énergique. Qui sait si, par cette méthode, avec des solutions diluées de diverses substances, et toujours avec de faibles doses, on ne modifiera pas profondément la réceptivité des organismes?
La puissance vaccinante des liquides microbiens (stérilisés) est établie par un grand nombre de faits absolument positifs. Peut-être la dose injectée est-elle toujours beaucoup trop forte. Peut-être., par d'autres substances, produirait-on le même effet. Toutes ces questions sont à résoudre, et je n'ai pas la prétention de le tenter ici.
J'ai voulu seulement indiquer qu'une voie nouvelle est ouverte, qui conduira certainement à des applications fécondes.
Conclusion.
Je crois devoir résumer, non par des propositions, mais par des chiffres précis, les faits indiqués dans le cours de ce travail.
On pourra se faire ainsi une idée exacte des phénomènes importants, riches peut-être en conséquences pratiques, que nous apporte l'étude de la réaction leucocytaire.
Leucocytes
par centième
de millim. cubp
de sang.