‹ Physiologie de l'homme mariéChapitre 2 sur 16 · OU , 81 L'ON VEUT · texte numérisé non relu

OU , 81 L'ON VEUT

iT u fT u n e & s lîl tel.

abord , il se lève trèstard; on ne peut pas l’arracher du lit. (Il est bien entendu que sa femme n’est pas levée non plus.)

S’il est employé, il dit : « Ah 1 ma foi, j’ar- H-£, " riverais trop lard à mon

bureau pour signer la feuille d’entrée chez le

concierge, j’aime autant ne pas y aller du tout. »

S’il est dans le commerce, il dit : « Les commis sont en bas, ils n’ont pas besoin de moi pour ouvrir le magasin... On ne vend pas grand’chose le matin ; d’ailleurs, il faut bien que ces jeunes gens se formenl, je ne puis pas être sans cesse à les surveiller. »

S'il est dans les affaires, il dit : « J’avais un rendez-vous pour ce malin... J’irai ce soir, cela reviendra au même. Après tout, on ne peut pas se tuer. »

S’il ne fait que vivre de ses rentes, alors il ne dit rien ; mais quand sa femme lui demande l’heure, il se contente de l’embrasser en lui répondant :

« Qu’esl-ce que cela nous fait? Qu’est-ce qui nous presse? Ne sommes-nous pas nos maîtres? »

Et autres raisons accompagnées des plus tendres caresses. Madame se laisse facilement convaincre ; elle trouve son mari doué d’une éloquence très-persuasive, et se félicite d’avoir épousé un Mirabeau. Elle se félicite d’une foule de choses.

Cependant l’amour ne suffit pas pour soutenir notre frêle machine; bien au contraire, les

plaisirs de Cyllière creusent considérablement l’estomac :

Sine Cerere el Daccho frigel Venus.

Bientôt notre homme marie avoue qu'il a trcs-faim ; sa femme répond :

« Le déjeuner doit nous attendre , levonsnous. »

«Eh! pourquoi nous lever? s’écrie notre

mari en enlaçant son épouse dans ses bras

amoureux Déjeunons au lit, chère amie, ce sera bien plus gentil. »

Madame n’a rien à objecter à cela; elle sourit à son époux, qui a des idées toujours empreintes de volupté.

On déjeune dans le lit. Cela peut être fort gentil, mais, à coup sûr, ce n’est pas commode. N’importe , l’amour fait trouver tout charmant.

Après le déjeuner, on ne se lève pas encore; on a une foule de choses à se dire , que l’on se communique tout aussi bien couché que debout. Le déjeuner a renouvelé l’éloquence du mari, qui soutient la conversation d'une manière vraiment admirable.

Madame se persuade qu’elle a épousé un descendant du grand Samson.qni faisait de si belles choses avant que Dalila ne l’eût coiffé à la malcontent.

Enfin, on se lève. On s'habille en se faisant une foule de petites niches charmantes, en se dérobant, en se volant, en se rendant des baisers infiniment prolongés.

L’heure du dîner est venue, et I on n'a rien fait que rire , folâtrer, badiner. Monsieur a trouvé que la journée avait passé bien rapide-

ment. Madame a des yeux langoureux qui disent la même chose.

Monsieur ne peut pas se lasser de regarder les yeux de Madame ;

De prendre la taille à Madame;

De presser les mains de Madame ;

De lui presser les genoux.

Quand il ne peut pas lui presser quelque chose, il fait la moue, il boude, il soupire, il ne vit plus.

Madame craint que cela n’aille trop loin et que son mari ne perde la lêle à force d’amour.

A dîner, Monsieur prend Madame sur ses genoux ; il boit dans le verre où elle a bu ; il mange de ce qu’elle a goûté. Le karik à l’indienne lui semblerait fade si sa femme n’y avait pas touché.

Le soir, si les nouveaux époux se décident à aller au speelaeîe, ils ne resteront pas jusqu’à la fin ; s’ils vont en société , Monsieur est bien vile pressé de rentrer. 11 fait de loin des signes à sa femme; celle-ci lui fait comprendre que la bienséance veut qu’ils ne partent pas encore ; mais notre homme nouvellement marié brave tontes les bienséances ;

peu lui impurle ce que l'on dira , ce que l’on pensera. Il veut emmener sa femme ; il lui larde de se retrouver en léte-à-têle avec sa femme. Il lui semble que ces momenis-là sont irop rares.

Enfin, il réussit a s’emparer de sa femme. Il l’entraîne. C’est presque un enlèvement!

Il fait monter Madame dans une voilure; il

s'y précipite après elle. Cet liomme-là est. d’une impatience!... 11 ne pourra jamais attendre qu’il soit arrivé chez lui pour entamer la conversation.

Si cela durait toujours ainsi , ce serait ravissant! Mais .

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