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CHAPITRE IV

Nous avons signalé, au chapitre de la respiration, les variations des échanges respiratoires dans l'air raréfié pendant le travail musculaire. Nous avons dit que le travail nécessitait alors un excès de dépense égal à celui qu’il réclame en temps normal, mais plus difficile à compenser en raison de la faible tension de l’air contenu dans les alvéoles, et de l'obligation pour le sang d'utiliser plus complètement l'oxygène. Aussi le travail musculaire produit-il une fatigue rapide, analogue à celle que l’on constate pendant les escalades de montagnes.

Les aéronautes connaissent bien cette sensation de torpeur que l’on ressent en ballon aux grandes altitudes, et qui rend pénible le moindre effort. Les phénomènes de vaso-constriction céphalique aggravent encore la gène produite par les mouvements de flexion. Le fait de se pencher pour prendre du lest suffit parfois à déterminer une syncope. Mais, en dehors de ces symptômes liés aux modifications de la circulation sanguine. il survient, durant les ascensions en ballon, une réelle diminution de l’énergie musculaire qui augmente avec la hauteur et qui peut aller jusqu'à l’impotence fonctionnelle complète.

On sait comme ilest difficile, en ballon, de soulever un sac de lest, et combien la manœuvre de la cuiller à sable devient

fatigante au bout d’un temps plus ou moins long, suivant lalti-

tude à laquelle on se trouve. La constatation de ces phénomènes a suggéré à M. Georges Bans la théorie de l'économie de l'effort: il est important, en ballon, de grouper les instruments pour que l'aéronaute, assis, puisse les avoir tous devant les yeux, sans se déplacer et surtout sans baisser la tête.

Les phénomènes ressentis par les aéronautes sont donc identiques à ceux que l’on rencontre pendant les ascensions de montagnes. Kronecker étudiant la pathogénie du mal des montagnes fait transporter de Zermatt au Breithorn (3.750 mètres) des personnes qui n'ayant pas eu à faire le moindre effort musculaire pendant le voyage, n’en éprouvent pas moins, à l'arrivée, une grande difficulté à effectuer tout mouvement violent ; la marche, le maniement même des appareils scientifiques ne peuvent se faire qu'avec des intervalles de repos. L'énergie musculaire a diminué, comme chez les aéronautes, en dépit de l'absence de toute fatigue pendant la montée.

On a, d'autre part, observé depuis longtemps que les habitants des montagnes étaient lents, dans leurs mouvements. Les animaux sont moins robustes; les exercices qui demandent des efforts rapides sont difficiles à exécuter. En dépit de l’acclimatement, l'organisme ne peut se passer, lorsqu'il faut exécuter des efforts répétés, d'une certaine quantité d'oxygène. Cet oxygène se trouvant à une faible tension dans l'atmosphère, fait plus facilement défaut.

Nous étudierons, au chapitre du mal en ballon, le rôle de l'oxygène et de l'acide carbonique sur les symptômes des grandes altitudes, parmi lesquels figurent l’inertie, de véritables paralysies des membres, c'est-à-dire le degré le plus élevé des trou bles de la locomotion remarqués dans les montées en aérostat Nous nous bornerons ici à donner la mesure de la fatigue muscu:

. N . ON > Le À ; Ye :

laire que Gastou avait déjà trouvée diminuée à 2.800 mètres, er

ballon, et que nous avons déterminée à notre tour dans le pare de l’Aéro-Club et pendant nos ascensions.

Nous nous sommes servi, pour’ ces expériences, d’un dynamomètre à main ; quinze pressions étaient faites avec toute l'énergie possible et très rapidement, pour obtenir la fatigue des muscles de la main et de l’avant-bras. Les chiffres obtenus dans chaque expérience vont régulièrement en décroissant.

OBservaTioN XII.

Mesure de la force musculaire à terre et à 2.900 mètres.

Nous avons fait une mesure de la force musculaire pendant une première ascension, à terre avant Le départ, à 2.900 mètres au bout de trois heures et demie de voyage,et après la descente.

Nous avons noté les chiffres suivants, indiqués par le dynamomètre après quinze pressions de la main droite :

A terre avant A 2.900 mètres A terre, à la le départ descente 51 45 51 49 41 45 42 41 43 40 39 42 40 34 40 39 30 39 36 31 40 38 30 39 35 33 35 33 31 40 39 25 36 35 30 38 33 29 39 31 28 30 31 21 30

Les échelles de numérations effectuées à terre avant le départ

et après la descente sont donc presque entièrement superposa-

te SE eee ee nnn amer nee

bles. Le total des chiffres ne donne qu’un écart de 19 degrés. La force musculaire est la même au moment où la mensuration commence et lorsqu'elle se termine.

Au contraire, à 2.900 mètres, la force musculaire a diminué de 6 degrés au début des pressions, et tous les autres chiffres sont également inférieurs aux précédents. Le total est inférieur de 74 degrés à la mesure effectuée avant le départ, et de 93 degrés, à celle établie après l'ascension.

En examinant ces résultats on constate donc que la force musculaire à diminué,à 2.900 mètres, du quart environ.

Nous nous étions d’ailleurs rendu compte de cette transformation de l’énergie musculaire en déplaçant des sacs de lest qu'il nous était difficile, pendant l'ascension, d'élever jusqu'au rebord de la nacelle.

OgservaTioN XIII.

Mesure de la fatigue musculaire à terre et à 1.100 mètres.

Nous avons déterminè, pendant une nouvelle ascension, les modifications de la force et de la fatigue musculaires, à terre et à 1.100 mètres. Nous avons fait ces évaluations ainsi que les D'S Crouzon et Le Play qui nous accompagnaient.

Les numérations ont été effectuées à terre, avant le départ, et à 1.100 mères, au bout de quatre heures de voyage.

A terre A 1.100 mètres Sujet A : 46 46 45 46 45 46 90 44 46 44 50 45 50 39 90 38 49 40

mA 36 40 35 | 39 36 A5 30 39 32

La force musculaire est diminuée à 1.000 mètres,mais dans une proportion bien inférieure à celle de la première ascension .En outre,la fatigue musculaire se produit moins rapidement,et l'écart entre les chiffres du début et de la fin de l’expérience est faible quand on le compare à celui de la première ascension.

Sur le sujet B, nous avons trouvé un écart plus considérable, et presque égal à celui noté pendant là première ascension.

à terre à 1.400 niètres Sujet B : 54 24 47 93 42 45 38 48 36 44 35 41 35 39 28 30 26 35 30 34 29 38 26 32 27 29 26 32 29 30 25

Enfin, sur le sujet C, l’écartest un peu plus faible, montrant bien, à une même altitude, l'importance de la résistance individuelle.

à terre à 1.100 mètres Sujet C : 56 52 54 82 50 47 ol 46 90 41 45 . 42

Soubies

146 FORGE MUSCULAIRE SPA es 2 rt NE LE PR PR nee +

44 40 al | 40 al 38 22 40 43 40 41 37 35 38 40 38 41 37

Ces expériences nous permettent de conclure à la diminution de ia force musculaire et de la résistance à la fatigue à mesure que l'altitude augmente; et l’on peut même constater à une très grande hauteur, une véritable impotence fonctionnelle. A trois mille me: tres, la force musculaire nous a paru diminuée d'un quart et, de son côté, la fatigue se produisait beaucoup plus rapidement qu’à terre. Mais il faut tenir ici un large compte du degré de muscu

lature et de la résistance individuelle.

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