‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 57 sur 97 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Mécanisme de la Circulation.

Le sang contenu dans l’appareil que nous venons de décrire n’y est pas immobile ; au contraire, il s’y meut sans cesse et dans une direction déterminée que voici. Supposant le sang veineux, qui revient du corps, versé dans l’oreillette du cœur droit , il passe de cette oreillette dans le ventricule correspondant , et celui-ci le projette par l’artère pulmonaire et ses ramifications dans le système capillaire du poumor ; traversant alors ce système, 1l y est par l’acte de larespiration changé en sang artériel, etil revientsouscette forme par les veines pulmonaires dans l'oreillette du cœur gauche : celle-ci alors le projette dans le ventricule correspondant; puis, ce ventricule, par l'artère aorte et ses ramifications , le pousse dans le système capillaire général ; à, il est changé en sang veineux, et il est rapporté sous cette forme par les veines du corps dans l'oreillette du cœur droit, où nous avions supposé commencer le cours du sang.

Tel est le mouvement entier de la circulation, et il est aisé d’y reconnaître les deux cercles que nous avons annoncé, le cercle pulmonaire et le cercle général. Mais nous ferons aussitôt sur l’un et sur l’autre les deux observations suivantes : 10 loin d’être isolés, ils se font suite; le cercle du poumon commence où a fini celui du corps, et finit où celui du corps a commencé, et vice versd; 20 ils s’accomplissent en même temps, ce qui semble les réduire à un pour le mécanisme de la cireulation : c’est en effet en même temps que les deux oreillettes de l’un et l’autre cœur se contractent et se dilatent pour projeter et recevoir le sang; il y a de même harmonie dans l’action des deux ventricules. En un mot, de même que les appareils de chacun des deux cercles étaient composés des mêmes parties ; de même, dans chaque cercle, le rôle de ces parties estrespectivement semblable, ét s’'aecomplit en même temps.

Ce cours du sang ne fut pas toujours connu : les Anciens

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 293 ne croyaient qu’à un simple balancement de ce fluide dans les veines, balancement qu’ilscomparaient à l’oscillation des flots de l’Euripe. Comme dans les cadavres, les artères sont géné-

ralement vides, ils croyaient qu’elles l’étaientde même pen-

dant la vie, ou qu’au moins elles ne chariaient qu’un fluide subtil, qu’ils supposaient être puisé dans l’air lors de la res-

piration. Cependant, dès le temps de Galien, on savait que

ces vaisseaux contiennent du sang, et que ce liquide y circule du cœur aux parties. Ce grand médecin fut même sur le point de découvrir la circulation pulmonaire; car voici ce qu’il dit : « Le chyle, produit de la digestion, est recueilli par les veines mésaraïques et porté au foie; là il est changé en sang; alors les veines sus-hépatiques le portent au cœur pulmonaire , et de là il va, en partie au poumon, en partie au reste du corps, en passant à travers la cloison moyenne des oreillettes et des ventricules. » Mais cette découverte de la circulation artérielle, loin de hâter la découverte de la circulation en général, la retarda, en induisant en erreur sur la circulation veineuse ; l’on crut, en effet, que

le sangcirculait aussi dans les veines, du cœur aux parties. Ce

fut en 1553 qu'André Césalpin, Colombus, Michel Servet, reconnurent la direction du coursdu sang dans les veines, et préparèrent ainsi la voie à la découverte de ioute la cireulation. La gloire de celle-ci est rapportée à Harvey, qui en présenta un premier tableau dans ses lectures en 1619; puis une démonstration complète en 1628, dans un ouvrage intitulé : Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis.

Il prit ses preuves dans l’anatomie et dans une suite d’observations et d’expériences. D’une part, la disposition anatomique de l'appareil circulatoire est telle, que le cours du sang doit être ainsi qu’il a été décrit : les valvules tricuspides et mitrales, qui sont aux ouvertures auriculo-ventriculaires de l’un et l’autre cœur ; les valvules sigmoïdes,

ui sont à l’origine de l’un et de l’autre système artériel ; enfin , les valvules des veines, sont disposées de manière à permettre Île cours du sang dans la direction que nous avons annoncée , et non dans la direction inverse. D'autre paït, qu’on ouvre une artère et une veine, c’est du bout

supérieur que sortira le sang dans le premier vaisseau, et du bout inférieur dans le second. Que l’on fasse une ligature à l’un et à l’autre, c’est au-dessus de la ligature que l'artère se gonflera, et au-dessous que le fera la veine. Si on pratique des injections dans ces vaisseaux , c’est du cœur aux parties qu’il faut les pousser dans les artères; et, au contraire, des parties au cœur dans les veines. Enfin, indépendamment de ce que Leuwenhoeck, Malpighi, Spallanzant, ont vu, à l’aide du microscope, la circulation se faire dans la direction que nous venons de dire, et ont acquis par là une preuve directe du fait, le raisonnement seul aurait dû Îe faire préjuger : ne fallait-il pas, en effet, que le sang veineux fût rapporté au poumon, qui est l’organe de l’hématose, et que le sang artériel, destiné à nourrir les parties, fût distribué à celles-ci ?

Cette découverte de la circulation du sang fit d’ailleurs imaginer une expérience , de laquelle on n’a pas obtenu, à la vérité, les heureux résultats qu'on en attendait, mais qui, au moins, a servi à justifier la découverte qui l'avait inspirée : c’est l’expérience de la transfusion du sang. A l’une des artères d’un animal on adapte un tube, que l’on introduit, d’autre part, dans l’artère d’un autre animal, mais dans la direction opposée à celle du cœur ; dès lors le cœur du premier animal en projette le sang dans les vais-

seaux du second; et, pour que celui-ci puisse recevoir et

garder le nouveau sang qui lui est fourni, on lui ‘ouvre plusieurs veines pour que tout son premier sang s'écoule.

L'expérience fut faite d’abord sur un chien, auquel on

tansfusa ainsi tout le sang d’une brebis; on la répéta ensuite; 10 sur un chien sourd et vieux, qui parut par elle être rajeunr et recouvrer l’ouïe; 20 sur un cheval de vingt-six aus, qui sembla récupérer ses forces. Alors elle fut tentée sur l’homme, en Angleterre, par Libavius; à Paris, par Denys et Emery. Elle parut d’abord avoir quelques avantages. Un jeune idiot, auquel on avait ainsi transfusé le

sang d’un veau, parut d’abord recouvrer la raison; mais.

bientôt des iBi dents survinrent, le jeune idiot fut frappé de phrénésie, de pissement de sang, et ne tarda pas à mou-

| MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 295 ir. Alors le gouvernement proscrivit ces audacieux essais. Peut-être que, dans ces expériences, le sang était poussé avec trop de force, car de nos jours la transfusion a été prati- - quée sur les animaux sans inconvénients. Sir Morgan dit . que B. Harwood, professeur d’anatomie, la pratiquait tous lés ans à Cambridge : seulement, il commençait par ôter le sang de l'animal avant de lui en transfuser de nouveau, et il ne commençait la transfusion que lorsque, par la perte de sang antécédente , l’animal tombait en syncope; la quantité du sang transfusée se.mesurait sur la manifestation du retour de la vie : si on en transfusait trop , l’animal éprouvait une légère incommodité. C’est de cette manière aussi qu opérèrent MM. Dumas et Prévost, à Genève. D’après ces derniers expérimentateurs, il paraîtrait que la nature du sang influe sur les résultats de lexpérience. En transfusant dans un animal Île sang d’une autre espèce, dont les globules sont de forme, et même de dimensions différentes, toujours la mort en a été la suite. Par exemple, en transfusant dans un oiseau , dont le sang est à globules elliptiques, le sang d’un animal à globules circulaires, [a mort est survenue avec des phénomènes nerveux analogues à ceux qui succèdent à l’ingestion d’un poison; et, au contraire, l’animal a été rappelé à la vie, en I transfusant le sang d’un . animal de son espèce. Mais, quoi qu’il en soit de lapplication qu’on puisse faire de cette expérience à la pratique de la médecine, elle a toujours servi à prouver la vérité du cours que noüs avons assigné au sang. Aujourd’hui ce cours est un fait universellement reconnu.

Mais maintenant, quelles causes président à cette circu- lation, et quelle part y a chacune des quatre parties qui composent l’appareil circulatoire ? c’est ici qu’il y a beaucoup de débats, partant beaucoup de points inconnus, ou au moins peu éclaircis ; et, pour en présenter un historique à la fois clair et complet, nous allons étudier successivement la circulation dans le cœur, dans les artères, dans les systèmes capillaires et dans les veines. Nous n’avons pas … besoin de répéter que ce que nous allons dire doit s'entendre dél’unet l’autre cercle.

ARTICLE PREMIER

Circulation dans le Cœur.

Le sang circule dans chaque cœur, ayons-nous dit, de l'oreillette dans le ventricule correspondant, et de celui-ci dans l’artère qui en émane. Quelle puissance le fait se mouvoir dans cette direction ? La principale, sans contredit , consiste dans les contractions et dilatations alternatives de chacune de ces cavités, dilatations et contractions qui font . évidemment du cœur une espèce de pompe aspirante et foulante. Ces actions du cœur se voient quand on regarde le cœur mis à nu chez un animal vivant, et ce sont elles qui produisent les battements que ressent la main qui est appliquée sur la région du corps qui répond à cet organe. Examinées en elles-mêmes, elles offrent la succession des phénomènes suivants : 10 Dilatation de l'oreillette, écartement de ses parois, et, par suite, réplétion de cette oreillette par le sang qu’y apportent d’une manière continue les veines. L’oreillette, en effet, offre alors un accès plus libre à ce sang, et peut-être même exerce sur lui une action d’aspiration. 20 Contraction de cette oreillette, resserrement de ses parois, et, par suite, expression dans le ventricule du sang dont cette oreillette s'était remplie dans le temps précédent. En effet, c’est de haut en bas, et dans la direction | de l’ouverture ventriculaire, que se fait la contraction de’ l’oreiliette : cette ouverture est libre, parce que l’état de dilatation dans lequel est alors le ventricule a abaissé les valvules qui la garnissent ; le ventricule, qui est alors en état de dilatation, offre un accès libre au sang, et peut-être même laspire; enfin, le sang ne peut pas suivre une autre voie, car le sang nouveau que les veines apportent ne permet pas qu'il reflue dans ces vaisseaux. Cependant il y aici une première controverse. Selon les uns, il y a toujours, lors de la contraction de l'oreillette, un léger reflux dans les veines, surLout si le ventricule est déjà plein, et n’a pas pu se vider librement dans les temps précédents. Selon les

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 297 autres, ce reflux n’a jamais lieu dans l’état normal ; et même le ventricule reçoit alors, outre le sang que contenait loreillette, tout celui qu’apportent actuellement les veines. Ceux-ci donnent comme preuves, que le ventricule ayant . plus de capacité que oreillette, ne pourrait pas être rempli par le sang seul que contenait cette oreillette; et que le temps que dure la dilatation du ventricule, est plus long que celui pendant lequel Poreillette se contracte. Dans cette dernière manière de voir, la contraction de Poreillette n'aurait d'autre but que de la vider, et de compléter la ré-. plétion du ventricule. Toutefois, ce ventricule est ainsi rempli; et si le sang qui lui arrive ne passe pas aussitôt dans les artères, c’est que les valvules tricuspides et mitrales sont alors abaissées , et recouvrent l’entrée de ces vais-

| seaux.

Les mêmes mouvements s’observent dans le ventricule, avec ce fait cependant qu'ils alternent avec ceux de l’oreillette : 1° coïncidemment à la contraction de l’oreillette, dila- {ation du ventricule, écartement de ses parois, pour rece- voir le sang que lui projette l'oreillette, et peut-être pour l’aspirer ; 20 coïncidemment à la dilatation de l’oreillette, contraction du ventricule, resserrement de ses parois, et, par suite, expression dans le système artériel qui émane de Jui, du sang dont il s'était rempli dans le temps précédent. En effet, c’est dans la direction de l’orifice du système artériel que se fait la contraction du ventricule : le ventricule étant en état de contraction, les valvules tricuspides et mitrales, au sommet desquelles aboutissent les tendons des colonnes charnues, sont relevées et laissent cet orifice libre : les valvules sigmoïdes, qui sont à l’origine de chaque sysième artériel, ne peuvent apporter d'obstacles, car elles sont disposées de manière à devoir s’abaisser sous le flot du sang qui est projeté ; enfin , le sang ne peut que suivre cette voie, ou refluer dans l'oreillette, et cette dernière chose est 2 impossible. En effet, les valvules tricuspides et mitrales, que l’état de contracuon des ventricules a relevées, inter-

FE

- rompent la communication avec cette cavité; et, de plus, c'est alors que les oreillettes en état de dilatation se remplis-

sent d’un sang nouveau. Il n’y a tout au plus de rapporté dans ces cavités, que la petite quantité de sang que soulèvent les valvules tricuspides et mitrales, quand elles reprennent la position horizontale. Cependant se représente ici la même controverse que tout à l’heure : y a-t-il toujours reflux d’un peu de sang dans les oreillettes, et même dans les veines qui y aboutissent? ou bien, au contraire, ce reflux n’a-t-1l lieu que dans quelques cas, quand les systèmes artériels qui reçoivent le sang sont éReorBéS, et ne permettent pas aux ventricules de se ler à leur profit de tout le sang qu'ils contiennent ? Ce dernier fait au moins est sûr : dans les ems barras du poumon, on voit battre les veines du col par suite du reflux qui se fait dans les veines caves lors de la contraction du ventricule droit; souvent même ce reflux s’étend jusqu’au cerveau, jusqu’au foie, et engorge ces organes : Haller dit avoir vu ces battements jusque dans les veines iliaques externes : c’est ce qu’on appelle le pouls veineux. Bichat dit aussi avoir vu le poumon s’engorger par suite d’un reflux du | sang par les veines pulmonaires, lors d’un obstacle au cours du sang dans l’aorte.

Telle est l’action des deux cœurs. Foutest semblable da l’un et dans l’autre, sinon que, dans le cœur pulmonaire; 19 l'oreillette a plus de colonnes charnues, afin de mieux mêler le chyle, la Iymphe et le sang veineux qui y aboutis= sent; 20 le ventricule a des parois moins épaisses, parce qu’il a à projeter le sang à une distance moindre. Nous avons déjà dit qu’ils agissaient simultanément : et comment pourrait-il en être autrement, puisque la paroi interne de leurs cavités leur est commune ? Il n’y a d’action alternative qu'entre les oreillettes et les ventricules. Aussi ne doit-on distinguer dans les mouvements des cœurs, considérés comme un Organe unique, que deux temps , célui où les oreillettes se contractent, et où les ventricules se dilatent, qu’on appelle diastole ; et celui où les oreillettes se dilatent et les ventricules se contractent, qu’on appelle systole. C’est à tort que Lancisy en reconnaissait trois, ajoutant à la systole des oreiHettes, et à celle des ventricules, une prétendue systole des artères, succédant immédiatement à celle des

\ MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 299 rvicules. C’est avec plus de tort encore que Nichols en idmettait six, trois dans chaque cercle circulatoire , méconnaissant que les deux circulations s’accomplissent en même lemps. Ce n’est pas que chaque cavité du cœur n’ait sa diastole et sa systole ; mais d’abord, quand il y a diastole le l’une , il y a systole de l’autre , et vice versd ; et ensuite, comme ce sont les ventricules qui forment la grande masse du cœur, et que c’est leur jeu surtout qui modifie la forme >t le volume de cet organe, on y a plus d’égard qu'aux mouvements des téliletiee: et, quand on vale de la diastole et le la systole du cœur, on entend. seulement la dilatation et la contraction des Seal. Cependant Laennec dit avoir réconnu nettement, à l’aide du stéthoscope, qu’il y a un repos entre la systole des oreillettes et celle des ventricules,

ce qui ferait un troisième temps. Selon ce médecin, la systole des ventricules est la plus longue. Sur la durée taie des mouvements du cœur, un quart est rempli par la systole des oreillettes, une moitié par celle des ventricules, et le dernier quart correspond au repos qui sépare l’une et l’autre. Ainsi le cœur ne serait pas plus sans repos que tout autre muscle , et, sur vingt-quatre heures, il yaurait douze heures de repos pour les venirieules, et dix-huit pour les oreillettes.

Mais plusieurs questions se présentent ici. D'abord , à chaque contraction d’une cavité, cette cavité se side en entier du red Le elle contient? Haller le croit, s'appuyant sur ce qu'examinant au microscope la circulation dans des grenouilles et le petit poulet, il a vu le cœur pâlir tout-àfait à chaque contraction. D'ailleurs sa doctrine de l’irritabilité lui faisait une loi de penser ainsi, attendu que le moindre reste de sang dans le cœur, aurait, en irritant cet organe, empêché la dilatation de succéder à la contraction. D’autres physiologistes, au contraire , en arguant aussi d’observations microscopiques sur les animaux vivants, TV'eit- Brecht, Fontana, Spallanzani , professent l’ opinion inverse. ” Ensuite, quelle quantité de sang est envoyée par le cœur dans les artères à chaque contraction de ses cavités? Soit qu'on admette que le cœur se vide en entier à chaque systole, soit qu’on admette l'opinion inverse, la question ne

peut être résolue. Dans la première hypothèse, en effet , il faudrait évaluer préalablement, et la capacité du venti: cule, ce qui varie en chaque individu, et la quantité dé sang qui lui est fournie par les veines, ce qui n’est pas moins variable. Dans la seconde hypothèse, il y aurait encore plu: de difficultés : car 1l faudrait établir combien de sang reflua dans l’oreillette, combien il en est projeté dans l’artère , et combien il en reste dans le ventricule. On a professé gé: néralement que le ventricule peut contenir six onces dd sang, et que d'ordinaire, à chaque contraction , il en pro: jetle deux onces; on a jugé, par la quantité de sang qu jaillit d’un ventricule, qu’on ouvre exprès dans une expé:rience sur un animal vivant. Mais cette évaluation est vaine! La quantité de sang que projette le cœur doit dépendre de la capacité intérieure de cet organe, et de la quantité dd sang que les veines lui ont apportées; et ces deux condition: sont extrêmement variables. D’ailleurs, ne sachant pas quelle quantité de sang arrive, peut-on savoir quelle est celle qui est projetée ? Ce qu’il y a de certain, c’est que cette quantité varie, est tantôt plus grande, tantôt plus petite | d’où résultent ce qu’on appelle les pouls gros et pleins, petits et vides. 1 Au moment du jeu des cavités du cœur , des changements apparents se font dans cet organe. Lors de la systole, son tissu durcit; le viscère se raccourcit, se déplace, et va, de sa pointe , frapper la paroi latérale gauche du thorax, entre Ja sixième et la septième côte. Dans la diastole, les phénomènes sont inverses. La cause pour laquelle le cœur bat contre le thorax a été le sujet de beaucoup de débats. Jésale, Riolan, Borelli, Winslow, direntque c’est parce que le cœur, lorsdela systole, s’alonge : mais on nia le fait, et on prétendit qu'au contraire le cœurse raccourcissait alors ; Bassuel, surtout, fit remarquer que, si le cœur s’alongeait dans la systold des ventricules, les valvules tricuspideset mitrales devraient être abaïssées, et par conséquent laisseraient tout accès libre à un reflux du sang dans lesoreillettes , tandis qu’elles empécheraient l'entrée de ce liquiedans les artères. Aujourd’hui l'on reconnaît que le cœur se raccourcitdanstous les sens, lors

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 301 de sa systole ; que toutes ses parois se rapprochent de la cloison moyenne; que cependant , en se raccourcissant, ses fibres augmentent d'épaisseur; et l’on attribue le heurtement de sa pointe contre les côtes s AUX trois raisons suivantes : 10 à ce que, tout le mouvement étant dirigé sur la base de lorg gane qui est fixe , l’ organe doit basculer sur cette base ; 20 à ce que les aséiMlettes qui, lors de la systole des ventricules, sont en dilatation et remplies de sang, doivent alors soulever l’ organe et le porter en avant; 30 enfin, à ce que les artères aorte et pulmonaire reçoivent, du sang qui st projeté en elles, une impulsion vôlle , qu’elles en éprouvent un déplacement, et font partager ce déplacement aucœur lui-même. Les colonnes charnues des ventricules aboutissant par des tendons aux sommets des valvules tricuspides et nitrales, on conçoit comment la contraction de ces colonnes doit avoir pour Éoltivderendiercss valvules, et de bouer par elles les orifices des oreillettes.

Sans aucun doute, la systole est active : en est-1l de même 4 la diastole ? D’abord , certainement la dilatation des cavités du cœur n’est pas le produit mécanique de la pression qu’ exerce en elles le sang qui y est versé ; car cette dilatation précède l’arrivée du sang, et elle se fait lors même qu'il ne peut plus en arriver, comme dans un cœur qui est séparé du corps. Ensuite , quoiqu’en ait dit Hamberger, qui voulait que la diastole fâtactive ,etmême plusactive que la systole, etcela

rce qu'en serrant fortement dans sa main le cœur d’un animal vivant, on le sent se dilater comme à l’ordinaire, il est sûr qu’elle n’est que l'effet du relàächement des fibres, de la cessation de la contraction ; et, en effet, dans l’expérience même dont arguait Hamberger, on reconnaîtque le moment où le cœur écarte les doigts qui l’embrassent, est celui où cet organe se contracte.

| Enfin, qu'est-ce qu'est cette action du cœur ? quelle en est la cause ? d’où provient la succession alternative du jeu des Oreillettes et des ventricules ? Stahlest le premier qui ait émis sur la première de ces questions une opinion raisonnable. Remarquant que le tissu du cœur est musculeux ; que les contracLions de cet organe sont toutes semblables à celles

Le

qu’exécutent les muscles, avec cette seule différence qu’elll ne sont pas de même volontaires; que ces contractions sontü fluencées du reste ,et modifiées par les passions ;etqu’enfin, | cœur, commetoutautre muscle, reçoit des nerfsqu’on ne peu altérer sans modifier son jeu , Stahl, séduit par toutes ces an: logies, assimila les mouvements du cœur à ceux des museli volontaires. Il avouait bien que généralement on ne peut= percevoir ni diriger les mouvements de son cœur ; mais il'dl sait que c'était l'habitude seule qui les avait rendus involoi taires, à peu près comme on voit certains tics, volontair! d’abord, devenir irrésistibles avec le temps ; il arguait d fait d’un individu, le capitaine Towson , qui, disait-on avait conservé toute sa vie le pouvoir de régler à sa volonti les mouvements de son cœur. C’était d’ailleurs , pour tal rentrer dans son système chéri, qui était de rapporter à l'ir fluence de l’ame tous les phénomènes quelconques de l’éco nomie animale. Sans doute, les actions du cœur sont di genre de celles des organes musculaires, c’est-à-dire de contractions; en ce sens, Sthal a euraison; mais évidem ment elles ne sont ni perçues ni volontaires, et elles for dent un nouvel exemple de ces contractions involontairs que nous avons rencontrées déjà dans l’estomac et dans le intestins.

Haller , pour expliquer les mouvements du cœur, en af pela à sa force d’irritabilité, à laquelle il rapportait toute les contractions musculaires, tant volontaires qu’involor taires. Le cœur étant un muscle, possédait cette force aussi bien que tout autre; et le contact du sang dans son inte rieur était ce qui à chaque instant la mettait en jeu. l donna comme preuve, que tout excitant appliqué au-de dans ou au-dehors du cœur, en détermine les contractions IL est si vrai, dit-il, que c’est le sang qui provoque ce contractions , que l’on voit ces contractions être d’au tant plus fortes et plus rapprochées, que le sang est plu abondant; se succéder dans les cavités du cœur, dans l'on dre même selon lequel le sang arrive à ces cavités, et se pro! longer plus ou moins dans les unes et dans les autres, selon qu’on fait accumuler en elles le sang. Dominé même pal

‘MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 303 l’idée qu'il avait, de faire de l’irritabilité une propriété différente de celle de la sensibilité, ce physiologiste alla jusqu’à mier toute influence nerveuse sur les mouvements du cœur. Il s'appuyait : 1° sur ce qu’on voit les mouvements du “cœur continuer après la décapitation , après la section de la moelle épinière au col, après celle des nerfs de cet organe au même lieu, cas divers dans lesquels il n’y a certainement plus de communication entre le cerveau et lui, et enfin ,; lorsqu’on a tout-à-fait isolé le cœur du corps; 2° sur ce que des mrritations des nerfs cardiaques ne changent pas les con- Mractions du cœur, comme les irritations des autres nerfs “modifient celles des muscles auxquels ils se distribuent. Cette théorie de Haller n’est pas moins que celle de wSiahl, susceptible de reproches. D'abord, expliquer Îles mouvements du cœur par l’irritabilité, c’est rentrer dans la philosophie des forces occultes , c’est se payer d’un mot. Ensuite, selon aller, il faut toujours qu'un excitant mette en jeu l’irritabilité, et que de fois le cœur se contracte sans excitant, comme quand il est isolé du corps ? si le cœur ne se vide jamais en entier, jamais le relâchement ne devrait succéder à la contraction. Enfin, il est faux que le cœur soit, dans l’exécution de ses mouvements , indépendant d’une influence nerveuse : ne reçoit-il pas des nerfs ? ses contractions ne sont-elles pas modifiées dans les passions, dans les lésions des grands centres nerveux, dans celles des nerfs qui se distribuent à son tissu ? En vain Haller a mié ces dernières assertions; des expériences dont nous allons parler tout à l’heure les ont mises hors de doute. Si le cœur a été paralysé plus tardivement que les autres or- Sanes , c'est sans doute parce que ses mouvements avaient besoin d’être les plus indépendants possible; mais à la fin. ils se sont aussi arrêtés. Sæmmering et Behrends, à la vérité, ont établi que les nerfs cardiaques se distribuaient non au tissu même du cœur, mais seulement aux ramifications les artères coronaires , et qu’ainsi ces nerfs ne présidaient bas à la fonction de cet organe. mais seulement à sa nutriäon.Mais c’est là une assertion anatomique, à laquelle Scarpa, par son bel ouvrage sur les nerfs du cœur, a donné, pour me

servir de l’expression de M. Percy, le plus superbe démenti. Aujourd’hui l’on reconnaît que les mouvements du cœux sont du genre de ceux qui sont effectués par les muscles | avec cette différence qu’ils sont involontaires. On convient qu'on ne peut pas plus pénétrer leur essence que celle de: mouvements volontaires; mais on consacre, et leur irrésis: tibilité, contre ce que disait Sthal, et leur dépendance d’une influence nerveuse , ainsi qu’il en est de tous les autres phé:nomènes organiques dans les animaux supérieurs, contre ce que disait Hailer. Les seules dissidences portent sur: celu: des systèmes nerveux qui les régit, et sur le degré de dépen: dance dans lequel ils sont des centres nerveux. Sous le pre mier rapport, On a tour-à-tour ‘présenté comme système nerveux spécial du cœur la huitième paire encéphaliqué| le grand sympathique , et un ganglion particulier situé der: rière le cœur, et appelé cardiaque. 1l est sûr, en ellet, qu les nerfs cardiaques ont des communications intimes ave chacune de ces trois parties du système nerveux ; et peuven conséquemment en être également dérivés. ÆWäillis, rappor: tant les nerfs cardiaques à la huitième paire, a pratiqué Ï: section de cette paire de nerfs au col, dans la vue de para, lyser le cœur, comme d’autres avaient pratiqué cette même section pour paralyser l'estomac, ie poumon. Mais la mor! n'étant arrivée que quelques heures, et même quelques jour après l'expérience, il est sûr que le cœur a continué ses mou vements. D’autres, dérivant les nerfs cardiaques du gran sympathique, ont de même coupé celui-ci au col; mais 1! mort, dans ce cas, n’a pas été plus prompie que dans | cas précédent, et conséquemment le cœur n’a pas été plu immédiatement paralysé. C’est même de ces faits que Halle concluait que le cœur est, dans ses mouvements, indépen dant de toute influence nerveuse. Mais remarquons que! dans ces expériences, on n’attaque pas Îles nerfs mêmes di cœur; on interrompt seulement leur communication ave! les systèmes nerveux supérieurs , l’encéphale particulière! ment : et l'influence de ceux-ci sur les systèmes nerveux in; févieurs étant en raison de l’animalité de la fonetion à la. quelle ceux-ci président, on conçoit que l'action du cœuI

FR

t MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 305 qui est assez inférieure peut mettre quelque temps à s'éteindre, Il est sûr que dans ces expériences le cœur s’affai-

blit graduellement, et que, si la mort n’arrivait pas par d’au-

- tres causes, cel organe finirait parêtre tout-à-fait paralysé. À plus forte raison, cela arriverait-il » Si On coupait les nerfs cardiaques eux-mêmes ? Probablement alors le cœur serait

aussilÔt paralysé, ou au moine après le temps qu'emploie-

rait à s'éteindre l'influence nerveuse dans la portion du nerf

qui serait au-dessous de la section. Mais nous avons dit que M. Dupuyiren , dans ses expériences sur la huitième paire,

n'avait jamais pu parvenir à les couper seuls.

Sous le second rapport, 1l est certain que les nerfs du cœur, quels qu'ils soient, réclament comme les autres , pour

- exercer leur office, leur communication avec les centres . nerveux et l’intégrité de ces centres ; et cela dans la mesure conforme aux lois de l’innervation , c’est-à-dire en raison du

s re $ ° DE M Dai * 1 ur rang qu’occupe parmi He fonctions celle à laquelle ils prée L A LD r . .

sident, en raison de l’âge plus où moins ayancé de l’indi-

vidu, et du rang plus ou moins élevé qu'il occupe dans

l'échelle des animaux. Au premier titre, le cœur est plus

, indépendant des grands centres nerveux que beaucoup d’au-

tres organes. D'abord, il l’est assez de l’encéphale, Des rep-

. tiles décapités ont continué de vivre pendant six mois, et “par conséquent le cœur a continué ses fonctions. Dans l’es-

pèce humaine, des anencéphales ont vécu Jusqu'au terme

. de la grossesse , et quelquefois même quelques jours au-delà.

M. Legallois a fait survivre plusieurs animaux mammifères décapités, et entretenu en eux les mouvements du cœur , en ayant soin de lier les vaisseaux du col pour prévenir l’hémorrhagie,et en remplaçant la respiration par uneinsufila-

tion d’air dans le poumon. Dansleslésions du cerveau, dans les

apoplexies,lesfonctions du cœurne sont-elles pasenfin des der-

mièresas’arrêter ? Cependant cette influence, pourêtre moins

prochaine , n’en est pas moius réelle; dans les lésions cérébrales, à la fin la cessation des mouvements du cœur arrive ;

et dans certains cas, l’état du cerveau modifie assez prompte -

ment cesmouvementis, comme on le voitdansiles passions. En

“second lieu , à juger d’après des expériences de Legallois, le

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