ABRUTISSEMENT
Si l'on compare entre eux ces différens degrés des altérations intellectuelles, on verra que leur distinction repose sur des signes bien sensibles.
L'idiotisme est une maladie de naissance , caractérisée par la nullité morale et intellectuelle , mais présentant , dans cette dégradation , trois variétés fort distinctes :
1° L'abrutissement^ état de dernière abjection humaine, où il n'y a ni sensations, ni sentiment de besoins physiques ;
2" La stupidité^ où l'on trouve quelques perceptions , et au moins sentimens des besoins physiques ;
S** La bêtise se distinguant des deux états précédens par quelques fragmens d'intelligence , et notamment par la possibilité de parler.
Ces trois degrés forment l'idiotisme , qui , bien que de naissance et incurable, est néanmoins susceptible de quelque amélioration , et presque d'éducabilité.
4o L'imbécillité a un caractère tout inverse , c'est-à-dire qu'elle affecte des individus qui ont eu leur raison , et va toujours en s'aggravant ;
5*^ La démence dilFère de l'état précédent par des efforts inutiles de mémoire et d'attention, et sur-tout par un trait unique^ le sentiment, la conscience de cette impuissance et de sa propre dégradation. C'est un fait psychologique à graves conséquences ,•
6° La monomanie, comme l'indique son nom, n'est qu'une folie partielle, un délire sur un seul objet ;
7° La marîie , la fureur est l'exaltation des principales facultés intellectuelles, sur-tout de ' la mémoire et de la conscience : en éprouvant le sentiment intime de leur exaltation, les maniaques en font une vanité dé plus : mais chez eux pas de volonté; elle n'est qu'une explosion mobile et passagère , comme la rapidité des sensations ;
8. Entre ce délire complet et la raison, se place naturellement le délire de quelques momens , de quelques heures , le déraisonnement , dont l'ivresse comme les violentes passions , présenient tous les variables degrés ; ira furor hrevis \
9° Vient enfin la raison , c'èst-à-dire la volonté, maîtrisant toutes les facultés et même la conscience^ qui sans elle, se laisse aller
aux plus étranges illusions , quoiqu'en dise notre école platonicienne.
Voilà les faits , tels qu'on peut les vérifier chez les aliénés. Viennent maintenant les conséquences , dont nous allons de suite exposer une des principales.