VAPEURS HYDROCARBONÉES SUR LE SANG
(BENZINE ET POLYGLOBULIE)
Par MM. J.-P. Langlois et G. Desbouis.
Au cours d'études entreprises par l’un de nous sur l’aération des navires sous-marins, nous avons élé conduits à rechercher les effets sur l'organisme de faibles quantités de vapeurs d'hydrocarbures en milieu confiné, pendant une période de temps analogue à celle des plongées effectuées par les sous-marins”.
Nos expériences ont porté sur les hydrocarbures employés dans les moteurs à explosion, tels qu'essence minérale du type Naphta (D. 0,78), et Benzol (D. 0,85).
Les animaux soumis aux expériences étaient enfermés pendant un temps variable, oscillant entre deux etsept heures, dans une cage hermétique de 500 litres de capacité, et dans laquelle s'évaporait lentement une certaine quantité d'hydrocarbure. Un ventilateur assurait le brassage de l'air, et permettait de faire varier la quantité d'essence évaporée.
1. LanGzors et Dessouis. Communications préliminaires sur le même sujet. Soc. de Biologie, 21 juillet et 21 décembre 1906.
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Dans l'intervalle des plongées, les animaux restaient à l’air libre avec les animaux de contrôle soumis au même régime.
Les quantités de liquide évaporées ont été variables; néanmoins, on peut grouper les expériences en trois séries :
Série À : Moto-naphta, dose faible, correspondant à 24 cc. par mètre cube.
Série B : Dose forte, 70 cc. par mètre cube.
Série C : Benzol, dose faible, 16 cc. par mètre cube.
Série D : Benzol, dose forte, 24 cc. par mètre cube.
Série E : Xylol et toluène, 20 cc. par mètre cube.
Le xylol et le toluène, dont l'évolution est très lente, ne nous ayant donné aucun résultat, ont été abandonnés après quelques expériences.
L'évaporation se faisant lentement, l'atmosphère était, au début, très peu chargée de vapeur, et c’est uniquement à la fin de l'expérience que le maximum de vapeur était obtenu.
Avec des doses faibles, séries À et C, on observe des effets différents suivant les espèces animales. Les lapins, les cobayes et les pigeons ne manifestent aucun symptôme d'intoxication appréciable, alors que les chiens et les chats, après une heure ou deux de plongée, présentent des phénomènes caractéristiques, qui ont été déjà décrits : agitation, tremblement, et, quand on les retire, troubles d'équilibre, véritable incoordination motrice et vomissement. La démarche du chien rappelle celle d’un animal aux circonvolutions motrices enlevées. Mais tous ces phénomènes sont passagers, et vingt minutes après la sortie, ils ont disparn.
Avec les doses fortes, les cobayes et les lapins sont pris également de tremblement, d’incoordination, se couchent sur le flanc. Nous avons noté, comme Cuassevanr, des hypothermies considérables, atteignant jusqu’à 27°, mais toujours avec retour à la santé. Le seul cas de mort observé fut celui d’un cobaye qui avait sauté de sa cage dans le récipient à essence.
Les animaux soumis journellement à des plongées prolongées n'ont pas perdu de poids, et même ont augmenté légèrement (de # p. 100 en 16 jours); cependant, cette augmentation étut plus faible que celle des animaux témoins (17 p. 100); et quand les expériences ont été arrêtées, l’augmentation des premiers a été de 9 p. 100 en onze jours. Il faut done admettre une certaine perturbation dans la nutrilion.
Chez le chien, les troubles sont plus accentués : anorexie au début, surtout léger amaigrissement; une chienne, soumise à 15 plongées en vingt jours, est morte huit jours après la dernière expérience, brusquement. La nécropsie ne décela qu'une broncho-pneumonie localisée dans un tiers d’un poumon.
On voit qu’en fait, avec de faibles doses, les rongeurs ne manifestent aucun trouble spécial, alors que les carnivores se montrent plus sensibles. Mais si on porte l’attention sur les modifications du sang, les réactions sont inversées. Les rongeurs donnent une réaction que l’on ne trouve pas chez les carnivores.
ÉTUDES HÉMATOLOGIQUES.
L'étude du sang a porté :
4° Sur le nombre des globules rouges (appareil Mazassez) ;
20 Sur le volume des globules (hématocrite) ;
3° Sur la morphologie des globules (méthode de coloration);
4° Sur les leucocytles;
5° Sur la richesse en hémoglobine (hémoglobinomètre de Gowers modifié ;
6° Sur la teneur du sang en gaz (appareil de Barcrorr- HaALDANE) ;
1° Sur la densité du sang, du plasma et du sérum (méthode LaxGLois);
8° Sur l’isotonie du plasma.
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Toutes ces recherches n'ont pu être faites simultanément pour chaque expérience, mais en les groupant par séries, on arrive à des données très concordantes.
Les cobayes soumis à des plongées régulières, pendant quarante-cinq jours, avec de faibles doses d'essence, ont montré une augmentation progressive, quoique assez IrTrégulière de leurs globules, mais, vers le quarante-cinquièmè jour, ils arrivent tous à un chiffre oscillant autour de 8 millions de globules,ce chiffre paraissant être la limite maximum. Le benzol donne les mêmes résultats. Nasurrx et GRAHAM, en maintenant plusieurs mois les cobayes dans un milieu oxycarboné, signalent une polyglobulie de 9 à 10 millions".
Essence et benzol, doses faibles A et C.
Hématies Cobayes. Au début. Du 80 au die jour. DU ddraudse jour. (3) 5 950 000 8 200 000 (à) Tue 7 300 000 7 900 000 (4) solias 7 700 000 8 100 000 (1) 6 900 000 7 900 000 (2) 7 000 000 7 800 000
Avec de fortes doses, séries B et D, la polyglobulie apparait plus vite, et avec la même intensité.
En cinq jours, deux cobayes passent de
Une seule séance suffit pour provoquer une hyperglobulie forte.
Cobayes. Avant. Après.
Essence, 28 c.c.,5heures. 6 100 000 6 980 000
— — 0. 1470000 7 950 000 Lapins. Avant. Après.
Benzol, 2 c. c., 2 heures, 5 420 000 6 120 000 — — +. 6332000 6 600 000 — . 5850000 6 720 000 (8 cgr. de morphine).
1. Nasmirn et GrAnam. The hematology of carbon-monoxyde poisoning. Journ. of Physiology, xxxv, p. 32, 31 décembre 1906.
Les variations considérables que l’on trouve dans les chiffres avant la plongée s'expliquent parce que ces animaux sont quelquefois en cours d'exercice, et déjà en voie de polyglobulie.
L'expérience suivante, bien que n'ayant porté que sur une heure d'exposition, peut être donnée comme type :
Lapin de 800 grammes (environ).
Le sang est recueilli dans la carotide (saignée 5 cc. au
Augmentation de poids Yo
o 25 Jours Fi. 1. — Courbe de l'hyperglobulie montrant l’influence des fortes doses
de benzol. + Le benzol est porté à 24 centimètres cubes par mètre cube.
La ligne inférieure indique l'augmentation moyenne des trois cobayes du premier groupe.
plus), puis l'animal est placé dans la cage, où l'on répand
10 cc. de benzol, pour obtenir une évaporation rapide. Au bout d'une heure, nouvelle prise de sang dans la carotide.
Nombre Densité Hémodes globules. du sang. globinomètre. Oo! Co?. Avant.. . . 4640 000 1061 118 24,9 36,3 Après.. . . +900 000 1 062 125 17,6 36,5
Nous devons signaler un incident curieux.
Au mois d'octobre, les expériences furent poursuivies avec le benzol, et donnèrent les résultats obtenus en mai et
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juin avec l'essence. Après une interruption de quelques jours, du 18 décembre au milieu de janvier, les expériences furent reprises avec le benzol, et les résultats furent négatifs.
9 cobayes (2 anciens et 7 neufs) furent utilisés ; six plongées de plus de trois heures avec 12 cc. de benzol ne donnèrent aucune augmentation du nombre des globules.
Les chiffres oscillaient de 5 800 000 à 6 070 000, c'est-à-dire dans des limites physiologiques. Un seul cobaye, un ancien, augmente de 800 000. Le benzol employé était celui du mois d'octobre, et l’on avait, après chaque expérience, reversé
dans le flacon le liquide restant dans le cristallisoir. Le
benzol n'étant qu’un mélange de benzine et de toluène, avait subi une modification : son point d'ébullition s'élevait approximativement à 86°, au lieu de 77° trouvé pour le benzol neuf; sa densité avait peu varié, 0,88 au lieu de 0,87. Une partie de la benzine avait disparu, et le toluène restant en excès est sans effet. Des expériences avec le toluène pur, comme avec xylène, montrent que ces deux substances ne provoquent pas, à doses égales, de réactions polyglobuliques.
Du benzol neuf utilisé dans une troisième série donna les réactions polyglobuliques décrites.