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CHAPITRE V

1° Définition.

On désigne du nom de mal en ballon l'ensemble des accidents qui surviennent chez les aéronautes à l'altitude moyenne de 5.500 à 6.000 mètres, et dont le développement peut entraîner la mort, s’ils ne sont pas combattus par un traitement approprié.

Nous citerons parmi les premiers aéronautes qui aient observé sur eux-mêmes les effets du mal en ballon, Robertson, Zambeccari, les physiciens Biot et Gay-Lussac qui effectuèrent les premières ascensions scientifiques,le météorologiste Glaisher et son compagnon Cowell, enfin Gaston Tissandier qui survécut seul au tragique voyage du Zénith (1875),pendant lequel Sivel et Crocé- Spinelli trouvèrent la mort. Ce sont les premiers auxquels des accidents mortels soient survenus du fait seul de la montée du ballon. Rappelons que, par une singulière coïncidence, Crocé-Spinelli et Sivel avaient aidé Paul Bert dans ses expériences sur le vide, et s'étaient placés ainsi que lui, à la Sorbonne sous la grande cloche d'une machine pneumatique avec laquelle on raréfiait l'air. Les conditions de l'expérience devaient se trouver répétées dans le voyage du Zénith, mais les voyageurs avertis des dangers qu’ils ouraient n’eurent pas le temps de s'emparer des ballonnets l'oxygène auxquels ils avaient déjà eu recours pendant une

ascension précédente, à 7.800 mètres. Gaston Tissandier qu s'était évanoui le premier, fut sauvé par la forte réduction de échanges respiratoires, et ses faibles ressources purent subveni à ses besoins devenus très restreints. Son récit de voyage est un. véritable observation clinique du mal en ballon. Nous le repro duisons ici à ce titre.

A 1 h. 20, l'altitude est de 7.000 mètres, la température, d — 10 degrés. « Sivel et Crocé-Spinelli sont pâles ; je me sen faible ; je respire de l'oxygène qui me ranime un peu. »

On jette du lest et on monte. « Je me sens tout à coup si faibl que je ne peux même tourner la tête pour regarder mes compa gnons qui, je crois, sont assis. Je veux saisir le tube à oxygène mais il m'est impossible de lever le bras. Mon esprit était encor très lucide, j'avais les yeux sur le baromètre et je vois l'aiguill passer sur le chiffre de la pression 290 puis 280 qu'elle dépasse Je veux m'écrier : « Nous sommes à 8.000 mètres. » Mais ma lan gue est comme paralysée. Tout à coup je ferme les yeux et j tombe inerte, perdant absolument le souvenir. Il était enviro: une heure et demie. À 2 heures 8 minutes je me réveille uw moment: le ballon descendait rapidement. J'ai pu couper ur sac de lest pour arrèter la vitesse et écrire sur mon registre de bord les lignes suivantes que je transcris : « Nous descendons T. — —8; je jette lest; H — 315 ; nous descendons, Sivel e Crocé encore évanouis au fond de la nacelle. Descendons trè fort. » À peine ai-je écrit ces quelques lignes qu’une sorte d tremblement me saisit et je retombe évanoui encore une fois Je ressentais un vent violent qui indiquait une descente très ra pide. Quelques moments après, je me sens secoué par les bras, € je reconnais Crocé qui s'est ranimé : « Jetez du lest, me dit nous descendons. » Mais c'est à peine si je puis ouvrir les yeux

et je n'ai pas vu si Sivel était ranimé. Je me rappelle que Croc

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