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CHAPITRE XI

Le Chef de Bureau.

Au-dessus de toutes les figures que vous pouvez imaginer d’après les types de commis se dresse en premier lieu la physionomie assez curieuse du chef de bureau, qui est dans l’Administration ce que le colonel est dans l’armée.

Mais, hélas, il ressemble bien pins à un rcgent de collège qu’à un colonel.

On ne parvient pas au poste de chef de bureau avant quarante ou cinquante ans , et presque tous les chefs de bureau ont passé par la fdière administrative. Assurément, pour être un homme remarquable en arrivant à ce poste, il faut avoir été bien vigoureusement doué par la nature , et avoir possédé des qualités bien éminentes.

Le chef de bureau doit être nécessairement travailleur, et il offre à cet âge, sur une figure fatiguée, un air assez content de lui-même. Il est presque toujours décoré, il a peu de cheveux , il est rarement somptueux ou recherché dans sa mise; mais il a surtout le dégoût empreint sur la figure : aucun d’eux ne trouve que le jeu vaille la chandelle. Il eût été bien autre chose dans toute autre carrière !

Parmi les chefs de bureau , il s’en trouve de bonnes gens, unis, tout ronds; mais le plus souvent ils ont je ne sais quoi d’acerbe et de despotique dans la physionomie. Ils ont tous à se plaindre ou des hommes, ou des choses, ou dès ministres. Sachez bien que tous ont la conviction profonde des résultats qui sont consignés

au chapitre précédent. Enlre quatre murs ou en rase campagne , il n’en est pas un qui ne vous dise : — C’est une drôle de chose , allez, que l’Administration !

Ils ont vu le bien possible en théorie ,, impossible en pratique ; ils ont vu les résultats les plus contraires aux promesses : ils ne croient à rien et croient à tout. Résignés sur tout, ils accomplissent les affaires, comme Pilate prononçait le jugement de Jésus-Christ, en se lavant les mains. Ils ont des sourires et des regards si bien à eux , que , pour qui connaît bien les physionomies parisiennes, en voyant un homme dans un omnibus, décoré, en habit bleu ou noir, le visage fatigué , creusé comme celui du bon Charles Nodier, sans le fin sourire de Villemain , mais désillusionné comme celui d’Henri Monnier, il n’hésite pas et se dit : — C’est un chef de bureau !

Hans les bureaux, le chef est ou chien ou bon enfant : il n’a que ces deux caractères.

Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticuleux. II. a une mauvaise santé, il a eu des passe-droits, il rend à ses employés les maux qu’on lui a faits; il est rogue, prétentieux avec le public, et avec ses employés absolu, tran-

chant; il n’adoucit point les refus; il y a chez lui du professeur, du juge et de l'académicien jaloux.

Le bon enfant est calme, indulgent, complaisant sans se laisser duper, il jouit d’une bonne santé. Ordinairement les chefs de bureau de ce genre ont des succès auprès du beau sexe. Ils sont aimables avec les femmes, ils sont hommes du monde , assez coquets dans leur mise , ils dorent les pilules et font des réprimandes en faisant observer tout ce qu’elles leur coûtent à faire.

En général il y a une grande ligne de démarcation entre les chefs de bureau et les autres employés. Les chefs de bureau sont, eux , assez bien avec les chefs de division , comme sont les colonels avec les généraux ; car, à mesure qu’on s’élève , les manières et les idées se simplifient , l’horizon s’agrandit, les boutonnières fleurissent , les figures prennent du caractère , l’homme a du ventre , et le traitement permet de vivre à Paris.

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