DE L'APPAREIL VEINEUX
sont toujours plus grosses que les artères congénères, le système veineux est évidemment supérieur en Capacité au système artériel. Mais on ne peut évaluer en chiffres de combien l’un surpasse l’autre. Borelli dit que le système veineux a quatre fois plus de capacité que le système artériel , est à ce système comme de quatre à un ; Sauvage dit comme neuf à quatre, c’est-à-dire, à plus du double de capacité; /Zaller comme seize à neuf, ce qui est un peu moins du double ; Keil, comme vingt cinq à cinq, ce qui est les quatre cinquièmes. N'ayant aucun moyen d'évaluer la capacité de chacun de ces deux systèmes en particulier, comment pourrait-on estimer leur différence sous ce rapport ?
Telle est la disposition générale du système veineux, qui diffère du lymphatique en ce qu’il n'offre pas des ganglions sur sontrajet ,eten ce que les vaisseaux successivement de plus en plus gros, de moins en moins nombreux, représentent dans leur ensemble un arbre. Il est cependant deux exceptions, qu’il importe de faire connaître. 1° L’une n’est que dans la forme des parties : c’est celle des veines du cerveau qui se rendent dans les sinus de la dure mère ; nous en avons parlé à l’article du cerveau, 2° L’autre est plus importante, et fonde ce qu'on appelle le système de la veine-porte, le système veineux abdominal. Toutes les veines qui reviennent des organes digestifs situés dans l'abdomen , se réunissent en un gros tronc qu'on appelle veine-porte; celle ci, ensuite, au lieu de se rendre à une veine plus grosse, à la veine cave inférieure , par exemple, va se ramifier à la manière d'une artère dans le tissu du foie: et de ce foie naissent alors d’autres veines appelées sus-hépatiques qui se rendent à la veine cave inférieure , mais qui proviennent
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autant des artères du foie que des rameaux de la veineporte. Cette exception bien remarquable , et sur l'utilité de laquelle on a fait mille conjectures, ne porte que sur les veines des organes digestifs situés dans l'abdomen , larate, le pancréas, l'estomac , l'intestin, les épiploons ; tous les autres organes de l'abdomen , les reins, la vessie , les capsules surrénales , les organes génitaux, les parois abdominales, y sont étrangers.
2° Mécanisme de l’Absorption veineuse.
I] faut suivre encore ici le même ordre que pour les absorptions chyleuse et lymphatique , d'autant plus que beaucoup de traits sont les mêmes , et qu'ayant élé développés à l’article de ces absorptions, il suffira de les rappelerici. Nous allons aussi rechercher : 1°quels sont les matériaux sur lesquels agit le système veineux, ou autrement d’où provient ce fluide; 2° ce qu'est l’action d'absorption qu’exécute le système veineux à son origine, €t d’où résulle, en partie au moins, le sang veineux ; 3° quel est le cours du sang veineux depuis l’origine du système jusque dans le centre de la circulation , dans le cœur , et rechercher s’il subit des altérations dans ce trajet; 4° enfin, faire connaître ce qu'est le sang veineux, en étudier les propriétés physiques, la composition chimique , la quantité , etc.
1° Matériaux du sang veineux. Tous les physiologistes anciens , et une grande partie de ceux de notre temps, regardent le sang veineux comme n'étant que le sang artériel qui à traversé les systèmes capillaires du corps, le parenchyme des organes, et qui a subi quelques altérations pendant ce trajet, pendant lequel il a servi aux nutitions , aux sécrétions et aux calorifications. Le sang
DE L'ABSORPTION VEINEUSE. 139 veineux , disent-ils, n’est que le reste du sang artériel qui, pendant sa traversée dans les systèmes capillaires, a été altéré d’une manière spéciale. Quatre argumens servent de base à cette opinion; la ressemblance assez grande qu'a le sang veineux avec lesang artériel ; la facilité avec laquelle une injection poussée dans les artères passe dans les veines ; la remarque qu’on peut faire qu'il ne revient de sang veineux que des parties qui reçoivent du sang artériel ; enfin, la particularité qu'offre le sang veineux de constituer une des moitiés du grand cercle circulatoire.
Mais, sans nier que le sang veineux ne soit, pour la plus grande partie au moins, le reste du sang artériel qui traverse les organes, s’il est vrai que les veines effectuent médiatement ou immédiatement les absorptions internes , il faut considérer les matériaux de ces absorpliens comme concourant aussi à sa formation. Or il a été prouvé plus haut que les veines pouvaient être, à aussi bon droit que les lymphatiques, considérées comme les agens des absorptions internes ; elles sont de même des vaisseaux deretour ; elles ont également des communications faciles avec les surfaces externe et interne du corps ; le fluide qui circule dans leur intérieur va, de même que la lymphe, se mêlerau chyle, et se changer dans le poumon en sang artériel ; elles effectuent également les absorptions insolites, etc. Dès lors on doit regarder les matériaux des absorptions internes, comme concourant à former , partie au moins, du sang veineux. C’est ce que . pensent aujourd’hui beaucoup de physiologistes , ei ce que doivent admeltre ceux qui croient à absorption veineuse , s'ils veulent être conséquens avec eux-mêmes: el en vérité, il est bien étrange que lorsqu'on ne reconnaissait d’autres agens à l'absorption interne qué les vet-
nes, on ait méconnu ce fait. Le sang veineux dérive done, pour unepartie au moins , de l’absorption interne, comme le chyle dérive de l’absorption digestive alimentaire. Il suffit de remarquer qu'il est plus abondant que le sang artériei pour reconnaître qu'il ne peut être le reste de ce sang artériel seulement.
: Maintenant, nous n'avons pas besoin d’énumérer les matériaux dont il provient; ce sont les mêmes que ceux qui servent à la formation de la Iymphe : s’ils donnent naissance ici à un autre fluide, c’est qu'ils sont saisis par un autre ordre de vaisseaux. Tout ce que nous avons dit à l’article de l'absorption lymphatique , sur l’impossibilité où nous sommes d’indiquer quelle quantité de ces matériaux est absorbée, s'applique ici ; etil estaussi impossible de dire ce qui, dans le sang veineux, n’est que le reste du sang artériel, et ce qui provient des matériaux des absorptions internes.
2° Action absorbante des veines. Cette action est en tout semblable à celle des lymphatiques. Les radicules des veines, médiatement ou immédiatement, saisissent les matériaux des absorplions internes, et les changent aussitôt en un fluide, qui est le sang veineux lui-même, ou qui , se mêlant aussitôt avec lui, ne peut plus en être distingué , mais qui au moins ne conserve rien des matériaux dont il dérive, puisque ceux-ci ne peuvent y être retrouvés. Leur action est moléculaire , échappe à nos sens, et ne se manifeste que par son résultat. On en ignore le siége précis; et l’on doute aussi si la veine absorbante a un orifice directement ouvert aux surfaces, ou si elle a à son extrémité et dans son pourtour un tissu gélatineux chargé d’effectuer l’absorption ; ou bien, entin, si ellé se termine par des vaisseaux d’un ordre plus
DE L'ABSORPTION VEINEUSE. 139 délié, et qui seraient les agens directs des absorptions, Cette action n’est pas seulement une action de pompement, mais en outre une action d'élaboration , puisque les matériaux saisis ne se retrouvent pas dans le sang veineux sous leur forme première , mais sont réellement changés dans la substance de ce sang. Enfin, l'essence de cette action est aussi impénétrable que celle de l’action de lymphose; et l’on ne peut assurer d’elle que les deux propositions que nous avons dites des actions d’absorptions précédemment examinées , que les veines ne sont pas passives pour la produire, et que, n'étant pas une action mécanique ni chimique, elle doit être dite organique et vitale.
Sous le premier point de vue, lorsqu'on méconnaissait que les matériaux des absorptions internes concourussenten quelque choseà la formation du sang veineux, on pouvail croire que les veines étaient sans action rela tivement à la formation de cesang; on disait, en effet, que le sang artériél , altéré par les nutritions , y était passivement poussé par l’action du cœur. Mais , sans agiter ici la question de savoir si les veines n’aspirent pas ellesmêmes le reste du sang artériel, si elles ne concourent pas à le faire passer de l’état artériel à l’état veineux, il est sûr, qu’au moins pour ce qui regarde la portion de ce sang veineux qui dérive des absorptions internes , ce sont elles qui par leur action la font.
Sous ke second point de vue, on a appliqué, mais avec aussi peu de succès , à l'absorption veineuse, toutes les explications physiques, mécaniques et chimiques que nous avons rapportées à l’article de l'absorption lymphatique. On a voulu qu’elle ne fût qu'une introduction passive des matériaux absorbés à travers les pores des veines;
on l’a dite un phénomène analogue à l'attraction destubes capillaires , le résultat d’une pression exercée sur les matériaux à absorber , et qui obligeait ces matériaux à pénétrer dans l’intérieur des veines , etc. Toutes ces théorics mécaniques sont ruinées par cette seule remarque , que l’action d’abserption n’est pas seulement une action de pompement, mais en outre une action d'élaboration, qui change aussitôt en sang veineux les matières saisies. Nousrenvoyons à ce que nous avons dit à l’article de Fabsorption lymphatique pour prouver que cette action est organique et vitale, car il y a parité totale entre ces deux absorptions:
Cependant M. Hagendie , qui ne croit pas à Fabsorption lymphatique, et qui ne reconnaît que les vemes pour agens des absorptions internes , asprésenté, en octobre 1820, un Mémoire à l’Académie des sciences, tendant à rattacher l’action d’absorption de ces vaisseaux au phénomène physique de l'attraction capillaire. Les expériences sur lesquelles ce physiologiste se fonde peuvent être rapportées à deux groupes. 1° M. Âfagendie injecte un litre d’eau chaude à 4o degrés , therm. centig. dans les veines d’un chien de moyenne taille ; et mettant ensuite, dans la plèvre de cet animal, une légère dose d’une substance vénéneuse connue, il observe que les effets du poison se manifestent plusieurs minutes plus tard qu’à l'ordinaire. Répétant cette expérience plusieurs fois, il en obtient les mêmes résultats. Quelquefois cependant les effets sont aussi prompts , mais plus faibles et plus prolongés. Enfin, dans un cas où il avait injecté dans les veines de l'animal autant d’eau que celui-ci pouvait en supporter sans mourir , deux litres, le poison ne manifesta plus d'effets. De ces
DE L'ABSORPTION VEINEUSE. 197 premières expériences , M. Magendie conclut que, lorsque les effets du poison ont été plus tardifs ou nuls, c'est que l'absorption s’est faite plus tardivement , ou même ne s’est pas faite du tout; et que ce défaut d'absorption a été dû à l’état de distension dans le. quel , consécutivement aux injections, se sont trouvés les vaisseaux. Pour confirmer cette dernière asserlion , il saigne , après une demi - heure , l’animal qui avait subi unevinjection de deux litres, et il voit les eifels du poison se manifester , à mesure que le sang coule. S'il prend d’ailleurs la précaution de saigner d'avance l'animal qu'il va soumettre à des expériences de ce genre , et de désemplir les veines au lieu de les distendre: s’il ôte, par exemple, une demi-livre de sang, les effets du poison, qui ne se montraient qu'au bout de deux minutes , éclatent après trente secondes. Enfin, pour savoir si la modification qu'il observe dans l’absorption , tient à un changement dans la nature du sang plutôt qu'à l'état de distension des vaisseaux ; d’un côté il tire du sang à un animal, pendant que de l’autre il lui injecte de l’eau dans les veines , et il voit que les effets du poison sont aussi prompts et aussi intenses , que si l’on avait opéré sur un animal non préparé. Or, M. Magendie , croyant voir dans ces expériences que l'absorption du poison se fait en raison inverse du degré de distension des vaisseaux , plus s’ils sont grêles ,moins s'ils sont distendus, en conclut que l’absorption est un phénomène physique , un effet de l'attraction capillaire des parois vasculaires. Mais d’abord, M. Magendie ne juge de l’absorption que par les effeis du poison, et il pourrait se faire que ; lorsque le poison ne se manifeste pas , l'absorption s’en soit faite de même. Si, par exemple , lors d’une pléthore aqueuse dans les veines , le poi-
son paraît sans eflet, ne peut-on pas dire que c'est parce qu'alors il est étendu dans un véhicule plus abondant ? Cette conjecture ne serait-elle pas aussi vraisemblable que celle que fait ce physiologiste, que les veines trop distendues n’ont plus effectué l'absorption ? et n’explique-t-elle pas pourquoi , dans lessexpériences, les-effets du poison ont élé tour à tour plus tardifs et aussi intenses, ou aussi prompts, mais plus faibles? N’a-t-elle pas pour appui cette observation de M. Hagendie lui-même, que toute injection d’eau dans les veines atténue les effets d’un poison primitivement introduit dans le sang, du virus de la rage , par exemple ? Ensuile , il ne s'agit ici que d’absorptions insolites : elles peuvent n’éire que des imbibitions, surtout quand la matièressaisie a pénétré à si faible dose; et on ne peut arguer d'elles aux absorptions naturelles dans lesquelles il y a élabo ration de matière. Ce premier ordre d’expériences ne prouve donc rien contre notre thèse,
2° M. Magendie, faisant, d’après les expériences précédentes,de l’absorption un phénomène purement physique, était contraint d'admettre que cette absorption devait se produire après la mort comme pendant la vie, et il fit les expériences suivantes pour le démontrer. Une portion de la veine jugulaire externe est mise à nu dans une longueur de 3 centimètres sur un cadavre, isolée et plongée dans une liqueur légèrement acide ; un tube est adapté à chacune de ses extrémités; par un des tubes, on établit un courant d’eau tiède en son ‘intérieur ; et l’on voit qu’au bout de 5 à 6 minutes, cette eau intérieure est acide. L'expérience répétée sur des animaux divers, sur l’homme, sur les carotides comme sur les jugulaires , a toujours les mêmes résultats; et, ces résultats sont d'autant plus prompts, que la liqueur est
plus acide et la température plus élevée, jusqu’à un certain point cependant. On la tente sur des animaux vivans: sur un chien de six semaines , la veine jugulaire externe est mise à nu , isolée : une carte est passée audessous d’elle , et, pendant que la circulation se continue dans son intérieur , une goutte de dissolution d'extrait alcoolique de noix vomique est versée sur ses parois, et, après 4 minutes, les eflets du poison se manifestent, Sur un chien plus âgé, les effets se prononcent plus tardivement, après 10 minutes seulement. Opérant sur les artères carotides , le résultat est encore le même, mais les effets sont plus lents, parce que les parois de ces vaisseaux sont moins spongieuses que celles des veines. On ne peut mettre en doute que le poison ait passé à travers les parois du vaisseau, et non par les veinules voisines ; caron le retrouve en nature dans le sang de la veine sur laquelle on opère. Les phénomènes sont encore semblables quand on opère sur de petits vaisseaux. Enfin, ayant rempli d’eau acide le péricarde, M. Magendie injecte de l’eau tiède dans l'artère coronaire , et cette eau, étant ramenée par la veine coronaire à l’oreillette droite, se montre au bout de 6 minutes acide aussi. Or, ces faits sont , selon M. Magendie , des résultats de l’absorption; et, comme ils paraissent être des phénomènes de simple imbibition, ce médecin assigne ce caractère à l’action d'absorption. Mais tous les faits relatés dans cette seconde série d'expériences, sont-ils bien véritablement des phénomènes d'absorption , et M. Magendie ne s'est-il pas trompé sur leur nature ? où est l’action élaboratrice qui est l’attribut caractéristique de toute absorption ? À ce compte , tout vaisseau serait absorbant , le lymphatique comme le veineux; et cependant M. Magendie nie l'absorption Jymphatique. A la
vérité , il dit bien que la matière absorbée pénètre dans les Iymphatiques comme dans les veines; et que, sielle ne manifeste pas ses effets, c’est qu’il ne se fait aucune circulation dans ses vaisseaux , et que le poison n’est pas transmis aux centres nerveux. Mais, dans les analises chimiques , il aurait dû au moins retrouver la matière dans la lymphe, et il ne Fa pas pu. L’absorption aurait dû se faire aussi par les artères. Il nous semble qu'ici M. Magendie à pris, pour des actes d'absorption, des phénomènes de simple imbibition ; et il n’est pas étonnant dès lors qu’il leur ait trouvé une essence toute physique.
Nous en dirons autant de travaux, plus récens encore, entrepris sur l'absorption et l’exhalation, par M. Fodera. Ge physiologiste veut prouver que la première action n’est qu’une imbibition , et la seconde une transudation ; nous réviendrons sur l’exhalation à l’article des sécrétions ; mais, quant à l’absorption , M. Fodera nous paraît commettre la même erreur que M. Magendie, c’est àdire prendre de véritables faits d’imbibition pour des phénomènes d'absorption. Ses expériences, en effet, consistent à placer dans une portion d’artère bien isolée du reste du corps, une solution d’exirait alcoolique de noix vomique; ou de remplir de ce poison une portion de vaisseau , d’intestin, et de placer ensuite ces parties dans une plaie ou dans l’abdomen d’un animal : comme il voit, dans ces divers cas , les efleis de l’empoisonnement se manifester , ilen conclut que le poison a pénétré par imbibition , et que l’absorplion n’est qu’une imbibition. La première de ces conséquences est juste; mais il n’en est pas de même de la seconde : nous pouvons lui opposer toutes les objections que nous avons faites à MN. Magendie.
Ainsi l’action absorbante des veines est une action laboratrice , organique et vitale; se passant aux extrémités capillaires d’un système vasculaire , et agissant sur des molécules très-divisés, on ne peut pas plus la saisir en elle-même que l’action de la lymphose. On ne peut en dire que les trois propositions communes à toutes les actions élaboratrices examinées jusqu'ici ; savoir : 1° qu'une seule substance peut la subir : si, en effet, quelques substances étrangères sont mêlées aux matériaux des absorptions internes , ces substances pourront bien être saisies par les veines, mais elles ne seront pas changées en sang veineux ; on les retrouvera en nature dans ce liquide, qu’elles altèreront par leur mélange avec lui. 2° Qu'elle n’est pas une action chimique générale ; et, en effet, le sang veineux n'existe pas tout formé dans les matériaux des absorptions internes; et, de la connaissance de la composition chimique de ceux-ci, on ne peut conclure chimiquement à la formation de celuilà. 3° Qu’enfin , son produit est toujours identique , du sang veineux. Et en effet, n'est-ce pas toujours le même appareil qui agit, et sur les mêmes matériaux qu’il opère ? Il n°y a aussi que des degrés inégaux de perfection , se. lon le degré d’intégrité et d’énergie de l'appareil veineux , et selon l’état plus ou moins bon des matériaux qu’il élabore.
Cette dernière proposition , à la vérité, toache à une question sur laquelle les physiologistes sont divisés, celle de savoir si c’est un même sang veineux qui revient des diverses parties. La question est difficile à résoudre, parce que l’acte qui faii ce sang veineux n’est pas déterminé ; et que, comme on l’awu, ce liquide peut être dit provenir de plusieurs sources. En effet, c’est dans ce
qu'on appelle les systèmes capillaires que ce liquide est fait; car, d’artériel qu'il était en y entrant , il en sort yeineux. Mais beaucoup d’actions sont effectuées dans ces systèmes capillaires ; savoir : leur circulation propre qui est autre que la circulation générale ; la transformation du sang artériel dans la substance des organes, pour la composition ; l’action de la calorification , celle des sécrétions; peut-être une stimulation spéciale exercée par le sang artériel sur les organes, et de laquelle dépend la vie; et enfin l’action de l'absorption interne dont nous nous occupons ici. Or , chacune de ces actions peut avoir part à la production du sang veineux ; et comme on le conçoit , cela complique la question de l'identité, ou de la non-identité de ce fluide.
La plupart des physiologistes professent que ce n’est pas un même sang veineux qui revient des diverses parties : mais cen’est pas sur des faits directs qu'ils se fondent; ils ne signalent aucunes différences entre des sangs pris à des parties différentes du corps; ce n’est que sur des raisonnemens qu'ils s'appuient; et non-seulement aucun n'est convaincant, mais encore il en est d’aussi bons pour admettre une opinion contraire.
Ainsi, Legallois, considérant le sang veineux comme n'étant que le sang artériel qu'ont modifié les parenchymes pour les nutritions, dit que, comme ce sang artériel a fourni en chaque organe des matériaux divers , il a dû être changé en beaucoup de sangs veineux différens. Mais, d’abord , c'est supposer que des cinq actions qui se passent dans les systèmes capillaires, et qui peuvent avoir partà la production du sang veineux , c’est l’action de composition seule qui le fait; etil est possible cependant que les autres y concourent aussi; cela est même
sûr de l'absorption interne et de décomposition. Bien plus, nous dirons ci-après que nous conjecturons que c’est l'acte de calorification qui a la plus grande part au chansement du sang artériel en sang veineux dans les systèmes capillaires , et que la composition proprement dite ne fait que consumer unepartie du sang artériel. Ensuite, en admettant même avec Legallois , que c’est parce que le sang artériel a effectué la composition des parties qu'il est devenu veineux, on ne pourrait pas en conclure pour cela qu’il ne serait pas le même en toutes les parties. Les nutritions, comme on le verra , ne consistent pas en ce que le sang artériel dépose cà et là divers de ses matériaux constituans ; les substances nutritives n'existent pas toutes formées dans ce liquide , maiselles sont constituées par une action d'élaboration qu’exercent sur lui les parenchymes nutritifs ; et le sang veineux ne serait plus dès lors que le débris fécal du sang artériel, si l’on peut parler ainsi. Alors, pourquoi ne serait-il pas identique dans toutes les parties, comme étant formé partout parles mêmes systèmes capillaires ? on opposera peut être la diversité des nutritions; mais avec des alimens divers, l'appareil digestif ne fait-il pas des fèces identiques ?
D’autres ont invoqué, en faveur de la non-identité du sang veineux, la diversité de la circulation capillaire dans les différentes parties du corps; mais ce n’est pas par elle-même que la circulation capillaire peut changer le sang artériel en sang veineux ; ce n’est qu indirectement en . le caractère des nutritions et des calori lications ; et par conséquent la question rentre ici dans ce que nous venons de dire desnutritions , et ceque nous allons dire des calorifications.
On ne peut arguer non plus de la diversité des sécretions, car ces sécrétions sont , parmi les fonctions auxquelles on peut attribuer la formation du sang veineux proprement dit , celles qui le plus probablement n’y ont aucune part. Ge n’est en effet qu'une action générale à tous les organes qui peut changer le sang artériel en sang veineux, et l’action de sécrétion n’est propre qu'à quelques parties. M
Certainement , si c’est l’acte de calorification , ou une stimulation particulière exercée sur les organes qui amènent dans les systèmes capillaires laconversion du sang artériel en sang veineux, il y a toutes raisons de croire ce dernier identique dans toutes les parties du corps; car cette double action: doit évidemment être partout la même, et conséquemment imprimer au sang artériel la même altération.
Pour ce qui est enfin de l'absorption interne , on 0bjectera que les matériaux en sont très-divers ; mais avec ces mêmes matériaux, a été faite une même lymphe ; avec des alimens très-divers est fait un même chyle : on peut appliquer ici les raisonnemens que nous avons fait valoir pour prouver l'identité de la lymphe.
Il y a donc, pour croire le sang veineux le même dans ioutes les parties du corps, autant de raisons que pour penser qu'il diffère. Îl ne peut y avoir de doutes , 1° que pour celui qui revient de la rate, parce que l’on soupconne que cet organe est un ganglion sanguin destiné à préparerun sang particulier pour le système veineux abdominal; 2 et pour celui qui revient du foie , dans l’hypothèse que, l'exception de la veine-porte à trait, nonseulement à la sécrétion de Ja bile, mais à l’hémaiose en général. Mais ce n’est encore que d’après des raisonne-
mens , et non d’après des faits, qu’on élève un pareil doute. Les sangs des veines splénique et sus-hépatiques , comparés au sang des autres veines, n’ont pas offert de différences’, ou du moinsles auteurs ne sont pas d'accord sur ces différences, ce qui prouve qu’elles sont peu sensibles : tandis que la plupart disent que le sang de la veine splénique est plus aqueux, plus albumineux, plus noir, plus onctueux, moins coagulable, et a moins de fibrine, et une fibrine moins animalisée que celui de la veine mésentérique, Gmelin et Tiédemann disent l'avoir trouvé également coagulable. D'ailleurs, l'usage qu'on assigne à la rate n’est qu’une conjecture; et à son égard , comment croire que la nature fasse à grands frais un sang spécial, celui de la veine splénique , pour l’atténuer ensuite, en le mélant dans la veine - porte avec le sang de la veine mésentérique ? Il semble que celte veine splénique aurait dû aussitôt aller au foie, ou constituer à elle seule la veine-porte. Le même doute existe à l'égard de l'usage qu’on assigne à la veine-porte ; rien ne prouve qu’elle ait trait à l’hématose : peutêtre n'est-elle relative qu’à la sécrétion de la bile, ou que le reste d’une disposition qui existait dans le fœtus. Mais tout ce qui a trait à la rate et au système veineux abdominal se représentera ailleurs.
5° Circulation du sang veineux. Le sang veineux, produit en partie de l’action que nous venons d'étudier, se dirige comme la lymphe du côté de l'organe central de la circulation; des premières veinules où il se laisse apercevoir, on le voit passer dans les veines qui leur font suite , cheminer vers les troncs centraux qui sont les aboutissans de tout le sysième; et enfin être versé dans l'oreillette droite du cœur. Chemin faisant, il a recu:
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