MOUVEMENTS RESPIRATEURS DANS LES EFFORTS
. Sa contraction même. Nous sommes donc en tout ceci de l'avis de M. Fodéra.
Toutefois cette suspension ou diminution de Ja respira- tion dans les efforts est une des causes de l’essoufflement qui “en est toujours la suite : les mouvements respirateurs étant -interrompus momentanément ,ou étant moins amples qu'ils . ne devraient l’être, il vient un moment où il faut qu'on les presse, qu’on les multiplie, pour subvenir à l’engorgement
sanguin qui s’est fait dans le poumon , et pour rétablir l’é- -quilibre. Il suffisait, en effet, de cette suspension, de ce retard dans la respiration, pouramener cet engorgement san- “guin dans le poumon; mais il est d’autant plus inévitable, que les nombreux muscles qui sont en action dans les eflorts expriment une quantité plus considérable desang dansle Sysième veineux, et que conséquemment il arrive alors plus de sang veineux au poumon pour y être artérialisé. C’est même
une nouvelle raison contre la théorie qui veut que dans tout
eflort la respiration soit complétement suspendue. : 20 Les mêmes phénomènes ont lieu dans le concours des mouvements respirateurs pour l’accomplissement des diverses excrétions. Les réservoirs qui doivent effectuer ces excrétions existent tous en effet, ou dans le thorax, ou dans l’abdomen , et il s’agit de les faire comprimer par les parois de ces cavités. Or, c’est ce que fait le même mécanisme que nous avons décrit. On fait d’abord une grande inspiration pour porter dans le poumon une grande masse d’air; ensuite, on contracte simultanément les muscles expirateurs, ceux de l’abdomen surtout, et les muscles qui ferment la glotte : les organes thoraciques et abdominaux sont alors pressés, entre les parois de ces deux cavités qui sont conirac-
Lées et appliquées sur eux, et le poumon qui, rempli d’un air qui ne peut s'échapper, fait résistance. Du reste, pour
analyser clairement la question , séparons les cas où le réser-
voir à comprimer est dans l’abdomen, de ceux où il est dans . Je thorax. Dans la défécation, par exemple, le poumon étant . rempli d'air par une inspiration préalable, en même temps que les muscles du larynx se contractent pour clore laglottie, “ceux de l'abdomen se contractentaussi,et le poumon faisant > Tome li. 13
résistance à ceux-ci à cauce de l'air dont il est plein, c’esisur le | rectum que porte leur compression. Il en est de même dans :
l'accouchement, et lors de l’excrétion urinaire, quand la contraction de la vessie ne l’effectue pas seule, et qu'il y a aide des muscles abdominaux. MM. J. Cloquet et Bourdon voulaient que dans tous ces cas le diaphragme fût passif, A r ; , que ce muscle fût seulement refoulé dans l’abdomen par suite de la plénitude du poumon ; il n’était, seloneux, en con: traction que lors de linspiralion qui précède l'effort excréteur. Ils n’admettaient d'exception à cette règle que pour le
vomissement; dans cet acte, il y avait contraction convul*:
sive du diaphragme comme des muscles abdominaux; seulement la glotte ne se fermait que lorsque cette contraction cessait ; il y avait succession alternative et rapprochée de ces deux actions. M. Fodéra soutient au contraire que dans toutes ces excrélions abdominales, il y a à la fois contraction du diaphragme et des muscles abdominaux, et nous avons déjà dit que nous parlagions en ceci son opinion: Lorsque le réservoir excrémentitiel est dans le thorax, comme lors de la toux, il y a de même contraction des muscles abdominaux ; mais la glotie ne se clot pas tout-à-fait, afin d'offrir une issue à la matière qui doit être excrétée. Dans ces cas, les muscles expirateurs se contractent con= vulsivement et avec force, afin que l'air, expulsé du poumon avec violence, balaie tout ce qui est à la surface interne des bronches, et des fosses nasales si on le fait sortir par le nez. Alors même l'expiration est si différente d’ellemême qu’on lui a donné les noms particuliers de toux,
d’éternument, dont nous parlerons à l’article des excré-
tions,
30 Enfin, les mouvements respirateurs, si susceptibles d’être modifiés par les affections de l’ame , comme nous l’a vons dit dans le temps, demandent aussi à être étudiés sous le rapport des phénomènes expressifs qu’ils constituent. Nous ne parlerons pas ici de la manière dont ils servent la voix; cela rentre dans le mécanisme de l’expiration ordi naire. Mais souvent; soit parce qu'une passion perturbe directement les nerfs respirateurs, soit parce que cette pas-
| DU SOUPIR, DU BAILLEMENT. 10% sion trouble la circulation » et par suite la respiration , les mouvements respirateurs éprouveut de notables modifications, et fondent des phénomènes expressifs auxquels on à donné des noms particuliers, et qu’il est nécessaire d'étudier : tels sont le soupir , le bdillement, le rire , le sanglot, etl’anhélation. | | Le soupir n'est qu’une large et grande iuspiration , dans laquelle on fait entrer d’une manière lente et graduelle beaucoup d’air dans le poumon. Presque toujours il n’est produit que d’intervalles en intervalles , et est séparé d’autres soupirs par plusieurs inspirations ordinaires, Sa cause ést souvent morale; mais souvent aussi elle est physique, Comme quand on est dans le vide, ou qu’on respire un air appauvri. Ce soupir; en eflel, étant une inspiration , a le même but que loute inspiration, celui de faire pénétrer dans le poumon toute la quantité d'air que réclame la quantité de sang veineux qui vient y subir la sanguification. Or , que ce soit une cause physique ou morale qui accumule le fluide à sanguifier dans le poumon, et qui établisse une disproportion entre l’air qui sanguifie et le fluide qui est sanguifié, 1l y a même besoin d'établir l'équilibre entre l’un et Vautre, et c’est ce que fait le soupir. Aussi soupire-t-on dans les mêmes circonstances qui modifient linspiration Ordinaire; en raison de la quantité de sang veineux qui arrive au poumon , du degré de richesse de l'air, et du degré de facilité avec lequel s’'épanouit le poumon. On soupire dans une aflection morale, quand cette affection, comme l’amour, le chagrin , accumulce le sang dans les cavités droites ducœuret dans le poumon. On soupire dans le vide, ou quand on est dans un air peu riche en oxygène, afin de suppléer par la quantité du gaz à ce qui manque à sa qualité. Enfin ; On soupire aux approches du sommeil et dans les premiers instants du réveil, parce qu’alors les puissances inspiratrices ne font pas pénétrer aussi facilement l’air dans le poumon. Dans tous ces cas le soupir est un soulagement ; et considéré sous le rapport moral, on peut dire qu’il est un remède physiologique per lequel se rétablit d’intervalles en interalles l’équilibre de Ja circulation : qui ne sait que la dou- | 13,
leur morale est bien plus oppressive; sion en réprime l'ex pression ?
Le bdillement est aussi une espèce d'inspiration, mais plus: ample, plus profonde , plus involontaire qu'une inspiration | ordinaire, et qui, accompagnée d’un grand écartement des. mâchoires, est suivie d’une expiration prolongée qui se fait| avec un bruit sourd. C’est un phénomène tout à la fois res-: piratoire el expressif, et qui, comparé avec une inspiration! ordinaire, offre les différences suivantes : 10 le thorax se di= late davantage; 2° plus d’air est introduit daus le poumon; 30 cetair s’y précipite avec plus de rapidité, et du premier coup] est porté plus profondément danslesramusculesbronchiques; | 40 les muscles qui effectuent ce moded’inspiration agissentiT-: résistiblement, etcomme d’une manière convulsive ; 50 enfin; il y a de plus que dans l'inspiration ordinaire , expression! faciale, écartement convulsif des mächoires. il faut , en effet, dans le bâillement comme dans le rire etlesanglot, qui! nous occuperont ci-aprés, considérer deux choses, le jeu du! thorax, et celui de la face. Le jeu du thorax est le même quel dans une inspiration ordinaire, sinon que l’action est por-: tée plus loin et est plus irrésistible. L’impression qui la décide est plus forte; d’où résulte une contraction des museles: plus énergique, plus prompte, plus involontaire, et une: plus grande ampliation du thorax. Celle-ci est telle, qu’il paraît alors se faire dans le poumon un vide là où il ne s’en fait pas d'ordinaire; d’où résulte la plus grande force avec laquelle air extérieur s'y précipite, la plus grande profondeur à laquelle cet air parvient; et ce qui porte à croire que dans le bâillement l'air est plus complétement renouvelé dans le poumon, que lors d’une inspiration ordinaire. Ge sont les mêmes muscles qui agissent, mais leur contraction est plus irrésistible. Quoiqu’en effet on puisse réprimer l’envie de bâiller, il est évident que je bâillement est un phénomène involontaire; on ne le produit pas à son gré; on peut bien en simuler l’expression faciale, mais on n’éprouve pas alors le-sentiment intérieur qui le suit, el qui, comme le soupir, est un soulagement. Quant à ce qui est du jeu de la face, consécutivement à l'impression qu'ont reçue les
DU BAILLEMENT. 197 merfs des muscles inspirateurs et qui a appelé l’action de ces muscles, et à cause des connexions sympathiques qui “unissent ces nerfs et ceux des muscles des mâchoires, cellesei sont convulsivement écartées ; et la bouche, grandement . ouverte, offre à l’air qui se précipite dans le poumon, le plus libre accès possible. En vertu d’une disposition de l’orgamisation , les impressions reçues par les nerfs respirateurs sont partagées par les nerfs des muscles moteurs de la face ; d’où résulte l’association d’action qui se manifeste’ dans ces parues, lors du rire, du sanglot, du bâillement et autres phénomènes expressifs de cet ordre. Ce sont les muscles abaisseurs de la mâchoire inférieure qui surtout sont sym- pathiquement contractés. M. Magendie veut que les élévateurs agissent aussi, mais par le genre d’action particulier qu'on appelle pandiculation. Sans doute, on ne peut contester l’existence des pandiculations en général, ni leur réalité dans les muscles des mâchoires en particulier ; il est sûr aussi que ces dernières s’observent souvent dans les mêmes circonstances que le bâillement; mais elles sont disünctes de ce phénomène; et comme, pour l'ouverture de la bouche, il faudrait en même temps pandiculation des élé- Vateurs des mâchoires et contraction de leurs abaisseurs , il est probable que cette dernière cause a seule part à l’écartement des mâchoires qui a lieu dans le bâillement. Le bäillement , du reste, étant une espèce d’inspiration , doit avoir à peu près les mêmes causes et les mêmes résultats; étant une inspiration plus ample, il doit éclater principalement dans toutes les circonstances qui exigent que l'inspiration soit plus grande. Ainsi, que la quantité de sang veineux qui vient au poumon subir la sanguification, augmente; ou que Pair qu’en respire soit moins riche en oxygène, le bâillement survient comme le soupir et dans ie même but. On büäille dans le vide, aux approches des asphyxies, aux approches du sommeil , aux premiers instants du réveil, parce que dans ces divers Cas il faut, ou suppléer.à la pauvreté de l’air par Sa quantité, ou rémédier à un engorgement du sang veineux dans ke poumon. C’est par la même cause qu'on bâille dans l'ennui. Considéré sous le rapport moral, le bâille-
ment est également un remède physiologique, et aussi son | entier accomplissement est-il suivi d’un sentiment de bien-: être ! On ne peut pas dire pourquoi les nerfs respirateurs sont plus susceptibles que tous les autres, d’être modifiés; par les impressions qui retentissent dans les centres ner! veux, et par conséquent dans les affections morales : maïs: ce fait est certain. Parmi les preuves qu’on en peut citer$| une des plus remarquables est la tendance qu'a le bâille:! ment à survenir par imitation et réminiscence, ce qui est! vrai aussi du soupir, du rire; on voit bâiller, on parle de: bâiller, etaussitôt le bâäillementse produit ; c’est que par suite! desconnexions qui unissent les différentes parties nerveuses, | l’impression reçue par le cerveau a fait naître dansles nerfs! des muscles inspirateurs celle qui commande ce phénomène, |
Le rire est un mouvement convulsif des muscles respira- | teurs et vocaux, accompagné de l'expression faciale gaie, et suivi d’un son. Il consiste dans la succession d’un certain! nombres de petites expirations bruyantes, diversement mo-! dulées , dans lesquelles l’air expiré, en traversant le larynx, donne naissance à un son, et qui sont accompagnées d’une: diduction extraordinaire et forcée dela bouche, etd’unépaz: nouissement général des traitsde la face. Dansson mécanisme, | il y a doncaussi deux choses à considérer, l’action respiratoire! et vocale , et l’expression faciale. Sous le premier point de] vue, il y a d’abord une inspiration pour remplir d’air le! poumon ; ensuite, 1l se fait une suite de petites expirations: saccadées et interrompues, mais avec contraction coïnci-| dente des muscles de la gloite, de manière que cette ouver-: ture est un peu rétrécie, et que ses rebords surtout ont toute! la tension nécessaire pour qu’un son soit produit : ce son) a une désinence en o pour les hommes, et en à pour les: femmes. Sous ce premier rapport, le rire est donc un phé-! noméne expiratoire, avec contraction convulsive de la glotte: et production d’un son. Seulement, les expirations qui le! constituent ne sont jamais entières, mais saccadées, cou- | pées par de petites contractions du diaphragme, qui sont | convulsives et reviennent en saccades aussi. C’est l’action | convulsive de ce muscle qui a la plus grande part à la pro: