A MANDA
Après avoir payé le porc suivant la recommandation , l'infortuné jeune homme ouvre le paquet joint à la lettre , et trouve :
Une mèche de cheveux ;
Un fragment or ug»^ ,
Et un enfant non sevré.
Or, cet enfant, âgé de six f
rempli de moyens et crie déjà
d'un enfant de six ans. — Et ï <
trouve pas joint le moindre biber
ai
Notre infortuné se trouve donc avoir sur les bras un enfant qui ne se tait pas, bien qu'il le presse contre son cœur de père ; — mais en le regardant attentivement, il finit par trouver que le moutard ressemble effroyablement à un étudiant en médecine qu'il soupçonnait depuis long -temps d'entretenir une conversation crimineUe avec la perfide Àmanda.
Heureux encore quand dix minutes après un second commissionnaire ne vient pas déposer sur les mêmes bras un second paquet , non affranchi , renfermant de nouveau un rebouquet de violettes, une remèche de cheveux, et un remoutard.
Sans compter qu'en vérifiant cet envoi , l'infortuné ne s'aperçoit pas qu'on lui restitue une mèche de cheveux châtains et une mèche de cheveux blonds , pendant que lui-même possède une chevelure d'un noir de corbeau.
Ce qui n'empêche pas les enfants de se livrer à un duo qui, pour la force et la durée éclipse totalement celui des Puritains !
CHAPITRK VI.
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nach du Commerce vole son public quand il i»rétend indiquer toutes les différentes dasses des professions des habitants et habitantes de la capitale.
I/étudiante , sans aucune autre espèce de comparaison , peut faire concurrence à Thuitre sous le.]^apport de rattachement et de la fidélité. — Son rocher , à elle , son banc , c'est la rue Saint-Jacques ; pour elle, la rive droite de la Seine n'existe pas ; et si on lui parle des quartiers Notre-Dame-de-Lorette ou de la Madeleine, elle prétend que l'existence de ces quartiers est un bruit que la pohce fait courir.
Non-seulement l'étudiante ne vit que dans le pays latin, mais même très-souvent elle ne connaît qu'une maison de ce même quartier Latin.
Attachée spécialement à un hôtel garni, l'étudiante est la chatte de l'établissement ; elle se voit succéder des locataires aux locataires, des étudiants aux étudiants , et toujours elle est restée fidèle aux locataires de la chambre n" 7 ou n" 9, — sans que jamais le n° 6 ou le n*" 8, quelque séduisants qu'ils soient, aient pu la faire dévier de la ligne de ses devoirs.
L'étudiante ne fait ni de la tapisserie , ni de la
poux n'est pas heureux, c'est q mauvaise volonté.
Pourtant, quand il le faut abi diante se décide à prendre ui coudre un bouton indispensable répoux ; — ou quelquefois ei grands jours de Grande-Ghauin cide à repasser sa robe — qui seuse ne veut plus faire crédit
au théâtre du Luxembourg, descend la rue int-Jacques dans nue tenue ficelée, qui ese l'admiration et l'envie de tout le quartier.
L'étadiante descend continuellement le fleuve
soit totalement forcée pour aller voir ui drame extraordinaire au théâtre de V^
— Mais c'est excessivement rare ,
du temps, eUe préfère de beaucoup aux du boulevard du Temple le Panthéon et Bohineau, autrement dit théâtre du I bourg ; — car là, du moins, les étudi les étudiantes sont tout-à-fait chez eux, très absolus de leurs mouvements et d écorces d'oranges.
Et pais un autre motif non moins pi c'est que le prix des avant-scènes de Bc est de vingt sous, tandis que TAmbigi trois francs : — un ménage latin a infi trop bon genre pour aller ailleurs qu'aux scènes. — Or , six francs, cela rognerait ment le budget , s'il fallait de temps en prélever six francs pour cet usage, auand
Û7 Après cela, quelle que soit la gêne du ménage latin , madame ne se prive jamais d'aller ik Bobineau quand l'affiche est gigantesque , ce qui arrive au moins ti-ois fois par semaine. — Les Romains disaient : Panem et eircenses , — les Latines inoderaes disent : Bobineau et des oranges\
^M^im.
avec tous ces personnages ci-dessus : — : (?ae ia vertu n'est qu^un noxn!
Ne poussez pas d'exclamation, lecteur! — Ne rougissez pas , monsieur ! — Ne m'appelez pas polisson , mademoiselle l — Je ne suis pas aussi immoral que j'en ai Tairau premier abord, et en vous disant que la vertu n'est qu'un nom, je ne prétends nullement induire rien de fâcheux sur l'honneur d'un chacun ou d'une chacune , je veux seulement dire que tout est de convention sur la terre, et que ce qui est déclaré très-vertueux dans certains temps et sous ciertàins degrés de latitude ;et de longitude , et disons mên|^ plus , ;à certaines heures , est , au contraire, regardé comme chose immorale troi^ cents ans plus tard, et vingt-cinq degrés — «u vingt-cinq minutes plus loin.
Certains peuples sauvages offrent gratis leurs femmes aux voyageurs. — Les aubergistes fran* çais , dits civilisés , se contentent de leur offrir de très-mauvais matelas qu'ils font payer hor^ rîblement cher.
De midi à six heures du soir , les Parisiennes portent des robes montantes comme des religieuses, et rougiraient jusqu'au blanc et au noir ^es yeux si on découvrait seulement leur cou ;
les autres peuples de la i7iv^>,, fois par an on faisait danser toutes le personnes de la ville , sans le moindi devant tous les jeunes gens très-ver même ville ; — et pendant le reste on les entourait de voiles fort épais.
Bref , nous n'en finirions pas si ne énumérer tous les caprices de ce qu' venu de nommer la vertu , et noi promptement à cette conclusion :
danse folâtre , si désavantageuses dans la société sous le nom de ca* très synonymes , sera peut-être la enseignée dans tous les pensioni d*ici à cinquante ans, et les | ^ Dermettraient le Menuet serf
H cancan est une danse fort amusante , et l'étudiant n*a peut-être d'autre tort que d'être en avant de cinquante ans sur les idées de son siè^ de.
Le roi Dayid dansait devant l'arche pour divertir le peuple hébreu. Or, d'après Jes auteurs les mieux renseignés sur la matière, le roi David dansait un pas très-folâtre , ce que nous croyons sans peine ; car sans cela il aurait manqué son but et n'aurait nullement diverti ce bon peuple hébreu. Or , toujours d'après ces mêmes auteurs les mieux renseignés, nous apprenons que la danse du roi David était vive, amusante, et accompagnée de beaucoup de gestes : c'est la définition exacte du cancan de ^étudiant.
Après tout , ce qui prouve bien encore que tout est de convention ici-bas, c'est qu un cancan , un joli cancan restant dans de certaines limites, est tout aussi gracieux que le fandango ou le boléro ; de plus , il est beaucoup moins immoral que ces danses qui pourtant ont été naturalisées jusqu'en plein Opéra , avec subvention de sept cent mille francs.
La Grande-Chaumière du boulevard Mont- Parnasse est le conservatoire classique du genre. C'est là que les Vestris de l'école de Droit dé-
Il est bien certain que le cancan français est une danse beaucoup moins... décolletée que le fandango, le boléro et la cachucha , qui cependant ont l'honneur d'être tolérés, mais même d'être admirés sur tous les théâtres les plus royaux d'Espagne et de France.
Le fandango, ayant un jour été traduit devant l'espèce de poiice correctio^ineiie du pays, n'eut pas de peine à gagner son procès ; et vous savez que les juges furent transportés, ravis par ce pas gracieux qu'ils firent danser, en plein tribunal , par un couple charmant.
Si, en France, le cancan se tire quelquefois moins heureusement de ses citations devant la sixième chambre, cela tient absolument à ce que la plupart du temps cette danse est reproduite à l'audience par un garde municipal ^ qui veut donner au président une idée du pas qui a motivé l'arrestation du jeune prévenu.
C'est déplorable ! — Car le garde municipal manque totalement de grâce et de moelleux dans ce genre d'exercices.
Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que le président s'imagine avoir une idée du cancan, et condamne l'étudiant, qui se trouve doublement humilié, — d'abord d'être condamné, — et en-