‹ Physiologie de l'homme (volume 2)Chapitre 60 sur 97 · TOME IIT · texte numérisé non relu

TOME IIT

eu entier, et il paraît, au contraire, qu’elles en conservent encore. Nous avons, par exemple, cité une expérience de M. Magendie, dans laquelle l'artère et la veine crurale d’un chien vivant ayant été mises à nu, on a vu la circulation dans l'artère, régler celle qui se fait dans la veine; la cir-

culation dans la veine s'arrêter, s’affaiblir même avant que. le vaisseau fût vide de sang, quand on arrêtait ou affaiblis-, sait la circulation dans l’artère. Cette expérience prouve que | ces puissances s'étendent jusqu’à la circulation veineuse. :

Comment dès lors pourraient-elles n'avoir pas de part a la

circulation capillaire, qui est plus rapprochée d’elles ? Pourquoi, d’ailleurs, tant de troubles dans la circulation capil-

laire, dès que les mouvements du cœur se pressent ou s’af-

faiblissent; par exemple, la pâleur, le froid des parties les

plus éloignées du tronc, quand le cœur manque dé force ? La vérité nous semble être dans la combinaison de ces deux opinions trop exclusives. Les deux puissances qui jusque là ont mu le sang, plus une action spéciale des systèmes capillaires, telles sont les causes de la circulation capillaire. Mais probablement cette dernière est la principale. Ce sont, en effet, ces mêmes systèmes capillaires qui font les nutritions, les calorifications, les sécrétions ; et nous avons déjà dit qu’il était difficile de croire que ces actions ne fussent pas liées en quelque sorte à la circulation. Que d’animaux d’ailleurs qui n’ont pas de cœur! Le défaut de cet organe a même été observé dans des fœtus humains, chez lesquels la circulation ne se faisait pas moins. Enfin, dans les végétaux et les derniers animaux, c’est le parenchyme même des organes , c’est-à-dire les systèmes capillaires, qui emploient

les fluides et en déterminent la progression ; le cœur n'existe

que dans les animaux supérieurs; or, J'action de ces systèmes capillaires doit être aussi importante chez l’homme,

les actes inférieurs étant les mêmes dans dans tous les ani-*

maux , et les différences ne portant que sur les phénomènes antécédents à ceux-là, et qui en sont, en quelque sorte, l'échafaudage. Ajoutons qu'ici les vaisseaux sont si déliés et si

divisés, qu’il n’est guère possible de croire à une grande in-

fluence de la part du cœur.

Mais en quoi consiste cette action des Systèmes capillaires ? elle ne tombe pas plus sous les sens que leur texture ; et l’on » ne peut en juger qüe par les observations miICrOsCOpiques , … et certains phénomènes organiques de santé et de maladie. On admet généralement que le sang obéit iei à deux impuisions : l’une, qui lni fait suivre le grand cercle , et passer - des dernières artères dans les premières veines; l’autre, qui l'appelle dans le parenchyme des organes, pour y être … mis en œuvre : i} est comme hésitant, oscillant entre ces | deux directions ; le cœur est ce qui le pousse dans la pre-

Le lentraîne dans la seconde. Il est difficile, en effet, de nier . cet appel du sang dans les Systèmes capillaires, en raison . de leur excitation ; on l’a observé directement dans les expé- riences microscopiques : qu’on irrite un Ussu, aussitôt le Sang y afflue. Sur ce fait, repose en entier l'emploi thérapeutique ces topiquesirritantset sédatifs, ainsi que l’axiome ubi stimulus, ibi Jluxus. L'inflammation est surtout nn phénomène qui le prouve. De Jà même, résulte que c’est réellement cette action aspirante des systèmes capillaires, qui règle la quantité de Sang qui traverse les trois autres … parties de l’appareil circulatoire. On dit généralement que “le cœur lance dans les artères autant de sang qu’il en a recu «les veines ; que les artères, à Icur tour, rendent cette même “Quantité aux systèmes capillaires; ceux-ci aux Veines ; et mqu'ainsi, il y a équilibre dans les quatres parties de l’ap- . pareil circulatoire. Cette proposition est vraie à l'égard des veines, du cœur et des artères, mais elle ne l’est pas des Systèmes capillaires. Ces Systèmes peuvent appeler plus ou “moins Je sang, ou se refuser à se laisser pénétrer

ï hr ?

par celui qui leur est envoyé; par suite, ils modifieront le cours du sang dans les gros vaisseaux , feront varier le pouls, et détermineront la quantité de sa

° sang Qui passera par les veines, - lecœur et les artères. Ne voit-on Pas, en effet, grossir les vei-

“nes et les artères de tout organe surexcité; celles de l'utérus “dans la grossesse, par exemple; de la mamelle, lors de à sécrétion du lait, etc. ? N'est-ce pas l’

action aspirante exc- “oée par les systèmes capillaires des parties , plus que l’action

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impulsive du cœur, qui, en certains cas de ligature du tronc principal d’une artère, fait développer les artères collatérales ? Rien ne paraît done mieux démontré que cet appel effectué par les systèmes capillaires , et Pon pourrait dire que le cœur ne sert qu’à envoyer, dans les gros vaisseaux , le sang que ces systèmes capillaires doivent employer. Qu'une portion du système capillaire aspire plus de sang, celui de tous les vaisseaux voisins se dirige vers elle, la fluxion s'étend de proche en proche jusqu'aux gros vaisseaux,» selon que cette portion du système capiilaire a plus ou moins d’étendue et d'importance. Je sais bien que quelques auteurs placent cette circulation capillaire en dehors du grand cercle ; mais on ne fait par là qu'éluder la difficulté : comme il est sur qu’elle influe prochainement sur Jui, on doit la considérer comme en faisant partie. C’est Bordeu qui, le: premier, a séparé la circulation capillaire de la circulation dite générale, ou des gros vaisseaux : sans doute cette distinction est fondée, et est des plus importantes en pathologie et en thérapeutique ; mais il est évident aussi que ces deux circulations sont liées, et que la première modifie trop la dernière pour qu’on puisse complétement l’en isoler. Du reste, cetie action d'aspiration, exercée par les syss tèmes capillaires, ne peut nullement être déterminée. On l’a dite une succession de contractions et de dilatations ac=| tives; mais ce n’est là qu’une conjecture; celte action étant tout-à-fait moléculaire, on ne peut rien savoir d’elle, sinon que les systèmes capillaires ne sont pas passifs pour sa production, et qu’elle n’est ni physique ni chimique, mais, organique et vitale. Ce que nous venons d’en dire démontre en effet, la vérité de ces deux propositions. D'abord pour que les systèmes capillaires n’eussent aucune part à Ja circulation capillaire, il faudrait que le sang les traversàt mécaniquement : et cela n’est pas. Ensuite, est-il possible: de rapporter à une action physique, à l'attraction des tubes. capillaires , par exemple, le rôle que les systèmes capillaires jouent ici? Mais ils fondent une force qui sert à vaincre des forces physiques. Leur action de circulation est assez! prochainement liée aux actions de nuütrilion , de sécrétion,

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 325 qui sont des actions vitales. Tout ce qui modifie fa vitalité des capillaires, applications irritantes , sédatives , en mO’ difie la circulation. Leur action, enfin, paraît même être assujettie à une influence nerveuse, comme le prouvent ja

pâleur ou la rougeur qu'éprouvent certaines parties lors des

aflections de l’ame. A tous ces traits, Qui pourrait mécon-

naître une action organique et vitale? Ou, si l’on veut

néanmoins qu’elle soit physique , il faut reconnaître au

moins que la condition matérielle qui en rend possible l’ac-

complissément, est tout-à-fait dépendante des nerfs qui

entrent dans la texture des parties , et varie sans cesse sous

leur influence.

Telles sont les causes organiques de la circulation capil-

laire. On peut en ajouter de mécaniques; savoir : les influences de la gravitation, des mouvements généraux du

corps ou de quelques-unes de ses parties, des battements des artères voisines, ete. Mais il faut remarquer que ces influences fondent aussi souvent des résistances que des puissances motrices. Ainsi que nous l’avons dit, dans la circulation des fluides des corps organisés, il y à toujours des considérations mécaniques auxquelles il faut avoir égard ,

et qui compliquent considérablement l'analyse du phé-

nomène.

Quant aux résistances, elles sont ce qu'elles étaient dans la circulation artérielle, la masse du sang à mouvoir, et les frottements qui doivent être ici plus considérables

encore en raison des subdivisions infinies des vaisseaux , de

leurs courbures, de leursentrelacements. Aussi ya-t-il déjà ici plus dé ces dispositions mécaniques qui sont destinées à fa-

Ciliter la circulation, comme des anastomoses plus fréquen-

US

tes; d’où résulte que , si le sang trouve un obstacle d’un côté, il peut refluer de l’autre, ainsi que l’ont vu ceux qui ont observé sur des animaux vivants la circulation capillaire avec le microscope.

Maintenant, de cette connaissance des causes qui prési-

dent à la circulation capillaire, et des résistances à vaincre,

‘pouvons-nous déduire les traits de cette circulation , Savoir, ‘sa vitesse, le rapport des puissances aux résistances , etc. ?

11 est évident qu'on ne peut évaluer, ni les causes motrices, ni les résistances, et par conséquent qu’on ne peut analyser avec loute rigueur le phénomène. Voici tout ce qu’on assure. D'abord, on dit quela circulation capillaire est assez lente,

probablement parce qu'on juge cette lenteur nécessitée par.

les actes de nutrition, de-sécrétion, dont cette circulation fournit les matériaux. Mais peut-être cette lenteur est-elle

moindre qu’on ne l’a dit; à juger par les expériences de Bi-.

chat sur la respiration , elle est assez prompte dans le cercle pulmonaire; et par analogie on peut la croire aussi prompte dans le cercle du corps. D’ailleurs, avec quelle rapidité des

boissons parviennent de l'estomac aux reins! Ensuite, on,

: e e 0 0 » A professe que cette circulation capillaire west pas la même dans chaque partie du corps. En effet, nous avons vu déjà

que le sang est versé par les artères dans Îles parties, dans

des quantités et avec des vitesses inégales; et en outre, chaque partie aspire dans les gros vaisseaux des quantités

diverses de sang. selon sa vitalité, l’activité de sa fonction. S; ;

Dès lors, ce que l’on dirait de la circulation capillaire dans un lieu ne serait pas applicable à un autre; et il faudrait dire les circulations capillaires, comme on dit les nutritions.

Enfin cette circulation capillaire change dans chaque partie,

selon l’état d'activité de celle-ci, selon les excitations directes

ousympathiquesauxquelles elleestsoumise ; età cetégardelle.

est bien plus variable que la circulation artérielle. Nous ne parlons pas de l’état de maladie; il est trop évident qu’un changement dans la circulation capillaire d’un organe est

un phénomène inséparable de toute lésion de cet organe ;

mais nous enteudons que cette circulation se modifie selon les divers degrés d’activité que peut, pendant l’état de santé, présenter tout organe. Par exemple, il est des organes dont les fonctions sont intermittentes; et il est bien sûr que le sang qu’ils appellent en eux n’est pas aussi abondant lors-

qu'ils sont en repos que lorsqu'ils sont en action. Dans tout

organé dont le travail redouble, la circulation capillaire est activée; il en est de même dans celui qui est soumis à

une excitalion quelconque, soit directe, soit sympathique.

Or, des variations de ce genre surviennent sans cesse dans

MÉCANISME DE LA CIRCULATION, Ya

le cours de la vie. Ainsi s "expliquent toutes les différences que présentent entré eux les organes sous le rapport du sang

té qui les pénètre ; toutes celles que présente un même organe À selon son état d’excitation ou d’atonie; et enfin les modifcations que présentera la circulation générale dans les divers … états de la santé et de la maladie. Des modifications dans

une partie importante du système capillaire, sont en effet bientôt partagées, comme nous l’avons dit, par la circula- … tion générale. On peut admettre que les gros vaisseaux, con- sidérés séparément des systèmes re et comme con- … stituant à eux seuls le cercle, sont comme un réservoir qui … fournit sans cesse aux systèmes capillaires, mais dans lequel eeux-Ci ne puisent que la quantité qui leur convient. Seulement, si par un accident quelconque une portion importante du système capillaire cesse de puiser, il y a surcharge dans les gros vaisseaux, et menace d’une congestion fa REA dans bic: points. Par exemple, dans les opérations d’anévrysme, on est souvent obligé de saigner, jusqu à ce que la circulation soil rétablie de ie membre, si l’on veut éviter des apoplexies ou des inflammations da poumon. Il en est de même à la suite de l’amputation d’un membre. L'effet est semblable, si l’action du système capillaire étant la même, Del y à par une cause quelconque surcharge de sang dans les … gros vaisseaux, pléthore; 1] peut survenir aussi quelques congestions mortelles; et on en produit en quelque sorte * d’artificielles dans les animaux, par des injections d’eau dans les veines, ou mieux par la transfusion du sang.

À ce propos, ila été professé par beaucoup de physiologistes, que sur le trajet de l’appareil circulatoire, étaient placés çà el là certains organes dont la fonction était de servir de diverticulum au sang , dans les cas où d’autres parties se refuseraient, par une raison quelconque , à , à se laisser pénétrer par la quantité de ce liquide qui doit d'ordinaire leur arriver. Ce rôle a surtout été attribué à ces organes dont on n’a pas

» encore découvert la fonction, et sur lesquels on fait à cause de cela de continuelles conjectures, comme la rate, le thymuüs , la thyroïde , les capsules surrénales. Ainsi, Lieutaud, nsrquant que là rate était toujours plus grosse lors de la

vacuité de l’estomac , que lors de la plénitude de ce viscère,

disaitque le sang dans l'intervalle des digestions refluait dans !

la rate; ilfaisaitainsi dela rateun diverticulum de sang pour l'estomac : il trouvait à cela cet autre avantage, de faire fournir par la veine-porte plus de sang au foie, dont le produit se prépare aussi dans l’intervalle des digestions. D’autres ont admis l’idée de Lieutaud avec cette modification, que, lorsque le sang qui s’est accumulé dans la rate lors de la vacuité de l’estomac en est exprimé dans Île temps de sa plénitude, ce n’est pas pour alimenter la sécrétion biliaire, mais bien celle du suc gastrique. Rush a étendu davantage encore cette idée : il fait aussi de la rate un diverticulum du sang, mais non pour l’estomacseulement, mais pour tout le corps en général, lorsque la circulation trop excitée ferait courir le risque de voir se former des conges- Lions sanguines dans quelques organes, comme dans les passions , les mouvements violents, la course : il arguë de Ja nature spongieuse de la rate, de la fréquence de ses distensions, de la grande quantité dé sang qui lui arrive, de son voisinage du cœur et du centre de la circulation, et de la sensation qui lui est rapportée dans Ja course, dans le rire. Enfin, M. Broussais a tout-à-fait généralisé cette idée des diverticulums. D’une part, il avance qu’il en existe tou-

jours à côté des organes dont les fonctions sont évidemment”

intermittentes. Chez le fœtus, par exemple, près des par-

PA

ties qui ne sont pas encore en exercice, se trouvent, selon.

lui, des organes destinés à distraire le sang qui devra plus tard leur arriver; tels sont le 14ymus et la thyroïde, relativement au poumon; les capsules surrhénales, relativement aux reins. À la naissance ensuite, ces organes, ou s’oblitèrent tout-à-fait, si ceux dont ils devaient recevoir le sang ont des fonctions continues, ou ne s’oblitèrent qu’en partie, quand les fonctions de ces derniers présentent des alternatives d'activité et de repos. C’est ainsi que la rate persiste , comme diverticulum de l’estomac, dont les fonc-

tions sont pendant toute la vie intermittentes; tandis que

le thymus disparaît , quand la respiration est établie. .

D'autre part, ce que Rush avait dit de la rate comme diver-

E MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 329 Uiculum pour tout le corps, M. Broussais l’étend au foie et au système de la veine-porte; il regarde celui-ci comme un Lxéservoir qui sert à recevoir le sang dans les divérs cas où survient quelque retard , quelque arrêt dans la circulation $ ou comme propre à imprimer à ce liquide une nouvelle cause d’impulsion.

- Tout cela sans doute est fort ingénieux , mais ne peut être accueilli que comme conjecture à méditer. D'abord, Bichat et autres ont contesté l’assertion de Lieutaud, que la rate est plus grosse lors de la vacuité de estomac; et nous avons déjà dit que les physiologistes tour-à-tour niaient ou accordaient le changement qu’on a dit se faire dans Ja cir- Culation de l'estomac et des organes voisins, selon qu'il ya Ou n’y a pas digestion. Cependant nous reviendrons sur cet usage attribué à la rate, à l’article de la sécrétion biliaire. Quant au thymus, à la thyroïde et aux capsules surrénalies, peut-on dire, avec M. Broussais, que ces organes ne sont que des diverticulums? n’ont-ils pas une texture trop compliquée, pour n’avoir ainsi à remplir qu’un office mécanique ? À supposer qu’une dérivation fût ici nécessaire » pourquoi n’aurait-il pas sufli pour l'effectuer, de simples trous Ou canaux, Comme nous verrons que le font dans le fœtus le trou de Botalet le canal artériel? Pourquoi, par opposition, ja disparition du thymus avec l’âge, et au contraire a persistance de la thyroïde et des capsules surrénales ? Il est trop évident que tout ce point de doctrine n’est qu’une hypothèse. Mais çe qui n’en est pas une , d’après ce que nous avons dit avant cette digression, c’est que la circulation capillaire est différente dans chaque partie, variable dans une même partie; que, par ses Variations, elle modifie la circulation générale, le pouls; et enfin, que ses divers départements dans le corps s’influencent au loin les uns les autres,

C’est pendant que le sang traverse les systèmes capillaires, que cefluideest changé dans les systèmes capillaires du corps d’artériel en veineux, et dans ceux du poumon de veineux en artériel. On est sûr que ce n’est pas la circulation capil- Jaire proprement dite qui effectue cette dernière conversion,

puisque nous avons vu , à l’histoire de la respirauon, que cette conversion exigeait l'intervention de l’oxygène. Nous devons conséquemment en dire autant de la conversion dui sang artériel en sang veineux, dans les systèmes capillaires du corps. C’est bien pendant la circulation capillaire qu’elle s’accomplit; mais il faut probablementde plus,que quelque principe soit enlevé au sang , comme dans l’acte inverse ill avait fallu que quelque principe nouveau lui fût fourni. Si la circulation capillaire influe sur la formation du sang veineux, ce n’est donc qu’indirectement, et parce qu’elle influe sur les actions d’élaboration qui se passent dans les parenchymes, c’est-à-dire sur les nutritions et les calorifications. ?

ARTICLE EV. 4

Circulation dans les Veines.

Dans les veines, le sang circule, d’une part, du système capillaire du poumon au cœur gauche, et, d’autre part, du: système capillaire du corps au cœur droil. IE s'agit encore, ici de spécifier les causesqui président au cours du sang dans celte dernière parie de l’appareil circulatoire, de menuonner les résistances que ces causes ont à vaincre, et de déduire de la connaissance de ces éléments de la circulation veineuse, les traits de cette circulation.

Harvey m’assignait encore d’autre cause au cours du sang; dans les veines, que l’action du cœur , dont l’influence impulsive s’étendait, à travers les artères et les systèmes capillaires , jusqu’à cette dernière partie du cercle. Mais nous répéterons ici ce que nous avons déjà dit à l’occasion de la cireulation capillaire. D'abord, il faut nécessairement ajouter à l’action du cœur celle des artères que nous avons vu influer sur la progression du liquide. Ensuite, si ces deux puissances motrices avaient été en grande partie épuisées à la fin du système artériel, à plus forte raison doivent-elles l'être ici , l’espace qu'a eu le sang à parcourir étant bien plus grand , et les résistances à vaincre ayant été plus nombreuses. Enfin, les systèmes capillaires qui influent tant sur la:

circulation capillaire , et qui par suite modifient tant la

circulation générale, particulièrement celle des artères,

pourraient-ils n'avoir aucune part à la circulation vVeineuse ? . Ajoutons qu’évidemment les veines n’ont pas de pouls ; que

dans ces vaisseaux le sang offre, moins encore que dans les

dernières artères, ces saccades qui coïncident avec les contractions des ventricules; que même ce fluide y coule en “nappes d’une manière continue.

… D'après ces considérations, Bichat rejette l’opinion de Harvey , mais pour tomber dans une erreur opposée : fai-

Sant cesser l’influence du cœur sur la circulation à l’extré-

mité du système artériel , il attribue la circulation veineuse

à la seule action des systèmes capillaires. Cependant l’expémence précitée de M. Magendie a fait voir la circulation

dans les veines correspondant à celle qui se fait dans les artères, puisqu’en comprimant l'artère crurale on à arrêté in- Stantanément la circulation dans la veine crurale » bien que ce vaisseau füt encore plein de sang. Qu’on ouvre d’ailleurs une veine sur un animal vivant, le jet de sang que fournit ce Vaisseau est d’abord uniforme; mais bientôt il offre des saccades quicoïncidentaveclescentractions desven tricules. Nous croyons qu’il faut admettre comme causes motrices du sang dans les veines, 10 toutes celles qui ont agi antécédemment sur le fluide, mais dans une mesure d'autant plus grande que ces causes sont placées plus près du système

Neineux; 2° une action des veines elles-mêmes. Ainsi,

d’une part, action du cœur , action des artères , et action des systèmes cépillaires, qui peut-être n’agissent ici qu’en influant sur Ja circulation générale, sur la quantité de sang qui est aspirée dans le cercle; d’autre part, action des veines elles-mêmes. Cette action des veines n’est pas certainement une action d’irritabilité du genre de celle dont jouit le cœur, mais elle n’est pas non plus une simple élasticité, car le sang jaillit plus loin de ces Vaisseaux , quand on les pique entre deux ligatures pendant la vie, qu'après la mort. Cependant on dit avoir reconnu une véritable irritabilité dans les gros troncs, dans la veine-cave inférieure » par exemple , Surtout dans les animaux à sang froid.

À ces causes de la circulation veineuse, on peut en ajouter | d'accessoires, savoir : 10 le battement des artères, qui, à. cause de cela, ‘sont généralement annexées aux veines; 20 la. pression des organes voisins, surtout des muscles, etc. La peau, par exemple, en soutenant les veines, aide la circu-. lation veineuse , car si la résistance de cette membrane di minue, les veines deviennent variqueuses, preuve que le sang y stagne; et il faut recourir à un bandage mécanique: Une semblable influence est exercée par les mouvements in! spirateurs sur Île sang des veines du thorax et de l’abdomen, par ceux du cerveau sur les veines des sinus de la méringe, par tous mouvements musculaires quelconques sur les veines voisines , comme le prouve le bon eflet de ceux qu’on fait pratiquer pendant la saignée, pour que le sang coule.

Quant aux résistances, elles sont ici les mêmes que dans la circulation artérielle, savoir, la masse du sang à mou-. voir, et les frottements. Mais comme 1l n’est pas plus pos: | sible d'évaluer ces résistances que les causes motrices, on! ne peut, en opposant les unes aux autres, acquérir une apprécialion rigoureuse de la circulation veineuse; et tout | ce qu’on en sait peut se réduire aux considérations suivantes.

D'abord, évidemment les causes motrices ont ici une! énergie moindre qu'aux artères, et dès lors la circulation veineuse doit être plus dépendante d’influences mécaniques | que l’artérielle. Pour peu qu’il y ait affaiblissement de l’économie, la gravitation suflit pour ralentir la circulation veineuse, même dans les lieux où le sang doit naturellement circuler contre son propre poids : de là Penflure, l’æœdème des jambes chez les convalescents. La moindre pression a les mêmes résultats. | |

À cause de cela, beaucoup de précautions paraissent avoir | été prises par la nature pour faciliter mécaniquement la circulation veineuse, ou pour remédieraux mauvais effets qui pourraient résulter de son retard. Nous avons déjà parlé de l'influence exercée par les battements des artères voisines, par la pression des organes voisins ; il faut ajouter encore : 19 les anastomoses qui sont iei très multipliées, afin que

lorsque le fluide est arrêté d’un côté, il trouve passage d’un

autre; 20 les valvules qui sont dans l’intérieur des veines , et qui ont le double usage de prévenir le reflux du sang , une fois qu’il est parvenn à un point quelconque du Sys-

ième, et de partager ce fluide en petites colonnes , qui sont

conséquemment plus faciles à ébranler; 30 Ja particularité qu'ont les veines de pouvoir se dilater beaucoup, ce qui rend moins grave Ja stagnation du sang dans ces vaisseaux : 4° enfin, la plus grande capacité du système veineux, qui

aaussi pour but de prévenir les dangers qui résulteraient

“d’üne stagnation du sang dans son intérieur. Cer endant les S S g P

différentes veines du corps différent sous le rapport de ces

“précautions accessoires, Là où lesang circule de haut en bas,

et tend à se mouvoir par le fait seul de son poids; là oùil

est soumis à des pressions extérieures, comme au thorax ME

l’abdomen , ces précautions mécaniques sont moindres : par exemple , les veines sont sans valvules, ont des parois plus minces; là où existent des circonstances inverses, comme aux pieds, où le sang remonte contre son propre poids, aux veines sous-cutanées, qui ne sont pas soutenues, il y a des valvules nombreuses aux veines, et leurs parois sont plus épaisses : par exemple, la veine saphène intérne a des parois plus épaisses que l’iliaque.

. En second lieu, tout en convenant qu’on ne peut évaluer la vitesse des circulations artérielle et veineuse, il est cerain que celle-ci est plus lente que la première. $i on ouvre -une veine et une artère d’un égal volume, le jet fourni par Ja première est bien moins étendu que celui que lance la seconde. Comment pourrait-il en être autrement, puisque les

forces motrices sont moindres , et les résistances plus gran-

des ? Le cours du sang dans les veines n’offre pas non plus ces saccades intermittentes que présentait la circulation artérielle , et qui coïncidaient avec les contractions des ventricules ; il est uniforme.

- En troisième lieu, examinée dans les plus petites veines . “il est probable que cette circulation varie dans les diverses

parties du corps. Nousavons vu, en effet, que la circulation

“Capillaire y est différente; nous verrons que les actions de

nutrition, de calorification qui s’y produisent, y diffèrent aussi; dès lors, il est probable qu’il en est de même de la, circulation veineuse, surtout à ce point où elle se confond | avec la circulation capillaire. D'ailleurs, dans Îe cadavre comme dans le corps vivant, rien n’est plus fréquent que de voir telle portion du système veineux gorgée de sang, et| telle autre vide.

Enfin, la circulation veineuse offre cette différence d’avec. la circulation artérielle, que tandis que celle-ci va en s’affaiblissant, se ralentissant à mesure qu'elle s'éloigne du cœur, et se fait dans des vaisseaux plus petits, la circulation veineuse va, au contraire, en s’accélérant. Le cours du sang, | qui est fort lent dans les veinules, est déjà plus rapide dans les rameaux, et encore plus dans les troncs. On explique ce! fait par la diminution de capacité que présente le système veineux de son origine à sa terminaison, et qui semble permettre l'application de ce principe d’hydrodynamique, que le cours de tout fluide s'accélère, quand le tuyau où il cir-| cule se retrécit. On confirme cette explication, en faisant) remarquer que pour hâter le cours du sang en quelques veines, il suffit d’oblitérer le calibre des veines voisines, comme! le fait la ligature dans l’opération de la saigne, On indique cette re comme une précaution qu a pr ise la nature pour faciliter mécaniquement le cours du sang. Nous ne ga=| rantissons pas la justesse de cette application d'hydrodynas| mique : dans les êtres vivants, chez lesquels les forces générales n’ont conservé qu’en partie leur empire, il est difficile souvent de HUE ce qui en reste ; el, comme nous l’avons: déja dit, c’est cette association dés taie générales et des: forces spéciales qui rend très difhcile et même impossible Panalyse rigoureuse du phénomème de la circulation. Mais le fait que par cette loi on veut expliquer, estcertain. Voilà donc le cercle de la circulation achevé, et le rôle de chacune des quatre parties de Pappareil circulatoire autant que possible apprécié. Le cœur fait l'office d’une pompe aspirante et foulante qui projette le sang dans les artères;

Lis / \

| | MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 335 son influence s’étend dans tout le cercle, mais elle est d’au- | ant moindre sur le sang, que ce fluide s’en éloigne davantage. Lies artères servent par une réaction, qui peut-être m'est que de l’élasticité dans les gros troncs, mais qui cer- Hainement a quelque chose d’organique dans les rameaux. Les systèmes capillaires font le partage du sang en deux portions, l’une qüi continue le cercle et passe dans les veines , l’autre qui est appelée dans les organes et y est mise en œuvre; el comme c’est pour cette fin qu'a lieu en dernière analyse toute la circulation, c’est ce dernier acte qui règle toute la fonction. Enfin les veines rapportent le sang, par un reste des actions du cœur et des artères , par l'influence des systèmes capillaires, et par une action qui leur est propre. Dans le cœur, le cours du sang est intermittent ; dans les artères, il est continu, mais saccadé, et de moins en moins rapide ; dans les systèmes capillaires, il est oscillant, souvent rétrograde, et différent dans chaque partie du corps ; dans les veines, il est à leur origine spécial aussi dans chaque partie, du reste plus lent que dans les artères, mais le plus en plus rapide. Tandis que les artères n’avaient ju une seule origine aux cœurs, les veines y ont plusieurs mbouchures, et on concoit l'avantage de cette double dis- J0sition.

: Tei est donc le mécanisme par lequel le sang est porté à haque organe et en est rapporté. On a encore assigné à la treulation d’autres causes que celles que nous venons d’inliquer. Par exemple, on a parlé d’un gaz existant dans le ang, et qui, raréfié par la chaleur, pousserait les globules de e liquide dans la direction selon laquelle il cireule. On a it que les globules du sang, étant soumis à une pression , evenajent sur eux-mêmes par une véritable élasticité, et ecevaient par là une impulsion en un sens déterminé. On comparé les deux systèmes vasculaires artériel et veineux ux deux branches d’un siphon , le fluidæremontant dans | seconde branche, par cela seul qu'il a été porté dans Ja remière. On a dit que par cela seul qu’une des cavités du œur s'était contractée, il en résultait dans le système un ide vers lequel devait dériver le fluide ; et que cela impri-

mait l'impulsion à toute la masse du sang. Enfin on a parlé d’ébullition, d’effervescence survenant dans le cœur, pa suite du mélange, dans cet organe, du sang avec un principe igné, un ferment, une lymphe acide, les esprits animaux, etc. Mais tout cela est trop évidemment hypothétique pour mériter une réfutation. |

Dans le cercle du corps, il existe à la disposition générale du système veineux une ExCR RIRE qui est 0p remarquable pour être passée sous silence : c’est celle qui constitu le système veineux abdominal. On sait que toutes les veines qui rapportent le sang des organes digestifs situés dans l’ab: domen , se réunissent en un tronc commun appelé veine: porte. Celui-ei, d’après la loi commune, devrait se rendre en un tronc plus gros encore, la veine cave inférieure, par GÉePIRs Au lieu de cela, il se ramifie dans le tissu du foie à la manière d’une véritable artère. Or c’est là ce qu’on ap: pelle le système veineux abdominal, dans lequel on peu signaler deux arbres, réunis l’un à l’autre par leur tronce: SR la veine-porie est le centre, un abdominal et un hé. patique. Il s’agit d’en étudier la circulation. Voici d’abort quelle y est la marche du sang : ce fluide, revenant des or: ganes digestifs par les veines de l’arbre abdominal, se ras semble dans la veine-porie; de là il est projeté par cett veine dans le tissu du foie; et, enfin, les veines dites sus hépatiques l’y reprennent pour le conduire dans la vein: cave inférieure, et le rendre à la circulation générale. Os voit par là que ce sang a traversé deux systèmes capillaires celui des organes digestifs d’abord, et ensuite celui du foie Jusqu’à son arrivée dans la veine-porte, il est dans Île mêmes conditions que le sang des autres parties du corps Mais il n’en est pas de même dans l’arbre hépatique: quelle causes le font circuler là de la veine-porte au foie, et dt foie à la veine cave ? D’après ce qui est dans la circulato: générale , il semblerait qu’il devrait y avoir là un cœur;te cependant il n’y en a pas. On a bien voulu considére comme tel fa veine-porte ; mais ce vaisseau n’a rien de mus culeux , on ne voit et on ne peut déterminer en lui aucun contraction. IF faut absolument que les mêmes causes qu

MÉCANISME DE LA CIRCULATION. 337 ont porté le sang du système capillaire des Organes digestifs dansla veine porte, le fassent cheminer de ce tronc à travers le parenchyme du foie jusque dans les veines sus-hépatiques. Ce Système veineux abdominal fournit une des plus fortes objec- . tions qu'en puisse faire à la théorie de Harvey, qui voulait . que le cœur fût l’unique agent de la circulation. Comment croire qu'ici l’influence du cœur se soit conservée au-delà de

deux systèmes capillaires ?et si c’est un système capillaire qui

est le mobile de cette petite circujation, quelle présomption

. pourque cesoit de même un système capillaire qui agisse dans la grande circulation ?Cette raison est d'autant plus forte,qu’il

» ÿa,commenousl’avons dit, desanimaux dans lesquels il n'ya pas de cœur pour la grande circulation. Toutefois on concoit

. que tout ce que nous avons dit de la circulation veineuse en général sera plus vrai encore de la circulation veineuse

‘abdominale : elle sera plus dépendante encore d’influences mécaniques ; les mouvements du diaphragme, des parois abdominales, des organes digestifs, la graVitation, auront empire sur elle. Cependant les veines de ce système n’ont pas de valvules, et ont des anastomoses moins nombreuses, surtout dans l’arbre hépatique : probablement c’est parce

que le foie auquel aboutit cette circulation ne change que

. rarement de volume et d'état, offre toujours à peu près la même facilitéau passage du sang ; à la différence du poumon,

auquel aboutit la circulation générale, qui change sans

cesse, comme nous le verrons ci-après, dans les mouvements de la respiration.

+ Il est encore deux organes où l'appareil circulatoire offre quelques dispositions particulières, le cerveau et le cœur. Voici d’abord ce qui est du premier. Quatre grosses artères , les carotides internes et les vertébrales, portent à l’encéphale une portion de sang très considérable , et que Malpighi a évaluée le tiers de celui de tout le Corps, Haller, le sixième , et Monro, le dixième. Ces artères, en montant du cœur au cerveau, font beaucoup de courbures » de flexuosités ; elles sont en même temps un peu plus dilatables que toutes les autres artères, particularités qu'on a jugées propres

à atténuer un peu les effets du choc du sang sur le cerveau .

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