‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 16 sur 65 · ARTICLE LI · texte numérisé non relu

ARTICLE LI

æ AR

Poumon.

D’après l’idée générale que nous avons donnée du poumon, cet organe doit être une espèce de sac dans l’intérieur duquel l'air est reçu , et à la surface interne duquel vient se présenter ai contact de ce gaz le fluide à sanguifier. Les zoologistes , dans leur théorie des analogues , le disent un repli de la peau qui s’est modifiée pour la nouvelle fonction qu’elle a à effectuer : ils s’appuient sur ce que c’est par la peau que les derniers animaux respirent. Mais cette forme , que nous assignons au poumon, n’est vraie que pour les animaux les plus simples ; dans les autres, elle s’en éloigne, en ce sens que l'organe, au lieu de présenter une cavité unique , en offre une subdivisée en mille ramifications. Par exemple, dans la salamandre, cet organe consiste : 1° en un canal ouvert au fond de la bouche , qui évidemment est l’analogue de notre trachée-artière , quoiqu'il n'ait aucun cartilage dans sa texture , et par lequel l’air est saisi; 2° en un sac qui fait suite à ce canal, et qui formant une cavité unique, est composé de trois membranes concentriques les unes aux autres; savoir : une externe, fibreuse, qui donne sa forme à l'organe; une moyenne, qui est musculeuse ; et une interne, qui est muqueuse, et à la surface de laquelle se voit un réseau de vaisseaux trèsfins; c’êst dans ce réseau que se trouve le fluide à sansuifier, qui est ainsi le plus près possible de l'air qui doit influer sur sa sanguification. Déjà , dans les grenouilles, cette cavité se partage en plusieurs cellules, qui en

augmentent la superficie. Dans les serpens , les lésards, les tortues, les crocodiles, cette subdivision en ramifications successives augmente encore. Enfin , le poumon finit par ne plus paraître, comme chez l’homme, qu’un organe résultant des ramifications de la trachée-artère , canal aboutissant par une ouverture unique, la glotte, dans le fond de la bouche , et puisant l’air au dehors par celte voie.

Chez l’homme, en effet , le poumon est un organe d’un tissu spongieux , vasculaire, expansible , situé dans les parties latérales du thorax , paraissant formé par les ramifications d’un canal unique , appelé trachée-artère, dont il semble être la continuation, et offrant ainsi une cavité intérieure résultant des mille et mille ramifications de ce canal. Il est partagé en deux moitiés , une droite, qui se compose de trois lobes , et une gauche qui n’en offre que deux ; d’où J’on dit qu’il y a deux poumons. Ces deux moitiés remplissent chacune exactement la moitié du thorax où elles sont situées , et sont séparées l’une de lautre par un repli médian de la membrane séreuse du thorax , et par le cœur. La couleur de cet organe est généralement d’un bleu marbré, et son extérieur sillonné de figures qui sont hexagonales ; cependant il y a des variétés à cet égard selon les âges , le genre de mort à laquelle a succombé le sujet sur lequel on fait l’examen , la position dans laquelle à été mise le cadavre, les quantités d’air et de sang qui remplissent l'organe. Nous en dirons autant de son volume et de son poids , qui du reste proviennent moins de sa partie subs. tantielle et solide , que de la quantité très-variable d'air et de sang dont il est pénétré.

Mais ce qu'il nous importe surtout d'exposer ici de

l'anatomie du poumon , c’est son organisation. Indiquons quels élémens anatomiques le forment , et quel parenchyme spécial constituent ces élémens par leur mode d’association.

Les élémens constituans du poumon sont : 1° Les ramifications de ce canal aérien appelé trachée-artère , qui dans léur ensemble forment la cavité réelle de l’organe respiratoire ; 2° celles du vaisseau appelé artère pulmonaire , qui apporte à l’organe les fluides des absorptions qui, dans l’acte de respiration , doivent être changés en sang; 5° celles d’autres vaisseaux appelés veines pulmonaires, qui recueillent dans l’organe le sang une fois fait pour le porter à l'organe de la circulation ; 4° enfin, les élémens organiques qui sont propres à toute partie vivante ; savoir: des vaisseaux sanguins artériels et veineux, des vaisseaux lymphatiques , des nerfs et du tissu lamineux.

Les ramifications du canal aérien sont l’élément principal du poumon, ce qui forme la cavité réelle de l’organe respiratoire, le lieu où pénètre l'air et où ce gaz est pris. La trachée-artère en estle tronc. Gette trachée est un canal cylindroïde , qui en haut est continu avec le larynx, par l’intermède duquel il reçoit de la bouche ou du nez l’air extérieur, et qui en bas se perd par ses ramifications dans le poumon, à la composition duquel il concourt pour la plus grande partie. Placée sur la partie antérieure du col, elle se bifurque , lorsqu'elle est parvenue auniveau de la seconde vertèbre dorsale, en deux gros canaux, qu'on appelle bronches. Chacune de ces bronches , ensuite , s’enfonce dans la partie moyenne et interne de chaque poumon , s’accole là aux divers vaisseaux qui sont les autres élémens du viscère, et va par

des ramifications successives et infinies, en former le parenchyme. Beaucoup derecherches ont été faites pour pénétrer le mode selon lequel se terminent ces ramifications des bronches. Walpighi, d’après l’examen des poumons des reptiles, poumons qui étant le premier dégré de la subdivision qu'offre le poumon de l’homme, laissent mieux voir la disposition des parties, a dit que ces ramifications se terminaient par des vésicules , à la surface interne desquelles venait se ramifier l'artère qui apporte le fluide à sanguifier. Æelvétius, au contraire , a dit que ces ramifications finissaient par des orifices lLibres dans les cellules que forment en dernière analise, par leur association, les divers élémens constituans du poumon. M. Chaussier, ayant injectéles bronches avec l’alliage fusible de Darcet ; puis ayant détruit le reste de l'organe par la macération, ou tout autre moyen, croit avoir observé que les dernières ramifications des bronches se terminent en canaux arrondis ; Reisseissen les a vus aboutir à une extrémité ronde et borgne: M. Magendie, enfin, ne croit pas que ces ramifications dernières parviennent jusqu'aux lobules que nous dirons former le tissu du poumon. Quoi qu’il en suit , il est sûr que la capacité de-ces canaux aériens vatoujours en augmentant: Quant à leurtexture , il y a des différences au tronc central et aux ramifications. La trachée-artère, proprement dite, est formée , 1° de seize à vingt segmens Cartilagineux, quinesontque des demi-anneaux , tronqués en arrière , et unis entre eux par une membrane blanche particulière; 2° de fibres musculaires , qui sont surtout placées en arrière, là où le segment cartilagineux ést tronqué , et qui terminent le cylindre ;!5° enfin d’une membrane qui en tapisse la surface interne, qui est du

genre des muqueuses, fine, perspirable, absorbante , et garnie de follicules qui lui fournissent un mucus de lubréfaction. Mais , à mesure que de cette trachée, l’on descend dans les dernières ramifications , graduellement l'on voit les demi-anneaux cartilagineux diminuer , puis être remplacés par de petits fragmens cartilagineux qui sont épars càet là, enfin disparaître tout-à-fait , de sorte. que profondément il n’y a plus que la membrane muqueuse proprement dite, et, selon Reisseissen , des fibres musculaires qui ont tous les caractères de celles qui composent la tunique musculaire des intestins. D’autres cependant disent ces dernières fibreuses , et du même tissu jaune qui forme les artères, M. Béclard, par exemple. Les ramifications du vaisseau qui apporte les fluides à sanguifier, sont un autre élément constituant du poumon, Ce vaisseau est ce qu’on appelle l'artère pulmonaire : il naît du ventricule droit du cœur , dans lequel nous gvons vu aboutir les fluides des absorptions; et après un trajet d'environ deux pouces, il se partage comme la trachée en deux branchés , une pour chaque poumon. Chaque branche s’accole à la bronche correspondante, et en suit toutes les divisions, en en restant néanmoins distincte; elle finit par devenir capillaire, et concourir alors directement au tissu de l’organe. On a fait aussi beaucoup de recherches pour savoir comment elle se termine. Selon Malpighi, elle forme un réseau très-fin, qu’il appelle rete admirabile , à la surface muqueuse des bronches ; de sorte qu’ainsi les fluides à sanguifier sont placésle plus près possible de l'air indispensable à cette sanguification , n’en étant séparés que par les parois du vaisseau qui les contient. Reisseissen dit de même. Selon d’autres, l’artère pulmonaire à ses ramifica-

tions dernières, se continue avec deux sortes de vaisseaux particuliers : d’un côté, les origines des veines pulmonaires, qui recueillent dans le poumon le sang qu'a fait la respiration; etd’autre part, desramuscules séreux perspiratoires qui vont exhaler à la surface interne des bronches l’excrétion de la perspiration pulmonaire. Ils se fon- .dent sur la continuité de la circulation dans l'artère pulmonaire et les veines du même nom; et sur ce qu’une injection poussée dans l'artère pulmonaire , d’un côté a passé dans les veines pulmonaires, et de l’autre a suinté à la surface interne des bronches. On est ici dans le même doute que sur le mode de terminaison des ramifications bronchiques; et ce doute est fondé sur l'impossibilité, ou au moins la difficulté tant de fois reconnue, de pénétrer la disposition des parenchymes, des systèmes capillaires. Bichat admet aux extrémités de l'artère pulmonaire, et entre cette artère et les veines du même nom, des vaisseaux d’un ordre plus délié, jogissant d’autres propriétés, formant le parenchyme du poumon, étant le siége de l’action de respiration , et qu'il appelle les systèmes capillaires du poumon ; mais il avoue qu'il ne peut en apprécier la disposition. Tout ce qu'on sait, c’est que ces ramifications de l'artère pulmonaire communiquent facilement, et avec les bronches , et avec les veines pulmonaires, et sont probablement fort voisines , et des ramifications bronchiques qui apportent l'air, et des ramifications des veines pulmonaires qui exportent le sang. Quant à la structure de ces ramifications artérielles , elleest celle des autres artères du corps; ilest bon seulement de remarquer que ces ramifications n’établissent d’anastomoses entre elles que quand elles sont capillaires.

Le troisième élément organique spécial du poumon résulte des ramifications des veines pulmonaires , vaisseaux qui recueillent le sang qu’a produit l’acte de la respiration. Ges veines commencent par des radicules qui sont aussi inapercevables, et par conséquent aussi peu connus que les dernières ramifications des bronches et de l'artère pulmonaire : disséminés dans le parenchyme du poumon , peut-être continus aux ramifications de l’arière pulmonaire, situés probablement aux mêmes lieux où aboutissent ces ramifications, celles des bronches, et où se fait la respiration , ces radicules dégénèrent bientôt en veinules assez grosses pour être vues ; alors, en s’unissant ensemble , elles forment des veines de plus en plus grosses et de moins en moins nombreuses ; toutes en- {in aboutissent à quatre gros troncs qui s’ouvrent dans l'oreillette gauche du cœur ; leur structure est celle des autres veines du corps; seulement leur membrane moyenne est un peu plus épaisse , et paraît être un peu plus élastique ; elles n’ont pas de valvules dans leur intérieur , et elles cessent de s’anastomoser entre elles, dès qu’elles sont un peu grosses.

Enfin , à ces élémens premiers, qui sont sans contredit les parties constituantes principales du poumon, il faut ajouter tous les élémens qui se rencontrent en toutes parties vivantes quelconques , savoir , des vaisseaux sanguins artériels et veineux , des vaisseaux lymphatiques, des nerfs et du tissu cellulaire. Le poumon, comme toute autre partie, se nourrit, se recompose et se décompose ; il lui faut donc des artères pour apporter le sang que réclame sa composition, et des veines pour effectuer sa décomposition. L’artère et les veines pulmonaires ne pouvaient remplir ces oflices, puisque le

rôle de ces vaisseaux est tout-à-fait relatif à la sanguification en général, et non à la nutrition du poumon en particulier. Gelle-ci est accomplie par des artères et veines spéciales, appelées artères et veines bronchiques , parce qu’elles se ramifient plus spécialement aux bron- : ches. Les artères bronchiques sont nées de l'aorte, conséquemment versent dans le poumon un sang artériel, à la différence de l’artère pulmonaire qui apporte les fluides à sanguifier; elles se distribuent aux bronches, et se perdent particulièrement dans leur tissu, ce qui prouve bien que ces bronches forment l'élément principal du poumon. Les veines bronchiques remplissent dans le poumon l'office des veines dans toutes les autres parties du corps, c’est-à-dire recueillent le reste du sang des artères bronchiques et les produits de l’absorption décomposante : c’est du sang veineux qu’elles rapportent , à la différence des veines pulmonaires qui conduisent un sang artériel : grossissant par degrés , elles vont s’aboucher dans la veine azygos et dans la veine cave inférieure. aller dit qu’il y a des anastomoses entre l’artère pulmonaire et les artères bronchiques, et entre les veines pulmonaires etles veines bronchiques ; il appuie ce dire sur des injections cadavériques ; Reisseissen émet la même assertion. Mais ces deux anatomistes n’ont-ils pas jugé d’après des injections cadavériques seulement ? est-il probable que pendant la vie, des sangs si divers que ceux des artères pulmonaire et bronchique, ou des veines pulmonaires et bronchiques, se mêlent? à moins qu’on n’admette que le sang des artères bronchiques , à raison de sa dissémination dans le poumon et de son contact avec l’air, ne se revivifie en même temps qu’il est mis en œuvre. Toutefois,

on conçoit que les mêmes difficultés qui existaient sur la terminaison des broncheset de l’artère pulmonaire, et sur l’origine des veines pulmonaires, existent aussi sur la terminaison des artères et l’origine des veines bronchiques.

Indépendamment de ces vaisseaux sanguins propres, le poumon a des vaisseaux lymphatiques , selon quelquesuns , en petit nombre, selon d’autres , au contraire, en nombre plus considérable qu’au mésentère lui-même ; ce qui leur fait penser que ces vaisseaux sont [à pour effectuer quelque absorption, autre que celle qui se fait dans toutes les autres parties du corps. Ces vaisseaux commencent aussi par des radicules inapercevables dans le parenchyme du poumon et à la surface des bronches; ayant ensuite , lorsqu'ils ont atteint la grosseur qui les rend visibles, toutes les apparences des vaisseaux lymphatiques des autres parties du corps, ils se dirigent vers les troncs aboutissans du système. Dans leur trajet, ils affectent aussi deux plans, un superficiel et un profond , et ils traversent d’espaces en espaces de nombreux ganglions. Ceux-ci, qu’on appelle glandes bronchiques , sont placés en général dans le voisinage des bronches, et sont d'autant plus gros, qu’ils sont moins profonds; ils sont mous, et ont la particularité d’être noirs. Il est sûr néanmoins qu'ils sont des ganglions lymphatiques, car aller a suivi les vaisseaux qui en partent jusque dans le canal thoracique; et, si on injecte dans les bronches une substance colorante, l’absorption la porte dans ces organes. Leur couleur noire , du reste , n’existe pas dans les enfans, et Fourcroy a cru l'expliquer en disant que ces ganglions étaient le réservoir du carbone dont il

suppose, dans sa théorie toute chimique de la respiration, que cette fonction dépouille le sang veineux.

Quant aux nerfs qui avivent le poumon, ils viennent pour la plus grande partie, de la huitième paire ou pneumo-gastrique , et un peu du grand sympathique. Le nerf vague, après avoir fourni les nerfs supérieurs du larynx, et donné quelques filets au cœur, s’entrelace d’abord une première fois avec de nombreux rameaux du tri-splanchnique, et forme un grand réseau nerveux qu’on appelle pleœus pulmonaire antérieur. Ge tronc détache ensuite les nerfs inférieurs du larynx ou récurrens , et s’entrelace une seconde fois avec des rameaux du tri-splanchnique , pour former un autre réseau qu’on appelle pleœus pulmonaire postérieur ; et, enfin , il va se terminer à l’estomac. Or c’est de ces deux plexus que partent les nerfs qui se distribuent au poumon; ceux-ci , s’accolant aux bronches, les accompagnent dans toutes leurs divisions, et se distribuent spécialement à elles, à leur membrane muqueuse interne; c’est une nouvelle preuve que ces bronches sont dans le poumon l'élément principal. Le poumon recoit aussi quelques nerfs directement des trois ganglions cervicaux du tri-splanchnique, et du premier ganglion thoracique. La terminaison de ces nerfs dans l’organe est aussi peu connue que celle des bronches, de l’artère pulmonaire, que celle des autres nerfs dans quelque partie du corps que ce soit.

Enfin, à tous ces élémens , il faut ajouter un tissu lamineux cellulaire , qui n’est jamais graisseux , etqu'on a appelé improprement tissu interlobulaire, car 4 n’est pas différent de ce qu’il est en toutes autres parties,

Maintenant, quelle disposition affectent les uns par

rapport aux autres ces divers élémens , et quel tissu en résulte ? ou autrement, quel est Le tissu propre des poumons? Cela n’a pas encore été pénétré ; seulement le parenchyme paraît lobulaire : on peut , en effet, le subdiviser d’abord en lobes , puis les lobes en lobules, qui sont eux-mêmes de plus en plus petits jusqu’à l'infini, et qui sont formés d’un tissu spongieux extrêmement fin. Les aréoles de ce tissu spongieux ne sont visibles qu'à la loupe , elles communiquent entre elles , et sont enveloppées par le tissu cellulaire qui isole Les lobules. Pour bien voir cette disposition , il faut, dit-on, faire bouillir le poumon, et ensuite le déchirer , et regarder à la loupe la surface de la déchirure. M. Magendie insuftle une portion de poumon, puis la fait sécher , et ensuite, la coupant par tranches , examine la disposition des cellules profondes : elles lui ont paru n’être pas régulières , et être formées par les dernières ramifications de l'artère et les premières ramifications des veines pulmonaires ; les ceilules d’un lobule communiquaient entre elles, mais non avec celles d’un autre lobule. Du reste, chaque auteur les a décrites différemment : Willis les dit disposées en grappes ; Keilet Lieberkun ont cherché à les compter, et en portent le nombre à 1,744,000,000. Tout ceci est aussi difficile à pénétrer que tout ce qui a trait à la texture profonde de nos parties , et, jusqu’à présent, on ignore comment se disposent les divers élémens que nous avons signalés pour former le tissu du poumon. Tout ce qu’on sait , c’est qu’une injection poussée dans l'artère pulmonaire passe dans les veines pulmonaires et dans les bronches; que de même une injection poussée dans les veines pulmonaires pénètre dans l'artère pulmonaire et dans les bronches; et, qu'enfin,

une injection poussée dans la trachée-artère transude aussi dans l’artère et les veines pulmonaires.

Tel est le poumon chez l’homme. Cet organe est attaché dans la cavité du thorax par une membrane séreuse, qu’on appelle la plèvre, et qui lui sert de pédicule , de soutien. La plèvre , d’un côté, tapisse la surface interne du thorax , forme même une cloison, appelée médiastin , entre les deux poumons; et, de l’autre côté, elle recouvre le poumon qu’elle unit ainsi à la cavité qui le

renferme. Ayant la texture , les usages et les fonctions de |

toute membrane séreuse , elle est un véritable sac sans ouverture, dont une de ses faces est libre et correspond à sa cavité propre, et dont l’autre adhère au thorax et au poumon; la première est le siége d’une exhalation albumineuse. Elle sert à attacher le poumon à la cavité splanchnique qui le renferme , et à faciliter ses mouvemens dans cette cavité; seulement elle a moins de plis que les séreuses des autres cavités splanchniques, que le péritoine dans l’abdomen surtout , parce que le poumon n’est pas susceptible de prendre autant d’ampliation que les organes digestifs. Elle est immédiatement appliquée au poumon , de manière qu’aucun air ne peut s’engager entre cet organe et le thorax, ce qui était absolument nécessaire pour que celui-ci pût remplir à l'égard du premier l’oflice d’un soufflet. Îl est certain, en effet, que le poumon remplit hermétiquement la cavité du thorax : si on met à découvert cet organe sur un cadavre, sans ouvrir la plèvre, on distingue sa couleur à travers cette membrane; et, lorsqu'on a ouvert celleci par une petite incision, on le voit, obéissant à la pression de l’air, s’en éloigner un peu. Long-temps on professa une opinion inverse. Galien, par exemple,

admettait qu'il y avait de l’air incarcéré entre le thorax et le poumon, et s’appuyait sur ce qu'ayant appliqué une vessie pleine d’air à la surface d’une plaie pénétrante de la poitrine, il avait vu la vessie se vider d’air au moment de l'inspiration. Æales pensa de même, arguant de ce qu’il avait vu l’air sortir de la surface externe d’un poumon qui était soumis au vide sous le récipient de la machine pneumatique. Mais /Zaller a longuementet judicieusement réfuté cette assertion; il observa que, dans l'expérience de Galien, probablement il y avait, avec la plaie du thorax, une entamure du tissu pulmonaire luimême ; il dit que l’expérience de /Jales s’explique par l’expansibilité naturelle de l'air contenu dans le poumon, et qui n’était plus contre-balancée par l’air extérieur ; il assura avoir toujours vu, dans les nombreuses ouvertures de cadavres qu'il avait faites, le thorax et le poumon contigus l’un à l’autre. S’il existait, en effet, continuellement un vide plein d’air entre ces deux parties, les adhérences qui s’établissent si souvent entre elles devraient entraîner à leur suite de nombreux accidens ; et ces adhérences, au contraire, le plus souvent sont sans importance. Enfin si, pendant qu’un cadavre est plongé dans l’eau, on ouvre le thorax, on ne voit aucune bulle d’air se dégager à la surface de l’eau , comme l’ont expérimenté Haller , Caldani, Sauvages , etc. Il est universellement admis aujourd’hui qu'aucun vide n’existe entrele thorax et le poumon.

Tel est l'appareil de la respiration. Quelques physiologistes ont pensé que la peau et les membranes muqueuses , qui sont dans un contact continuel avec l’air, absorbaient aussi ce gaz, et exerçaient comme le pou-

mon une action de respiration. Mais cette question sera discutée ci-après.

Page 1