‹ Physiologie de l'aéronauteChapitre 17 sur 52 · GAZ DU SANG · texte numérisé non relu

GAZ DU SANG

Les travaux de Paul Bert ont fait connaître que « dans l'air confiné, à des pressions inférieurès à celle d’une atmosphère, la mort des moineaux arrive lorsque la tension de l'oxygène est représentée par un chiffre qui oscille entre 3 et4 ». Ce chiffre indique à la fois la tension de l'oxygène et sa proportion centésimale. Sur les moineaux placés sous la cloche de la machine pneumatique, Paul Bert constatait, en diminuant la pression, une augmentation du nombre des inspirations, l'abaissement de la température, l'apparition de convulsions et bientôt la mort. Il ajoutait que « en vase clos, aux pressions inférieures à une atmosphère, la mort survient lorsque la tension O X P de l’oxygène de l’air est réduite à une certaine valeur qui est constante pour chaque espèce, ou qui du moins oscille dans de faibles limites autour d'une moyenne ».

Cette tension de l'oxygène a été calculée suivant les altitudes :

Altitude Pression Oxygène pour la Oxygène dans pression de 0 m. 760 le sang 2.500 mètres. 0 m. 560 15,4 p. 100 17,40 p. 100 4,000 » 0 » 450 NES 15,9 > 6.000 » 0 » 340 Do 12,0 »

En ce qui concerne les gaz du sang, Paul Bert à pu établir cette loi : « Quand la pression diminue, Ja quantité des gaz contenus dans le sang diminue également, mais en proportion un peu moindre que celle qu'indiquerait la loi de Dalton ; le sang perd ainsi plus d'oxygène que d'acide carbonique. »

Paul Bert reconnaît, d'autre part, que la quantité d’acide carbonique du sang diminue avec l'altitude ; cette diminution est d’ailleurs moins rapide que celle de l'oxygène. Cependant on ne peut rapporter la mort à l'acide carbonique du sang. La véritable cause est donc la faible tension de l'oxygène.

100 MODIFICATIONS DU SANG DANS LES GRANDES ALTITUDES rm

Dans de nouvelles expériences, on a pu abaisser la pression de

l'air tout en maintenant le chiffre d'oxygène du début. On n observe plus d'accidents, alors même que, avec une pression d'une demi-atmosphère, l'air contient 2 x< 20.9 pour 100 ou 4.18 d'oxygène. Mais les accidents apparaissent, bientôt suivis de mort, lorsqu'on abaisse la pression de cet air désoxygéné, et dès que la tension de l'air arrive à 3.6, bien que la proportion d'oxygène soit encore de 40 et 60 pour 100.81, à ce moment,on introduit de l'oxygène sous la cloche de la machine pneumatique, les accidents disparaissent.

Ces données sont très importantes, au point de vue de la physiologie des aéronautes. Elles montrent que, à de très grandes altitudes, il faudra respirer un air d'autant plus riche en oxygène que la pression atmosphérique sera plus faible. Si l'on négligeait cette précaution, on verrait bientôt survenir les symptômes du mal en ballon : accélération du pouls et de la respiration, vomissements, hémorragies, stupeur, paralysie des membres et mort. Ce sont les accidents qui ont causé la mort des aéronautes Sivel et Crocé-Spinelli, pendant l'ascension du ballon {e Zénith.

C'est précisément sur ces deux aéronautes, qui devaient mourir pour n avoir pu respirer assez tôt l'oxygène de leurs ballonnets, que Paul Bert avait étudié, comme sur lui-même, les modifications de la pression atmosphérique. Les expérimentateurs respiraient par un tube un air très riche en oxygène tandis qu’on abaissait progressivement la pression de la caisse dans laquelle ils se trouvaient. Paul Bert avait pu arriver, sans accidents, à une pression de 248 millimètres correspondant à plus de 8.800 metres. Depuis, il a été possible, en ballon, et grâce à l'oxygène pur, de dépasser l'altitude de 10.000 mètres.

À la suite de ces expériences, Paul Bert examine le sang hu-

main en plaine et sur les hauteurs. Au niveau de la mer, Paul

GAZ DU SANG aol

Bert trouve dans le sang artériel 20 volumes d'oxygène pour 12 dans le sang veineux; à la Paz où la pression n'est que de 480 millimètres de Hg, il n'y a plus que 10 ou 14 volumes d'oxygène dans le sang artériel, 8 ou 6 dans le sang veineux. C'est à des chiffres analogues qu'arrivent Speck sur l'homme, Fränkel et Geppert sur des animaux. Comment expliquer, à ces altitudes, le passage de 8 volumes d'oxygène dans le sang artériel ?

La proportion d'acide carbonique reste en effet la même dans l'air expiré. Paul Bert croit, pour sa part, à la meilleure utilisation des matériaux fournis à l'organisme.

Ces diverses théories devaient être contrôlées dans les ascensions en ballon. En 1901, Hallion et Tissot partent dans le ballon Æros conduit par M. Castillon de Saint-Victor. Les expérimentateurs se proposent de rechercher l'influence des variations rapides d'altitude sur les gaz du sang. Ils emmènent avec eux un chien de 48 kilogrammes sur lequel 4 échantillons de sang sont prélevés par ponction de la carotide. Le sang est mélangé avec une solution saturée de sulfate de soude. Après le retour au laboratoire, les échantillons sont devenus noirs, montrant que l'altération est déjà considérable. Aussi, Hallion et Tissot contrôlentils la qualité de ces échantillons en effectuant une nouvelle prise de sang qu'ils mélangent avec la même solution et qu'ils laissent reposer un temps égal. Cette contre-expérience montre qu'il faut réduire le volume total d'acide de 6.6 pour 100 et augmenter

celui de l'oxygène de 19 pour 100.

Les auteurs concluent ainsi :

« 1° Jusqu'à 3.500 mètres, O et CO? contenus dans le sang ne suivent pas les lois de la dissolution des gaz. [ls varient en sens

inverse de ces lois.

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