‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 19 sur 65 · AE · texte numérisé non relu

AE

A. Sensation du besoin d’expirer.

De même que des sensations particulières éclatent , dans le rectum quand la défécation va s’accomplir, dans ‘la vessie quand l’excrétion de l'urine va se faire ; de méme une sensation se developpe dans le poumon, quand le reste de Pair qui avait été inspiré a besoin d’être expulsé de cet organe , la sensation du besoin de l’expira-. tion. Elle est, à l’expulsion de l'air , ce qu'était la sensation d’inspirer à l’ingestion\ de cet air.

Gette sensation ne peut, non plus que toute autre, être peinte par des mots; mais elle est bien distincte pour quiconque l’a éprouvée , et est caractérisée d’ailleurs par son but, qui est d’expulser du poumon l'air qui y est contenu. On est en doute si elle est une sensation externe “ou interne ; cependant lanalogie porte à croire qu’elle est interne, comme celle de la défécation. Sion ne peut en être sûr, c'est que la respiration , s’accomplissant in- Stantanément , et exigeant sans cesse le renouvellement de l'air, on ne peut voir, comme dans la défécation , Si cette sensation se développe indépendamment de la pré- | sence d’un air vicié. D'ailleurs , cette sensation se confond avec celle du besoin d’inspirer, qui éclate alors, et cela ajoute à la difficulté. Boutefois , elle a aussi le caractère de plaisim quand on la satisfait, et, au con

traire , celui de douleur quand on lui résiste; et sa Voix est d'autant plus impérieuse , que le rapport qu’elle commande est absolument nécessaire.

Elle éclate aussitôt que l’air inspiré a été employé par la respiration , fatigue par ses mauvaises qualités, et doit céder sa place à un nouveau. Or, comme l'acte de la respiration est instantané , ainsi que nous l'avons déjà dit plusieurs fois , il s'ensuit qu’elle doit se faire sentir d’instans en instans ; elle se renouvelle en effet de seize à vingt fois par minute, comme la sensation de l'inspiration. Cependant on conçoit qu’il doit y avoir en ceci quelques variétés , selon les différences individuelles d’une part, et selon les conditions de l'air qui est respiré de l'autre.

Si Ja sensation de la défécation avait lieu avec une rapidité telle, qu'il avait été diflicile de spécifier ses degrés ; si elle avait promptement exigé l’accomplissement du rapport qu'elle demandait; à plus forte raison cela doiti] être de la sensation de l’expiration. L’instantanéité de la respiration , la nécessité très-prochaine de cette fonction pour la vie, sont même de nouvelles causes pour qu'on ne puisse signaler ses diverses nuances. Par la même raison, on ne peut constater si le poumon est , lorsque cette sensation éclate, dans un état autre que celui dans lequel il était lors de la sensation de l’inspiration.

Du reste, considérée en elle-même , elle résulte aussi du concours de trois actions nerveuses : une action d’impression , qui siége probablement au poumon ; l’action d’un nerf qui conduit celte impression au cerveau; et enfin , l’action percevante du cerveau. À la vérité , nous ne pouvons encore admettre ces deux dernières actions

DU MOUVEMENT D'EXPIRATION. 219 que par analogie , comme dans la sensation de l’inspiration ; la nécessité très-prochaine dont est la respiration pour la vie, empêche aussi qu’on les prouve par des faits directs : mais , dans tous les cas, ces deux actions ne seraient ici que ce qu’elles sont dans toute sensation que ce soit, el nous n'avons encore qu'à traiter de l’action d'impression.

Or, à l'égard de cette dernière , 1° quel est son siége ? il est probable que c’est le poumon ; mais il est diflicile de dire en quelle partie de cet organe complexe elle réside. On croit que c’est dans la membrane muqueuse , parce qu’une irritation de cette mémbrane décide souvent l’action des puissances expiratrices , Comme dans la toux, par exemple; et dès lors il est naturel de penser que , si, dans ces cas , c’est cette membrane qui fait jouer l'appareil musculaire respirateur , elle le fait jouer aussi lors de l’exercice ordinaire de la fonction. 2° En second lieu , qu'est en elle-même cette action d’impression ? sans doute, elle consiste en une-action quelconque des nerfs du poumon; mais cette action n'est pas plus appréciable que celle des autres nerfs dans toule autre sensation. Elle n’est aussi manifestée que par son résultat, c’est-à-dire la sensation elle - même ; et l’on ne peut dire d’elle que ce qu'on dit de toute sensation : savoir que cette action n’est ni physique, ni chimique , mais vitale , et qu’elle est le produit de l’activité propre du nerf. 3° Enfin , quelle est la cause de la sensation d’expirer ? Si l’on admet que celte sensation est externe, ce sera le contact de l'air vicié par la respiration ; si, au contraire, on établit que c’est une sensation interne, ce qui est plus probable, il faut reconnaître que cette cause est aussi peu connue que celle de toute autre sen-

sation interne, et que l’action spéciale à laquelle se livrent les nerfs tient à l’oflice qu’a le poumon à remplir dans notre économie.

PB. Action propre du poumon dans l'expiration. I Ï Ï

Le poumon n’est pas aussi passif dans expiration qu'il la été dans l'inspiration : sans doute le jeu du thorax, qui avait fait pénétrer l'air dans l’intérieur de cet organe, concourt principalement à l'en expulser ; mais il y a de plus un retour élastique des tuyaux aériens sur eux-mêmes , par suite de la dilatation qu'ils avoient éprouvée dans le temps précédent. Si l’on pousse de l'air dans la trachée-artère d’un cadavre, ce fluide distend d’abord le poumon et la poitrine ; mais, dès qu’on cesse de faire agir le piston de la seringue , il est chassé, expiré par la seule force élastique des organes respiraioires. Si l’abdomen est ouvert sur un animal vivant. l'expiration ne se produit pas moins, et le diaphragme remonte de même dans la poitrine. Enfin, en 1819, M. Carson a présenté à la Société royale de Londres un précis de quelques expériences tendantes à faire évaluer la force avec laquelle le poumon dans l'expiration revient sur lui-même, et qui au moins la mettent ici hors de doute, Quelques physiologistes admettent une contraction réelle des fibres musculaires , qu'ils disent entrer dans la structure des bronches : mais nous avons déjà dit qu’on ne croit pas aujourd’hui à l’existence de ces fibres musculaires , et qu'on regarde ces fibres comme appartenant à ce tissu jaune très-élastique que nous verrons former les artères , et qui, sans contredit, est très-propre à exécuter l’oflice dont nous parlons ici.

LE

Page 1