‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 18 sur 65 · ARTICLE JI · texte numérisé non relu

ARTICLE JI

Action musculaire volontaire respiratoire.

Nous avons déjà dit que dans l’homme et les animaux supérieurs , Ce n’était pas de lui-même que l'air était appliqué à l'organe de la respiration ; mais qu'il l’était, consécutivement à une action de préhension laissée à Ja volonté de l'être, et effectuée sous l'inspiration de la sensation interne dont nous venons de faire l’histoire. En certains animaux, cette action de préhension consiste en une véritable déglutition effectuée par la bouche, et par laquelle l'air est poussé dans l’intérieur du poumon, comme des alimens sont portés dans l’estomac , etc. Mais, dans l’homme, c’est par le jeu du thorax que l'air entre dans le poumon et en sort alternativement , ce thorax remplissant à l’égard de l'organe respiratoire proprement dit l'office d’un soufflet. Le thorax, en effet, est mobile, et peut faire varier sa capacité intérieure, l'agrandir ou la diminuer. Or, quand il l’augmente, le poumon voit aussi agrandir la sienne; conséquemment l'air qu'il contient est raréfié, cet air ne fait plus équilibre avec l'air extérieur; et celui-ci alors se précipite dans l’intérieur du poumon par l’ouverture libre que ce poumon a au dehors, par l’orifice de la trachée-artère. Au contraire, quand le thorax se rétrécit, il comprime le poumon qui lui est partout contigu , il

DU MOUVEMENT D'INSPIRATION. 19) en exprime l'air qui le remplit, et cet air s'échappe par ce même orifice supérieur de la trachée-artère. Voilà ce qui fait les mouvemens d'inspiration et d'expiration que nous allons décrire avec soin , d’abord , dans leurs rapports avec la respiration proprement dite * ensuite dans leurs rapports avec d’autres fonctions.

$ 17. — PAénoméenes musculaires respirateurs dans leurs

rapports avec la respiration.

Il faut étudier successivement l'inspiration , l’expira-

tion , et ce qui tient à l'association de ces deux mouvemens.

1° De l’Inspiration.

On appelle ainsi le mouvement par lequel le thorax , cartant ses parois, augmente sascapacité intérieure , et par suite fait pénétrer l’air dans l’intérieur du poumon. Son mécanisme diffère selon le nombre des muscles qui gissent pour l’effectuer. En premier lieu , le diaphragme eul peut l’accomplir. Ce muscle, en se contractant , evient plane, s’enfonce même dans la cavité de l’ab- ‘men, cesse au moins de bomber dans celle du thorax, t par là le diamètre perpendiculaire de la Poitrine est srandi. Les Portions musculeuses de ce muscle, qui ont les seules qui se déplacent , fort heureusement corspondent aux poumons, qui seuls avaient besoin de ‘ouver un plus grand espace; et, au contraire , Son ntre aponéyrolique qui, parcé qu'il est attaché au emum el au péricarde et parce qu'il n’est pas musleux, est Presque étranger à l’abaissement , corres- 2d au cœur qui n’en avait pas besoin. Faisons, en effet 6 marquer en passant, combien les orzanes renfermés

dans le thorax sont merveilleusement placés relativement à la mobilité qu'ils exigeaient dans ce thorax: les poumons qui devaient sans cesse changer de volume correspondent aux cotés , les régions les plus mobiles de la cavité; et, au contraire , le cœur est placé dans celle qui l’est le moins, au milieu, entre les vertèbres en arrière, le sternum en avant, le centre phrénique du diaphragme en bas, et la cloison médiastine sur les côtés. À raison de l'inclinaison oblique en dedans des parties latérales du diaphragme, el de l'inclinaison en arrière du centre phrénique et des piliers de ce muscle, c’est particulièrement en dedans et en avant que sont foulés les viscères gastriques lors de l’abaissement du diaphragine. Toutefois, voilà un premier agent de la dilatation du thorax , l'agent principal de son agrandis- <ement de haut en bas# el le plus souvent c’est lui seul qui fait l'inspiration.

En second lieu, souvent les côtes et le sternum sont soulevés , d’où résulte l'agrandissement des diamètres transverse ei antéro-postérieur du thorax. Mais il y à eu de nombreuses controverses sur le mécanisme de cette partie de l'inspiration. Selon Haller, la première côte est un point fixe vers lequel sont successivement élevées toutes les autres : pour cela , la nature l'a faite immobile, ou au moins très-peu mobile, relativement aux auires ; ct, en outre; des muscles implantés d'autre part au rachis et au membre supérieur, Sont chargés de la fixer. Ainsi, ses articulations vertébrales sont déjà cinq à six fois moins mobiles que celles de la seconde côte, el à

Jus forte raison que celles des autres côtes , puisque» <elon Haller , les articulations costo- vertébrales sont d'autant plus lâches et d'autant plus mobiles dans cha- |

DU MOUVEMENT D'INSPIRATION. 197 que côle , que les côtes sont plus inférieures. En outre, celte première côteest plus courte , plus large qu'aucune autre, moins oblique sur le rachis: son articulation sternale est plus serrée, effectuée par un cartilage moins long, et qui même dans l’âge adulte est continu au sternum. Enfin, indépendamment de toutes ces causes qui doivent mécaniquement la rendre immobile , elle esta lors de l'inspiration, maintenue fixe par l’action des muscles scalènes et sous-claviers. La première côte , selon Halle, peut donc constituer un premier point d'appui. Alors les muscles intercostaux qui la séparent de la seconde , se fixant sur elle , agissent pour élever un peu celle seconde côte; et ils Y parviennent parce que celle-ci à déjà ses articulations postérieures plus mobiles, est moins hrge, plus longue, plus oblique sur le rachis , et que son articulation sternale est aussi plus lâche. Cette seconde côte, ayant ainsi obéi jusqu'à un certain point au mouvement d'élévation, devient point d'appui pour les muscles intercostaux qui la séparent de la troisième , et ces muscles agissant à leur tour, élèvent aussi celle-ci, et même lui font parcourir un espace déjà un peu plus grand, parce que celle côte a déjà ses articulations vertébrales et sternales plus mobiles que la précédente , parce qu’elle est déjà plus longue et plus oblique sur le rachis , etc. Alors la quatrième est élevée de même vers la troisième ; la cinquième vers la quatrième , et ainsi de suite jusqu’à la dernière ; chaque côte étant successivement point d'appui et point mobile , et le mouvement étant d'autant plus étendu que la côte est plus inférieure. De cette manière, les côtes sont élevées; et comme ces côtes sont situées obliquement sur le rachis, leur partie moyenne est néces-

sairement portée en dehors, leur partie antérieure en devant, les cartilages qui les unissent au sternum paraissent éprouver une sorte de torsion, et le sternum semble effectuer une sorte de-bascule qui léloigne de ja colonne vertébrale. Dès lors, les diamètres transverse etantéro-postérieur du thorax sont agrandis , surlout en bas, puisque les mouvemens sont d'autant plus étendus dans chaque côte, que ces côtes sont plus inférieures. Sans doute cet agrandissement est moindre que celui qu'a subi le diamètre perpendiculaire par le jeu du diaphragme ; Sauvages disait qu’il était cinq fois moindre , Haller évaluait la différence à six pouces cubes; mais enfin cet agrandissement n’en est pas moins réel. Dans cette manière d'expliquer l'élévation des côtes, Haller nie que le thorax s'élève ou s’abaisse en totalité; il veut, au contraire , que les côtes s’élèvent successivement vers le haut de cette cavité, et cela d'autant plus qu’elles sont plus inférieures. Il ajoute , en outre, que les espaces intercostaux ne sont nullement agrandis; et, pour le prouver , il avait fait faire une machine qui simulait autant que possible Le thorax, dans laquelle des fils tenaient lieu des muscles intercostaux, et sur laquelle il faisait voir que ces fils se repliaient sur eux-mêmes au moment de l'inspiration. Quant aux muscles agens de cette élévation , Haller indiquait, 1° les deux plans de muscles intercostauæ, qui agissaient sur la côte comme sur un levier du troisième genre, mais dont l'insertion presque perpendiculaire à los compensait ce qu'avait de désavantageux la première disposition. 2° Les suscostauæ , qui, prenant leur point fixe sur les apophyses transverses des vertèbres, soulevaient les côtes, au moins les soutenaient, et surtout devaient agir en bas où ils

sont assez gros. 5° Enfin, dans quelques cas d’inspiration forcée , divers muscles qui attachés, d’une part, à la tête , au col, au membre supérieur, sont implantés d’autre part au thorax, et qui, contre l’ordre le plus ordinaire de leurs fonctions, prenant leur point d'appui fixe sur la tête, le bras, l'épaule , soulèvent alors les côtes à la manière de véritables arcs-boutans actifs ; comme les muscles sterno-mastoïdiens, petit pectoral, une portion du grand pectoral, le grand dentelé surtout à ses digitations inférieures. C'est, en eflet, pour que ces divers muscles trouvent un point d'appui, que dans les grandes inspirations , on porte la tête en arrière, ce qui fée les sterno-mastoïdiens, ou que l’on saisit avec ses bras quelque corps solide , ce qui fournit appui aux muscles pectoraux , etc.

Mais toute cette analise de Haller a donné lieu à des débats. D'abord, on a regardé comme une erreur cette assertion que les espaces intercostaux ne varient pas; un examen attentif fit voir qu’ils devenaient plus grands, et cela d'autant plus que la côte est plus inférieure , ce qui s'explique par le surcroît de longueur , de mobilité dans leurs articulations vertébrales , et d’obliquité sur le rachis , que présentent les côtes, à mesure qu’elles sont plus inférieures. Les côtes décrivant un mouvement d’autant plus étendu qu'elles sont plus inférieures , d'autant plus aussi les espaces intercostaux doivent s’agrandir : l’écartement est surtout sensible vers leur partie carti-

lagineuse.

“Hamberger, ensuite, contesta à aller , que les deux

plans de De intercostaux fussent également inspirateurs ; 1l voulut qué les intercostaux externes seuls fussent ipspirateurs, et que les intercosiaux internes , loin

d’être congénères des premiers , fussent leurs antagonisies, c'est-à-dire des expirateurs : il se fonda sur ce que ces muscles intercostaux internes ont leurs fibres dirigées obliquement de haut en bas, et de devant en arrière; que par conséquent leur insertion est trop près du point d’appui pour qu’ils soient des inspirateurs , et qu’au contraire elle est la plus convenable possible dans Fhypothèse qui en fait des expirateurs. Mais Haller répondit à l’objection en observant que la disposition dont on arguait, devait à la vérité ôter à ces muscles comme inspirateurs une partie de leur force , mais qu’elle ne la leur ôtait pas en entier, et que ce désavantage était en partie compensé par la plus grande fixité des côtes supérieures. Îl argua en outre d’expériences faites sur les animaux vivans, qui consistaient à mettre à découvert d’un côté du thorax les intercostaux externes , et de l’autre les intercostaux internes , et dans lesquelles il dit avoir vu ces deux sortes de muscles agir également au moment de l'inspiration. C’est même à raison de ce débat qu'il imagina la machine dont nous avons parlé plus haut , dans laquelle des fils tenaient la place des muscles intercostaux, et dont le jeu lui parut propre à prouver que les intercostaux externes et internes étaient également inspirateurs.

Après , Sabatier prolessa que dans l'inspiration , les côtes se portent en des directions diverses selon leur hauteur ; que les côtes supérieures se portent en haut, les côtes inférieures en bas, et les côtes moyennes en dehors : il se fonda sur la disposition des surfaces articulaires des apophyses transverses ; celles des côtes supérieures fui paraissant tournées en haut, celles des côtes inférieures en bas, et celles des côtes moyennes en

dehors. Il assura avoir d’ailleurs reconnu directement le fait dans des expériences sur des animaux vivans , el en examinant, chez des phthisiques très-amaigris ; quel était le jeu des côtes dans l'inspiration.

Enfin, récemment , M. Magendie a contesté que lé: lévation des côtes se fit ainsi graduellement des inférieu res vers les supérieures ; et il a établi que toutes les côtes s’élevaient en même temps. Selon ce physiologiste, il est faux que les articulations costo-vertébrales des côtes soient d’autant plus lâches , et permettent d’autant plus de mouvemens , que les côtes sont plus inférieures : c’est tout le contraire. Loin que la première côte soit immobile , ou la moins mobile, comme le veut {aller , elle est la plus mobile de toutes; et les preuves que M. Hagendie en assigne , sont: qu’elle n’est articulée en arrière qu'avec une seule vertèbre; qu’à son articulation costo-vertébrale le ligament interarticulaire manque ; et qu’à son articulation costo-transversaire elle n’a pas non plus les ligamens costo-transversaires supérieur et inférieur. Par des raisons opposées , les autres côtes sont de moins en moins mobiles, à mesure qu’elles sont plus inférieures ; et si cependant dans l'inspiration elles paraissent se mouvoir plus que les supérieures , cela tient à leur plus grande longueur. En outre , loin que la première côte reste fixe , et serve de point d'appui pour l’élévation dela seconde , et qu’ainsi toutes les côtes soient élevées successivement des inférieures vers les supérieures , M. Magendie professe que la première côte s’éiève comme les autres, et que toutes s'élèvent en même temps. Le désavantage dont est pour les côtes inférieures la moindre mobilité de leurs articulations postérieures , est compensé par la plus grande longueur de ces

os; et celte compensation a pour objet de donner à Îa fois au thorax toute la solidité et toute la mobilité dont il avait besoin. Ce sont les muscles sous-claviers , scale nes , les muscles qui du col sont étendus au sternum, qui soulèvent la première côte; et les autres le sont par les muscles qu'a indiqués Haller. M. Magendie croit que la contraction du diaphragme concourt aussi un peu à élever le sternum et les côtes; mais cela ne nous paraît devoir être tout au plus que des côtes inférieures. I] ajoute que l'articulation qui existe entre la pièce supérieure du sternum etla suivante , au niveau de la seconde côte, est assez mobile pour que cette pièce se porte en avant avec la partie supérieure du thorax.

M. Bouvier, qui, dans sa dissertation inaugurale, a traité du mouvement des côtes dans la respiration , croit avec M. Magendie, que Haller s’esttrompé en disant que les articulations postérieures des côtes sont d’autant plus mobiles qu’elles sont plus inférieures ; il dit que toutes ces articulations sont également mobiles , et même que la première côte l’estle plus ; mais il croit que les articulations sternales des côtes ont réellement une mobilité d'autant plus grande, que les côtes sont plus inférieures, et partant plus longues. Il pense du reste que tout le thorax se soulève en même temps, et s'élève de la même quantité partout , par exemple , en avant et surles côtés.

Quoi au’il en soit de toutes ces controverses , il est sûr que les côtes sont élevées, et que, consécutivement à celte élévation, le thorax est agrandi de devant en arrière et en travers, comme par le jeu du diaphagine il avait été agrandi de haut en bas: cela résulte de leur obliquité sur le rachis ; si elles cussent été horizontales , ou obliques en sens opposé, leur élévation n’eût pas

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DU HOUVEMENT D'INSPIRATION. 309

agrandi la cavité du thorax, ou même l'aurait rétrécie.

Toutefois, le thorax ayant écarté toutes ses parois , sa capacité interne a augmenté. Mais un tel effet ne peut avoir liea sans que le poumon, qui est dans son intérieur , et quiest contigu à sa paroi interne, sans qu'il y ait entre eux aucun vide, ne l'accompagne dans son mouvement , et par conséquent ne se dilate aussitôt. Dès lors, l'air qui est dans son intérieur se raréfie; et cet air ne faisant plus équilibre à l'air extérieur, celui-ci doit se précipiter dans l'organe , s’il ÿ a une ouverture qui le permette. C’est ce qui est en elfet : la trachée-artère, origine des bronches , communique avec la glotte; et celle-ci est située , comme on sait, près l'ouverture postérieure de la bouche , et celle des fosses nasales. Or, 1° au moment de l'inspiration, la glotte s’ouvre d’ellemême par Le jeu des muscles arythénoïdiens : c’est cequ’a prouvé Legallois , par des expériences qu'il a faites à l’école de médecine de Paris. En mettant à nu la glotte chez des animaux vivans, on la voit manifestement se dilater à chaque inspiration, et se resserrer à chaque expiration ; si l'on coupe la huitième paire de nerfs au col, et qu'on paralyse ainsi les muscles arythénoïdiens qui recoivent leurs nerfs du laryngé supérieur, on voit qu'alors la glottereste fermée, etque , si expiration est encore possible , il n’en est pas de même de l'inspiration; l'air extérieur, en cherchant à pénétrer dans Je poumon, augmente même l’occlusion de cette ouverture, en pressant sur ses ligamens qui ont une position oblique , et sont comme en cul-de-sac à leur surface antérieure ; et cette occlusion est telle, qu’en cherchant à aspirer l'air au moyen d’une seringue introduite dans la trachée-artère du côté du thorax, on ne peut pas même

y parvenir. 2° Comme la glotte elle ne communique avec le dehors que par la bouche ou par les fosses nasales ; pour que l'inspiration s'achève, ou bien la bouche s’ouvre ; le voile du palais se relevant de manière à laisser communiquer cette cavité avec la glotte; ou bien, si la bouche est fermée, le voile du palais s’abaisse, de manière à laisser arriver à la glotte l’air qui peut s’introduire par l’ouverture toujours béante des narines. Dans ce dernier cas, il peut même y avoir action spéciale des petits rauscles des ailes du nez, comme on l’observe toutes les fois que la respiration est diflicile. On concoit combien cette dernière voie à l’abord de l'air était nécessaire pour les circonstances où la bouche est fermée, comme pendant le sommeil ; et afin que cet air portât dans l'organe de l’odorat les odeurs qui doivent l’impressionner.

L’air se précipite donc dans le poumon , à peu près, ainsi que l’avait dit depuis long-temps Hayow , comme il entre dans un soufflet dont on écarte les branches. Cependant , quelques physiologistes nient que le poumon soit aussi passif dans l'inspiration qu'une pareille théorie pourrait le faire croire. Ceux qui, comme Aetsseissen, ont admis des fibres musculaires dans les bronches, croient à une dilatation active de ces bronches : ils disent que, lorsqu'une plaie pénétrante dela poitrine a permis à l'air de se glisser dans le thorax entre les côtes et le poumon, celui-ci ne s’en dilate pas moins dans l'inspiration, bien que cet air introduit dût empécher l'entrée de l’air extérieur dans l’ergane. Ils citent des observations de Sennert, Swamerdamin , Vieqd'Azyr et autres, dans lesquelles des portions de poumon qui faisaient hernie hors du thorax, ont continué

de se dilater dans l'inspiration et de se resserrer dans l'expiration. Mais , sans assurer que le poumon soit toutà-fait sans aucune part dans le mouvement de l'inspiration , ilest sûr que la plus grande doit être attribuée au thorax. On n’admet plus aujourd’hui de fibres musculaires dans la texture des bronches, mais de ce tissu jaune si éminemment élastique, que nous verrons for mer les artères. Si, dans les plaies pénétrantes de la poitrine , l'inspiration continue , elle est toujours plus faible; et ce n’est que quand la plaie a une médiocre étendue; alors en effet la très-petite surface que comprime l'air qui entre par la plaie, ne suffit pas pour contrebalancer la masse d'air qui, se précipitant dans le poumon , agit sur la surface intérieure très-étendue de cet organe ; mais, si la plaie est très-grande , le poumon ne peut plus se dilater. Si quelques portions de poumon faisant hernie se sont dilatées dans l'inspiration , et resserrées dans l'expiration , le plus souvent c’est l'inverse qu'on observe; et encore le premier fait peut s'expliquer par la libre communication qui existe entre toutes les cellules pulmonaires , et par le retour élastique du poumon sur lui-même.

Mais jusqu'où pénètre dans le poumon l'air apporté par l'inspiration ? Certainement il ne va pas aussitôt jusqu'aux dernières ramifications des bronches, car il y à déjà de L’air dans le poumon; et, quand on sort du vide ou qu'on revient de l’asphixie , il faut plusieurs inspira : tions avant de voir cesser les angoisses. Hyaici quelques points de la question qui ne sont pas connus. Estce graduellement seulement que l'air d’une inspiration parvient dans la pro fondeur des ramuscules bronchiques, et parce qu'il y est poussé par l'air de plusieurs inspira-

tions successives ? quel temps alors emploie cet air pour arriver à ces ramuscules, et pour que ses débris soient rejetés par l'expiration ? se fait-il ainsi dans le poumon comme une circulation d’air ? et comment l'expiration ne vient-elle pas y apporter de la confusion ? ou bien ce nouvel air apporté ne fait-il que se mêler à celui qui est dans le poumon, et servir ainsi à l’entretenir ? Nous le répétons , il y a ici de nouvelles connaissances à acquérir; mais nous reviendrons là-dessus ci-après.

Tel est le mécanisme de l'inspiration. On voit que cette inspiration peut être plus ou moins grande : on dit qu’elle est ordinaire , quand elle ne résulte que de l’abaissement du diaphragme dans l’abdomen , et d’une irès-légère élévation du thorax : on l'appelle grande , quand , à l’abaissement du diaphragme, s’ajoule, pour la produire , l'élévation évidente du thorax : enfin , on la dit forcée , quand elle est la plus grande possible , et que les muscles du col, de la tête et du bras , Comme les sterno-mastoïidiens , les pectoraux , agissent pour l’effectuer. Entre la plus petite inspiration et la plus grande , il y a mille intermédiaires. On conçoit, en effet, qu’on peut employer quelques-uns ou tous Les muscles de l’inspiration. Le plus souvent on ne fait agir que quelquesuns d’entre eux : ou le diaphragme seul, comme cela est d'ordinaire dans la veille : ou les intercostaux seuls, comme dans le sommeil : ce n’est guère que quand l’inspiration doit être extrême et prolongée , Que toutes les puissances inspiratrices sont employées à la fois. D’ailleurs elles se suppléent au besoin : ainsi, que les intercoslaux ne puissent pas agir, comme quand y il a rhumatisme de ces muscles, ou pleurésie , ou qu'un bandage compressif appliqué autour du thorax en empêche l’am-

pliation , alors le diaphragme seul effectue l'inspiration : aucontraire,que ce diaphragme à son tour ne puisse opérer cette action , parce qu'il est malade , qu’une hydropisie ou une grossesse s'oppose à son abaissement dans l’abdomen, alors ce sont les intercostaux seuls qui font l'inspiration.

On a fait beaucoup de recherches pour apprécier quelle forme nouvelle prend le thorax dans l’inspiration ; de quelle quantité il s’est agrandi; de combien aussi s’est augmenté le volume du poumon; quelle quantité d’air a été introduite dans cet organe, etc. 1° Willis a dit que lors de linspiration , le thorax avait une figure carrée, dont les côtés étaient réunis par des angles droits ; Bernoulli, au contraire, dit qu'il est alors un cylindre elliptique , dont le diamètre est un peu agrandi. + Il est certain que la capacité du thorax à augmenté; et, Bartholin, pour constater cet agrandissement du thorax et l’évaluer, mesurait le contour de cette cavité avec un lien dans les deux temps opposés de l’inspiration et de l'expiration. 5° Lieberkun avait évalué à 1500 pieds carrés la surface de tous les canaux aériens réunis; et, l’on a dit que cette surface, lors de l’inspiration, était augmentée, d’un douzième selon les uns, d’un cinquième selon les autres. 4° Borelli, ayant égard à la colonne d'air atmosphérique qui pèse de toutes parts sur les parois thoraciques , et que les muscles intercostaux doivent soulever avec les côtes lors de l'inspiration, évaluait à 32040 livres la puissance développée par ces muscles. 5° Enfin , pour apprécier la quantité d’air que l'inspiration introduit dans le poumon , chacun a eu égard à une base différente : les uns faisaient sur un animal vivant extraction du poumon, immédiatement après une inspiration , et ensuite en exprimaient l’air par une

compression artificielle. Boërhaave se plaçait dans un bain , et notant le niveau de l’eau lorsqu'il était en expiration, remarquait de combien le liquide montait quand il avait inspiré. Sénac inspirait dans un tube qui était placé sur de l’eau , et voyait quelle quantité d’eau avait passé dans ce tube, consécutivement à celle d’air que l'inspiration en avait retirée. Bartholin , comme nous l’avons dit, recourait à un lien avec lequel il mesurait le contour du thorax. Enfin, de nos jours on inspire en un vase, dont la capacité est connue, et l’on voit quelle quantité d'air l'inspiration en a retirée. D'après ces bases diverses, on a dit que l'inspiration la plus grande possible , faisait entrer soixante-dix pouces cubes d’air dans le poumon; et que la quantité qu'y fait pénétrer une inspiration ordinaire était de 12 à 13 pouces cubes , selon Menziès; de 12, selon Goodwin; de 20, selon Jurine ; de 16 à 17, selon M. Cuvier ; de 2, selon Grégory; de 279 centimètres cubes, selon Davy; et, enfin, de 655 centimètres cubes, ainsi que le disait Menziès, selon Thomson.

Il ne faut pas s’étonner de ces dissidences des auteurs : elles sont inévitables quand on veut faire une application

du calcul à des faits qui ne le comportent pas. L'inspi

ration , en effet , est loin d’être un phénomène qui soit toujours le même. D'abord, elle varie dans chaque individu ; car elle est nécessairement un peu dépendante de la conformation pectoraie, et chaque individu a la sienne. Ensuite, cette inspiration est une action mus= culaire volontaire : on peut l’effectuer en mille degrés , et mille circonstances dans la vie y sollicitent.

Sans parler, en effet, des variétés que peut présenter l'inspiration, quand elle a pour but de servir des fonc

Sie

DÜ MOUVEMENT D'INSPIRATION: 30G

tions autres que la respiration, comme l’odorat, la locomotion , les expressions , la digestion , les excrétions , ce dont nous parlerons ci-après; ce mouvement diffère d’après l’objet même qu’il a à remplir dans la fonction de la respiration.

Get objet est d'introduire dans le poumon toute la quantité d’air dont a besoin pour se sanguifier le fluide

veineux qui est alors présent dans ce viscère. Or, cette

quantité d’air devra nécessairement varier , selon qu'est plus ou moins grande la quantité de fluide veineux qui arrive au poumon, et selon que ce gaz est lui-même d’une qualité plus ou moins pure. Ainsi, que dans un instant plus de sang veineux arrive au poumon, comme cela est dans la course , ou dans une passion dont l’effet est d’accumuler le sang dans cet organe , alors l’inspiration doit être plus grande, afin de faire entrer plus d’air dans le poumon, et de coordonner ainsi la quantité de cet air avec celle du fluide à sanguifier. De même, que l’air qu’on respire soit pauvre en oxigène, il faudra aussi que l'inspiration soit plus grande , afin de faire entrer plus d’air , et de suppléer par sa quantité à ce qui

“manque à sa qualité. Il est encore une troisième cir-

Diane qui fait varier le mouvement d'inspiration ,

cest la facilité plus ou moins grande avec laquelle le poumon se Jaisse pénétrer par l’air. Que le poumon se dilate moins et soit moins accessible à l’air, comme dans certaines affections de son tissu, alors aussi l’'inspiration se modilie pour: remédier à cet inconvénient , et faire que toujours la quantité d’air introduit soit correspondante à celle du fluide à sanguifier. Or, mille circonstances dans la vie font varier, et la quantité du fluide veincux qui va s’artérialiser dans le poumon , et

le degré de richesse de l'air qui est respiré , et le degré de facilité avec lequel le poumon se laisse pénétrer , et par suite l'inspiration.

Parmi ces modifications de l’inspiration , il en est même quelques-unes qui sont si importantes , qu'on leur a donné des noms particuliers. Tels sont le soupir et le bäillement; mais nous en parlerons ci-après.

Quoi qu'il en soit, par suite de ce mouvement d’inspiration, Fair se précipite dans l’intérieur du poumon; et, selon sa qualité, il fait sur cet organe une impression ou agréable ou pénible , comme ilen était de l’aliment sur l'estomac : il provoque le poumon à agir, à effectuer la respiration si sa nature est bonne , ou, au contraire , à expirer si elle est délétère. Si cette impression n’est pas d'ordinaire perçue , c'est qu’elle est habituelle, et que d’ailleurs elle est d'autant plus faible , que l'air parvient plus profondément. Ge gaz fait au moins une impression dans le poumon par sa température : en traversant la bouche ou les fosses nasales et la trachée artère, il se met bien au niveau de la chaleur de ces organes ; mais, comme il les traverse vite, qu'il est d’ailleurs assez mauvais conducteur du calorique, il n’a pas le temps de s’échauffer , et il fait impression par sa fraîcheur.

2° De l’Expiration.

Cest le mouvement par lequel le thorax rapproche ses parois, diminue sa capacité intérieure , comprime ainsi le poumon , et exprime de la cavité de cet organe l'air qui y est contenu. C’est par lui que la partie de l'air qui n’a pas été employée, est rejetée. Il est donc, à la respiration, ce que la défécation est à la digestion ; et

conséquemment on doit étudier en lui, comme dans la défécation , comme en toute excrétion quelconque, trois choses , savoir : la sensation , qui annonce que cette expiration doit se faire ; l’action propre du réservoir qui contientla matière à excréter; et, enfin, l’action de l’appareil musculaire volontaire, qui est annexé au réservoir.

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