TOME VI
nérale. Les poisons pruritants se rencontrant dans un grand nombre d'organismes semblent liés à leur préservation ou mieux à leur vaccination contre certains poisons.
Il. — RECHERCHE /DE LA THAPASSINE DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL.
J'ai recherché si, dans le règne végétal, je ne retrouverais pas des poisons analogues à ceux que j'ai étudiés dans les chapitres précédents.
Je me suis adressé pour cela à l’ortie ordinaire ou grande ortie (Urtica dioïca) et j'ai pu, par des méthodes analogues à celles employées dans le traitement des actinies, caractériser la présence de corps pruritogènes.
3 kilog. de plantes sont mis à macérer avec un mélange de 2 litres et demi d'alcool et 2 litres et demi d’eau. Ils sont broyés, puis exprimés avec soin et l’on obtient ainsi 11 litres environ d’un liquide verdâtre que l’on évapore dans le vide à 60-70.
On filtre et on obtient environ 4 litres de liquide que l’on injecte à deux chiens.
Z I. — 88,500, après injection de 1 cc. est pris d'éternuements violents et répétés. Il se frotte le museau avec sa patte. Des injections
successives de cc. en cc. font redoubler les éternuements et augmentent l'intensité des phénomènes.
Z II. — 125,700, l'injection de 2, puis de 5 ce. provoque une agitation très vive, des grattements répétés, des plaintes, pas de phénomènes sternutatoires.
Dans une autre expérience, 3 kilog. d’ortie sont épuisés par l’eau et l’on reconnait que ce liquide est complètement inactif. On les traite alors par l'alcool à 90°, et le liquide filtré est évaporé à basse température, repris par l’eau, puis filtré à nouveau.
L'injection de ce produit provoque, à doses très faibles chez le chien, des démangeaisons. A doses plus fortes, des
tremblements, des convulsions, la mort par arrêt du cœur.
Enfin, 74,700 des mêmes orties sont d'abord épuisés par l’eau, puis traités par l'alcool étendu de son volume d’eau. L’extrait aqueux est reconnu inactif sur deux chiens, l'extrait alcoolique après évaporation dans le vide est trouvé actif sur un chien. On précipite alors le liquide par l'alcool à 98°, on filtre.
Le précipité redissous dans l’eau est injecté à :
Z II. — 6 kilog., reçoit 2 ce. de produit et présente des démangeaisons frénétiques ; il se frotte le museau, les phénomènes sont très nets. PUR
Z IV. — 6 kilog., à la même dose, présente des phénomènes moins nets, mais néanmoins des démangeaisons manifestes.
Le produit bouilli pendant 5 minutes provoque des phénomènes atténués et différents. |
Z NV. — 12 kilog., avec 25 cc. n’a pas de démangeaisons, mais abattement, vomissements, diarrhée, mouvements convulsifs.
S IE. — 10 kilog. (a recu primitivement de la thalassine d’actinie) avec 10 cc. du même produit, ne présente aucun phénomène.
Le filtrat alcoolique évaporé dans le vide représentant 20 ec., ne provoque plus de démangeaisons, mais injecté à des chiens, il entraîne la mort par arrêt du cœur.
Z VI. — 10 kilog., meurt avec 1 cc. par kilo.
Z NII. — 5 kilog., même toxicité.
Z NII. — 7 kilog., avec le même produit porté à l’ébullition pendant une demi-minute, ne meurt qu'avec 14 ce. |
A des doses plus faibles, il provoque parfois une syncope cardiaque.
La respiration artificielle pratiquée pendant quelques instants permet le retour des fonctions,
Z IX. — A un demi-cc. par kilo, a une syncope cardiaque; oh pratique la respiration artificielle; le chien se remet, se ranime el se relève; il marche en titubant, puis se guérit complètement.
mu
J'ai effectué la même recherche sur le Lamium album (Labiées). Le produit est traité de la même façon, épuisé par l'eau, puis par l'alcool; le liquide alcoolique est évaporé dans le vide, puis injecté à :
Z XII. — 8x6,500. L’injection provoque des éternuements, de l'agitation, mais pas de démangeaisons.
Z XII. — 11 kilog., avec une dose double, éternue, extrèmement agité, court et se gratte, démangeaisons répétées.
Z XIII. — 106,400, avec une dose plus élevée encore présente de la défécation, du ténesme, un peu d’abrutissement. Il se lèche constamment les pattes et se mord le dos; puis il se remet, court dans le labo— ratoire, se gratte les oreilles.
Z X. — A la même dose, paraît malade, marche en titubant comme s’il était ivre dans le laboratoire (absence absolue d'alcool), se gratte les oreilles.
Z XI. — 15%6,500, à la même dose, que Z XII, a de la défécation, de : l'abattement, un peu d’agitation; il se secoue quelquefois les oreilles.
Enfin, la fraise ordinaire a été soumise aux mêmes recherches; les fraises sont traitées à l'ébullition avec de l'alcool (3,500 de fraises, 3 litres d’eau et 3 litres d'alcool). On filtre, on évapore le liquide dans le vide, on reprend par l’eau. On filtre et le liquide total représente un litre que l’on injecte à deux chiens.
S V. — (A déjà recu de la thalassine d’actinies) 40 kilog.
Avec 20 cc. n’a aucun effet.
Z XI. — 8 kilog., avec 70 cc. d'extrait ne présente aucun phénomène.
Il semble donc que les poisons pruritants sont très répandus dans le règne végétal, même dans des plantes où l'absence d'organes de pénétration ne permet pas de les soupçonner, telles que le Lamaium album.
Ces corps présentent des propriétés analogues aux thalassines animales. Ils sont solubles dans l'alcool; entraînés par un grand nombre de précipités.
CONCLUSTONS.:
1° Les tentacules d’actinies renferment des poisons solubles dans l’eau, solubles en partie dans l'alcool, provoquant un prurit violent, une congestion intense des viscères, la mort par arrêt du cœur.
2° Parmi ces poisons, on peut isoler une /halassine ou poison pruritant qui provoque les démangeaisons.
3° La purification méthodique des extractifs alcooliques conduit finalement à l'obtention d’un produit cristallin répondant à la composition et aux propriétés de la leucine, mais qui possède en outre des propriétés urticantes manifestes. Ce produit cristallisé n’est d’ailleurs peut être que de la leucine sur laquelle s’est fixée une certaine quantité de thalassine.
4° On peut caractériser aussi dans les tentacules d’actinies des congestines ou poisons congestivants solubles dans l’eau, insolubles dans l'alcool absolu. Ces corps provoquent la congestion des viscères et la mort par l'arrêt du cœur.
5° Une injection antérieure de thalassine produit une immunité relative vis-à-vis d’une injection de congestine.
6° Une injection antérieure de congestine augmente la sensibilité à une injection ultérieure de congestine; il y a anaphylaxie.
1° Les sels de calcium n’ont aucune action préventive contre le prurit produit par la thalassine.
8° La thalassine se rencontre dans les actinies, peut-être les méduses, dans les moules, dans les huîtres, dans les crevettes, les crabes.
9° On retrouve également la thalassine dans le liquide des kystes hydatiques.
40° La thalassine ou des poisons pruritants analogues se retrouvent également dans un certain nombre de plantes : Urtica dioïca, Lamium album, etc.