‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 58 sur 97 · Tome IT · texte numérisé non relu

Tome IT

cœur serait davantage sous la subordination de la moelle spinale; un animal qui, à l’aide de l’insufllation pulmonaire, survit quelques heures à la décapitation , à l’ablation du cerveau, succombe bien plus tôt à la destruction de Ja moelle , et même d’une de ses parties; il expire après quatre minutes, quand on détruit la moelle lombaire; après deux, quand on détruit la moelle cervicale. La mort provient évidemment de la paralysie et de V’affaiblissement du cœur ; car on ne peut proionger la vie qu’en emportant quelques parties de l’anima!, et limitant par conséquent le champ de la circulation dans la même proportion qu'a étéaffaiblie

la puissance de sonorganeceniral. Lesalloisavaitmême conclu .

de ces faits , que la source de la puissance nerveuse à laquelle

le cœur est soumis, résidait dans la moelle épinière, et que,

celle-ci était aussi l’origine du grand sympathique. Mais, à

notre sens, ces expériences, sur lesquelles nous reviendrons,

à Particle de l’innervation, prouvent seulement que la moelle spinale est plus partie centrale du système nerveux que le cerveau; et sa lésion n'arrête l’action du cœur que

parce que le système nerveux de celui-ci a besoin pour agir

de l’intégrité de cette partie centrale. Dans cette dépendance dont est le cœur de la moelle spinale, on retrouve du réste les lois générales de l’innervation, c’est-à-dire linfluence de l’âge, et du rang qu’occupe l’animal dans l’échelle des êtres. Des fœtus acéphales, et sans moelle spinale; ont offert un cœur agissant. Ph. Wilson, dans des expériences calquées sur ceiles de Legallois, a vu les battements du cœur continuer après la destruction de la moelle, si les animaux soumis à l'expérience étaient jeunes, et si la destruetion de la moelle était faite avec lenteur. Chäft a fait la même remarque, en expérimentant sur des animaux d’un rang inférieur, des poissons, des carpes.

Dans le jeu du cœur ii ya, d’abord alternative de diastole,

et de systole pour chaque cavité, et ensuite opposition, espèce d’antagonisme entre ces cavités : quand l’une se contracte, l’autre se dilate. On a aussi cherché les causes de cet ordre merveilleux. On a dit que si, dans toute cavité, la

contraction succède à la dilatation, et la dilatation à la,

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 307 contraction , c'est que le cœur est sans antagoniste, que la contraction est l’état naturel de la fibre qui le forme , et que cependant cette contraction est de sa nature intermittente, et exige après elle un court instant de repos. Le sang, lui arrivant dans ce temps de repos, rappelle par sa présence la contraction. Quant à l'alternative d'action des orcillettes et des ventricules, on avait imaginé que lorsque le sang remplissait une cavité, il comprimait les nerfs de l’au- ‘tre cavité, par conséquent la paralysait et amenait la fin de la contraction à laquelle elle était en proie. Mais ce n’est là qu’une hypothèse. Cette alternative est un fait certain , Mais inexplicabie dans l’état actuel de la science, C’est surtout du cœur qu'on peut dire ce que Galien disait de tous les organes du corps, qu'ils semblent agir d'eux-mêmes , et qu'ils

sont comme les instruments de la forge de Vulcain , qui venaïent d'eux-mêmes se placer sous la main du dieu.

Tel est le rôle du cœur dans la circulation ; etil est évident que l’action de cet organe suffit pour faire traverser au sang les oreilleties et les ventricules. Ce viscére a assez de force pour faire circuler le liquide et le faire triompher des résistances qui s’opposent à sa progression , et qui sont ici la masse du sang à mouvoir, et les frottements de ce fluide contre les parois de Porgane. Dans aucun autre point du cercle, le mouvement n’est plus rapide ; mais il est inter- -mittent; il ÿ a même un moment où il est rétrograde. Cette alternative de contractions et de dilatations du cœur se répète depuis le moment de l’existence de cet organe jusqu’à la mort, dans un nombre de fois d'autant plus grand qu'on est plus jeune, et avec beaucoup de variétés sous le rapport de l’énergie.

Nous discuterons ci-après jusqu'où s'étend, dans le cercle circulatoire, l'influence du cœur : Harvey lui faisait accomplir à Jui seul le cercle entier ; d’autres ont restreint sa puissance au commencement des artères ; d’autres enfin l'ont étendue jusqu'aux extrémités des systèmes artériels. Cette question nous occupera ci-après. Nous dirons seulement que, selon qu’on à adopté l’une ou Pautre de ces trois Opinions, on a dû évaluer différemment la force du cœur. Bo-

relli, comparant le cœur à an muscle de même volume, et évaluant la résistance que ce dernier était capable de vaincre , estima la puissance du cœur égale à 180000 livres. Keil, ouvrant une artère sur un animal vivant, et évaluant la force qu’il faudrait employer pour produire un jet semblable à celui que fournissait l’artère, n’estima la force du cœur que de 5 à 8 onces. Quelle immense disproportion! Les résultats des autres expérimentateurs ne sont pas moins di-. vers. Hales, voyant à quelle hauteur le cœur fait monter le sang dans un tube perpendiculaire surajouté à la carotide, évalua la force du cœur à 51 livres. Tabor, au contraire, V'estima 150 livres; Sauvages, 71 onces; Bernoully, 28 li-. vres , etc. Cette seule diversité suffirait pour montrer le vide de pareilles recherches. Mais, en outre , combien ii est facile de prouver que ce fait est un de ceux auxquels le calcul n’est. pas applicable ! D'abord la force du cœur est mille fois vaviable en elle-même, selon l’âge, le sexe, le tempérament, l'idiosyncrasie, l’état de veille, de sommeil, d’exercice où de repos, de santé, de maladie, les passions , ete. Ensuite, il est impossible d’avoir des bases pour établir son calcul. Peut-on en effet évaluer, d’un côté, la puissance impulsive du cœur, et de l’autre ce que font perdre à cette puissance impulsive les résistances, c’est-à-dire la masse du sang à mouvoir, et ses frottements contre les parois du cœur ?

ARTICLE II, Circulation dans les Artères.

Dans les artères, le sang circule; dans l’une, l'aorte, du cœur au système capillaire général ; et dans l’autre, l’artère pulmonaire , du cœur au système capillaire pulmonaire. La contraction des ventricules des cœurs est certainement une des principales causes de cette circulation. La disposition des parties est telle, en effet, que le sang que projette le cœur s'engage aussitôt dans les artères; nous avons vu ces : vaisseaux émaner de-chaque ventricule par un tronc uni- | que; et cette circonstance a cet avantage, que rien de l’ac-

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 309 tion impulsive de l’organe n’est perdu. D'ailleurs, l'influence de cette première cause se laisse voir. Si on met à nu , sur un animal vivant, une artère, on voit ce vaisseau , à chaque contraction du ventricule se dilater, éprouver uue légère locomotion parsuite de l’ondée de sang qui lui est projetée.Si On touche encetinstantcetteartère, ellefait éprouver au doigt un battement qui résulte de ces deux changements qu’elle éprouve, el qui est ce qu'on appelle Le pouls : si on l’ouvre, On en voit sortir le sang par jets qui sont saccadés , et dont les saccades coïncident avec les contractions du ventricule.

Mais cette cause est-elle la seule qui préside à la circulauon artérielle ? Ou bien les artères y ont-elles aussi une part active ? Harvey croyait ces vaisseaux entièrement passifs dans la circulation ; il leur attribuait seulement assez de solidité pour résister au choc qu’exerce sur eux le sang projeté par le cœur ; il regardait celui-ci comme l’agent unique de la circulation artérielle, Cette opinion est fausse. D'abord, il est sûr que l’influence du cœur va en s’affaiblissant graduelle= ment dans l'étendue du système artériel. Par exemple, la locomotion et la dilatation des artères , où autrement leur pouls , et le jet saccadé que présente une artère, fwerte, sont d'autant moindres dans les artères, que celles-ci sont plus éloignées du cœur; ils n’existent même plus dans les dernières artérioles. Or, cet affaiblissement graduel de l'influence du cœur est déjà une présomption, pour qu’à cette première cause de circulation , il en soit joint une seconde, et celle-ci ne peut résider que dans les artères. Ensuite, voici des faits et des expériences qui mettent cette cause hors de doute. Si le sang ne cireulait dans les artères que par l’action du cœur, ce fluide n’aurait dû couler d’une artère ouverte que par intervalles , et coïncidemment aux <ontraclions du ventricule ; au lieu de cela, il coule d’une manière continue, et seulement avec des saccades qui correspondent aux contractions ventriculaires. Si sur l’artère carotide mise à nu , on établit deux ligatures à quelque centimètres de distance l’une de l’autre, et qu’ensuite on fasse une ponction entre ces deux ligatures , on voit le saug jaillir, quoique la ligature inférieure aflranchisse ce liquide

de l’action impulsive du cœur. Enfin, M. Magendie met à nu sur un chien l’artère crurale, et la comprimant entre ses doigts, il la voit se rétracter au-dessous du lieu qu’il comprime, au point d'exprimer de son intérieur tout le sang qu’elle contenait. Il est donc certain que les artères agissent.

Maintenant, en quoi consiste leur action ? Des physiologistés, tombant dans un extrême inverse de celui de Harvey, et limitant au commencement du système artériei l’influence du cœur, admirent dans les artères des contractions et des dilatations analogues à celles que le cœur exécute, mais alternant avec celles-ci. Se dilatant pour recevoir et même aspirer le sang lors de la contraction des ventricules , elles

se contraclaient ensuite pour pr ojeter au loin ce fluide dans

les systèmes capillaires. Les valvules sigmoïdes, qui sont à l’origine deces vaisseaux, étaient destinées à prévenir le reflux dans les ventricules, comme les valvules mitrales et tricuspides empêchent son retour dans les oreillettes lors du jeu de ces ventricules. Lesartères étaient ainsi une troisième cavilé contractile à ajouter aux deux qui composent le cœur; elles dfaient de mêmeleur systole et leur diastole ; mais elles enchaînaientleur jeu avec celui du cœur, de manière que leur systole coïncidait avec celle des oreillettes et la diastole des ventricules, et leur diastole avec celle des oreillettes et’la systole des ventricules. Pour justifier une pareille opinion, on disait musculeuse la tunique propre des artères, et l’on

s’'appuyait sur diverses expériences et observations propres:

à faire admettre que Îles artères secontractent. Ainsi, Galien introduit un tube solide dans l’artère d’un animal vivant, applique une ligature sur le tube, et voit les pulsations disparaître au-delà de la ligature, bien que le tube solide n'empêche pas le sang de parvenir et de circuler dans l’artère. Lamure et Lafosse, dans l'expérience de la carotide citée plus haut, disent voir ce vaisseau battre entre les deux ligatures qu’on a pratiquées sur lui : ils en voient jaillir le sang quand une petite piqüre lui est faite. Des artères irritées avec la pointe du scalpel, soumises à l'influence de l'électricité, du galvanisme, paraissent à Verschuir, à

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 317 Bekker, à Rossi, développer une évidente irritabilité. Enfin, on faisait observer que le pouls n’est pas toujours le

… même dans Îles diverses parties du corps, ce qui devrait

ètre si Les artères étaient passives dans la circulation.

Mais de nombreuses objections ont ruiné tout ce point de doctrine. La tunique propre des artères , à juger par lin- Speetion, n’a rien de musculeux, et paraît exclusivement

formée du tissu jaune qui compose dans l’économie des ani-

maux toutes les parties qui ont à développer à la fois de l’é-

: Jasticité et de Ja solidité. En vain une artère après la mort » est soumise à un irrilant quelconque, on ne peut y développer une véritable irritabilité. Une artère mise à nu sur

un animal vivant, et observée pendant que le sang y Cir-

cuie, ne présente pas de contractions et de Re. acti-

ves, mais une dilatation passive, résultat de la projétion du sang dans son intérieur, et un retour, sinon exclusivement élastique, au moins fent du vaisseau sur lui-même. Si, sur un animal vivant, or découvre l’aorte, et qu’on y mette promptement le doigi, en ne sent pas que ce doigt y Soi pressé, comme ceja est quand on le met dans le cœur. Al est vrai que quelquefois le pouls diffère dans les diverses artères du corps; mais ce phénomène peut s'expliquer,

.eomme on Île verra, sans admettre l’irritabifité dans les ar- .tères; et le plus souvent le pouls est semblable partout et

isochrone aux mouvements du cœur. Le pouls, en effet, dépend bien plus évidemment du jeu du cœur que de celui des artères; il suit les modifications du cœur, manque dans les animaux qui n’ént point ce viscére, disparaît dans la syncope : tandis qu’il se montre au-dessous d’une artère anévrysmatique, il disparaît au-dessous d’une artère liée : on peut en simuler les phénomènes dans des tubes inertes, en dirigeant dans ces tubes le sang artériel; Bichaï, par exemple, ajoute à la carotide dans un animal vivant un tuyau inerle, et voit ce tuyau battre comme la caretide ; il

Jui adapte une poche de tafletas gommé, dans la vue de si-

muler une tumeuranévrysmale, et il observe dans cette poche . des battements : si le sang artériel est dirigé dans une veine, ce vaisseau qui d'ordinaire n’a pas de pouls en présente un

alors ; l’anévrysme variqueux, qui n’est que la réalisation de la supposition que nous venons de faire, en a un. Si, au contraire, on dirige le sang veineux dans une artère, ce vaisseau cesse de battre. On ne peut réunir plus d’objections contre l’opinion qui voudrait faire dépendre le pouls de l’irritabilité des artères. Enfin, comment concevoir un long système vasculaire se contractant et se dilatant alter-, nativement? Ce n’est done pas là le mode d’action des artères. |

D’autres ont voulu réduire l’action de ces vaisseaux à une: simple élasticité : dilatés lors de la projétion du sang dans leur intérieur, ils reviendraientensuite sur eux-mêmes dans une mesure qui serait proportionnelle à la dilatation qu’ils: auraient éprouvée, et influeraient par là sur le cours du sang. Mais, certainement , il y a dans l’action des artères plus que de l’élasticité, c’est-à-dire une influence de la vie. Si sur la carotide d’un animal vivant on établit deux ligatures, et qu’on pique dans l’intervalle, ie sang jaillit avee assez de force ; si l’on fait la même expérience après la mort, ou le sang coule sans jaillir, ou son jet est moins étendu. Si pendant la vie on éprouve une hémorrhagie, les artèresse resserrent dans la proportion de la perte de sang qui est éprouvée ; mais si l’on meurt des suites de cette hémorrhagie, après la mort ces vaisseaux reviennent à leurs dimensions premières. Sir £v. Home met à nu sur des chiens, des lapins, l’artère carotide, en sépare avec soin les nerfs vague et sympathique par l’interposition d’une sonde; puis touchant ces nerfs avec un alkali, il voit les battements de l’artère augmenter graduellement, et devenir très violents au bout de cinq minutes. Enveloppant le poignet d’un homme avec de la glace, et l’autre poignel avec des linges trempés. d’eau chaude, il reconnaît que les battements du pouls sont | devenus plus forts dans le premier poignet, et plus faibles dans le second. Enfin, Ch. Hastings a vu nettement des contractions réelles survenir dans diverses artères, après les avoir 1rrilées avec la pointe du scalpel.

Nous croyons donc que les artères agissent dans la cireulation , non par une action d’irritabilité du genre de celle :

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 313 qu’on observe dans le cœur, non par une simple élasticité, Mais par une action de contraction qui est en quelque chose “organique et vitale. Cette action de contraction est plus grande dans les petites artères que dans les grosses , qui semblent davantage ne développer qu’une pure élasticité; et “elle fonde une seconde cause de la circulation artérielle. Sans contredit le jeu du cœur est la principale, puisque c’est lui qui imprime la première impulsion au liquide, et “qui ensuite en dilatant l'artère, met en jeu sa force d’élasticité et de contractilité ; mais enfin cette dernière doit aussi “entrer en ligne de compte.

… Par le concours de ces deux causes, le sang est poussé jusques aux extrémités des systèmes artériels, jusque dans les systèmes capillaires. Les valvules sigmoïdes s'opposent à son reflux dans les ventricules, ainsi que le sang nou- Veau que reçoivent alors ces cavités, qui sont en ce moment en état de dilatation. En poussant de la cire ou du suif fondus dans l'aorte d’un cadavre, et en les dirigeant du côté du cœur, on voit comment les valvules. sigmoïdes s’appliquent l’une à lautre, et empêchent tout mouvement rétrograde du sang. |

Maintenant, il s'agirait, 10 de spécifier les résistances di- Verses qui s'opposent au cours du sang, et dont triomphent les deux causes que nous venons d'indiquer; 20 d'évaluer les unes et les autres, afin d’en déduire tous les traits de la circulation artérielle, savoir quelle est sa vitesse, si elle est uniforme dans toute l'étendue du système, combien de temps elle emploie à se faire, etc. Mais une analyse aussi rigoureuse de la circulation est impossible.

D'abord, on ne peut apprécier la puissance respective de chacune des deux causes de la circulation artérielle, et par conséquent évaluer leur puissance totale. L’action du cœur est tout-à-fait incommensurable , et tellement variable d’ailleurs, qu’on ne pourrait rien dire que de général et d’approximatif sur elle. 11 en est de même de l’action élastique et contractile des artères : elle èst, en raison de la puissance développée préalablesient par le cœur et par conséquent variable comme elle, et

314 : FONCTION DE LA CIRCULATION. $ en raison de la structure plus ou moins parfaite de ces vaissEaUx.

Ensuite, quelles sont les résistances dont ces causes motrices doivent triompher ? et est-il plus facile de Îles évaluer ! La première ques00 seule a donné lieu à de nombreux débats. Les auteurs n’ont pas été d'accord sur le nombre des résistances qui s’opposent à la circulation du sang. Nous croyons pouvoir les ramener à trois : 1° la masse du sanga ébranler, masse qui résiste en raison de sa force d'inertie, et d'autant plus qu’en beaucoup de lieux elle doit être mue contre l’ordre de la gravitation. 20 Les frotiements de ce fluide contre les parois des vaisseaux , frottements qui seront en raison de l’étendue des surfaces, et conséquemment em raison de la longueur des vaisseaux, de leurs divisions, de leurs rétrécissements, courbures , anastomoses , des éperons qui existent aux Done où ils se bifurquent, etc. 3° La résistance générale qu "opposent les artères au choc du sang, et qui ne peut être vaincue sans consumer une partie dé la puissance motrice développée par le cœur. Je sais bien que les auteurs n’admettent pas également la réalité de ces résistances; que certains en admettent d’autres encore bien plus évidemment hypothétiques ; nous reviendrons ià-dessus ci-après : mais, je le demande, est-il un moyen d’évaluer chacune de ces résistances en particulier , et par consé= quent leur puissance totale ?

I] faut reconvaître qu’il est impossible d’analyser le phénomène qui nous occupe avec une rigueur absolue ; et aussi beaucoup de traits de la circulation artérielle sont encore ignorés. Voici ce quien a été découvert. :

D'abord, le cours du sang dans les artères présente une! véritable intermittence : il rip nativement plus vite et: plus lent ; plus vite au moment de la systole du cœur, parce] qu'alors le fluide se meut sous l'influence de la plus puis-| sante des forces motrices; plus lent, lors de sa diastole,, parce qu'alors il ne se meut que sous l’influence de la réac-! tion élastique et contractile des artères. Dans le premier moment , 1l coule par jets qui coïncident avec les contrac-, tions des ventricules, et qui sont d'autant plus étendus,

que l'artère est plus près du cœur. Dans le second, il ne coule d’une artère ouverte que par nappes. Ce trait de la circulation artérielle est plus prononcé dans les grosses ar-

tères que dans les petites; même dans les dernières il man-

e, le cours du sang est presque continu, l'influence du cœur n'étant plus assez forte par le Mer vu

Ensuite, le cours du sang n’est pas uniforme dans toute D. di système artér hs il est d’autant plus rapide que les artères sont plus grosses et pins près du eœur , et il Va en diminuant graduellement jusqu’à la fin du système irtériel. Les causes en sont faciles à indiquer. il y en a deux : Pune est que la réaction, sinon contractile , au moins élasque des artères, qui est une des puissances motrices du ang, va en deminuant à mesure que les artères sont plus Jetites; l’autre est que les résistances à vaincre, savoir, la hasse du sang à mouvoir, les froitements, vont au conraire en augmentant graduellement de l’origine à la fin lu système artériel. Sauvages a dit que le sang circule d’un iers plus vite dans l’aorte que dans les artères moyennes, t d’un tiers plus vite encore dans ces artères RATER que ans les dernières artérioles.

À la vérité, Bichat a contesté ce fait du ralentissement raüuel de bé circulation artérielle, et a professé l’uniforlité de cette circulation dans toute l'étendue du système. on grand argument élail, que le système artériel étant >ujours plein, l’impulsion que le sang recoit à une des exémités de ce système doit être à l'instant propagée à l’aue. Selon lui, les retardements dont on parle ne seraient els que si l’ondée projetée à chaque contraction du venicule était lancée dans un système vasculaire vide. Il inque l’analogie d’une seringuedont le tuyau se terminerait x de nombreuses subdivisions; au moment où le piston rojetterait le fluide dans la seringue, on verrait ce fluide ilir par toutes les divisions à la fois. D’après cela, ce phy- Hogiste nie toute influence de retard exercée sur le cours Psang dans les artères par les frottements, les angles des isseaux , les anastomoses à choc opposé, surtout par le. Ssage continuel du sang d’un lieu plus étroit dans un lieu

plus large; il croit que la contraction du ventricule,#l mouvement général du sang dans tout le système artériel| et l'entrée du sang dans les systèmes capillaires, sont troi choses qui arrivent en même temps.

Sans doute, 1l faut convenir que parmi les résistances qu: les auteurs ont assignées au cours du sang dans les artères! il en est beaucoup d’hypothétiques, telles que la viscositl du sang , la tendance qu’a ce fluide à se coaguler, et qu'un partie du mouvement qui. lui est imprimé est, dit-on, des tinée à prévenir ; son passage continuel d’un lieu plus étroi dans un lieu plus large, d’après une loi d’hydrauliqu connue ; la pesanteur de l’air, qui , certainement au moins a une influence sur la circulation capillaire, comme | prouvent le phénomène des ventouses, et les hémorrhagie qui surviennent à l’homme sur le sommet des montagné ou dans dés aérostats, etc. Peut-on, surtout, adopter l’idée de ceux qui, partant de notions subtiles sur la nature d sang , admettent une vitesse inégale dans les divers globul de ce fluide et, par exemple, distinguent en lui deux moi vements , l’un dit progressif, qui portait sur les globul rouges du sang, lesquels, plus pesants, occupaient H cent: du Vaisseau , et par conséquent circulaient dans son axe! plus vite, comme éprouvant moins de frottements; l’autr dit latéral, qui s’entendait de tous les autres globules , le quels, déjétés au pourtour du vaisseau, en prod uisaient dilatation , frottaient contre ses parois, et, à cause de cela eur datée avec moins de rapidité. À

Mais, d'autre part, Bichat n’a-t-il pas exagéré en nia: l'existence de toutes résistances ? et n'a-t-il pas erré en pr fessant l’uniformité de la circulation artérielle ? D’aborc le ralentissement graduel de cette circulation est un fait contestable, on le voit avec évidence dans les observatioi microscopiques. Quelle différence entre le jet que lan une artère, selon qu’elle est voisine ou éloignée du eœui Dans les petites artérioles mêmes, Le jet n’est plus saccadi ce qui prouve que la force du cœur a été affaiblie , etcell ci n’a pu l'être que par des résistances. Ensuite, parti € résistances , 1} en est réellement d’incontestables, comme.

A se |

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 317 poids des organes voisins, celui du sang, surtout quand ce fluide doit circuler contre l’ordre de la gravitation. À la vérité , quand cela devait être, les moteurs ont été calculés pour vaincre cette résistance , et les effets n’en sont pas sensibles, mais ils apparaissent quand cette direction est accidentelle, comme quand on se tient la tête en bas, par exemple. Peut-on nier aussi qu’une perte de mouvement ne résulte de la dilatation et de la locomotion légère qu’éprouve l'artère , ainsi que des frottements ? et comme ceuxci sont en raison du nombre des divisions, des éperons qui sont aux lieux où se font ces divisions, des courbures, ne doit-on pas en conclure que le sang artériel arrive réellement avec des vitesses inégales dans les diverses parties du corps ? Enfin , si d’une part la circulation artérielle est continue , ce qui est incontestable ; si, d’autre part, le système artériel donne aux systèmes capillaires autant qu'il a reçu du cœur, ce qui est à peu près certain aussi, il faut abso- Jument que les quantités de sang qui traversent les diverses parties du système artériel soient à peu près les mêmes : or, comme celles-ci n’ont pas la même capacité, il faut qu’une différence dans la rapidité y supplée, que le fluide circule plus vite là ou l’espace est moindre, plus lentement là où l'espace est plus large ; et comme la capacité du système artériel va en augmentant du cœur aux parties, la cireulation doit y être de moins en moins rapide. M. Gerdy n’admet que ceite cause de retard et nie celle attribuée aux obstacles. En somme , nous professons done que la circulation artérielle diffère en vitesse dans les diverses parties du corps; et qu'allant en s’affaiblissant graduellement, elle est dans chaque partie en raison de la diversité des espaces que le sang a à traverser, et de la diversité des résistances qui s’opposent au mouvement du sang. Mais en même temps, mous ajoutons qu'il est impossible d'évaluer rigoureusement toutes ces données, et par conséquent ja vitesée propre du sang artériel dans chaque partie. Nous dirons même, avec M. Gerdy , qu’on ne peut pas ici s’aider de recherches expérimentales , parce que si l’on ouvre une artère ou le cœur pour apprécier quelques traits du cours du sang, il en ré- *

sulte aussitôt quelques changements dans les résistances , el par conséquent dans les effets.

Du reste, s’il pouvait rester quelques doutes relativemeni à l'erreur que nous reprochons ici à Bichat, il sufbrait | pour les lever, de considérer combien sont variées Îles dis positions des artères qui portent le sang à chaque organe et combien cependantces dispositions sont constantes. D’ur côté , l’artère nutritive de chaque organe a une disposition spéciale, .et, d’un autre côté, cette disposilion se mont toujours la même : peut-on croire que cela soit sans impor: tance ?et, par mi les effets que cette disposition doit amener! une différence dans la vitesse et dans la force avec laquelledi sang arrive, n'est-il pas celui qu’il est permis de supposer tou d’abord? Quel contraste entre l’artère très courte et tout droite qui porte le sang au rein, et l’artère si longue, grêle et si flexueuse qui le porte au testicule? Quel anato: miste, en voyant les courbures diverses que présentent le: artères qui portent le sang au cerveau, n’a pensé que cett disposition avait pour but de diminuer les effets mécami: ques du choc du sang sur cet organe si délicat ? On a trouve les précautions de la nature à cet égard si nécessaires, que des physiologistes ont pensé que certains organes n’avaient pas d’autre office que d’amortir , au profit de certains autres! le choc que doit faire le sang lancé dans les artères. Ains Rush a dit que la {hyroïde servait à briser l’afflux du sang quiest projeté au cerveau. Î! se fondait sur la situation decel organeentre le cœur et la têce ; sur le nombre considérable des artères qu'il reçoit, bier qu’il ne soit le siége d’aucune sé: crétion; sur l'influence que recoit le cerveau des maladie: et de lextirpation de la thyroïde, celle-ci ayant, dit-il. amené une phlegmasie cérébrale promptement mortelle, etle goëtre étant , au contraire , si souvent accompagné de Fidio: tisme. Sans doute, on ne doit regarder cette opinion de Rush que comme une conjecture, mais l’idée qui l’avait ‘inspiree est jusLe.

Ainsi, le sang parvient avec des vitesses inégales , et dans des quantités diflérentes , dans les diverses parties du corps, dans les systèmes capillaires.

ARTICLE III

Circulation dans les systèmes Capillaires.

» Les systèmes capillaires constituent un réseau tellement délié et inextricable , que les phénomènes de la circulation y sont difficiles à apercevoir; et si nous avons avoué notre ignorance relativement à leur texture, on conçoit que nous devons faire le même aveu relativement à leur action.

… D'abord, ÿa-t-ilici interruption dans la circulation ? ou bien, le sang passe-t-il au contraire d’une manière continue, à travers les systèmes capillaires, des dernières artémoles dans les premières veinules ? Long-temps on admit un parenchyme intermédiaire aux artères et aux veines, et l’on croyait dès lors à une interruption de la circulation dans ce parenchyme ; on le regardait comme le lieu où finissait la circulation artérielle, et où commençait la circulation veineuse ; c'était dans les cellules de ce parenchyme qu'était versé le sang artériel, et qu’ensuite était repris le sang veineux; on croyait par là pénétrer plus facilement le méca nisme par lequel le sang accomplit les nutritions, les sécrétions. Mais aujourd’hui, la non interruption de la circulation des dernières artères aux premières veines, à travers les Sys- LE. capillaires, est universellement admise, et voici les reuves sur lesquelles on se fonde : 10 Les circulations arlérielle et veineuse ne s’interrompent jamais : quelle présomption pour que la circulation capillaire, qui est intermédiaire à l’une et à l’autre, leur soit continue! 20 Une nmjection poussée, soit sur le cadavre, soit sur un animal

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