‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 61 sur 97 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

et à prévenir ceux de la stagnation dece fluide dans ce viscère. Arrivées dans le crâne, leurs branches diverses s’anastomosent à la base du cerveau, et y constituent un lacis appelé le cercle de Willis, qui est très propre à imprimer, par ses battements, une percussion sensible à tout l’organe, et qui est une des causes du mouvement alternatif d’élévation et d’abaissement que présente le cerveau à nu. De ce lacs, enfin , naissent les branches artérielles qui pénétrent le parenchyme du cerveau, mais qui, se ptits d’abord dans les scissures, les anfractuosités de l’organe, n’en percent la substance qu'après s'être convenablement ramifiées dans la pie-mère. L’appareil veineux offre des particularités encore plus dignes de remarque. Les veines naissent dans le parenchyme de l’organe par des radicules très fines; elles s’en 1s0lent dès qu’elles cessent d’être capillaires, et se jetient dans la pie-mère; en cheminant dans cette membrane, elles y grossissent successivement; et, se portant alors à la périphérie du cerveau , elles se dépouilient de leur tunique extérieure , et s’abouchent dans les divers sinus de la dure-mère. Ceux-ci, comme nous l’avons dit dans le temps, sont des canaux qu'a formés la dure-mère en se partageant en deux. lames, et dans lesquels se terminent les veines. Pour en donner une description claire, il faut les partager en deux classes , ceux de la partie supérieure et postérieure du crâne, el ceux de sa partie antérieure et inférieure. Les premiers sont : 1° le sinus longitudinal supérieur, qui, occupant tout le bord supérieur de la faux du cerveau , se bifurque vers. la protubérance occipitale interne, pour s'ouvrir dans chacun des sinus latéraux; 20 le sinus longitudinal inférieur, qui est situé dans le bord inférieur de la faux, et qui s'ouvre en arrière dans le sinus droit; 30 le sinus droit, qui occupe le lieu où la base de la faux du cerveau s’unit avec la tente du cervelet, et qui, recevant en avant le sang du sinus longitudinal inférieur, en arrière s’ouvre dans les sinus latéraux; 4° les sinus latéraux qui, de la protubérance occipitale interne, règnent dans la circonférence de la tente du cervelet, jusqu’au trou déchiré postérieur. Ils reçoivent en haut le sang du sinus longitudinal supérieur, celui du sinus

: MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 339 . droit, et, avec celui-ci , Celui du sinus longitudinal inférieur. Dans un autre endroit de leur trajet, vers la base du . rocher, ils reçoivent celui d’un des sinus de la partie anté- -rieure et inférieure du crâne, dont nous allons parler tout à l’heure, le sinus pétreux supérieur. Ils sont ainsi les aboutissants de presque tous les sinus; et, à leur tour, ils versent le sang dans la veine jugulaire interne, à laquelle ils se ter. ‘nent; 5° enfin, les sinus OCcipilaux inférieurs et Postérieurs qui , situés dans le bord postérieur de la faux du cervelet, communiquent en haut avec les sinus latéraux , et en bas, s’abouchent dans la veine jugulaire interne. Ils sont les auxiliaires des sinus latéraux. A la protubérance occipitale interne , au lieu où aboutissent les sinus longitudinal supérieur, droit , et latéraux, et où commencent les Sinus occipilaux postérieurs, est une cavité commune à ces sinus , et appelée le confluent des sinus. Les sinus de la par- Ue antérieure et inférieure du cerveau sont : 10 les sinus cavérneux ; qui, silués sur les côtés de la selle turecique , depuis l’apophyse clinoïde antérieure » jusqu’au sommet du rocher, sont nommés ainsi parce qu’ils renferment dans leur intérieur de ce tissu Spongieux érectile qui forme les Corps caverneux. 20 Les sinus coronaires, qui , situés en travers des précédents dans lesquels ils s'ouvrent , achèvent de circonscrire la selle turcique. 40 Les sinus pétreux supérieurs , qui, étendus depuis le sinus caverneux dont ils r'eçgoivent le sang, jusqu'aux sinus latéraux dans lesquels ils débouchent, sont situés dans la moitié antérieure de Ja tente du cervelet. 40 Les sinus pétreux inférieurs, qui, situés dans la gouttière qui réunit le bord inférieur du rocher et Poccipital , sont étendus depuis les sinus caverneux jusqu’au golfe de Ja veine jugulaire. 50 Enfin, le sinus transversal, Ou occipital antérieur, qui, silué en travers de l’apophyse basilaire, fait communiquer les sinus pétreux supérieurs , pétreux inférieurs et caverneux. Il ÿ à là une cavité commune à tous ces sinus, qui est pour eux ce que le confluent des sinus était pour les sinus de la partie supérieure et postéricure. Tous ces sinus communiquent entre eux €etilest aisé d'indiquer quel est le cours du sang en eux : le sinus

longitudinal supérieur verse ce fluide dans le confluent des

sinus; il en est de même du sinus droit, qui y apporte en

même temps le sang du sinus longitudinal inférieur, qu’il a

recu en avant : de ce confluent des sinus, le sang arrive à la veine jugulaire interne, qui est l’aboutissant de toutes : les veines de la tête, en petite partie par les sinus occipitaux | postérieurs, et, en très grande partie, par les sinus latérauxt

les uns et les autres, en eflet, se terminent à celle veine.

L'autre part, les sinus caverneux et coronaires versent aussi | leur sang dans cette même veine, en partie par les sinus! pétreux inférieurs, qui y abouussent immédiatement, en! partie par les sinus pétreux supérieurs, qui s'ouvrent dans: les sinus latéraux : le sinus transverse, qui n’est qu’uné anastomose des sinus pétreux, favorise cette circulation. Par cette ingénieuse structure, le cerveau est affranchi| de toute influence du cours mécanique du sang veineux! et même la nature a pris soin de faire plus ample, fort. dilatable et sans valvules, la veine jugulaire. On a dit que ces sinus accéléraient la circulation veineuse; mais ily à lieu d’en douter, si l’on remarque que les veines s’ouvrent presque toujours dans ces sinus dans une direction opposée à celle dans laquelle le sang y circule; si lon réfléchit que ces sinus sont, dans leur intérieur, traversés par des brides, qui doivent nécessairement y ralentir le cours du sang. Il est plus probable qu’ils servent à empêcher les effets du reflux du séng dans le cerveau lors des mouvements de la respiration.

Quant au cœur, l'exception admise pour cet organe n’est pas réelle. Or avait cru que les artères cardiaques n’élaient pas pénétrées par le sang, lors de la contraction du ventricule, mais dans un temps autre que les autres artères , el cela, parce que les valvules sigmoïdes, disait-on, en couvraient alors l’orifice. On avait cru aussi que le sang du cœu était rapporté directement dans les ventricules, par de: veines dites de Thebesius, du nom de l’anatomiste qui le: avait décrites. Mais, d’une part, quelque abaissées qu soient les vaivules sigmoïdes , elles laissent toujours Jibre l’ouverture des artères cardiaques; d’autre part, les veine:

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 341 de Thebesius n’existent pas : Le cœur a le même mode de circulation que tous les autres organes.

À l’histoire de la circulation se rattache celle du pouls. On appelle pouls le battement que fait sentir une artère au … doigt qui la touche. De longues et anciennes controverses ont existé sur sa cause, Galien le rapportait à une force occulte pulsifique ; Harvey, à la force de contraction du cœur ; ceux qui admettaient l’irritabilité dans lesartères, à l’action coutractile de ces vaisseaux, etc. On doit conclure de ce . que nous avons dit sur Ja circulation artérielle, qu'il a sa cause à la fois dans le cœur et dans les artères. 10 Le pouls a d’abord sa cause dans le cœur, dont les contractions ventriculaires projettent le sang dans l’artère, et produisent dans ce vaisseau une dilatation et un léger déplacement. Les preuves sont, que les batiements du pouls sont généralement isochrones à ceux du cœur ; que ces battements sont généralement les mêmes dans toutes les artères, ce qui démontre que la cause en est unique et centrale ; que ce pouls manque dans les animaux qui n'ontpointdecœur ; qu’il cesse chez ceuxquienont, lors d’unesyncope, etqu’il varie toutes les fois que les mouvements du cœur varient eux-mêmes. 20 Le pouls a encore sa eause dans les artères qui, par leur réaction élastique et organique , reviennent à leur calibre €rdinaire et à leur place première :ce qui le prouve, c’est que, si on dirige le sang du cœur dans les veines, le pouls est bien moins marqué. Îl est sûr que le pouls tient à ces deux choses, et les auteurs ont presque tous commis cette faute de vouloir le rapporter à une seule : Harvey, à la seule ac- Uon du cœur; Lamure, à la contraction supposée de l’artère ; Jadelot, à la dilatation qu'éprouve ce vaisseau, consécutivement à l’ondée de sang que le cœur y projette ; Weitbrecht, à la locomotion que produit en lui la même cause, elc. Si l’on exceple la contraction de l'artère qui n’a pas lieu, toutes les autres circonstances concourent à sa production ; mais celle qui y concourt le plus après l’action du cœur, c’est le déplacement, le redressement qu’éprouve Partère. Voyez, en effet, combien le pouls est plus manifeste dans une artère flexueuse, et qui, à chaque contrac-

tion ventriculaire; éprouve un grand déplacement, que dans une artère qui est ouverte à son extrémité! Ensomme, le pouls résulte de la projection du sang dans les artères à chaque contraction des ventricules, et des changements qui, par suite, surviennent dans ces vaisseaux : changements qui consistent en ce qu’alternativementilsse dilatent etse dépla= cent, puis se rétrécissentetreviennent à leur première place.

De même, en eflet, que les contractions du cœur sont alternatives, ies changements survenus dans l’artère ne durent pas; et l’on signale dans le pouls les mêmes temps de diastole et de systole que dans le cœur. La diastole du pouls consiste dans le choc impulsif du sang dans l'artère, d’où résulte sa dilatation et sa locomotion ; eile coïcide conséquemmient avec la systole du cœur. La systole du pouls consiste dans le retour de l’artère sur elle-même et à son calibre et à sa situation première, el correspond à la diastole du cœur. C’est, en eflet, lors de la systole du cœur et de la diastole du ne , que le sang sort par saccades d’une artère ouverte, tandis que dans jes temps opposés le sang en coule seulement en nappe.

Il résulte de là que le nombre des battements du pouls est égal à celui des contractions du cœur. Or, le nombre des uns et des autres est d’autant plus grand que l'individu est plus jeune. D’après Sœmmering, le pouls bat par minute de 130 à 140 fois dans l’enfant naissant; 120 fois dans l’enfant d’un an; 110, dans celui de deux ans; 90, dans celui de trois ans; 80, à la puberté; 70, à l’âge viril ; et 6o et moins, dans la ln Dans l’état de santé, il és grand, plein, fort sans dureté, souple sans laxité, et toutes ses pulsations sont égales en grandeur, en force et en durée. Tout ceci cependant n’est pas absolu, et nous faisons abstraction des idiosynerasies. On sait d’ailleurs que le pouls offre beaucoup de variétés selon les sexes, les tempéraments, l’état de veille ou de sommeil, le mode d’ emploi de la vie, l’état de santé et de maladie surtout : on sait que ce phénomène est beaucoup consulté par le médecin, et l’était déjà du temps d’Hippocrate. Dans l’exploration qu'on en fait, il faut avoir égard aux six considérations suivantes : 19 au

nombre des pulsations dans un tempsdonné: quandil ya plus de 70 pulsations dans une minute, le pouls est dit fréquent ;

quand il y en a moins, le pouls est dit rare : il y a de nom-

breux degrés de fréquence et de rareté, 20 A la vitesse spéciale dela diastole: quand la diastole s'effectue très pr'omptement, le pouls est vif; dans le cas contraire, il est lent : il y a aussi beaucoup de degrés de vitesse et de lenteur. 3° A Pampliauon de l'artère, qui dépend de la quantité de sang qui. est chassée par le cœur : sous ce rapport, le pouls est grand ou petit, plein ou vide. 4° A la résistance ou à la mollesse de l'artère, ce qui fait le pouls dur ou mou. 50 Au degré d’énergie avec lequel le cœur se contracte, d’où résulte le pouls

. fort où faible. 60 Enfin , aux rapports qui peuvent exister

entre les pulsations, ces pulsations pouvant être égales ou

inégales en fréquence, en vivacité, en plénitude, en force,

ce qui fait le pouls égal, le pouls inégal, le pouls intermittent ; celui-ci pouvant même l’être avec régularité ou irrégularité.

Du reste, le pouls n’est pas seulement un symbole de l’ordre dans lequel se font les mouvements du cœur, et de l’état de la circulation artérielle ; à raison des liens qui unissent la circulation capillaire et la circulation générale, il annonce aussi l’état de la première. 11 est impossible qu’une portion quelconque du système capillaire général éprouve une modification dans la circulation, sans que tout l’ensemble de la circulation s’en ressente; soit mécaniquement, parce

qu'il en résulte une dérivation du sang des autres parties,

ou un reflux de ce fluide dans ces parties; soit organiquement, parce que le reflet sympathique de l'organe affecté sur le cœur modifie les mouvements de celui-ci. C’est pour cela que le pouls peut être un signe indicateur d’aflections locales. Déjà Galien en avait fait l’objet de son attention sous ce rapport, et admettait, par exemple, le pouls de la sueur, celui des hémorrhagies ; c’est-à-dire des pouls qui annonçaient que telles portions du système capillaire étaient actuellement, plus ou moins que dans l’état normal, accessi-

bles au sance. Mais c’est Pordeu surtout qui a fait sur ce

sujet un travail étendu. Ce médecin spécifiait d’abord un

pouls supérieur et un pouls inférieur, selon que la portion du système capillaire général qui était malade, et dont la circulation était conséquemment modifiée, siégeaitau-dessus ou au-dessous du diaphragme. Il admettait ensuite des subdivisions dans chacun de ces pouls, selon que la lésion frappait tel ou tel organe : le pouls supérieur, par exemple, était nasal, pectoral, guttural, etc., et l’inférieur, était gastrique, hépatique, splénique , intestinal, hémorrhoïdaire, utérin, etc. ; selon que la portion de système capillaire ma- Jade était le nez, ou la poitrine, la gorge, l’estomac, le foie, la rate, l'intestin, l’utérus. Enfin, Pordeu croyait reconnaître par le pouls l’époque de la durée à laquelle une maladie était parvenue; et, sous ce rapport, 1l distinguait un pouls critique ou de crudité, qui correspondait à l’époque d’invasion et d’augment des maladies , et un pouls critique ou de coction, qui correspondait à l’époque de leur terminaison. Dès lors, en combinant ce genre de pouls avec celui qui désigne quelle portion du système capillaire est, atteinte , 1l disait deviner par quel couloir se ferait la crise. Fouquet et Dumas ont encore, sur ce point, renchéri sur Bordeu, le premier, en signajant une modification spéciale du pouls, correspondante à chaque petite portion du système capillaire ; le second, en spécifiant des pouls pour chacun des divers systèmes de notre économie » par exemple, des pouls musculaire, nerveux , fibreux , etc.

Tout cela peut être vrai en théorie, et aux yeux de l’esprit. Mais, indépendamment de ce que l'observation de nuances aussi fines est très difficile , sujette à erreur, il est: sûr que tout ceci est au moins très exagéré. On n’admet guere aujourd’hui que les pouls d’irritation et de crudité, les pouls supérieur et inférieur , et le pouls des hémorrhagies ou dicrote. On ne perd plus de vue qu’il ne faut pas prononcer d’après le pouls seul, mais qu’il faut s’aider des autres signes, et même , en ce qui concerne la circulation, que le pouls n’est pas le seul moyen qu’on ait d'apprécier l’état de cette fonction. Ainsi, on touche d’abord le pouls en divers lieux du Corps, afin de juger de l’harmonie ou de a discordance qu'il peut présenter. Ensuite on examine la

dt À

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 345 coloration des diverses surfaces, pour juger de la cireulation capillaire en général , et des modifications qu’elle peut offriv

“en certains lieux. Enfin , on touche les veines aussi-bien que les artères, et par Opposition avec elles; on les touche en des lieux divers, afin de juger l’état de la circulation veineuse , et de reconnaître sit n’y a pas quelques congestions locales. C’est ainsique dansles apoplexies,dans les convulsions des femmes en couche , on trouve souvent les artères céphaliques et fémorales dans un état tout inverse , Les premières grosses et gorgées, les secondes vides; et souvent alors les veines jugulaires sont si serrées, qu'ouvertes elles ne laisseraient pas couler de sang. Mais cessons cette digression, et terminons cette histoire du pouls, en disant que ses baitements ne sont pas lout-à-fait isochrones à ceux du cœur , ni parfaitement simultanés dans toutes les artères. Sous le premier rapport, il y a toujours un petit intervalle entre la dilatation artérielle qui le constitue et la contraction du cœur , et cela tient à la distance qui existe entre ces parties. Quant au second fait, il tient aussi à ce que les artères sont plus ou moins distantes du cœur.

Nous avons dit que c’étaient les systèmes capillaires qui déterminaient les quantités de sang qui traversent les trois autres parties de l’appareil circulatoire ; selon qu'ils appellent en eux plus de sang, ou refusent de s’en laisser pénétrer , il en reste moins ou plus dans les gros vaisseaux. Sans doute leur état sous ce rapport est réglé organiquement , mais il peut être aussi modifié d’une manière mécanique , par exemple, par les pressions qui peuvent être exercées sur eux. Cette dernière cause éclate dans le poumon plus que dans tout autre organe, lors des mouvements de linspiralion et de l’expiration ; alors les gros troncs artériels et veineux sont, en même temps que le système capillaire du poumon , soumis à une pression directe ; et les effets de cette pression ne restent pas bornés à la cavité thoracique, mais s'étendent au loin dans l’a ppareil circulatoire, jusqu’au. cerveau et la moelle spinale, par exemple. Nous avons dit que long-temps on avait pensé que la respiration n’avait l’autre objet que d’effacer les flexuosités des vaisseaux du

poumon, et de permettre le passage du sang des cavités droites du cœur aux cavités gauches de ce même organe. C’é tait un premier aveu de l’influence mécanique exercée par la respiration sur la circulation. Ensuite, on crut remarquer que les mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement que présente chez un animal vivant le cerveau mis à nu, dépendaient des mouvements de ia respiration; et l’on éta= blit que, lors de l’inspiration, le système capillaire du poumon étant très accessible, le sang des veines caves est attiré par une sorte d’aspiration dans le cœur , et qu'au con: traire, lors de l’expiration, ce système capillaire étant moins accessible, le sang reflue par les mêmes veines caves jusque dans les organes, et particulièrement jusque dans le cerveau. Cet organe paraît en effet s’affaisser lors de l’inspiration , et se soulever lors de l’expiration.

1lest certain que, quand il y a expiration, le poumon est comprimé, son système capillaire est moins accessible au sang , et ce liquide reflue dans l'artère pulmonaire, les ca= vités droites du cœur, les veines caves, et plus ou moins loin dans les organes. De là, le mouvement d’ampliation qu'offre alors le cerveau. De là, le battement qu’offrent les veines du col dans les engorgements du poumon. M. Magendie a rendu par une expérience ce reflux plus manifeste : en ajoutant dans un animal vivant à la veine jugulaire une canule de gomme élastique, il a vu le sang sortir de la canule au moment de l’expiration seulement. M. Bourdon en donne encore, comme preuves, qu'il a vu toujours les saignements de nez redoubjer lors des expirations, s’aflaiblir lors des inspiralions, el même être arrêtés par des inspirations pro= longées. En même temps que l’expiration entraîne ainsi un reflux dans le système veineux, il y a pression sur les troncs artériels , et par suite augmentation légère dans la circulauon artérielle. Le jet de sang que fournit une artère, et même une veine ouverte, augmente toujours un peu lors du mouvement d’expiralion, et diminue au contraire lors du mouvement opposé. Quand il y a inspiration, au contraire, le poumon cesse d’être comprimé, son système capillaire est. plus accessible, et le sang abandonne mieux les cavités droi-

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 347 tes du cœur, et les veines en général : alors, la jugulaire, qui dans le temps précédent s'était dilatée, s’affaisse ; le

cerveau , qui s'était élevé, s’abaisse ; il y a comme aspiration

du sang dans le poumon. C’est une véritable diastole passive, auxiliaire de celle du cœur, comme l’expiralion avait été à l’égard des cavités gauches du cœur une espèce de systole. A la vérité, ces phénomènes sont peu marqués dans les mouvements ordinaires de la respiration; mais ils sont évidents dans tous les cas où ces mouvements sont augmentés, dans la toux, le rire, les cris, la course, les eflorts en général. Alors le reflux est tel, qu’il survient rougeur de la

face, gonflement des veines du col et du front, menace d’apoplexie, distension et quelquefois rupture de la veine cave supérieure. Si l’on réfléchit que dans les eflorts il y a en

même temps reflux du sang dans les veines, et projétion plus grande de sang dans les artères, on concevyra pourquoi l'effet commun de ces efforts est d’engorger de sang le système capillaire de toutes les parties, et pourquoi ils ne peu- Vent jamais être soutenus long-temps. Cependant, la projétion plus grande de sang dans les artères n’est vraie qu’au commencement de l’eflort; bientôt il n’arrive que peu de

sang aux cavités gauches du cœur, parce qu’il n’en est pas

envoyé au poumon par les cavités droites; et si l’eflort se

prolonge , il y a risque de syncope. i Toutefois, on voit que la circulation est modifiée lors

des mouvements de la respiration ; et comme ceux-ci chan-

gent mille fois dans la vie par l’exercice de beaucoup de

fonctions, il doit survenir par eux de nombreux changements dans la circulation. Il est probable que c’est par leur

intermédiaire que quelques personnes qui ont paru modifier

à leur gré les mouvements de leur cœur, parvenaient à ce résultat.

Avant que de quitter ce sujet, c’est-à-dire l’influence mécanique qu'exercent sur la circulation les mouvements respirateurs ,exposons la théorie qu’en a déduite, relativement à la cause de la circulation du sang dans les veines, et re-

Jativement à la fonction d'absorption , un médecin anglais,

M. Barry. Ce médecin, dans plusieurs mémoires qu’il pré-

senta, en 1825 , à l'académie royale des sciences et à l’aca=

démie royale de médecine, a conclu de cette influence des :

mouvements respirateurs sur la circulation , que la pression atmosphérique était à la fois la cause qui faisait mouvoir le sang dans les veines , et celle qui préside aux absorptions. Lors

de l'inspiration, dit-il, un grand vide se fait dans le thorax;

ce vide a pour effet de faire affluer avec grande force, dans cette cavité, tout Île sang des veines ; et comme le système | veineux forme un canal partout continu, non-seulement celte action d’ aspiration porte sur les troncs veineux les plus

rapprochés du cœur, mais elle s’étend jusqu'aux origines de

ce système. Or, si à chaque inspiration , et par suite du vidé: que cette inspiration établit dans le thorax , le sang veineux est comme aspiré dans le cœur, à quelle cause, ajoute

M. Barry , attribuer cet effet, si ce n’est à la pression de

l'atmosphère sur la surface du corps, pression qui cesse.

alors d’être contrebalancée ?

Déjà cette aspiration du sang veineux dans le cœur, lors.

de l'inspiration , avait été signalée. Haller dit que les veines

deviennent pâles et se vident de sang lors de l'inspiration, et au contraire rougissent et se gonflent lors de l’expiration.

M. Magendie a appelé inspiration du sang veineux, cet ap pel qui est fait du sang des veines dans le cœur, lors de

l'inspiration; et dans l’expérience citée plus haut, d’une sonde de gomme élastique adaptée à la veine jugulaire d’un animal vivant, ila vu qu’au moment de l'inspiration l’air était aspiré par la sonde et se dirigeait vers le cœur, et qu’au contraire, lors de l’expiration, cet air était repoussé audehors avec le sang. M. Barry a répété cette expérience d’une

manière plus ingénieuse : le tube qu'il a adapté à à la veine.

jugulaire était plusieurs fois recourbé sur lui-même, et plongeait d’autre part sous une cloche pleine d’un fluide coloré; lors de l'inspiration, le fluide coloré passait de la cloche dans le tube recourbé, et gagnait la veine, qui ainsi

semblait l’aspirer; et au contraire, lors de l’expiration, le:

fluide restait stationnaire dans le tube, ou même était repoussé de ce tube dans la cloche. I] est donc certain que; dans l’un des mouvements respirateurs , l'inspiration, le

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 349 sang est comme aspiré dans le cœur et le thorax; et que , dans le mouvement contraire, l'expiration , il est projeté du centre à la périphérie.

Mais, faut-il ne considérer cette influence de la respiration que comme une puissance accessoire dans la circula- Uon, comme l’ont pensé jusqu'ici tous les physiologistes ? ou faut-il faire de l’action aspirante de inspiration la cause principale du mouvement du sang dans les veines, comme le veut M. Barry? Cette action d'aspiration surtout , est- elleuneffet physique de la pression atmosphérique à lasurface du corps, pression qui n’est plus contrebalancée lors de l’inspiration? Comme preuve decettedernièreassertion M.Barry annonce que si, par l'application d’une ventouse, on soustrait une partie à la pression atmosphérique , et qu’on contrebalance ainsi l’action aspirante exercée sur le sang de cette partie par le mouvement d'inspiration , le sang, dans cette partie, cesse de se diriger vers le cœur, et même se meut du centre à la circonférence , c’est-à-dire dans une direction inverse de celle qui lui est ordinaire. Il dit avoir expérimenté plusieurs fois qu’en appliquant une ventouse sur une plaie dans laquelle on à déposé un poison , ce poison ne manifeste aucun de ses eflets, et par conséquent n’est pas absorbé tant que la ventouse agit. Nous reconnaissons avec M. Barry, que l’application d’une ventouse sur une partie modifie dans cette partie la circulation capillaire, et même imprime au sang de celte partie une direction cen- trifuge: qui peut nier que le sang n’afflue en plus grande abondance dans une partie soumise à l’action d’une ventouse ? ne voit-on pas cetle partie rougir, se gonfler ? Nous reconnaissons aussi que le mouvement excentrique que la ventouse a imprimé à la circulation capillaire de la partie se continue quelque temps encore après lPablation de la ventouse : qui ne sait que la peau qui a rougi sous l'influence d’une ventouse ne perd sa rougeur, sa chaleur, son gonflement qu'après quelque temps, et que l’action révulsive Opérée par une ventouse, se prolonge quelque temps au-delà de son application ? Mais, tout en admettant ces faits , nous ne pouvons en conclure avec M. Barry, ni que l’aspiration.

350. FONCTION DE LA CIRCULATION. exercée sur le sang veineux lors de l'inspiration soit la cause

principale du mouvement du sang dans les veines, ni que

cette action d'aspiration soit un eflet physique de la pression de l’atmosphère à la surface du corps, ni enfin que cette

pression atmosphérique soit la cause de la fonction de l’ab=

sorplion.

D'abord , pour que l’action d’aspiration exercée sur le sang veineux lors de l’inspiration fût la puissance principale et presque exclusive de la circulation veineuse, il faudrait que celte action d'aspiration fût très forte et s'étendit jusqu'aux origines du système veineux; or, c’est ce qui n’est pas. Dans l'expérience de M. Barry ,à la vérité, influence s’est faitsentir jusqu’à l'extrémité d’un tube fong et plusieurs fois recourbé sur lui-même : mais les expériences sur les animaux vivants prouvent qu’il n’en est pas de même dans les vaisseaux de l'économie vivante. Dans ces expériences, on voit que l’effet de l'inspiration n’est guère sensible que dans les veines les plus grosses et les plus rapprochées du cœur; qu’il diminue à mesure que les veines sont plus grêles et plus éloignées ; et qu’enfin il est nul aux origines des veines, là où ces vaisseaux sont capillaires. Nous avons vu que le cours du sang dans les veines est d’autant plus accéléré que les veines sont plus près du cœur: n'est-ce pas une preuve que l'effet de cette action d’aspiration est en elles de moins en! moins sensible, à mesure qu’elles sont plus loin du cœur ? Nous pouvons en appeler aux effets des ventouses ellesmêmes : si un vide aussi imparfait et aussi peu étendu que celui que produit une ventouse suffit, dans l'hypothèse de M. B'arry, pour contrebalancer l’action aspirante de l’inspiration, n'est-ce pas une preuve que celle-ci est faible, et est bien loin d’avoir l’énergie qui lui serait nécessaire pour être Ka principale puissance motrice du sang veineux ? En second lieu ,ilest bien certain que cette action d'aspiration ne s'étend pas jusqu'aux systèmes capillaires ; et cela seul suffit pour: prouver qu'elle ne peut être qu’une puissance très accessoire dans la circulation veineuse. Remarquons, eneflet, que c'est dans ces systèmes capillaires que la circulation veirieuse a ses racines, en quelque sorte, et que ces systèmes

if

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 351 capillaires ont sur eile la plus grande influence, et vétitablement la règlent. C’est dans les systèmes capillaires, comme nous le verrons, que s’eflectuent les nutritions, les sécrétions, les calorifications : peut-on croire, dès lors, que l’action aspirante de l’inspiration puisse tendre à retirer sans cesse de ces systèmes le sang qu’ils emploient à ces importantes actions ? et n'est-il pas plus naturel de penser que ces systèmes ne cèdent aux veines que la portion de sang dont ils ne veulent plus, et qu’ils ont à ce titre sur la circulation veineuse une influence très prochaine ? Evidemiment le sang à pour oflices d'alimenter les nutritions, les sécrétions , les alorifications, et de fournir à tous les organes et parlicuiérementau système nerveux le stimulus vital ; évidemment ncore, c’est dans les systèmes capillaires que s’accomplissent es diversesactions: or, n’est-ce pas une preuve que des quatre parties qui composent l'appareil circulatoire et que traverse le sang, cœur, artères, veines et systèmes capillaires, es derniers, comme mettant en œuvre ie sang, sont les plus importants, et qu’ils règlent l’état de la circulation lans les trois autres parties de l’appareil circulatoire, quine ont vraiment pour eux qu’un échafaudage ? Si cela est, que levient la théorie de M. Barry ? D'ailleurs, combien d’aures arguments à lui opposer ? Si l’action aspirante qui réulte de l’inspiration est la cause principale de la circulation eineuse , comment concevoir cette circulation dans le fœtus [jui ne respire pas ? comment l'expliquer chez les animaux jui prennent l’air nécessaire à leur respiration par une délutition et non par une inspiration, et chez ceux qui resirent de l’eau ? Dans hypothèse de M. Barry , il ne devrait rriver de sang au cœur que lors des inspirations ; et cepenant, tandis que dans une minute il n y a que 16 à 20 inspiations , 1] y a de 60 à 70 contractions du cœur; et certes, elui-ci ne se contracte pas en vain, c’est-à-dire sans projeter u sang. Enfin, toute suspension de la respiration devrait mener celle de la cireulation, et trop de faits physioiogiues et pathologiques prouvent le contraire. Concluons onc contre M. Barry, que l’aflux plus grand du sang veieux dans le cœur lors de l'inspiration , n’est tout au plus

qu’une puissance auxiliaire de la circulation veineuse, comme l’avaient dit les anciens physiologistes. | | En second lieu, la cause qu’assigne M. Barry à cet ‘aff plus grand du sang dans le cœur lors de l'inspiration ne nous paraît pas plus fondée. Haller attribuait cet afflux®à ce que le poumon , étant plus dilaté dans l'inspiration, était plus accessible au sang. Selon M. Barry, cet afflux tient av vide que l’inspiration détermine dans le thorax; par suite de ce vide, le poids de l’air extérieur à la surface du corps n’est plus équilibré, et ce poids pousse le sang de la péri: phérie au centre pour remplir ce vide. Des faits nombreux d’importantes considérations militent encore contre cette explication. 1° Tout à l'heure nous avons montré que l’action aspirante de l’inspiration était probablement à peint sensible aux extrémités du système veineux, et certainé: ment élait nulle dans ce qu’on appelle les systèmes capillaires. 20 Ce n’est passur le système veineux immédiatement. mais sur les systèmes capillaires , que repose le poids de lat mosphère. 30 Nous avons fait voir que les systèmes capillaires ont, par les fonctions dont ils sont le siége, une citculation indépendante de celle qui se fait dans les artères et dans les veines , et que la circulation capillaire se subordonne plus les circulations artérielle et veineuse, qu’elle ne leurestsubordonnée. 40 Enfin ,nous verrons queles fonction: par lesquelles les systèmes capillaires emploient le sang, & qui certainement règlent leur mode de circulation, ne rattachent en rien aux lois physiques. Peut-on admettre d'après tout cela, qu’à travers les systèmes capillaires, le pression atmosphérique ira physiquement faire circuler k sang dans les veines, tout en permettant à cette circulatior veineuse de recevoir les modifications organiques que doivent lui imprimer les fonctions dont les systèmes capil- Jaires sont le siége ? D'ailleurs, si la pression de l’atmosnhèr était la cause de la tan veineuse, celle-ci dé offrir aussi peu de variations que la circonstance physique qui en serait le mobile ; elle devrait en avoir la fixité : loin de là, cette circulation varie selon les âges , l’état de santé, de maladie, les passions, etc. Üne irritation est provoquée

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. EE À dans une partie; aussitôt la circulation y est modifiée, plus de sang y afllue; peut-on dire que cette irrilation a influé, d’un côté sur le vide que l'inspiration fait dans le thorax, de l’autre sur la pression atmosphérique à la surface du . corps ? et cependant, dans l’hypothèse de M. Barry, il fau- - drait que cela fût, puisqu'ici la circulation a éprouvé une modification semblable à celle que lui imprime une ven-

touse. Enfin, ou M. Barry comprend dans la circulation veineuse les systèmes capillaires, et alors de nombreux phénomènes de vie prouvent que Ja circulation dans ces systèmes n’est pas sous la dépendance de la cause physique qu'il ‘invoque ; ou ce médecin sépare la circulation capillaire de * la circulation veineuse, et comme ces systèmes capillaires sont intermédiaires , et au système veineux, et à la surface sur laquelle porte le poids de latmosphère, il y à encore impossibilité de concevoir rigoureusement l’influence physique de celle-ci. Sans doute, nous reconnaissons comme vérité physique incontestable, que le poids de l'atmosphère sur notre corps est une condition nécessaire à notre conservation; nous sayons que si ce poids est soustrait, où de beau- - coup diminué, nos fluides jaillissent à travers les pores des organes; nous n’ignorons pas que le gonflement de la peau - sous la ventouse est dû à cet effet. Mais loin de faire de cette | pression atmosphérique la cause qui pousse le sang veineux de la périphérie au centre, nous disons seulement que cette pression sert à prévenir l’expansibilité des gaz et la gazéification des fluides qui sont dans notre corps. C’est là une de ces connexions physiques obligées que nous avons avec l’univers, et sur laquelle nous reviendrons à un autre lieu. Enfin, nous ne croyons pas davantage que la fonction d'absorption soit due à ce que la pression atmosphérique fait pénétrer physiquement dans l’économieles matières qui sont absorbées. 1/absorption est une fonction commune à tous les êtres vivants, mais exclusive à eux, et qui par conséquent n'a rien de physique et de chimique en son essence; nous l'avons prouvé au chapitre destiné à l'histoire de cette fonction. Les expériences de M. Barry ne peuvent rien contre la doctrine que nous avons exposée alors; si la

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