TOME vu
Chiffres importants, car ils représentent une moyenne, très homogène, de plus de soixante expériences.
Réaction leucocytaire après injection péritonéale.
Il suffit d'injecter une très faible dose de liquide, toxique ou non, dans le péritoine, chez les chiens, pour observer,^ cinq heures après, une réaction leucocytaire extrêmement nette.
XIV chiens ayant reçu une injection de chlorure de sodium en solution isotonique (stérilisée) ont donné en moyenne 143, quand la quantité de liquide injecté était supérieure à 0 cm^ 1 par kilogramme.
XXXII autres chiens ayant reçu une injection du même liquide, mais à la très faible dose de 0 cm^ 1 par kilogramme, ont donné exactement la même moyenne de 143.
Aussi peut-on en conclure que, dans une très large mesure, la réaction leucocytaire, après injection préalable de la solution isotonique de NaCl, est indépendante de la dose injectée.
Si, au lieu d'injecter du NaCl, on injecte une solution de propeptone ' (stérilisée), on retrouve aussi ce même phénomène d'une réaction leucocytaire presque indépendante de la dose.
Quantité de peptone (en grammes)
Nombre d'expériences.
Inj
en solution p. 100.
action de 1 cent. cube.
Leucocytose moyenne.
1, Propeptone purifiée par plusieurs précipitations successives par l'alcool.
LA REACTION LEUCOCYTAIRE.
Ainsi des solutions très faibles de peptone, à 0 gr. 05 p. 100 déterminent la très forte leucocytose de 221 .
Les albumines solubles injectées dans le péritoine ont un effet aussi marqué que la peptone sur la réaction leucocytaire. J'ai expérimenté surtout avec le sérum musculaire (jus de viande crue).
Là encore l'influence de la dose est peu marquée.
Nombre d'expériences.
Sérum musculaire.
Pur
Dilué à 1/10 1.
Moyenne générale
Leucocytose moyenne.
De là ressort ce fait bien extraordinaire que des doses infiniment petites de plasma musculaire, soit 1 cm^ d'une solution au dix-millième, provoquent une très forte leucocytose. Notons que 1 cm^ de plasma musculaire contient à peu près 0 gr. 05 d'albumine, soit, pour un chien de 10 kilos, 0,005. C'est donc la dix-millième partie de 0 gr. 005; c'est à-dire 0 gr. 0000005, qui a été active sur un kilogramme de chien, soit le dix-millième de milligramme.
Et on ne peut objecter que c'est l'excipient (NaCl) qui a été l'élément actif, puisque nous savons, parles nombreuses expériences indiquées plus haut, que la réaction leucocytaire, après NaCl, est 143 et non 198.
Remarquons enfin que, pour le plasma musculaire comme pour le chlorure de sodium, comme pour la propeptone, l'effet leucocytaire est, dans une très large mesure, indépendant de la dose.
De là, semble-t-il, une conclusion générale se dégage, bien importante au point de vue thérapeutique, c'est qu'on
1. Dans une solution stérilisée de NaCl isotonique, à 7 p. 1000.
emploie probablement pour les injections péritonéales des doses beaucoup trop fortes. Il est vrai que, dans le cas actuel, Il ne s'agit que des leucocytes, et qu'il y aurait sans doute quelque témérité à adapter à tout l'organisme ce qui a été constaté seulement pour les leucocytes. Tout de même cette efficacité des solutions très faibles doit donner à réfléchir. Il est indifférent d'injecter 1 cm^ de plasma musculaire ou 1 cm^ de liquide ne contenant qu'une dix-millième partie de plasma musculaire. Les solutions contenant (pour 100 cm^) 5 grammes ou 0 gr. S, ou 0,0o, ou 0,005 de peptone provoquent sensiblement la même réaction leucocytaire.
Immunité leucocytaire après injection péritonéale.
En réunissant toutes les expériences dans lesquelles il a été fait une première injection péritonéale de la solution isotonique de NaCl, j'ai pu réunir LV cas, pour lesquels la moyenne a été de 144 (maximum, 220; minimum, 113).
Nous pouvons donc considérer ce chiffre comme tout à fait positif.
Or, trois semaines après, en refaisant sur ces mêmes chiens une seconde injection du même liquide (NaCl en solution isotonique), j'ai constaté ce fait paradoxal et imprévu de V immunité ; c'est-à-dire que les chiens qui avaient réagi énergiquement à la première injection (de 100 à 144) ne réagissent pas à la seconde.
Autrement dit, ils ont acquis l'immunité (pour la réaction leucocytaire), au chlorure de sodium.
Et l'expérience est tout à fait décisive ; car on peut suivre méthodiquement le moment où cette immunité s'établit, et le moment où elle disparaît.
LA RÉACTION LEUCOCYTAIRE. U89
Effets de la seconde injection.
Intervalle Nombre Leucocytose
entre la l'' et la 2° injection. d'expériences. moyenne.
Du 4<= au 17« jour. . . X 143
Du 19« au 60« jour. . . XVII 99
Du 63« au 101'= jour. . . IX 141
Ces chiffres sont très éloquents.
La moyenne du chiffre leucocytaire après une première injection est 144.
Du quatrième au dix-septième jour après cette première injection, on trouve 143; après le soixantième jour, on retrouve le chiffre normal 141. Il est inutile d'insister pour montrer que 143 et 141, et c'est le même chiffre, exactement.
Il est donc démontré par ces chiffres nombreux, cohérents, qu'il se fait une immunité contre les injections péritonéales de chlorure de sodium, mais qu'elle ne s'établit qu'au bout de deux semaines, et qu'elle ne dure pas plus de deux mois.
Cette immunité ainsi constatée ne porte que sur un seul phénomène, n'atteint qu'un seul tissu, et dans une seule de ses manifestations. Nous évoluons dans une physiologie qui est absolument soustraite à toute constatation autre qu'un plus ou moins grand nombre de leucocytes. Ni à la première ni à la seconde injection aucun symptôme n'apparaît, et, si nous n'avions pas ce signe objectif, très évident, d'un plus ou moins grand nombre de leucocytes, nous serions forcés de dire que la première injection a été sans effet, et que la seconde injection a été également sans effet.
Mais il n'en est pas ainsi. Une réaction s'est produite que nous décelons : 143 au lieu de 100. Et les leucocytes ont été affectés de telle sorte que trois semaines après, si l'on fait une seconde injection, au lieu de retrouver 143, on trouve 99. Ils sont donc immunisés.
Deux mois après, ils sont revenus à l'état normal, et, après la seconde injection, on retrouve le chiffre normal de
Cette immunité à l'injection de 1 cm^ de solution isotonique se retrouve avec la même netteté pour les injections de 1 cm'' d'une solution de propeptone àO gr. 05 ou 0 gr. 005 pour 100.
Sur IX chiens ayant reçu cette injection de propeptone, la leucocytose a été, en moyenne, de 188 (car nous en éliminons II qui ont eu un chiffre exceptionnellement fort, 300 et 280). Mais, à la seconde injection, le chiffre est tout différent, et l'immunité est éclatante.
Intervalle >sombre
entre la l'" et la 2" injection. d'expériences. Leucocytose.
Du 6« au 20« jour ... IV 481
Du 21« au 36« jour ... VI 81
Ici l'immunité, et une immunité qui ne s'établit qu'à partir du vingtième jour, est plus nette encore qu'après une injection salée isotonique.
En réunissant ces chiffres relatifs tant à la propeptone qu'à la solution salée isotonique, on voit que, si la réaction leucocytaire est supposée égale à 100, on a pour l'injection seconde :
Pendant les 20 premiers jours (XIV). . . 98
Du 20« au 62« jour (XXIII) 63
Du 62*= au 100« jour (IX) 98
Ainsi la démonstration de cette immunité cellulaire, élémentaire, est absolument rigoureuse. Trois semaines après que les leucocytes ont réagi à l'injection, ils sont devenus, pendant un mois et demi encore, incapables de réagir; ils ont été immunisés.
Et pour provoquer cette immunité, il a suffi de quantités prodigieusement faibles, tellement faibles que j'ai pendant lontemps hésité à y croire. Mais, en multipliant les expériences, j'ai dû me rendre à l'évidence, et reconnaître que 1 cm^ d'une solution isotonique de NaCl produit une forte réaction leucocytaire et une immunité consécutive. L'organisme du chien se souvient, pendant deux mois, du centimètre cube de solution isotonique qui a été injectée dans
LA RÉACTION LEUCOCYTAIRE. 39i
son péritoine. Peut-être les médecins trouveront-ils là matière à réflexion et essayeront-ils d'obtenir de grand, effets avec de petites causes.
Effets des injections intraveineuses.
Les effets des injections intraveineuses sont différents, ■selon qu'il s'agit de doses fortes ou de doses faibles.
A. Effets des doses fortes. — Je n'insiste pas ici sur les effets immédiats, consécutifs à l'injection de peptone ou de térébenthine, effets sur lesquels j'ai jadis appelé Tattention -J'ai vu en effet que, trois minutes à peine après l'injection, de peptone, les leucocytes ont complètement disparu, mais que, huit à dix minutes après l'injection, il y a retour à l'état normal.
L'injection, soit de la solution isotonique de NaCl, soit de la crépitine, à dose toxique, mais non mortelle, n'a aucun effet analogue, ce qui prouve que les changements observés dans le nombre des leucocytes ne sont pas dus à une action immédiate, soudaine, mais sans doute à quelque lente et prolongée action.
Je n'insiste pas sur les hypothèses qu'on peut faire à cet égard (alexine, sensibilisatrice, etc.).
Si l'injection de toxine est forte, ou voisine de la dose mortelle, sans cependant être mortelle, la leucocytose est très forte. J'ai expérimenté avec la crépitine (toxine végétale que j'ai extraite de Hiira crepitans) et j'ai trouvé :
Durée en jours IS'ombre
après l'injection. d'expériences. Leuaocytose.