CHAPITRE IX
Définition et condition organique de la mémoire. La mémoire existe dans tout élément organique du corps vivant, — elle est un enregistrement organique des impressions. Le concept d'une or-
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ganisation mentale est indispensable à la compréhension des phénomènes de la mémoire. Rapport entre la conscience et la mémoire. Pas de souvenir des choses restées en dehors de l'expérience, et pas d'expérience oubliée à tout jamais. La genèse de la mémoire, incompréhensible sans les idées physiologiques d'assimilation et de différenciation. Mémoire et réminiscence. Possession consciente des choses, dont le souvenir actuel n'est pas présent. — Imagination : sa nature et son mode d'action. Conditions de son plus haut développement. Rapport entre la mémoire et l'imagination. Fantaisie. La puissance de l'imagination résulte de l'assimilation, non seulement de ce que les idées ont de semblable, mais aussi des relations des idées entre elles. Faculté Imaginative. Sou pouvoir productif ou créateur à son plus haut degré d'épanouissement, est involontaire et inconscient : il est la manifestation la plus sublime de l'évolution organique. Différences individuelles du caractère de la mémoire. Désordres multiples auxquels la mémoire est sujette. Mémoire de la première enfance et de la vieillesse. La douleur ne laisse pas de souvenir précis :
pourquoi?
PRÉFACE
La première édition de mon ouvrage sur la Physiologie et la Pathologie de l'Esprit parut en 1867. Une seconde édition la suivit de près, et fut bientôt épuisée ; l'intervalle de plusieurs années, qui s'est écoulé avant la publication de la troisième, est dû surtout aux nombreuses occupations de ma vie professionnelle, qui m'ont empêché de me livrer systématiquement au travail de révision, indispensable pour mettre l'ouvrage au niveau du progrès physiologique et psychologique; et aussi, en partie, à un certain manque d'enthousiasme dans le travail, dérivant de la conviction que ce qu'il y avait de bon dans le livre, avait déjà été dit, ou le serait bientôt par quelqu'autre.
Le courant de la pensée psychologique a en effet si bien pris la direction physiologique, que les réflexions d'un écrivain, quelque originales qu'elles puissent d'ailleurs lui paraître, ne peuvent guère manquer de se présenter aux autres.
De plus, et heureusement, nous sommes, à quarante ans, plus portés à la critique et moins enclins à l'enthousiasme et à la confiance , qu'à l'âge de
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trente ans; de cette disposition d'esprit plus sobre, il résulte que ce qui, dix ans plus tôt, nous paraissait très important et très urgent à dire, perd à nos yeux de sa valeur, et nous semble même assez indiflérent.
Ce qui m'a encore retenu, c'est l'idée de la révolution, qui, depuis quelque temps, s'est opérée dans la méthode psychologique, et par suite l'aspect absolument différent qu'ont pris beaucoup de questions psychologiques. Les changements accomplis ont été si grands et si rapides , qu'un livre écrit il y a dix ans doit être refondu sous peine de passer pour un anachronisme.
Dans la préface, j'annonçais que le but de mon ouvrage était double : tout d'abord il s'agissait de traiter les phénomènes psychiques au point de vue physiologique, et non métaphysique ; puis il s'agissait de recourir aux cas si variés et si instructifs, que nous offrent les maladies mentales, pour interpréter les problèmes obscurs de la psychologie; je voulais, en somme, faire tout mon possible pour mettre fin au malencontreux divorce entre la physiologie et la pathologie mentales.
La manière dont je remplis la première partie de ce programme ne manqua pas de susciter bien des critiques, directes et indirectes; car, pour certains, c'était essayer de discréditer complètement la méthode d'investigation purement psychologique, c'était vouloir lui substituer la méthode
physiologique. .
Sans doute mon énergique exposition de 1 un-
PRÉFACE
puissance de la méthode psychologique, et mon sérieux plaidoyer en faveur de la méthode physiologique, pouvaient donner lieu à cette interprétation , quelque opposée qu'elle soit d'ailleurs à ce que je défendais nettement dans le premier chapitre, comme la vraie méthode psychologique, aussi bien qu'à la méthode réellement adoptée dans le reste de l'ouvrage. Pour faire ressortir clairement la fécondité et les riches promesses de la méthode physiologique, pour rélever à son rang légitime, il fallait bien montrer la stérilité de la méthode psychologique, et faire déchoir cette dernière du rang trop élevé qu'elle avait usurpé.
Depuis, la méthode physiologique a fait tant et si bien, qu'elle n'a plus besoin d'être prônée; il en résulte naturellement, pour le présent ouvrage, que l'exposé de ses avantages, fait avec toute l'ardeur de l'enthousiasme juvénile, doit sembler une revendication superflue de droits que personne ne songe à contester sérieusement ; et la récapitulation de ses conquêtes, devenues parties intégrantes du patrimoine général de la pensée, paraîtra sans doute trop agressive.
Afin de mettre cette édition d'accord avec l'état actuel de nos connaissances, tout en conservant ce qu'il y avait de substantiel dans les éditions précédentes, j'ai omis ou modifié maint passage, qui me paraissait prêter le flanc aux objections; j'ai tâché de maintenir le style à un niveau plus sobre; j'ai soigneusement revu et augmenté toute la substance de l'ouvrage. Il en est résulté, que ce qui
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était la première partie du livre, celle qui traitait de la physiologie de l'esprit et devait servir de base à la seconde partie, qui en contenait la pathologie, a pris une telle extension et un caractère si indépendant, qu'il m'a semblé bon d'en faire un volume séparé.
Le présent volume est donc un traité de la physiologie de l'esprit, pouvant fort bien se passer du second, qui le suivra en temps et lieu. Ce dernier contiendra la pathologie de l'esprit, et remplira ainsi la seconde partie de mon programme. Mais si le titre de traité semblait un peu ambitieux, qu'on regarde ce livre comme une étude des structures et des fonctions nerveuses, constituant la hase physique ou V aspect objectif des phénomènes naturels, qui se manifestent à la conscience sous forme de sentiments et de pensées, et qui, en cette qualité, ne peuvent être connus que subjective- Yixent .
On dira peut-être que ce livre n'est ni une physiologie, ni une psychologie, mais un mélange confus de l'une et de l'autre; peut-être même en serart-on choqué ; à cela je ne me mettrai point en peine de répondre : j'aime mieux , dans mon peu de [sagesse, que mon ouvrage soit en conformi e avec la nature plutôt qu'avec les divisions de la science - trop souvent imposées à la nature par les critiques de cette espèce, comme une sorte d amendement à sa continuité et à son unité.