LA
146 TONCTION DES ABSORPTIONS.
aux veines sous-clavières les fluides des deux absorptions précédentes , c’est-à-dire le chyle et la lymphe; et dès lors il les entraîne avec lui.
Il s'agirait aussi de dire quelles causes font circuler ce fluide dans la direction que nous venons d'indiquer ; de mentionner quelles sont les résistances mécaniques à surmonter ; de chercher à évaluer les unes et les autres : et d’en conclure enfin avec quelle rapidité le sang veineux circule, si la circulation de ce fluide est uniforme dans les diverses parties du corps, où si elle va en s’accélérant ou en diminuant graduellement , à mesure que le fluide se rapproche des troncs centraux du système. Sous ces divers rapports , beaucoup de traits seraient les mêmes que dans la circulation lymphatique, et d’autres, au contraire , seraient différens. Mais, comme le cours du sang veineux forme la moitié du grand cercle circulatoire; qu'il est, à cause de cela, mis en opposition avec le cours du sang artériel qui forme l’autre moitié, je préfère renvoyer tous ces détails à l'article de la circulation. Il suffit pour notre objet d’avoir indiqué quel est ce cours : il est visible à l'œil nu dans les expériences sur les animaux vivans : il est prouvé d’ailleurs par la disposition de l’appareil veineux et la réunion de toutes les veines en troncs centraux qui aboutissent au Cœur; par la disposition des valvules qui sont dans l’intérieur de ces vaisseaux , etqui esttelle que le sang peut circuler des parties au Cœur, et non du cœur aux parties; par l'effet des ligatures, qui font gonfler la veine au-dessous et non au-dessus du point lié; enfin, par les injections qui réussissent beaucoup mieux des rameaux aux troncs que des troncs aux rameaux.
Nous agiterons seulement la question de savoir si le sang veineux reste identique dans ce long trajet , ou si. à l'instar du chyle et de la lymphe, il va en s’animalisant, en se perfectionnant toujours davantage. On ne peut encore répondre par des faits directs » Où n'a pas non plus examiné comparativement des sangs veineux pris aux origines et à la fin du système. Mais, d’après des raisonnemens , on a professé tour à tour l’une ou l’autre de ces deux Opinions, Ainsi, Legallois, partant de l’idée que chaque partié du corps fournit un sang veineux différent, croit que le sang veineux change à mesure qu'il chemine dans le système : à mesure , en effet , que des sangs veineux divers viendraient se mêler les uns aux autres, devrait varier le fluide commun qui,en résulte, Mais nous avons établi qu'il était douteux que ce fussent des sangs veineux différens qui reyinssent des diverses parties du corps, et conséquemment le même doute s’étend à l’assertion que l’on en avait déduite. Il y a plus: en admettant même que.chaque partie fournisse un sang veineux propre , ce sang veineux ne se montrerait différent que dans les capillaires ; car dans les troncs il résulterait évidemment du mélange de tous.les sangs veineux quels qu'ils: soient. On peut conjectarer que le sang veineux est le même dans toute l'étendue du Système, parce qu'ici manquent les trois causes qui ont fait croire à une élaboration sraduelle du chyle et de Ja lymphe : .1°.les veines ne. ‘estent pas grêles comme les chylifères et les lymphaiques ; bientôt elles acquièrent un volume qui ne pernet plus de les considérer que comme de purs canaux le transport et de conduite. 2° La circulation y est assez ente , à la vérité, mais moins que dans le système lyn-
phatique ; et d’ailleurs nulle part dans notre économie on ne voit des fluides se modifier par la réaction seule de leurs principes constituans ; il faut toujours l’action d'organes élaborateurs. 3° Enfin, ces organes élaborateurs , les ganglions, n'existent pas.
Il n’y a encore de doute que pour le système veineux abdominal. Si, en effet, le sang de la veine splénique est un sang particulier, en venant se mêler à celui de Ja veine mésentérique , il doit imprimer à celui-ci une modification particulière. En outre, ces deux sangs , mêlés ensemble dans la veine-porte , se disséminent dans le tissu du foie, et il est possible que cet organe leur fasse subir une élaboration quelconque. Mais ce ne sont là que des conjectures , el il est pour les combattre au tant de raisons que pour les admettre. En somme , puisque le sang veineux parcourt et assez vite de gros vaisseaux, que dans ce trajet il ne recoit rien, ne perd rien, n’est soumis à aucun organe élaborateur, on à tout lieu de croire qu’il est le même dans toute l'étendue du sysème, sauf l'exception de la veine-porte qui peut laisser quelques doutes. Cependant nous n’étendons cette identité que jusqu'aux veines sous-clavières ; car , recevant là la lymphe et le chyle, on conçoit qu'il devient différent de ce qu'il était auparavant.
4° Du sang veineux étudié en lui-méme. Bien que le sang veineux ne soit pas le produit exclusif de l’absorplion interne, et que nous devions revenir sur la formation de ce fluide à chacune des fonctions qui se passent dans les systèmes capillaires , et qu’on peut présumer y avoir part, nous allons ici l’étudier en lui-même : il nous importe de le connaître, puisqu'il forme , avec le chyle et la lymphe, un fluide sur lequel opèrerala
D£ L'ABSORPTION VEINEUSE. 149 respiration. Îl est aisé de s’en procurer en ouvrant une veine et en recueillant celui qui en coule. C’est un liquide d’un rouge brun, d’une odeur fragrante d’ail ou fade , sui generis , d’une saveur légèrement salée , d’une chaleur égale à celle du corps humain, visqueux au toucher, coagulable, et d’une pesanteur spécifique supérieure à celle de l’eau distillée. Æaller dit que la différence de l’un à l’autre est comme 1,0527 à 1,0000 ; d’autres disent comme 109 à 100.
C’est surtout à l'étude de ce fluide qu’a été appliqué le microscope : le sang alors a paru composé d’un véhicule séreux , dans lequel sont en suspension de petits globules rouges, sur la forme desquels les observateurs ne sont pas d’accord , et dont le volume d’ailleurs n’est pas le même dans les divers animaux. Leuvenhoeck les dit sphériques , égalant en volume la millionième partie d’un pouce, et résultant chacun de la réunion de six autres globules qui ne sont pas rouges. Della Taura dit au contraire qu’ils sont des espèces de disques , d’anneaux percées d’un trou dans leur centre. Guil. Hewson enfin, les prétend lenticulaires, et c’est l'opinion qu’émettent MM. Dumas et Prévost de Genève, qui récemment ont fait encore des recherches sur cet objet : ils disent qu’à tort £v. Jlomce à pensé que leur aplatissement était l’effet de La mort. Æewson disait que ces globules différaient dans les divers animaux pour la cou: leur et la grosseur ; que dans les uns ils étaient blancs, verts, dans d’autres rouges , et qu’ils étaient composés d’une vésicule contenant dans son intérieur un globule très-dense à son centre. Telle a paru être aussi leur composition aux observateurs modernes, MM. Baver et Ev, Home à Londres, et MM. Dumas et Prévost à Ge-
nève : formés d’un globule central , transparent , blanchâtre , et d’une enveloppe rouge, moins transparente , ces globules sont de forme ovale dans les oiseaux, elliptique dans les animaux à sang froid , et circulaire dans les mammifères et dans l’homme. Leur grandeur varie dans les divers animaux. Chez l’homme , selon Baver, ils égalent un dix-sept centième de pouce , avec leur enveloppe colorante , un deux millième sans cette enveloppe, et pour en couvrir un pouce carré , il en faut 2,890,000 dans le premier cas, et 4,000,000 dans le second. Le noyau central se retrouve tout semblable pour la forme et les dimensions dans le chyle , la lymphe. Baver a reconnu qu'il se forme dès le système chylifère, et ce n’est que par la respiration qu'il acquiert la vésicule de matière colorante qui l'enveloppe. Ayant grande tendance à former des agrégats, des rangées, c’est lui qui, par sa réunion avec d’autres, forme la fibrine qu'offre le sang abandonné à lui-même; et, réunis en série linéaire, ces globules imitent la fibre musculaire, qui, à son tour, par la macération , semble se réduire à eux. Ges globales enfin paraissent être, pour le nombre, dans une certaine relation avec la chaleur des animaux; ils sont, par exemple, en plus grand nombre dans le sang des animaux à sang chaud, que dans celui des animaux à sang froid.
Quoi qu'il en soit de ces recherches profondes sur la nature du sang veineux , ce fluide extrait des vaisseaux qui le contiennent et abandonné à lui-même, d’abord exhale, pendant tout le temps qu’il conserve sa chaleur, une vapeur formée d’eau et d’une matière animale putrescible. Ensuite il se coagule en dégageant une grande quantité de gaz acide carbonique. Ge dégagement n'est
DE L'ABSORPTION VEINEUSE. 191 manifeste quand le sang est laissé à l'air libre, que par les canaux qui en résultent dans l’intérieur du coagulum ; mais on en recueille le produit en plaçant le sang sous le récipient d’une machine pneumatique où lon a fait le vide. Alors il se partage en deux parties, le sérum et le caillot. Le premier est exprimé du caillot, et augmente de plus en plus jusqu’à l’époque de la putréfaction, à mesure que celui-ci se resserre. C’est un liquide d’un
.vert jaunâtre , transparent , visqueux, alkalin , composé d’eau , d’albumine, de soude et de sels de soude ; son analise offre sur 1,000 parties , d’après M. Berzelius : eau, 903; albumine, 80,0; substances solubles dans l’alcool , savoir , lactate de soude et matière extractive, 4,0; muriate de soude et de potasse, 6,0 ; substances solubles dans l’eau , soude et matière animale , et phosphate de soude , 4,0; il y a eu 5,0 de perte. M. Marcet indique la composition suivante : sur 1,000 parties, eau, 900 ; albumine, 86,0; matière mucoso-extractive , 4,0 ; muriate de soude avec un peu de muriate de potasse , 7; sous-carbonate de soude , 1,65 ; sulfate de potasse , 0,55 ; phosphates de chaux, de fer et de magnésie, 0,60. Le caillot est une masse solide d’un brun rougeâtre, spongieuse , et qui, lavée doucement et long-temps sous un filet d’eau , se partage en deux parties , la matière colorante ou le cruor, et la fibrine. Dès que le sang est hors de ses vaisseaux , la matière colorante des globules abandonne le noyau central; et ceux-ci, débarrassés de leur enveloppe, s'unissent entre eux et forment un réseau dans lequel se trouvent encore renfermées de la matière colorante, et beaucoup de globules entiers. Mais quand on pétrit et qu'on lave le caillot , on entraine en entier la malère colorante libre et les globules ,et il ne reste que
re 152 FONCTION DES ABSORPTIONS.
la fibrine. Ainsi le sang veineux est formé de trois parties , le sérum dont nous avons indiqué la composition, le cruor ou matière colorante, et la fibrine. Le cruor, appelé encore zoo-hématine, est insoluble dans l’eau ; les premiers chimistes français le croyaient un oxide de fer uni à de l’acide phosphorique; mais MM. Brande et Berzelius disent qu’il est une matière animale en combinaison avec du péroxide de fer. Desséchée et fondue , cette matière colorante brûle avec flammes , et donne un. charbon qu’on n’incinère qu'avec difliculté, qui, pendant sa combustion , laisse dégager de l’ammeoniaque, et qui fournit la 100° partie environ de son poids d’une cendre composée d’oxide de fer, 55,0 ; de phosphate de chaux et de trace de phosphate de magnésie, 8,5; de chaux pure, 17,9; el d'acide carbonique, 19,5. La fibrine , ou Iyÿmphe coagulable , a l’apparence de fibres feutrées, ténaces , élastiques, et au microscope paraît composée des globules blancs qui sont au centre des particules colorées du sang. Solide , blanchâtre , inodore , insipide, fournissant à la distillation beaucoup de carbonate d’ammoniaque , et un charbon volumineux dont la cendre contient beaucoup de phosphate de chaux, un peu de phosphate de magnésie , de carbonate de chaux et de soude, elle est composée, selon M. Berzelius, sur 106 parties, de carbone, 55,360; d’oxigène , 19,685 ; d’hydrogène , 7,021; et d’azote , 19,934.
Telle est la composition chimique du sang. Nous n’avons pas besoin de dire que les proportions de sérum, de matière eolorante et de fibrine ou de globules blancs varient selon les âges , les sexes, les tempéramens, Pétat de santé, de maladie. Dans le fœtus, le sang n’a presque pas de fibrine : dans l’homme adulte et sain, les parti-
DE L'ABSORPTION VÉINEUSE. 199 cules colorées et desséchées, font un peu plus d’un huitième du poids du sang. V’ieussens disait que sur 100 parties de sang , il y en à 58 de sérum, et 62 de cruor et de fibrine ; et Quesnay, au contraire, disait qu'il y avait trois fois plus de sérum que de cruor et de fibrine. Encore une fois, ces proportions sont sans cesse Variables. On avait admis encore dans le sang un gaz, un eflluve odorant auquel il devrait sa liquidité ; mais l’existence de ce gaz admise par Rosa et Moscati est généralement contestée. La coagulation qui saisit le sang , dès qu’il est hors de ses vaisseaux, avait été attribuée à son refroidissement; mais Aunter ayant fait geler du sang, l’a vu redevenir fluide quand il a dégelé, puis se coaguler après comme à l'ordinaire. On en a accusé le contact de l’air et le repos, mais il se coagule de même hors ces conditions. On avait dit qu’il devenait plus chaud lors de cette coagulation ; mais J. Hunter et Davy le nient.
Quelle est enfin la quantité du sang veineux ? on n'a aucun moyen de la déterminer. Si on ouvre, en eflet, dans un animal vivant, les gros troncs veineux, etqu'on recueilletout le sang qui en coule, la mort arrivera avant qu'on ait recueilli tout le sang veineux ; d’ailleurs alors, bientôt tout ke sang devient tel la respiration cessant de se faire aux approches de la mort. Chaque physiologiste a indiqué des quantités diverses, les uns ont dit huit livres de sang en tout, d’autres vingt-huit livres ; et généralement on a dit qu’il n’y avait qu’un tiers de celte quantité dans les artères, et que les deux autres étaient dans les veines et les systèmes capillaires. Nous reviendrons là-dessus à l'article du sang artériel. Mais la plupart s'accordent à dire le sang veineux plus abondant
que le sang artériel, jugeant sur la capacité bien plus grande du système veineux relativement au système artériel; il serait possible cependant que cela eût pour but de remédier aux obstacles et à la lenteur de la circulation veineuse.
Telles sont les absorptions nutritives, et l’on voit que leurs produits sont trois fluides , le chyle, la Iymphe et le sang veineux avec lesquels nous verrons se faire dans la fonction suivante, la respiration , le fluide immédiatement nutritif et réparateur , le sang artériel. On a vu que ces trois fluides confluaient successivement l’un dans l’autre, le chyle affluant d’abord dans la lymphe, puis celle-ci dansle sang veineux. À chaque confluent la proportion de ces fluides est telle , que le fluide le moins vivant est le moins abondant, et se perd, en quelque sorte, dans l’autre. Cependant il pourrait se faire qu’au moment où le chyle coule , il arrivât peu de lymphe ; mais ce que nous disons est, sans aucun doute , vrai pour le sang.
Peut-être s’étonnera-t-on de nous voir ranger parm! les matériaux de l’hématose, le sang veineux qui est déjà du sang; mais on ne devrait appeler sang que le fluide qui est apte à nourrir et à vivifier les parties : or , le sang veineux n'est pas tel, et il n’acquiert ces qualités qu'avec le chyle et la lymphe, et consécutivement à l'influence de la respiration. Les auteurs d’ailleurs disent implicitement la même chose, car ils reconnaissent deux hématoses , la générale qui s’entend de la conversion du chyle et de la Iymphe en sang, et l’artérielle qui s’entend de la conversion du sang veineux en sang artériel : or, il n’est
pas déraisonnable de ramener ces deux hématoses à une seule, puisqu'elles se font , ainsi que nous le dirons, en même temps, au même lieu , et donnent naissance à un même produit.
IL est impossible d’indiquer la proportion respective de ces trois fluides : l’un d’eux, le chyle, n’arrive que par intervalles, tandis que les deux autres, la lymphe et le sang veineux, coulent d’une manière continue. Cependant le premier est le principal pour l’hématose ou la réparation du sang ; s’ilne s’en faitpas du tout, comme quand il y a abstinence, après un temps assez CourL, la mort arrive. IL y aurait un moyen de juger la part qu'a la lymphe à la réparation du sang; ce serait de prendre deux chiens d’une même portée et d’une même force, de priver l’un de chyle seulement, en le laissant mourir de faim, et de priver l’autre de chyle et de Iymphe , en ne lui donnant pas d’alimens non plus, et en lui liant en outre le canal thoracique.
Toutefois, parces considérations se trouve) ustifiée l’idée que nous avons donnée dela fonction des absorptions dans les animaux compliqués et dans l’homme, de servir à préparer avec des matériaux pris au dehors et au dedans de l'être les élémens de l’hématose , les élémens du sang.
SECTION IIE Fonction de la Respiration.
Loan les matériaux divers, tant externes qu’in-
ternes , que les absorptions recueillent pour la réparation du corps , ainsi que les fluides qui en sont les pro-
duits ; il faut voir maintenant comment ceux-ci sont changés dans le fluide immédiatement nutritif et réparateur , le sang artériel. Gette conversion est ce qu’on appelle l’hématose , et elle se fait chez l’homme dans l’intérieur de l’organe appelé poumon , avec l’intermède de l’air atmosphérique , et dans la fonction connue sous le nom de respiration. C’est donc de cette fonction que nous avons à traiter maintenant , si nous voulons suivre pied à pied le mécanisme de notre nutrition. À la vérité, nous avons laissé les trois fluides des absorptions au cœur, et peut-être on pensera qu'il faudrait d’abord les faire arriver au poumon ; à ce titre il faudrait exposer ici l’histoire de la circulation qui remplit cet oflice. Mais comme cette circulation a aussi l’usage de porter le sang artériel une fois fait dans toutes les parties où il doit être mis en œuvre, on voit qu’on a d’égales raisons pour en traiter après qu'avant la respiration. Ge dernier ordre même nous paraît plus convenable; car, d’une part, il nous conduit plus directement aux actions assimilatrices ; et, d'autre part, la respiration n’est presque qu’une action d'absorption , l'absorption de l'air : et par conséquent son histoire doil suivre immédiatement celle des autres.
L'air est nécessaire à tout êlre vivant , aux végétaux comme aux animaux ; il est utile à tous en leur fournissant un de ses élémens constituans, l’oxigène, et en faisant subir à leur fluide nutritif une élaboration essentelle.
La première proposition est démontrée par les faits suivans : 1° Lout être vivant périt plus ou moins promptement, quand il est placé dans le vide. 2° Tout être vivant exige que l'air dans lequel il est plongé soit re-
nouvelé de temps en temps ; dans le cas contraire, il périt plus ou moins promptement, et, quand on examine l'air qui reste, on voit que d’abord il a diminué de quaniité , ensuite qu’il a été épuisé en partie d’un de ses principes constituans , l'oxigène , et s’est chargé, au contraire, d’un autre élément que l’on verra être opposé à toute vie , l'acide carbonique. Des expériences de /Zales ont prouvé la vérité de ces faits par rapport aux végétaux. Si des plantes sont mises sous Îe récipient de la machine pneumatique , et qu’on fasse le vide, elles meurent. Si ces plantes sont placées sous une cloche pleine d'air , mais qui est disposée de manière à ce que cet air ne puisse pas se renouveler, après un temps plus ou moins long , elles meurent aussi ; et, si on examine ce qui est arrivé à l’air de la cloche, on voit qu'il a diminué de quantité, ce qui prouve qu'il a fourni quelque principe au végétal , qu'il a été épuisé en partie de son principe oxigène, et qu'il a acquis, au contraire, une quantité assez considérable du principe appelé acide carbonique. D’autres expériences de Spallanzani, faites sur le même plan que celles de Hales, et répétées de nos jours par M. J’auquelin , ont prouvé les mêmes vérités à l’égard des derniers animaux. Les faits les plus vulgaires de la vie prouvent leur réalité à l’égard des animaux supérieurs et de l’homme. Enfin , elles sont réelles pour les animaux aquatiques eux-mêmes , comme il résulte d'expériences faites par Spallanzant , et répétées de nos jours par M. Sylvestre. Placez sous le récipient de la machine pneumatique le vase plein d’eau qui contient un animal aquatique, et faites le vide, vous verrez aussi périr l’animal. Placez ce vase sous une cloche d’air et disposée de manière à ce que du nouvel air ne puisse
pas y pénétrer, et vous verrez de même l'animal péri à la longue ; en examinant l’air de la cloche » Vous verrez aussi que ce gaz à diminué de volume , perdu une partie de son principe oxigène, et acquis une quantité assez considérable d’acide carbonique. De là même cet usage vulgaire de faire pendant l'hiver des trous à la glace des étangs , si l’on ne veut pas voir périr tous les poissons qui y sont contenus. L'autre proposition, c’est-à-dire que l’air agit en faisant subir au fluide nutritif des êtres vivans une élaboration essentielle, est également évidente , puisqu’on:voit, comme nous le dirons , Ce fluide manifester des apparences et des propriétés toutes différentes , selon qu’il est ou non frappé par Fair. Or c'est cette action de l’air sur les êtres vivans , Ë parliculièrement sur leur fluide nutritif, qui constitue ce qu'on appelle leur respiration.
En beaucoup d'êtres vivans, les végétaux et les derniers animaux, cette respiration ou absorption de l’air ne constitue pas une fonction séparée : elle est effectuée par la surface externe de l'être, en même temps que l'absorption des autres élémens nutritifs. Les fonctions d'absorption , de respiration qui , dans les animaux supénieurs sont distinguées , parce qu’elles sont exécutées par des organes différens , et qu’elles se succèdent les unes aux autres, sont ici confondues en une seule et même action. On avait bien, à la vérité, admis dans les végétaux des vaisseaux appelés érachées, que l’on supposait ouverts et béans à la surface de l'être pour y absorber l’air ; le conduire dans la profondeur de toutes les parties , et lui faire modifier le fluide nutritif partout à la fois, et au moment même où ce fluide va être mis en œuvre , ainsi que ce sera dans les insectes, par exem-