‹ Physiologie de l'homme mariéChapitre 8 sur 16 · INTÉRIEUR DU MÉNAGE DE L’HOMME CARES¬ SANT SA FEMME DEVANT LE MONDE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DU MÉNAGE DE L’HOMME CARES¬ SANT SA FEMME DEVANT LE MONDE

ou R qu oi le déjeuner n’est -il pas prêt?....

(Première question de ce Monsieur, quand il est levé , et qui est déjà prononcée d’un ton de fort mauvaise humeur.)

— Mais, mon ami , il n’est pas tard.

— Pas tard! pas tard! Si je veux déjeuner plus tôt, si j’ai faim... Mais on est si paresseux ici! Pourquoi a-t on fait du café? Je voulais du chocolat

— Il fallait me le dire, mon ami.

— Il fallait me le demander.

— Tu prends ordinairement du café.

— C’est pour cela qu’aujourd hui je voulais changer... Cela ne vous donnerait pas beaucoup de peine de me demander ce que je veux... Qui est-ce qui a arrangé ce feu-là?... Il est bien, il est gentil ! on ne sait pas seulement faire le feu ici. Qu’est-ce que c’est que ce pain- là ?

— C’est du pain de gruau.

— Je vous ai déjà dit que je n’aimais pas le pain de gruau... Vous le faites donc exprès pour me contrarier? On a sonné , ce malin ; qui était-ce?

— Ce jeune homme blond qui est déjà venu deux fois te consulter pour savoir s’il devait se marier. Tu as dit qifill’ennuyait, ce monsieur; aussi, ce matin, je l’ai renvoyé en lui disant que tu étais déjà sorti.»

L’homme marié fait un bond sur sa chaise, et se tape sur les genoux avec colère en s’écriant :

«Mais qui est-ce qui vous avait priée de renvoyer ce jeune homme? Vous ne faites que des bêtises... je voulais justement lui parler aujourd’hui... j’avais un renseignement à lui don-

lier.,. Et on lui dit que je n’y suis pas! On se pendrait, ici, si l’on savait faire quelque chose qui me fût agréable.»

Et, dans sa colère, Monsieur ne voit pas qu’il appuie son coude sur sa lasse de café-; la tasse tombe, le café se répand sur sa robe de chambre; cela redouble l’exaspération de notre mari qui s’écrie:

«Voilà ma robe de chambre perdue! C’est votre faute. Madame.

— Comment, ma faute?.,. Il ne fallait pas renverser votre tasse.

— I! ne fallait pas me donner de. l'humeur depuis ce malin...

— Il n’y a pas besoin de vous en donner, vous bougonnez en vous éveillant.

— Avez-vous fini vos sottises?... Prenez garde... Ne me poussez pas à bout...

— Oh î mon Dieu! voilà que vous faites vos airs furibonds. On voit bien que nous ne sommes pas devant le monde...

— Veux-lu te taire?...

— En société, vous me mangez de caresses, pour qu’on me croie très-heureuse... Ah! si l’on savait comme vous me traitez... quand nous sommes seuls!

— Veux-lu te taire!... (Avec grincement de dents.)

— Aussi, c’est étonnant comme cela me fait plaisir, les baisers que vous me donnez devant le monde!

— Si tu ne finis pas, je te jette ma tasse à la figure!...

— Vous en seriez capable, vilain monstre !

— Ab ! lu m’appelles monstre... Tiens! »

Et la tasse vole du côté de Madame, qui l’esquive en se penchant en arrière, mais qui n’es-

quive pas toujours le sou tllei qui suit la tasse.

Et, pendant que Madame pleure, la sonnette s tait entendre; la bonne annonce quelqu’un. Alors Monsieur dit à sa femme d'un air menaçant :

c( J’espère que vous n'allez pas pleurer devant le monde !... Essuyez vile vos yeux... Sinon..., je recommencerai quand on sera parti.»

La visite arrive. Monsieur a tout de suite pris un air riant’, aimable, une voix douce et flûtée. La personne qui vient d’entrer dit à Madame ;

«Je vous trouve pâle... elles yeux rouges... Est-ce que vous avez été malade?...

Monsieur ne laisse pas sa femme répondre ; il s’empresse de prendre la parole et s’écrie :

«Oh! ce n’est rien... Elle a lu trop tard hier dans son lit... et ça lui fatigue les yeux. Je lui ai dit souvent: Ma Minette, tu t’abîmes les yeux en lisant si avant dans la nuit; mais on ne veut pas m’écouter... Et puis, voilà ce qui arrive..., le lendemain malin, on est pâlotte, on a les yeux rouges... Mais elle deviendra plus raisonnable, elle me l’a bien promis. »

Et tout en disant cela, notre homme s’est rapproché de sa femme, dont il caresse les joues...

De tous les vices, le plus dégoûtant est l’hypocrisie; car il tend à vouloir se faire honorer pour des vertus que l’on n’a pas.

Le voleur qui vous attaque sur le grand chemin vous dit franchement qu’il est voleur.

Le mari qu i caresse sa femme devant le monde et la bat dans sa maison, est plus vicieux que ce voleur-là.

La femme qui possède un lel mari, et qui reste fidèle à ses devoirs, mériterait qu’on lui élevât des statues, un autel, un obélisque, un arc de triomphe.

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