II. — L'ALIMENTATION
Nous avons peu de choses à dire sur l'alimentation en ballon. Dans une ascension ordinaire on peut s'en remettre au goût de chacun. L'appétit est d'ordinaire assez vif, la digestion s'effectue sans difficultés. Les aéronautes emportent volontiers du vin de champagne qui constitue une boisson tonique. Il est inutile de recommander la sobriété ; la céphalalgie surviendrait trop rapidement après la descente.
Durant les saisons froides, l'absorption de boissons chaudes est rendue possible grâce à la marmite Balsan. M. Balsan a eu l’idée de placer les liquides à réchauffer, dans un récipient contenu dans une boîte plus large. Dans l'intervalle se trouve de la chaux vive qui, au contact de l’eau, dégage une forte chaleur. On peut avoir, de la sorte, du bouillon, du thé, du café, des potages, etc. Les aéronautes utilisent également des bouteilles à doubles parois entre lesquelles on fait le vide ; les liquides restent brülants pendant 15 à 20 heures.
Nous rappellerons enfin qu’il est dangereux de fumer en ballon : la proximité du gaz d'éclairage, la manche d'appendice par laquelle le gaz s'échappe pendant la montée feraient courir de trop grands risques. Quand le ballon plane, le péril est moins grand, mais, par prudence, il vaut mieux s'abstenir.
En définitive, une ascension ordinaire en ballon ne nécessite, au point de vue médical, qu'une faible préparation; il en est tout autrement quand il s’agit d’escalader une montagne.
212 HYGIÈNE DE L'AÉRONAUTE or
Nous reproduisons ici, néanmoins, l'ordonnance donnée par le Dr Corcelle, en 1838, à Mlle Henriette d'Angerville, la première femme qui soit arrivée au sommet du Mont-Blanc: on peut y trouver des indications intéressantes et d’un bon profit pour les aéronautes. Voici quelles sont ces prescriptions :
« Avant l'ascension, éviter de fatiguer le corps par mille courses de détail et l'esprit par des préoccupations: adopter une nourriture légère, rafraichissante, substantielle, point de ragoûts, de mets épicés, de salaisons, de crudités, de pâtisseries, de bonbons. Les jours d'ascension, manger peu, ne pas boire de vin mais du thé bien chaud, de l’eau blanchie avec du sirop d'orgeat ou de capillaire, et si le froid est très vifet la fatigue très grande, prendre un verre d’eau sucrée dans lequel on verserait une cuillerée ou deux d'excellente eau de-vie ; éviter soigneusement l’eau de glace ou de neige qui irrite la bouche, la gorge, et produit une soif dévorante. Si, à une certaine hauteur, on respire difficilement, ralentir le pas et s'arrêter fréquemment ; si l'oppression augmente, ne pas prononcer une parole, ne faire que les mouvements nécessaires pour avancer, et les faire de la facon la plus mesurée, tout mouvement précipité occasionnant alors les plus pénibles palpitations et quelquefois même des douleurs aiguës ; si l'oppression amène un crachement de sang un peu fort, renoncer à l’entreprise. »
Les données qui précèdent s'appliquent aux ascensions à des altitudes moyennes. Lorsqu'il s'agit d'un voyage à une grande hauteur, on doit tenir compte des effets du mal en ballon. Nous avons énuméré, dans le traitement de cet accident, les remèdes les plus propres à combattre ses dangereux effets ; rappelons ici que la fonction rénale étant probablement altérée, il est prudent,
pendant la journée qui précède, de se contenter d'un régime dé-