IV. — RECHERCHE ET ÉTUDE DES POISONS CONGESTIVANTS
Bien que nous ayons décelé dans l'alcool l'existence de ces produits, que pour plus de facilité nous appelons congestines, nous les avons étudiés et préparés plus commodément en nous servant de tentacules d’actinies, que l’on recueillait et que l’on conservait dans des solutions de fluorure de sodium à 8 p. 100. Dans ces conditions aucune altération microbienne n'était à craindre et nous évitions toute coagulation de matière organique.
Les tentacules d’actinies sont placés dans une solution à 8 p. 100 de fluorure de sodium. Broyées et intimement mélangées avec la solution de fluorure par un passage dans une essoreuse électrique, la masse est abandonnée à la filtration. Les liquides, qui passent d’abord troubles, ne tardent pas à se clarifier, surtout si l’on a soin d'ajouter à la masse un peu de chlorure de calcium. Les liquides finalement passent absolument limpides, d’une admirable fluorescence verte par réflexion, rougeàtre par transparence.
Le liquide total est alors précipité par 4 fois son volume d'alcool à 90°. Le précipité qui se forme tombe rapidement au fond du vase; on décante et le précipité est jeté sur un filtre ; on exprime et on sèche.
On le fait alors digérer dans une: solution de carbonate de soude à 0,5 p. 100, où il se dissout en presque totalité. On filtre : Le liquide qui passe est fluorescent.
Cette fluorescence disparaît par l'addition de quelques gouttes d'acide nitrique. La chaleur trouble légèrement le liquide; ce trouble est plus grand en présence d’un acide, en particulier de l’acide nitrique.
Les solutions de congestine ainsi préparées contiennent une matière azotée. Si l’on cherche quelle est alors la com-
position de ces solutions à ce point de vue, on trouve que 100 grammes de liquide contiennent :
grammes.
Matières organiques. . . . 2,9 ATOUT L <a 05 VE, SOU RE
Par conséquent 1 gramme de matières organiques correspond à 0,117 d’azote.
a) Action physiologique de la congestine en injection intraveineuse. — Les solutions de congestine préparées ainsi que nous l'avons dit plus haut possèdent des propriétés physiologiques particulières, que nous avons entrevues précédemment.
Le précipité par l'alcool représente une masse que l’on dissout, ainsi que nous le disions, dans une solution de carbonate de soude à 0,5 p. 100. La proportion du précipité sec mis en contact avec le liquide est de 5 p. 100 de ce dernier. On filtre avec soin la dernière solution.
KI. — Chien de 7*6,600, recoit d’une solution à 5 p.100 de congestine dans du sérum artificiel, 10 cc. injectés en deux fois. L'animal cherche l'obscurité, vomissements, diarrhée; très affaibli il finit par mourir 3 heures après le début de l'injection. A l’autopsie on observe un estomac extrêmement rouge, une congestion intestinale intense, une congestion de la plèvre et du médiaslin.
KIT. — De 8 kilog., reçoit de même 10 cc. de ce produit; quelques minutes après l'injection, on observe déjà des troubles violents dans la démarche; il ne peut que difficilement remuer la patte et est atteint de paraplégie. L'animal est dans une sorte d’hypnose et ne présente que quelques vomissements et un peu de défécation. La respiration devient rare et difficile. Le cœur est lent. Puis la respiration s'arrête. Le chien est mort en un quart d'heure environ. Mêmes symptômes que le précédent à l’autopsie. )
KR De 10 kilog., reçoit 0,083 par kilog. de matière solide. Immédiatement diarrhée très abondante, vomissements, stupeur
mn etc., demiinsensibilité. Mort en 2 heures.
KIV.— 10 kilog., recoit 0,083 du même produit. Mêmes phénomènes très graves, diarrhée et vomissements. Survit néanmoins le lendemain s D)
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quoique très malade. Totalement insensible, reste cependant debout sans se rendre compte de ce qu’il fait, ne retire pas les pattes lorsque
l'on marche dessus. Il ne peut même pas boire, meurt 20 heures après l'injection.
K V. — De 8 kilog., recoit 10 ce. d’une solution de congestine à 5 p. 100 dans le bicarbonate de soude; il présente encore les mêmes phénomènes d'hébétude, vomissements, défécation, dilatation des pupilles; il meurt dans la soirée.
K VE — De 16 kilog., reçoit 4 ce. du même liquide; il présente alors des démangeaisons féroces et tous les phénomènes consécutifs à l’injection de thalassine, avec en plus de la diarrhée et des vomissements.
K VII. — De 14 kilog., recoit 3°°,5 et présente encore des démangeaisons assez vives et de la diarrhée. Ces deux derniers meurent au bout de 15 heures.
Nous devons constater qu'en outre de la congestine il existe encore dans ces produits une certaine proportion de thalassine, ce qui ne saurait nous étonner étant donnés sa solubilité relativement faible dans l'alcool concentré et froid et aussi son facile entrainement par beaucoup de précipités. Mais toute la thalassine n'est pas entrainée; il en reste encore de grandes proportions dans les liquides provenant de cette précipitation.
L. — Recoit une très petite quantité soigneusement débarrassée de l'alcool par évaporation dans le vide. IF présente des manifestations très nettes de prurit. Il se frotte le museau par terre, se roule à
maintes reprises, se gratte partout et sans interruption : les phénomènes sont absolument nets et éclatants.
b) Action de la chaleur sur la congestine. — Nous avons recherché avec différentes solutions de congestine quelle était l’action de la chaleur sur ces solutions et nous résumons nos résultats dans les 3 expériences suivantes.
Expérience 1. — La solution de congestine primitive globale telle qu’on l’obtient par broyage des actinies en présence de solution fluorée
est chauffée au bain-marie à l’ébullition pendant un quart d'heure, puis diluée dans 6 fois son volume d’eau. On injecte 7°,5 de ce produit.
MI. — Épagneul de 48,5, vomissements immédiats et abondants. Chien très malade, mort le lendemain.