CELUI QUI CARESSE SA FEMME DEVANT LE MONDE
^ homme marié qui pousse x les pelits soins pour sa moitié jusqu'à celte obsession dont vous venez « de voir un exemple , est un être parfailemcnt insupportable, et capable j|g|pr de donner des attaques ~w3ui\jb tçde nerfs à la femme la moins susceptible de-lomber en syncope.
El croyez-vous que ce soil l'extrême amour que ce Monsieur éprouve pour sa femme, qui !e fasse se conduire ainsi? f)étrompez-vous.
Ce que ce Monsieur veut , c’est qu’on le cite pour le modèle des maris, pour un homme qui adore sa femme, qui ne s’occupe que d’elle, pour un phénix, enfin.
S’il aimait vraiment sa femme, il ne serait pas sans cesse après elle comme les apothicaires après M. de Pourceaugnac.
Je range ces maris-là dans la classe des hypocrites.
Nous avons ensuite ceux qui, devanlle monde, mangent leurs femmes de caresses.
Qui ne peuvent pas être près de leur moitié sans lui prendre la taille, l’enlacer tendrement.
Il y en a qui vont jusqu’aux baisers; iis appli-
<iuciil leurs lèvres sur le cou, sur la poitrine, sur les joues de Madame ; quelquefois ils vont jusqu’à la bouche. Puis ce sont des extases, des airs délirants, comme s’ils embrassaient leur femme pour la première fois.
Et, pendant ce temps-là, voyez-vous la figure que fait un tiers ou que font plusieurs tiers?
On est toujours tenté de dire au mari :
« Pardon , je vous gêne; je m’en vais. » .
Et si on s’en allait , si on le laissait seul avec sa femme, il serait bien attrapé, ce Monsieur qui a eu l'air de vouloir la dévorer de caresses.
Outre qu’cn se conduisant ainsi devant le monde on manque aux bienséances, à la décence, à la politesse et aux plus simples convenances, l’homme marié si caressant pour sa femme devant témoins, est ordinairement d’une humeur très-maussade et quelquefois brutal dans son intérieur.
C’est un changement à vue, presque comme à l’Opéra.