CHAPITRE PREMIER
Appareil de la Calorification,
Les physiologistes sont très divisés sur ce point. Les uns disent qu'il n’y a pas d'appareil de calorification proprement, dit, et considèrent la chaleur vitale comme un fait premier, ou comme un résultat de tous les autres actes de Ja vie. Les.
autres, au contraire, admettent un appareil de calorifica-"
APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 407 tion, mais qui, selon ceux-ci , est local, concentré en un seul lieu du corps ,etqui, selon ceux-là , est , AU Contraire, multiple et disséminé dans toutes les parties de l’économie. Ainsi , M. Chaussier admettait , sous le nom de calo-icité, une propriélé vitale primitive, en vertu de laquelle les êtres vivants dégageaient le calorique duquel dépend leur tem péraiure propre, comme par d’autres propriétés vitales, ils accomplissent leurs autres actes vitaux. Il s'appuyait sur ce quela parücularié d’avoirune température indépendante est commune à tous les êtres vivants , Coexiste exclusivement avec l’état de vie, est commune à toute partie vivante, cesse à la mort, et s’accroît enfin par tout ce qui excite la vitalité. Mais ne peut-on pas dire ces mêmes choses de beaucou d’autres actes vitaux, des nutritions > par exemple ? Et ne serait-ce pas un abus que d’admettre, pour ces divers phénomènes , autant de propriétés vitales spéciales ? Il est évident que ce serait se payer de mots. D'ailleurs, comme Phomme résiste au froid ainsi qu'au chaud, il faudrait admettre en lui une propriété de Jrigoricité, comme ane de caloricité. I] ne faut voir dans le dogme de la caloricité, par M. Chaussier, qu’une protestation contre les divers systèmes physiques et chimiques, par lesquels on a cherché à expliquer la chaleur animale.
De même, Boin nie qu'aucun organe du corps soit spécialement chargé de dégager le calorique qui produit Ja température du corps, et pense que ce dégagement est un résultat commun de toutes les actions vitales, quelles qu’elles soient, des actions nerveuses, musculaires, de la digestion, de la respiration , de la circulation, des nutrilions, dés sécrétions, etc. Ses arguments sont, que l'exercice de chacune de ces fonctions modifie, en effet, la température du corps. Les travaux d’esprit, par exemple, échauffent la tête : quelle forte chaleur manifestent les maniaques , et dans quelle indépendance du froid extérieur sont ces infortunés ! Dans les affections de l’ame, on a tour-à-tour chaud ou froid, quel que soit l’état de l'atmosphère. Nous montrerons ciaprès, que la chaleur animale est, comme toute fonction, | sujette à une influence nerveuse. Les mouvements du Corps
sont certainement favorables à la production de la chaleur: | qui ne connaît les bons effets de l’exercice contre le froid? c’est par lui que les Hollandais jetés dans le Spitzherg par: | vinrent à y résister. La digestion modifie de même la cha-! leur : dans son commencement, elle cause un sentiment dé! froid, un léger frisson ; à sa fin, au contraire, la tempéra=! ture du corps est un peu élevée; et c’est pour cela qu’on a comparé cette fonction à un accès de fièvre. La respiration aussi a été de tout temps présentée comme influant prochais nement sur Ja chaleur animale; seulement les Anciens di- | saient qu’elle servait, par l'air frais qu’elle introduit dans le poumon, à rafraîchir le sang ; et les Modernes en font la source principale de la chaleur, 11 est sûr que, dans les anis | maux ; il ya un rapport entre l'étendue de la respiration et le degré de Ja température; les oiseaux, qui ont la respiration | la plus ample, ont la température la plus élevée; les reptiles, | qui ont Ja respiration la plus bornée, sont des animaux à sang froid ; et les mammifères qui, sous le rapport de la ré spiration, tiennent ie milieu entre ces deux classes d’animaux, leur sont aussi intermédiaires sous le rapport de la. chaleur. Il en est de même encore de la circulation, éar 4 chaleur augmente quand la circulation se presse, et diminue dans le cas contraire. Enfin, on peut en dire autant des nutrilions, qui arrachent toutes les parties au repos, et n’ont. jamais lieu sans production de chaleur; des sécrétions, dont les organes sont des points continuels de fluxion. Ainsi, | toute fonction peut être présentée comme cause de la cha= | leur. Ajoutons que, dans les animaux , la température ést en raison du nombre et de l’énergie des fonctions, et de la. complication de l’organisation. Malgré tout ce qu'ont dé. spécieux ces divers arguments, nous ne pouvons admettre. la théorie de Boni. En effet, comment croire que des, actes aussi divers que ceux que nous venons d’énumé-, rer puissent amener un résultat unique? Les faits qu’on
; : « : RAT vient de rapporter prouvent bien que chaque foñction mo= | difie la chaleur, mais non qu’elle la produit. Enfin, à sup poser que la chaleur fût le résultat commun de toutes ces.
fonctions , la chaleur n’en aurait pas moins un appareil spé
APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 404 cial, les systèmes capillaires desorganes quien sont lesagents. Je crois qu’il faut admettre un appareil calorificateur. Alors, quel est-il? On à émis ici deux opinions opposées. Selon les uns, le calorique est dégagé dans un seul lieu , d’où l'est ensuite conduit, comme par des tuyaux de chaleur, dans toutes les parties du corps. Selon d’autres, toute partie du corps dégage son calorique et a sa température spéciale. … La première Opinion a beaucoup de variantes : chaque fonction principale, chaque organe important, ont été toureLour indiqnés comme les foyers de la chaleur : le cœur, le poumon , le cerveau , etc.
#uo Nous trouvons d’abord là théorie des Anciens, qui Maçaient le siége de la chaleur dans le cœur; le sang s’en hargeait dans ce viscère, et allaitensuite la disséminer dans outes les parties. Hippocrate, par exemple, disait qu’une haleur innée, calidum innatum, était primitivement rasemblée dans le ventricule droit du cœur ; que les orcillettes aient des soufflets qui conduisaient l’air sur ce viscère our en alimenter le foyer; et qu'ensuite le sang y puisait e calorique pour aller le répandre en toutes les parties. ralien admettait de même une semblable chaleur ; allumée ans le cœur par ee qu’il appelait, dans sa mauvaise physioogie, l’esprit implanté; entretenue par l’humide radical, est-à-dire le sang ; el ranimée par l’air de la respiralion. in croyait qu’il y avait au-dedans de nous un foyer emrasé ; la fumée de ce feu s'échappait par la trachée-irtère. à respiration servait à rafraîchir le sang; la plus grande artie de ja chaleur innée sortait avec l’air expiré; la plus étite partié seulement allait au ventricule gauche et de là toutes les parties. | Mais, que d’objections contre ce premier système ! Je cœur evrait être plus chaud qu'aucune autre parue du corps ; “devrait même être calciné , si en fui se dégageait tout le lorique que suppose la température du corps humain. Le ing devrait êtré plus chaud au-delà du ventriculé droit, ans l’artère pulmonaire, par exemple; ét nous verrons ue c’est le contraire qui a Jieu. Dans la théorie, on dit n’une partie de la chaleur innée siégeant dans le cœur , ét
rejetée avec l'air expiré, et qu’ainsi la respiration sert à rafraîchir lesang : mais alors pourquoi faire produire à grands: frais de la chaleur dans le cœur, pour la dissiper ensuite! Pourquoi, si la respiration rafraîchit le sang, ce fluide est-il plus chaud au sortir du poumon qu'avant d’y entrer ? La! teripérature dans les animaux, au lieu d’être en raison de: l'étendue de leur respiration, devrait être d’autant moine] dre que la: respiration serait plus ample. D'ailleurs, pour-: quoi Île sang se chargerait-il plus de la chaleur du cœur que Lloutes Îles parties solides environnantes ? Celles-ci ne! sont-elles pas de meilleures conductrices de ce principe ?.et| à ce titre ne devraicnt-elles pes être plus chaudes, et même ca/cinées ? Dans.cette théorie , comment expliquer les aug mentalions et diminutions locales de chaleur, pendant que! Ja température reste la même dans les autres lieux du Corps; par exemple , Ja chaleur extrême que développe une partie | enflammée? Enfin, toute cette théorie repose sur un fonde-: ment hypothétique , lexistence d’un foyer de chaleur! innée dans lecœur.: quia vu ce foyer ? qu'est-ce qui l’entreent , le produit ? Cette théorie est abandonnée aujourd'hui.
Il en est de même de plusieurs systèmes plus modernes : qui s’y rappôértent, comme celui de Descartes, ‘qui atiribuait la chaleur à une ébullition du sang dans le cœur; ce:! lui de an-Helmont et de Sylvius Del-Boë, qui la faisait dépendre d’une effervescence du sang dans cet organe; celui. de Vieussens, qui en accusait une fermentation de ce fluide, etc. Ces théories ne différent en effet de la premièré. qu'en ce qu'au lieu d'admettre dans le cœur un foyer inné de chaleur, elles supposent un dégagement de calorique. dans cet organe, d’après les idées physiques et chimiques dun temps. Mais, encore une fois, il est sûr qu'il ne se dégagé. pas dans le cœur, plus de calorique qu'ailleurs.
20 Vient ensuite l'hypothèse des chimistes modernes{s
nr:
œui placent le siége de la chaleur animale dans le poumon Elle a varié autant que leur théorie de la respiration. D:
Sans remonter à Mayow, qui le premier l’a émise, voici comment Lavoisier clSéguin la présentèrent d’abord. L’oxy=
gène de l'air inspiré se combine avec le carbone et l’hydrom
T at à
| APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 411 gène du sang veineux, et en eflectue Ja combustion; étant dès lors solidifié, il dégage du calorique; et celui-ci, absorbé par le sang, va se répandre dans tout le corps. Les arguments sur lesqueis on appuyait ce système , étaient : 19 l'assimilation que l’on avait faite de la respiration à une combustion, et comme cette dernière dégage évidemment du. calorique, il devait en être de même de la première ; 20 le fait que le sang artériel est un peu plus chaud que le sang veineux; 30 des expériences de Lavoisier et de M. Deaplace, qui, plaçant dans le calorimètre des animaux, et comparant la quantité de glace que ces animaux fondent, et par conséquent la quantité de chaleur qu'ils dégagent, avec la quantité d’acide carbonique qu’ils produisent dans un même temps, voient que la quantité de calorique qui résulterait de Ja quantité d’acide carbonique qui a été formée, est justement celle qu'ont dégagée ces animaux; 40 des expériences de Brodie, Thillaye, Legallois, qui prouvent que, lorsque sur des animaux on gêne Ja respiration ,on voit dans la même proportion baisser leur température; 50 enfin, sétte observation de physiologie comparée , que dans la série les animaux, l'élévation de la température est en raison de
Pétendue de la respiration. Il est certain, en effet, que les poissons , qui ne respirent que de l’eau, et qui même, s’il laut en croire les dernières remarques de M. de Blainville, n'ont qu’une circulation simple, sont des animaux à sang roid ; qu'il en est de même des reptiles, bien que plusieurs "espirent l'air, mais parce qu’ilsont une circulation simple ; qu'au contraire, les mammifères, qui ont une circulation louble, et qui respirent l’air, sont des animaux à sang chaud; + qu’enfin les oiseaux, dont l’organe respiratoire n’est pas borné au thorax, mais s'étend dans l’abdomen, et selon quelques-uns dans les os, et qui, à ce titre, ont la resDiauon la plus étendue, sont aussi de tous les animaux ceux jui ont la température la plus haute. Ce rapport de la respiation et de la calorification dans la généralité des animaux e retrouve pour chacun dans la série des âges : pendant la ie fœtale, où la respiration manque, les mammifères sont Ous à sang froid; plusieurs le sont encore dans les premiers
jours de leur naissance; et ce n’est que dans la même pro: portion que leur respiration prend de l’étendue, que la température de leur corps devient plus forte. Dans cette théorie, du reste, on admet une opinion inverse de celle: d’Hippocrate et des Anciens; au lieu de rafraîchir le sang, Ja respiration est l’action qui dégage le calorique. | Sans doute, il est de nombreux rapports entre la respira= tion et la chaleur animale ; et à tous ceux que nous venons! d'indiquer, on peut en ajouter d’autres encore qu’a signalés! M. Edwards, et qui prouvent que la respiration est, dans! les änimaux supérieurs et dans l’homme, liée à la calori-! fication plus que toute autre fonction. Ainsi, les animaux] supportent d'autant moins la privation d'air, qu’ils ontl une température plus élevée; les effets de l’asphyxie sont] bien plus lents chez lés animaux à sang froid que chez ceux] à sang chaud , et chez les jeunes animiaux que chez les adul-: tes, Ainsi, les animaux consomment dans leur respiration | d'autant plus d'oxygène, qu’ils sont plus à sang chaud, ét qu'ils approchent davantage de l’âge adulte. Enfin, M. £d-. wards a reconnu , qu’en même tem ps que les saisons modi- : fient la calorification , elles modifient aussi la respiration; | et que si dans l'été on produit moins de chaleur, tandis qu'en hiver on en produit davantage, dans la première dé ces saisons la respiration consomme moins d'oxygène que! dans la seconde. Mais, malgré ces nombreux rapports, il est | impossible d'admettre l’hypothèse des chimistes sur la calo= rificalion. 1° Cette hypothèse repose sur la théorie chimique de la respiration; et nous avons réfuté cette théorie. La respiration, n'ést pas une combustion. l'oxygène sais! doute sert à cétte fonction, mais rien ne prouve qu'il y soit décomposé; et surtout on est sûr qu’il ne concourt pas à former les matières excrémentitielles qui sont réjetées dans Ja fonction. En un mot, la théorie chimique de la calorifi=. cation reposant sur la solidification de l'oxygène, et cette so lidification étant un fait plus que douteux, il s'ensuit que | cette théorie pèche par sa base, Jamais, en agitant avec de | l'oxygène une quantité de sang égale à celle que contient le corps humain, on ne produira toute la chaleur que mani-
feste ce dernier. 2° Les deux degrés de chaleur que manifeste de plus le sang artériel sont bien peu de chose pour la tem-
pérature du corps humain. 30 M. Dulong répétant les expé-
riences de Lavoisier et de Laplace , tendantes à comparer les
quantités de calorique dégagées par les animaux dans le ca- Jlorimètre, avec celles qui résulteraient de l’acide carbonique formé pendant le même temps dans leur respiration, n’est
point arrivé à un résultat aussi heureux ; il a toujours trouvé
la quantité de calorique dégagée par les animaux, supérieure à celle qui résulterait de la quantité d’acide carbonique for-
mée ; et cependant ses expériences ont eu, sur celles de Zavorsier, le double avantage d’être faites avec un appareil plus
ingénieux, et d’être pratiquées sur un même animal. 40 L’affaiblissementqu'amènent dansla chaleur animaleles troubles
de la respiration, prouve bien un lien entre ces deux fonctions, mais non que celle-ci soit la source de celle-là : on
peut expliquer cet affaiblissement, en remarquant que c’est la
respiration qui fait le sang artériel, que c’est de ce sang ar-
tériel que provient le calorique dégagé, ou que ce fluide
au moins est le stimulus obligé de l’action de la calorifica-
tion. D’ailleurs, cet affaiblissement n’est pas un phénomène
constant; les asphyxiés devraient être très promptement
froids, et, au contraire, leurs cadavres conservent long-
temps la chaleur de la vie; dans les maladies du poumon,
loin que la chaleur soit diminuée , elle est souvent augmentée; dans ce qu’on appelle la maladie bleue, on devrait
n'avoir que la température des reptiles, et cela n’est pas. 50 Les mêmes réflexions s'appliquent aux nombreux rap-
ports qui se montrent entre Ja respiration et la calorification , tant dans les divers animaux que dans les divers âges.
60 Nous prouverons ci-après que la chaleur animale est dé-
pendante d’une influence nerveuse ; qu’elle s'éteint en des cas où les centres nerveux sont lésés, bien que la respiration
soit artificiellement entretenue; que mème alors elle s’é-
teint plus vite que si on n’entretenait pas cette fonction,
de sorte qu’alors la respiration a réellement consumé du
calorique, au lieu d’en produire. 70 Dans la théorie que
nous combattons, une partie du calorique produit servirait,
d’abord à échaufler l’air inspiré, puis à gazéifier l’acide car bonique et à vaporiser l’eau résultant de la combustion dut carbone et de l'hydrogène du sang, au moins à porter à lal température animale la transpiration pulmonaire. Or on! a calculé qu’il resterait trop peu de ce fluide, pour l’entretien de la température ; généralement les procédés dela! nature sont mieux combinés, et leurs résultats obtenus avec! moius de perte. 8 Le poumon étant, dans l'hypothèse, lel foyer du dégagement du calorique, quels seraient les con! ducteurs qui se chargeraient de ce calorique pour le dissé-| miner dans toutes les parties ? Dira-t-on que c’est le sang! artériel? mais il n’est que de deux degrés plus chaud que le: sang veineux, et cela certainement n’est pas suffisant. Pourquoi d’ailleurs les autres parties environnantes ne se char geraient-elles pas de même de la propagation de ce fluide?! cependant elles ne sont pas plus chaudes que le reste du corps. Avec ce foyer local de chaleur, comment expliquer les inégalités de température qui s’observent si souvent dans les
diverses parties du corps humain, surtout dansles maladies?
9° Entiv, le poumon devrait être, non-seulement plus chaud
que loute autre partie du corps, mais même calciné.
Les chimistes, à la vérité, ont cherché à prévenir cetLe dernière objection. Les uns ont dit que si le poumon n’é* tait pas brûlé, c’est que le calorique dégagé était employé à vaporiser l’eau, et à gazéifier l’acide carbonique. Mais la matière de la transpiration cutanée n'est-elle pas vaporisée et gazéifiée, sans le secours de ce calorique aruficiel? Il est: de fait, en outre, que lacide carbonique, se condense sans! dégager de calorique ; il doit donc se gazéifier sans en absor-* ber. Enfin , si après la vaporisation de la transpiration pul-! monaire , ce qui reste du calorique dégagé par la respiration | ne Suflt pas, sinon pour caleiner le poumon, au moins pour. le rendre un pea plus chaud , à coup sûr ce reste ne pourra suflre pour entretenir la température du corps humain. Les. autres ont transporté Le siége de la combustion au-delà du” poumon, dans le cours de la circulation. Mais nous avons” prouvé dans le temps que l’hématose était effectuée exclusi=" vement dans le poumon, et que le sang artériel restait iden-
APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 415 tique dans tout son cours. Craw/ord a établi, que le sang artériel a plus de capacité pour le calorique, que le sang veineux ; que dès lors, au moment où ce sang est fait dans la respiration , il s'empare du calorique qui a été dégagé lors de l'accomplissement de la fonction; et qu'il ne le cède en- Suite qu’à mesure que, dans les divers organes, il cesse d’être sang arlériel et devient sang veineux. Mais d’abord Davy nie que le sang artérie! ait plus de capacité pour le calorique , que le sang veineux. En second lieu, la différence indiquée est peu de chose, comme 11, 5 à 10. En troisième lieu, Crawford n’a pas tenu compte de la différence de capacité de lairatmosphérique , et de celle d’une vapeuraqueuse, comme l’est la transpiration pulmonaire; celle-ei est quarante-sept fois plus grande, et par conséquent absorberait et au-delà tout le calorique dégagé. Legallois, partant des données mêmes de Crawford, a fait voir par lecalcul, que si le calorique dégagé par la respiration était absorbé aussitôt, il ne pourrait pas même constituer le sang artériel, et que le poumon, au lieu de courir le risque d’être calciné, serait menacé d’être congelé. Enfin , la théorie de Crawford west plus celle que nous combations; le calorique, en effit, y est dit ètre dégagé de toutes les parties à la fois ; le poumon n'est plus le foyer ou se dégage ce calorique , mais seulement une des voies par lesquelles il est puisé au dehors.
C'est, en effet, de cette manière seulement, que la re- Spiration sert à la chaleur animale, et, à cause de cela, qu'elle est dans de certains rapports avec elle : elle est une des voies par lesquelles le calorique est puisé au dehors. Il faut bien, en eflet, que ce calorique provienne du dehors; il est trop subuil, pour qu'on ne le considère pas comme un élément ; il répugnerait certainement à notre esprit de croire qu il se forme de toutes pièces dans l'économie. Dès lors il ne peut pénétrer que par celles de nos fonctions ui conslituent des ingestions, la digestion, la respiralion, par exemple ; et celle-ci doit surtout remplir cet office, puisque l’aliment qu'elle saisit est un gaz, c’est-à-dire un corps qui contient beaucoup de calorique.
50 Enfin, M. Brodie à Londres, et M. Chossai à Genève,
ont cru pouvoir dériver la chaleur animale des centres ner: veux , el cela d’après les expériences suivantes. M. Brodië coupe la tête à un chien, après avoir pris la précaution dé lier les vaisseaux du col, afin de prévenir toute hémorrhagie; et, pratiquant l’insufflation pulmonaire, il voit la tem pérature de l’animal baisser graduellement, et cet abaïissement amener la mort. Comme Ja circulation a continué de $e faire, ainsi que le montrent les battements du cœur et du pouls; au’ilen a été de même de la respiration et de l’hé: matose artérielle, puisque l’insufflation pulmonaire était pratiquée, et que c'était du sang artériel qui se montrait dans lés artères , 1 conclut d’abord que ce ne sont pas ces fonctions quientreliennent la chaleur, puisqu'alors la température de l'animal n’aurait pas dû baisser. Cette conclusion lui parüût d'autant plus juste, qu’il n’observait aucun rapport entre le décroissement de la chaleur et l’état du pouls et des respivations ; la chaleur baïssait à partir du commencement de l’expérience, tandis que le pouls ne commençait à s’altérer qu’aprés 55 minutes. Mais il y a plus : faisant comparativement la même expérience sur deux autres chiens, et abandonnant l’un sans lui pratiquer l’insuflation pulmonaire, pour qu'il n’y ait pas de respiration , et ne la pratiquant chez l’autre qu'après avoir lié la base du cœur pour arrêter toute circulation, il voit l’abaissement de la température être moins prompt chez ce dernier, qui est saus circulation, et être encore plus tardif chez le preniier qui n’a ni circulas= tion ni respiration ; et dès lors il conclut : 10 que ces deux fonctions, circulation et respiration, non-seulement n'en= tretiennent pas la chaleur, mais même la dissipent; 20 que; puisque la chaleur a diminué par le fait seul de la lésion des-centres nerveux, c’est à l’action de ces centres et surtout à celle de l’encéphale, qu’est dû son dégagement.
M. Chossat, d’après des expériences du même genre, veut préciser davantage quelle partie nerveuse préside au dégagement du calorique. 10 À l’aide d’une ouverture faite au crâne d’un animal, ce physiologiste coupe le cerveau au* devant du pont de Varole, de manière à ce que la huitième paire de nerfs étant intacte, et la respiration se continuant
APPAREIL DE LA CALORIMICATION. 417 naturellement, on n’ait pas besoin de recourir à l’insufilation pulmonaire. Dans cet animal ainsi mutilc la respiration et la circulation continuent; l’expérimentateur s'assure que c’est du sang artériel qui circule dans les artères ; et cependant la température de l’animal baisse graduellement ; de 40 degrés qu’elle étaitau commencement de l'expérience, elle tombe à 24 degrés en douze beures, époque à laquelle l'animal meurt. 1l paraît donc évident à M. Chossat, qu’à compter du moment de la section du cerveau , I ne s’est plus dégagé de chaleur, et que le corps s’est refroidi graduellement, comme il l’eût fait aprés la mort. Bien plus, le temps où le refroidissement s’est fait le plus rapidement, est celui où la circulation était la plus active, c’est-à-dire le commencement de l'expérience. Si, au lieu d’expérimen- Ler de celte manière, M. Chossat paralysait l’action céré- brale par une forte eommotion, ou en injectant une forte décoction d’opium par la veine jugulaire, et sil remplaçait alors la respiration par l’insufllation pulmonaire, les résultats étaient absolument les mêmes. Il conclut donc que le cerveau influe prochainement sur la production de la chaleur. Il s'agissait dès lors de savoir par quel intermédiaire, si c'était par la huitième paire, ou par la moelle spinale. 20 Il coupe les nerfs vagues à un chien ; et, adaptant un tube à la trachée-artère pour que la respiration se continue, il voit néanmoins la température de l’animal baisser graduellement, et n’être plus, après soixante heures, époque à laquelle l’animal meurt, qu'à 20 degrés. L'animal n’était .pas mort d’asphyxie, car ses poumons étaient crépitants, sans aucune trace d'infiltration, et en partie pleins de sang artériel. Selon M. Chossai, ilest mort de froid, ce quifaitune nouvelle cause de mort à a'outer à toutes celles qu'ont accu- sées les nombreux expérimentateurs qui ont fait la section ou la ligature de la huitième paire de nerfs. Cependant, comme dans cette expérience, l’abaissement moyen a éte moindre que dans les précédentes, M. Chossat pense qu'il s’est dégagé encore un peu de chaleur après la section de la huitième paire, tandis qu'il ne s’en était plus dégagé du tout après la lésion directe du cerveau. 3 fl coupe la moelle > Tome Ill.
spinalesous l? occiput, et bien qu'il pratique l’insufllation pulmonaire, il voit aussi la température de Panimal tomber graduellement, et la mort arriver après dix heures lorsque la température est baissée à 26 degrés. Comme la mort arrive dans cette expérience, bien plus promptementquedans la pré: cédeute , il conclut que c’est plus par la moelle spinale qué par la huitième paire, que s’exerce l’influence du cerveau sur la production de la chaleur. 40 Enfin, eomme lorsque la moelle spinale est coupée entre chacune des douze vertè= bresdorsales, l’abaissement se montre d'autant moins rapide, que l'opération est faite plus bas; comme même il paraît nul pour les dernières, M. Chossat pense que ce n’est point par elle-même, mais par le trisplanchnique qu’agit la moelle: Pour s’en assurer, il ouvre l’abdomen à un animal, à gauche, au-dessous de la douzième côte, et extirpe la capsule surrénale de ce côté. Dans cette opération , le trispianchnique est coupé au lieu où ce nerf se jette dans le plexus semi-lunaire. Or, dans cette expérience, l’animal perd graduellement sa chaleur, et meurt après dix heures, dans le même degré de refr ane que lorsque l’on avait coupé ja moelle spinale sous l'occipute Cependant, comme ici il n’y avait eu de coupé qu’un des nerfs trisplanchniques, pour équivaloir à à la section des deux, M. Chossat fait cette autre expérience : par une incCision faite dans le derniér espace intercostal , tout près du rachis, il va lier l’aorte audessous du lieu où elle traverse l’arcade du diaphragme, et un tube est inséré dans la trachée-artère pour prévenir l’asphyxie : l’animal per& encore plus rapidement sa chaleur, et meurt aprés cinq heures. Dans tous ces cas, l’animal est, selon M. Chossat, mort de froid ; l’action à laquelle il doit de renouveler le calorique que lui .soutire continuellement l’élément ambiant, a été rendue impossible. Pour avoir un terme de comparaison , il avait fait mourir de froid des animaux par une immersion prolongée dans l’eau froide, ets il avait vu de même leur température baisser jusqu’au degré qui est incompatible avec la vie, et qu’il dit être le 26° pour les animaux à sang chaud. Appelant l’attention sur les cas naturels de mort par congélation, 1l dit qu’évidemment le.
ea APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 419 froid tue par l'épuisement des forces nerveuses, comme l’indique l’accroissement progressif de la stupeur et de la débilité des principales fonctions de l’économie: Enfin, tuant tout à coup un animal, et étudiant la marche de son refroidissement après la mort, il a vu qu'elle était tout-à-fait la même que dans les cas où il avait lésé directement le cerveau, ou coupé sous l’occiput la moelle spinale; ce qui l’a confivmé dans la pensée que dès lors il ne s’était plus dégagé de chaleur. | Ces travaux, sans doute, sont utiles, comme prouvant que la chaleur tient à une action vitale, et n’a pas sa base unique dans la respiration et Ja circulation, comme montrant surtout que la chaleur est dépendante d’une influence nerveuse. Il aurait suffi, pour l’assurer , de remarquer que da chaleur est toujours aflaiblie dans un membre paralytique , qu’elle est modifiée par les affections de l’aine. Mais pour cela le système nerveux en est-il l'appareil spécial ? et le trisplanchnique en est-il, comme le veut M. Chossat , le foyer unique? Alors ce nerf en serait l’organe sécréteur. Mais ce serait toujours du sang que ce nerf là retirerail; eten reçoit-1l assez pour cet office? pourquoi ce nerf ne serait-il pas brûlé ? comment expliquer, dans cette hypothèse, les diversités de température des diverses parties du corps, leséchauffements et refroidissements partiels ? Toutes ces expériences prouvent bieu que, dans les animaux supérieurs, les nerfs agissent et sont nécessaires pour vivifier les organes calorificateurs; mais elles ne prouvent pas qu'ils le sont eux-mêmes. Dans ces animaux supérieurs, trois fonctions sont indispensables à la vie, et rendent tous les organes tributaires de leur intégrité, la circulation, la respiration et l’innervation. On à donc pu rattacher plusou moins à ces fonctions tous lesautres actes de la vie, jusqu’à ce qu’on ait pu reconnaître que leur influence sur eux n’était qu’indirecte, On l’a fait surtout pour la calorification qui, quoique fonction dernière, leur est, en eflet, plus soumise qu'aucune autre, surlout à l’innervation. Mais il aurait sufh, pour éviter cette faute, de réfléchir que cette puissance de calorification est commune à tous les êtres vivants, el que tous cependant n’ont pas de
respiration, de circulation, ni.de système nerveux : la seule chose vraie, c’est que dans 1 animaux supérieurs auxquels ces appareils sont surajoutés, ces appareils se subordonnent tous les actes de la vie, et leur sont plus ou moins nécessaires!
Terminons ces discussions en disant que nous ne recon: naissons pas de foyer locai de calorification , mais que nous admetlons que toute parte du corps Rete elle-même la quantité de calorique de laquelle don sa température. C’est là la seconde théorie professée sur fa chaleur animale:
Ici nous trouvons deux nouvelles hypothèses :
19 Le calorique est dégagé dans tout le cours de la circulation par des causes SÉGTANITE ou chimiques, qui ont varié selon l’idée que l’on s’est faite de la génération de la chaleur dansla nature générale. Les diverses causes qui amènent le dégagement du calorique dans la nature universelle, ont, en effet, tour-à-tour étéinvoquées pour expliquer la production dela chaleur dans le corps vivant. Ainsi, les médecins physiciens du dernier siècle en accusaient la matière subule des cartésiens, mise en mouvement par les actes de la vie. Sylvius Delboë et V’an-Helmont disaient que la chaleur était un produit deseffervescences du sang et des humeurs. ’ieussens et PringleV’attribuèrent,lepremier à unefermentation du sang,
le second à une puiréfaction de ce liquide. Borelli disait que
le mouvement du cœur et des artères dégageait du sang un esprit, une matière ignée qui produit la chaleur. Yoffmann en assignait, comme cause, une agitation des parties sulfu-
reuses du sang. On voit ici une application de toutes les
mauvaises théories physiques et chimiques du temps. Parmi ces vains systèmes, il faut cependant distinguer celui des
mécaniciens, de Boërhaave et de Douglass : la chaleur est
un produit des frottements du sang contre les parois des
vaisseaux, et des heurtements des globules de ce liquide les
uns contre les autres. On donnait pour preuves, que la cha= leur animale paraît être en raison directe de la vitesse de la circulation du sang, de la circonférence des vaisseaux, dé j’étendue de jeur surface. Ainsi s’expliquait pourquoi la chaleur des parties décroît en raison de leur éloignement du cœur ; et si la respiration produit une chaleur si énorme,
c’est que, disait-on, dans le poumon la circulation est
quarante-trois fois plus rapide.
Mais , indépendamment de toutes les objections qu’on peut faire à ces hypothèses surannées sur la formation de la
chaleur, objections que nous tairons exprès, il est sûr que,
pendant que le sang circule dans les gros vaisseaux, il n’éprouve aucun de ces changements chimiques auxquels on veut attribuer Île arc du calorique ; et, quant à la théorie toute physique des mécaniciens et de Boërhaave , on peut répondre que, physiquement, jamais les eut:
des liquides ne produisent de chaleur sensible, et que bien
souvent la chaleur n’est pas en rapport avec la circulation. En vain Fabre, pour échapper à la première difficulté, a
voulu faire dériver la chaleur des frottements qui ont lieu
entre les molécules mêmes des solides vivants ; comme ces
solides sont toujours baignés d’un liquide, ils ne pourraient pas davantage s Dates physiquement. On ne peut aussi admettre l’idée de Douglass, qui avait transporté la théorie mécanique des frottements des gros vaisseaux dans le système capillaire cutané, et qui faisait dériver la chaleur de la con-
densation et du relàchement alternatifs de ces capillaires
cutanés sous l'influence de la température atmosphérique. 20 Dans une seconde hypothèse, on admet que le calori-
que est dégagé, dans le parenchyme de toute partie, par
une action spéciale de ce parenchyme, sous une influence nerveuse, sous la présence du sang artériel, soit que celuici en fournisse les matériaux, soit qu’il agisse seulement
comme timulas: Oh admet qu'il est exhalé dans ces paren-
chymes. Avec celte opinion, qui est celle qui aujourd’hui
est la plus généralement adoptée, s’expliquentaisément, et la
diversité de chaleur des différentes parties du corps, et les
modifications que peut présenter localement la température, c’est-à-dire les échauilements et refroidissements partiels. Avec elle se conçoit la dépendance où est la chaleur d’une influence nerveuse; et, comme alors, chaque partie dégage dans son parenchyme son calorique propre , de même qu’il avait effectué sa nutrition, on doit dire les calorifications,
comme on dit les nutritions.
Cette opinion adoptée, l’appareil de la calorification est le parenchyme nutritif des organes ; et comme sa structure a été indiquée à la fonction précédente , nous pouvons passer aussitôt à l'étude physiologique de son action.