TOME III
402 FONCTION DE La CALURIFICATION.
D'un côté, ces corps ont une température qui dépasse à peine celle du milieu ambiant. D’un autre côté, ils sont trop petits pour qu’on puisse placer dans leur intérieur le thermomètre destiné à faire apprécier leur température ; et cela est pourtant nécessaire,car l'extérieur de cescorps esttoujours un peu soumis au froid ou au chaudambiants, comme nous le dirons. Mais on ne peut néanmoins contester la réalité de notre assertion. Ces corps en effet onL une vie intérieure, et partout.où il y a vie, il y a développement de chaleur. Un fruit congelé ne parcourt plus les diverses phases de sa maturité. Un œuf gelé, quoique fécondé, ne se développe plus: Il en est de même d’une graine gelée. Sur une même chézminée, de l’eau dans laquelle vit un oignon de jacinthe résiste à la gelée qui saisit de l’eau ordinaire : dans ce derniën cas, n'est-ce pas le calorique dégagé par le corps vivant qui a empêché l’eau de se prendre en glace? 20 [assertion est vraie aussi des végétaux : un thermomètre placé dans leun intérieur accuse une température qui, en hiver comme en été, est toujours d’une même quantité comparativement à celle du milieu ambiant, et qui jusqu’à un certain point s’est conservée la même quand on les a exposés, comme l’a: fait Hunter, à des froids ou à des chauds artificiels. 11 faut encore dans ces expériences placer le thermomètre dans l’intérieur, la surface étant toujours, comme nous l’ayons dit, acces: sible un peu au froid et au chaud du milieu ambiant. 30 Elle est pl us évidemment vraie encore des animaux, sut: tout des animaux à sang chaud, ainsi nommés parce qu ils ont une température supérieure de plusieurs degrés à celle du milieu extérieur ; leur température reste ve même en toutes saisons, en tous climats, et quels que soient lés chauds et les froids artificiels auxquels on les soumet. Hunter a prouvé ce dernier fait par de nombreuses expériences: 4° Enfin, elle est vraie aussi de l’homme, dont il s’agit sut Lout ici : cet être a sa tempér ature propre, qui est de 29 degrés un tiers (therm. de Deluc}), et de 36 degrés deux tiers! (therm. centig. ); et sa chaleur reste la même dans oué $
| FONCTION DE LA CALORIFICATION. 403 Des expériences et des observations nombreuses ont mis hors de doute ce dernier fait. Au Sénégal, on observe fréquemment une chaleur de 38 degrés à l'ombre: et Adanson Tapporte que sur les bords du Niger, la température s’6lève communément de 40 à 45 degrés : or, l’homme conserve dans ces climats sa lempérature propre. Dans des expériences, l’hommea résisté à des chaleurs plus considérables : Tillet et Duhamel ont vu une fille rester dix minutes dans un four chaud à 119 degrés, sans que sa température propre fût augmentée; Fordyce, Banks, Blagden et Solander, en Angleterre, Delaroque et Berger à Paris, dans d’exactes expériences, se sont soumis successivement à des chaleurs D 51; 50, 42, 49, 73, 79 degrés, et ont vu également eur température rester [a mème. On ne peut produire par rt le froid extrême aussi facilement que le chaud; et pour rouver que l’homme ne parlage pas non plus la tempéra-. ure d’un milieu plus froid que lui, il a fallu ée contenter le l'observation des climats et des saisons : mais elle à suffi, Jans les climats byperboréens, le thermomètre pendant six os. d'hiver marque de 25 à 30 degrés au-dessous de zéro. On vu en Sibérie l’homme éprouver des froids de 79 degrés. D'autre part, la température desêtres vivants et de l’homme st en raison de leur vie, et se modifie comme elle, Ajinsi : > de même que la vie est plus ou moins énergique dans les férents êtres Vivants, de même chaque être vivant à sa temrature propre. En général, la température. dans un être vant est d’autant plus élevée, que la vie dans cét être est us énergique : peu élevée encore dans les parties des corps vants qui ne jouissent que d’une vie lätente, comme les afs , les graines, les fruits, elle l’est déjà davantage dans S Végétaux, surtout dans ceux d’une Organisation compliée; et elle l’est plus encore dans les animaux, et S pécianent dans les animaux supérieurs. Sous ce rapport, les imaux sont partagés en animaux à sang froid, dont la npérature esL égale ou de bien Peu Supérieure à celle du lieu ambiant, et animaux à sang chaud, dont la tempéure est au contraire de beaucoup Supérieure à celle du lieu extérieur. Les uns et les autres diflèrent encore entre
404 FONCTION DE LA CALORIFICATION:eux :et par exemple, parmi les animaux à sang chaud, les! oiseaux sont généralement ceux qui ont la température la plus élevée, et parmi les quadrupèdes quelques-uns l’em-. portent sur l’homme : nous avons dit que la température. de celui-ci était de 29 degrés un tiers, therm. de Deluci ou 36 degrés deux tiers, therm. centig. 20 Dans les individus d’une même espèce, s’il y a toujours des différences dans l’état vital, toujours aussi il y en a quelques-unes dans leur tempéralure, respective. Ce n’est en effet que d’une manière générale qu’on a dit que la température de l’homme était de 29 degrés; il y a toujours à cet égard quelques difs, férences, selon le sexe, le tempérament, l’idiosyncrasie, ete; Il est vrai qu’on n’a recueilli encore que peu de faits sur! cet objet: mais ils sont confirmatifs de ce que la théorie annonce. MM. Edwards et Gentil ont vu une jeune demoï: selle présenter un demi-degré de moins que deux jeunes garcons de même âge; un homme bilieux leur a présenté un, degré de plus qu’un homme sanguin du même âge. Le premier de ces expérimentateurs ayant recherché à Bicêtre la: température propre de vingt sexagénaires, de trente-sept sepiuagénaires, de quinze octogénaires, el de cinq centenaires, à VU que, dans chacun de ces individus, la températuredifférait un peu. 3° Sidans un mêmeindividu, l’état vital varie, selon l’âge, la santé, la maladie, le degré de: force ou de faiblesse, dans ce même individu aussi, la; température varie dans ces diverses circonstances, comme! selon l’état de vie et de mort. J. Davy a trouvé que la tem
pérature d’un agneau était supérieure d’un degré à celle de, sa mère ; sur cinq enfants qui venaient de naître, il a vu la température être aussisupérieure d’un demi-degré à celle des mères, et cette température augmenter encore d’un demidegré dans les douze heures qui suivirent la naissance. Au contraire, M. Edwards a trouvé que dans les animaux à sang chaud , la faculté de produire de la chaleur était d’autant moindre, qu’ils étaient plus rapprochés de l’époque. de leur naissance ; et que même plusieurs en naissant, étant, encore animaux à sang froid , et tombaient, aussitôt qu'ils élaient séparés de leur mère, à une température qui ne sure
passait que de 1 à 2 degrés celle du milieu ambiant. Selon €e savant, la faculté de produire de la chaleur est à son minimüm à la naissance, et s’accroît successivement jusqu’à lPâge adulte. Fxpérimentant sur des enfants de un à deux jours à l'Hôpital des Enfants, et sur des vieillards de Solxante à cent ans à Bicêtre, il a vu la température être de34à35 pour les enfants, thérm. centig. , de 35 à 36 chez les sexagénaires, de 34 à 35 chez les oclogénaires, et en gé- néral varier selon les âges. Qui n’avait remarqué du reste Je contraste entre la chaleur du jeune homme et l’état glacé du vieillard ? Cependant il faut observer que ceci tient moins à une différence essentielle dans la température propre , que dans les efforts organiques destinés à la maintenir. Il y a de même des différences selon l’état de force ou de faiblesse, l’état de santé ou de maladie : Dehaen dit que la témpérature de la peau s'élève d'environ 2 degrés pendant Ja chaleur fébrile, et baisse d'autant pendant la période du froid. Sans doute, les faits relatifs à ce point de doctrine sont peu nombreux encore, mais la théorie doit les faire supposer. MM. Edwards et Gentii disent même avoir observé dans la température des variations diurnes, selon que c'était l’exercice de telle fonction qui succédait à celui de telle autre, la digestion, par exemple, au travail intelléctuel ; et ces variations ont souvent été de 2 à3 degrés du ma- Lin au soir. 40 Enfin, de même que dans un même individu . les organes ont chacun leur vitalité diflérente, de même aussi chacun a sa température propre : c’est ce que nous prouverons lorsque nous serons arrivés au détail de la fonction. Ainsi donc, puisque l’homme a une température individuelle autre que celle du milieu ambiant, et qui en est indépendante ; puisque cette température ne se modifie, comme dans les autres espèces vivantes, qu’en raison de son état vital, il est certain que le dégagement de calorique, duquel dépend sa température, ne tient pas à la loi physique de équilibre du calorique, mais à son activité spéciale. Cependant cette force générale d'équilibre du calorique n’est, somme toutes les autres forces physiques et chimiques géné rales, contre-balancée dans le corps humain que jusqu’à un
certain point. D'un côté, bien que ce soit le COEPS vivant ; qui, par son activité, Are le calorique qui produit sa. température ; bien que ce Aa agement ne soit pas en raison
de la température de l'été ambiant, comme celui- -ci |
touche LHHJOHTS le GOEps humain, la force expansive tend |
toujours as "exercer, et s'exerce en effet. Si l'élément ambiant
est plus froid que le corps bumair, il lui soutire du calo=
rique et tend à le faire tomber à son niveau; s’il est plus
chaud, il lui en fournit au contraire, et tend à élever sa
température; et qhoiques maloré ces influences, le corps |
humain se maintienne à sa température propre, nl en a dû résulter nécessairement des variations dans les actions quels
les qu elles soient, qui produisent la chaleur animale. C’ est |
un point de vue sous lequel la chaleur animale est dépen: dante de celle de l'extérieur. Sous ce rapport, le corps vivant est dans une lutte continuelle avec l'élément ambiant, comme cela est du reste pour toutes les autres forces géné= rales, gravitation , affinités. D’un autre côté, à un certain degré, cette:loi générale d’ équilibre du ere ique arrive à du dans le corps vivant, mais en y éteignant préalablement la vie : on sait qu’à un certain degré de froid ou de chaud , la mort arrive. Il en est encore ainsi des autres forces physiques et chimiques générales.
Toutefois, on appelle calorification ou calorisation l’action vitale, quelle qu’elle soit, qui fait produire au corps
humain la quantité de calorique libre qui détermine sa tem-! pérature. Suivant notre ordre accoutumé, il faut d’abord |
rechercher quel est l’ appareil qui accomplit cette fonction»