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CHAPITRE IL

Mécanisme de la Calorification.

Dans ce mécanisme, il faut étudier; d’abord l’action par laquelle les parenchymes dégagent le calorique qui fonde la température ; ensuite, les moyens divers par lesquels cette température reste la même, quelles que soient les variations du milieu ambiant, c’est-à-dire malgré toutes les influences de chaud etde froid.

AnTicze [®.

Action de Calorification proprement dite.

C’est une action qui se passe dans les parenchymes des organes, mais qui, aussi moléculaire que celle de la

nutrition , ne peut pas plus être décrite, et n’est manifestée que par ses résultats. Trois sortes de causes mettent dans l’univers le calorique en évidence : des causes physiques , des causes chimiques, et la vie; certainement quand les premières agissent , on ne voit pas comment le calorique se dégage; le changement qui se fait dans les corps est trop ténu pour être aperçu par les sens : or, ilenest de même, quand c’est la vie qui produit le dégagement du calorique. Comment eneffet pourrait-il en être autrement, puisque le calorique est un Îluide impondérable ? Ce n’est donc que par le résultat, que nous annonçons qu'il ÿ a une action des parenchymes, en vertu de laquelle est dégagé le calorique nécessaire à la température.

Cette action est aussi impénétrable en son essence que toute autre , et l’on ne peut encore dire d’elle que ce qu’on a dit de toutes les autres actions de l’économie, que le parenchyme où elle a lieu n’est pas passif dans sa production, mais en est l'agent ; et que, ne pouvant être assimilée à aucune action physique ou chimique , elle doit être dite organique et vitale.

1° Le parenchyme des organes n’est pas passif dans laccomplissement de la calorification: et en effet , l'in= tégrité de ce parenchyme est une condition nécessaire pour que cette action se fasse bien, et toute modification dans la structure et la vitalité de ce parenchyme en entraîne une coïncidente dans la calorification. Ainsi, ce parenchyme a une organisation un peu différente en chaque partie , et nous verrons ci-après que chaque parte a aussi sa température propre. Ces parenchymes n’ont pas la même vitalité dans les divers âges, sexes, tempéramens , dans les diverses espèces animales, et aussi

les calorifications de chacun d’eux se montrent différen- Les dans ces divers cas. Qu’uneirritation directe ou sympathique soit appliquée au système capillaire d’un organe, aussitôt la calorification en est modifiée : quand les parenchymes sont malades, n’y a-t-il pas état nouveau dans leur température , froids ou chaleurs morbides ? la modification ne porte pas alors seulement sur le degré de la température, mais sur sa nature qui se manifeste par des sensations d’un caractère particulier. Enfin , si on paralyse les parenchymes , en coupant ou liant les nerfs qui les vivifient, les artères qui leur apportenile sang, iln’y a plus déealorification , et la partie se refroidit. D'ailleurs , pour que le parenchyme des organes füt passif dans l’acte qui produit leur chaleur, il faudrait qu'il fût simplement le théâtre où se passeraill’action physique ou chimique quelconque qui dégageât le calorique : or, ou celle-ci serait primitive, et nous allons prouver tout à l’heure que cela n’est pas; ou elle serait le produit de quelque action vitale en ellemême , de la circulation capillaire, par exemple, de la nutrition , et comme c’est le parenchyme des organes qui est l’agent direct de ces organes, il le serait conséquemment aussi de la calorification.

2° Cette action, qu'exerce évidemment le parenchyme de chaque organe pour sa calorification, quelle est-elle ? Ici nous devons discuter plusieurs théories, qui font de la calorification une suite irrésistible, et partant physique ou chimique, des autres fonctions organiques qui se passent dans les systèmes capillaires ou parenchymes nutritifs, savoir, circulations capillaires et nutritions,

On a dit que, selon la mesure de la circulation capillaire dans chaque organe , mesure qui était toute réglée

par la vie , le calorique se dégageait mécaniquement dans les organes, par suite des frottemens qu'y subissait le sang. On expliquait dès lors les différences de la chaleur dans les diverses parties du corps par celles de la circulation capillaire , et les changemens locaux de température par les modifications qui surviennent dans cette même circulation capillaire. Il est certain qu’il y a un rapportentre la circulation capillaire et la calorification ; que le plus souvent il y a augmentation où diminution de chaleur, selon que la circulation capillaire se presse ou se ralentit : mais ce rapport ne peut-il pas tenir à ce que ces actions se passéfit aux mêmes lieux , reconnaissent les mêmes agens, sont influencées par la même cause, sont intimement unies entre elles ? et prouvet-il absolument que l’une de ces actions soit la suite forcée de l’autre ? Tous les argumens que nous avons opposés à la théorie physique de Boërhaave sur la production de la chaleur par les frottemens, se représentent ici pour montrer que , si la calorification est le résultat de la circulation capillaire, ce n’est pas physiquement que celle-ci amène le dégagement de calorique qui la constitue.

D’autres ont voulu que le dégagement de calorique auquel est dû la température du corps humain , fût un effet purement chimique des autres fonctions, et particulièrement des nutritions. Comme, dans la nature générale, toutes les fois que la matière éprouve une transformation , change d'état , il y a absorption ou dégagement de calorique , et que la nutrition est une véritable transformation de matière, Josse et Bichat ont fait de la calorification une dépendance toute chimique de la nutrition. Ainsi, le sang artériel, qui est la base de toute nutri-

rs:

tion, contient comme tout corps quelconque , parmi ses élémens composans , du calorique à l’état latent. Lorsqu'ensuite ce sang est par la nutrition changé dans la substance des organes, solidifié, comme il passe alors de l’état liquide à l'état solide , il dégage du calorique ; et ce calorique est la source de la température de la partie. Dans cette hypothèse, la température est bien dépendante de l'état de vie, puisque c’est celui-ci qui décide les nutritions; mais elle est un produit purement chimique de ces nutritions; et, comme ces nutritions sont diverses en chaque organe, il en est de même des calorifications. Des physiologistes ont étendu ce pouvoir de produire de la chaleur à toutes les fonctions qui ont pour but d'élaborer une matière , à la digestion , aux sécrétions , et même à tous les mouvemens vitaux profonds, admettant que ceux-ci entraînaient quelques combinaisons chimiques nouvelles dans la matière des organes. Nous n’avons rien à opposer à cette dernière partie de la théorie , sinon qu’elle est une conjecture qui n’est que vraisemblable ; mais l'hypothèse, bornée à la nutrition, nous paraît encore inadmissible. Rien ne prouve en effet un rapport entre la nutrition et la calorification ; il est au moins moins marqué qu'avec la circulation capillaire ; souvent la calorification se modifie sans que la nutrition soit changée , dans les affections morales, par exemple; à supposer que ce rapport existe , on peut l’expliquer en observant que ces actions se passent aux mêmes lieux, et sont exécutées par les mêmes agens; et certainement il ne prouve pas absolument que l’une de ces actions soit une suite chimique, et partant forcée de l’autre. Dirat-on que le mouvement de composition doit dégager du

calorique , parce que le sang y est solidifié ? mais le mou- 3. 35

vement de décomposition doit à son tour en absorber, puisque les organes y sont fluidifiés ; et la compensation étant ainsifaite , la température ne devrait pas être entretenue. D’après cette théorie, les alimens liquides , comme plus riches en calorique, devraient plus échauffer que les alimens solides ; on devrait y recourir de préférence, ou au moins en manger plus dans les paysfroids , les saisons froides ; les gros mangeurs devraient avoir une température plus élevée : rien de tout cela n’est vrai, et contredit d'autant l'hypothèse.

Nous récuserons de même le système de Crawford, qui établit que lesang artériel, au moment où il à été fait dans le poumon, s’est pénétré de tout le calorique qui a été dégagé à l’occasion de la respiration , et cela parce que ce sang a une très-grande capacité pour le calorique ; et qu’ensuite ce sang l’a dégagé dans les organes, à mesure qu'il a été employé aux nutritions , et est redevenu veineux. Davy , en effet, nie que le sang artériel ait pour le calorique une capacité plus grande que le sang vei-. peux ; et en admettant cette différence , elle est trop peu de chose pour alimenter la température du corps humain. Îl n’y a de vraisemblable dans cette théorie , que la dernière partie, c’est-à-dire que c’est du sang artériel que provient le calorique dégagé; mais nous avons déjà réfuté tout ce qui est relatif à la première , c’est-à-dire à la manière dont le sang artériel avait acquis son calorique dans la respiration.

Quelle que soit l’action physique ou chimique générale, à laquelle on veuille rapporter l’action des parenchymes pour la calorification, on n’en trouve dans l’état actuel de la science aucune qui convienne ; et en attendant qu’on soit plus heureux, on est obligé de dire cette action

MÉCANISME DE LA CALORIFICATION. Di

organique et vitale. Ge que l’on peut assurer seulement , c’est que 1° celte action de calorification, quoique placée comme la nutrition aux derniers termes de l’assimilation. est dans l’homme et les animaux supérieurs, très-dépen dante d’une influence nerveuse: la facilité avec laquelle la chaleur du corps se modifie dans les affections mora . les, et les expériences de Brodie et Chaussat dont nous avons parlé plus haut, le prouvent. 2° Que c’est du sang artériel que le calorique est dégagé, ce sang étant la substance où les parenchymes puisent pour leur calorification, comme il était déjà celle où ils puisaient pour leur nutrition. Arrêtez en effet la circulation artérielle dans un membre, il se glace: diminuez la quantité de sang artériel qui doit lui parvenir, vous voyez dans la même proportion baisser sa température. La calorification, enfin , paraît être de toutes les fonctions qui se passent dans les systèmes capillaires, celle qui a le plus d'influence sur le changement du sang artériel en sang veineux. Arrêtons-nous un moment sur cette dernière proposition.

Nous avons déjà dit que cinq fonctions qui se passent dans les systèmes capillaires, pouvaient également être considérées comme concourant à la formation du sang veineux ; savoir : la circulation capillaire , la solidification du sang artériel pour la composition des parties , l'absorption de décomposition, les sécrétions et l'acte de la calorification. Les auteurs ne s’expliquent pas sur la question de savoir si quelques-unes de ces actions seules font le sang veineux , ou si toutes y concourent. Ils se contentent de dire que , consécutivement aux élaborations que subit le song artériel dans les parenchymes,

soit pour la nutrition et la calorification des parties , soit 53*

pour leur stimulation , il est changé en sang veineux. H est difficile , en effet, d’aller par des faits au-delà de cette généralité. Cependant, voici quelques réflexions relatives à cette question. La cireulation capillaire ne doit pas par elle-même faire le sang veineux : elle ne peut concourir à sa formation qu'indirectement , en influant sur les actes de nutrition et de calorification. Nous en dirons autant des sécrétions : ces sécrétions sont bornées à quelques parties, et il n’y à qu'une action générale à tous les organes qui peut changer le sang artériel en veineux. À l’article de la composition de nos parties , nous avons dit qu’il était possible que cet acte ne fit que consommer plus ou moins de sang artériel , mais sans le changer en veineux. Îl est possible aussi que l’absorption décomposante ne fasse qu'y verser ses produits. Reste l'action de calorification, et plusieurs raisons militent pour faire conjecturer qu’elle y a la plus grande part. Remarquons , en effet , que dans son retour des parties aux poumons , le sang veineux recouvre deux sortes de substances , le chyle et l'oxigène : il est dès lors probable que le sang artériel fait dans les systèmes capillaires deux sortes de pertes : l’une plus matérielle, qui n’a pas besoin d’être réparée aussitôt , à laquelle remédie le chyle; et l’autre , plus subtile, demandant à être répa= rée instantanément, et l’étant par l'oxigène. Une pre: mière vue porte à croire que la nutrition est ce qui a déterminé la première de ces pertes; il ne resterait COnséquemment que la calorification pour correspondre à la seconde. Or voici des faits qui appuient cette dernière manière de voir. Gertainement la formation du sang veineux dans les systèmes capillaires du corps, est une action inverse de la formation du sang artériel dans les

systèmes capillaires du poumon ; et dès lors il doit y avoir quelques rapports entre l’action des systèmes capillaires du corps qui fait le sang veineux, quelle que soit cette action, et la respiration qui fait le sang artériel. Or, de toutes les actions qui se passent dans les sysièmes capillaires du corps, aucune n’a des liens plus intimes avec la respiration que la calorification. Nous avons déjà indiqué ces liens : rappelons-les encore. Dans la généralité des animaux, la température est d’autant plus élevée, que la respiration est plus étendue. Dans un même animal, la température est en raison de l’étendue de sa respiration. Ainsi les fœtus des animaux à sang chaud n’ont pas encore de respiration proprement dite , et aussi est-ce par des secours étrangers qu'ils sont maintenus à la température de leurs mères : à leur naissance , la respiration est chez beaucoup d’entre eux incomplète encore; aussi, pendant plus ou moins de temps encore, sont-ils animaux à sang froid : enfin, dans la série des âges , la respiration va en augmentant d’étendue de la naissance à l’âge adulte , et coïncidemment aussi s’'augmente de la même manière la température. Si l’on entrave la respiration dans un animal , on fait baisser sa chaleur. Les animaux, dans leur respiration , consomment d'autant plus d’oxigène, qu’ils ont une température plus élevée; et d’autre part, ils supportent d’autant moins la privation d’air, qu'ils sont plus animaux à sang chaud, Les saisons enfin qui modifient à la longue la calorification, modifient aussi la respiration; et si, par une heureuse harmonie , la puissance que nous avons de produire de la chaleur est moindre en été qu’en hiver (expériences de M. Edwards), en été aussi nous consommons moins d'oxigène qu’en hiver. Gertes, on ne

peut trouver plus de rapports entre deux fonctions : et que de présomption dès lors pour croire que l’une , la calorification , emploie le sang artériel, que l’autre, la respiration , à fait ! à moins que cesang artériel ne dépose dans les organes un stimulus qui y soit le moteur de tous les actes vitaux , et que son action ne soit accompagnée d’un dégagement de chaleur, ce qui, du reste, reviendrait au même pour la question que nous agitons. Ajoutons que l’action de nutrition , de laquelle on peut aussi faire dériver le sang veineux , est peut-être peu de chose à chaque instant dans chaque organe, surtout n’est pas la même en chacun d’eux : et ce sont là des phénomènes qui ne s'accordent, ni avec la promptitude avec laquelle se fait le sang veineux, ni avec l’identité de ce fluide : tandis que le dégagement dans les organes du calorique, ou d’un stimulus spécial, est un même phénomène qui doit naturellement donner naissance à un même produit.

Ainsi donc, c’est du sang artériel qu’est dégagé dans les parenchymes le calorique duquel dépend notre température , soit par une action spéciale de ces parenchymes sur ce sang, soit consécutivement à l'influence inconnue qu'exercerait ce fluide sur les parties, pour leur faire produire les mouvemens vitaux. Dès lors la respiration n’est plus la fonction qui dégage le calorique, mais celle qui fait le fluide organique duquel il est dégagé, ou à l’occasion duquel s’en fait le dégagement. Le siége de la chaleur est , non le système capillaire du poumon , mais les systèmes capillaires du corps : tout ce qui modifiera ces systèmes fera changer la chaleur. Ainsi s'expliquent aisément toutes les variétés locales de température; etsi, par exemple, on voit dans les

morts accidentelles la chaleur persister encore quelque temps dans le cadavre , c’est parce que dans ces morts les systèmes capillaires sont les parties du corps qui meurent les dernières.

Mais, puisque la calorification est le fait de l’action de chaque parenchyme, on conçoit qu’elle doit être différente en chaque partie, puisque chaque parenchyme a une vitalité différente. Les expériences relatives à ce point de doctrine sont, à la vérité, peu faciles; car, d’une part, comme nos divers organes sont bons conducteurs du calorique , la température de l’un est bientôt partagée par celui qui l’avoisine; et, d’autre part, il y a toujours l'influence du milieu ambiant , et qui est plus sensible sur les parties externes que sur les internes. Cependant, celles qui ont été faites ont sufli pour justifier ce que la théorie annonçait à cet égard. Chopart et Dessault ont trouvé la chaleur, de 30 degrés au rectum, de °8 et demi aux aisselles et aux aines recouvertes de vêtemens , et de 26 trois quarts à la poitrine. Davy, expérimentant sur un homme nu et sortant du lit, a trouvé 90 degrés au milieu de la plante du pied, 95 entre la malléole interne et le tendon d’Achille, 91,5 sur le milieu du tibia ; 95 sur le mollet, 95 au creux du jarret, 91 au milieu de la cuisse, 96,5 au pli de l’aine; 99 à trois lignes au-dessous de l’ombilic ; 94 à la sixième côte à gauche , 95 à la sixième à droite, et 98 sous l’aisselle. MM. Edwards et Gentil, opérant sur un homme fort , dans l’âge adulte, onttrouvé 51 degrés au rectum et dans la bouche, 30 aux mains, 29 un quart aux aisselles et aux aines; 28 trois quarts aux joues, 28 et demi au prépuce et aux pieds , 28 à la poitrine et à l'abdomen. de conviens que, dans toutes ces expériences, il n’est ques-

tion que des parties extérieures sur lesquelles agit inégalement l’élément ambiant ; mais en voici d’autres, pour juger l’état des parties intérieures. Davy tue le plus vite possible un veau , et place successivement le thermomètre dans les diverses parties de son corps ; le sang de la veine jugulaire accuse 105,5 ; celui de l'artère carotide 107; le rectum 105,5; le métatarse 97: le tarse 00 ; le genou 102 ; la tête du fémur 105; l’aine 104 ; le dessous du foie 106 ; la substance de cet organe 106 ; celle du poumon 106,5; le ventricule gauche 107; le ventricule droit 106; la substance du cerveau 104. D'ailleurs , à défaut de ces expériences, il suflirait des maladies et des chaleurs sympathiques. N’est-il pas évident que chaque système , quand il est frappé de la même maladie , d’une inflammation , par exemple, développe une chaleur, qui est spéciale sous le rapport de son intensité et de son caractère ? N'est-ce pas là une preuve que chacun a , en santé, sa température propre ? de même chaque partie ne répond-elle pas à une influence sympathique par le développement d’une chaleur spéciale? Enfin , combien il est fréquent de voir des changemens dans la température survenir dans une partie seulement ! Souvent la chaleur augmente dans un organe , par cela seul qu’il se livre à l’exercice de sa fonction : c’est ce qui arrive aux organes génitaux, par exemple ; et ces variations ne portent pas seulement sur l'intensité de la chaleur, mais sur son caractère. Concluons donc, que chaque partie a sa température propre , et que de la réunion de toutes ces températures résulte celle générale de 29 à 30 degrés , que nous avons assignée à l’homme. Les parties du corps de l’homme sont, en effet, conductrices du calorique, et

la chaleur que chacune dégage s’étend de l’une à l’autre. Si on plonge une main dans de l’eau chaude , non-seulement cette main s’échauffe, mais tout le corps : si on plonge une main dans de l’eau froide, par cette main aussi tout le corps se refroidit. Ges faits prouvent que le calorique a circulé d’une partie à l’autre. Dans les inégalités de chaleur que présentent les parlies du corps , il paraît que la froideur est en raison de leur éloignement du cœur, de la moindre quantité de sang qui les pénètre , et de la grandeur de la surface qu’elles présentent à l'élément ambiant ; les pieds et les mains, par exemple , qui sont assez froids, Le seraient encore davantage, s’ils recevaient moins de sang : mais nous allons revenir là-dessus ci-après. Selon Davy, le sang artériel est plus chaud d’un demi-degré que le sang veineux.

ArTicse Il.

Maintien de la Température de l'Homme.

Non-seulement l’homme dégage, par une action qui Jui est propre et qui dépend de sa vie, le calorique d’où dépend sa température ; mais encore il se maintient jusqu’à un certain point au même degré, au milieu des températures des corps ambians, résistant également au froid et au chaud.

1° Résistance au froid. D'abord , l’homme résiste au froid ; c’est ce que montre l'observation la plus vulgaire, car il est généralement plongé dans un milieu d’une température très- inférieure à la sienne. Sans doute du calorique lui est alors soutiré par l'air et les corps ambians , comme le prouve l’échauflement de cet air et de ces corps; mais il ne tombe pas pour cela à leur niveau

et reste à sa température propre. Plusieurs causes concourent à ce résultat. D'abord , l'action de calorification est monlée primitivement , au point convenable pour subvenir à cette dépense continuelle de calorique , et renouveler ce fluide à mesure qu'il est dissipé. Ensuite , la nature a fait mauvais conducteurs du calorique les parties conslituantes du corps humain, et surtout ses enveloppes, la peau et ses dépendances. À la vérité , l’homme est, à cet égard, moins bien partagé que beaucoup d’animaux ; sa peau est nue, et ne fonde pas, contre les influences de la température extérieure, une barrière aussi bonne que chez les animaux où cette membrane est couverte de poils, de plumes ; mais elle n’en constitue pas moins un vêtement naturel, qui sert à le défendre du froid : cela est vrai surtout de la couche de graisse qui est en dessous de cette membrane. Il n’est pas possible de nier l'usage que nous assignons ici aux tégumens , quand on voit les animaux destinés à habiter les pays du nord , munis d’épaisses fourrures, et chargés d’une graisse sous-cutanée abondante. En troisième lieu , l’homme recourt à certains secours physiques , comme à des vêtemens arlificiels qui fixent à la surface de son corps une même atmosphère d’air , laquelle bientôt échauflée par lui, ne lui laisse plus éprouver l'impression du froid ; comme au feu artificiel qui échauffe l’élément ambiant , et fournit même directement du calorique à ses organes. Il est peu d’animaux qui n’aient aussi recours à quelques moyens artiliciels pour se défendre du froid : mais, par les raisons que nous avons déjà présentées tant de fois, cela est plus vrai de l’homme que de tont autre, Get êlre aussi à soin de se placer dans des positions telles, qu'il offre le moins de surface possible au contact de

MÉCANISME DE LA CALORIFICATION. 525 l'air extérieur, et, qu’au contraire , ses diverses parties se touchent afin de mieux s’échauffer réciproquement. Ce sont, en effet, les parties du corps qui sont les plus isolées des autres ,etqui ontles rapports les plus immédiats et les plus étendus avec l'atmosphère dans laquelle nous sommes plongés , qui manifestent les premières les impressions du froid: savoir : les pieds, les mains, les oreilles, le nez, etc. Enfin, l’homme active alors sa fonction de calorification par diverses influences organiques , comme les mouvemens , la digestion, tout ce qui excite la circulation générale : qui ne sait qu'on supporte mieux le froid , quand on à de bons alimens dans l'estomac, et quand, résistant à un engourdissement perfide, on se livre à l’exercice ?

Par ces divers moyens , non-seulement l’homme conserve chaque jour sa température dans un milieu plus froid que lui, mais encore il résiste à des froids trèsintenses : il vit, en effet , en hiver comme dans l'été, dans les régions polaires comme dans les régions équatoriales , et certaines professions le condamnent aux impressions continuelles d’un grand froid. Seulement , il est plus nécessaire encore dans ces derniers cas de soutenir l’action de calorification par l’influence de bons alimens , de l'exercice, du courage moral, et de diminuer son service par l'emploi des vêlemens , du feu , el autres secours artificiels. Il faut reconnaître que l'intelligence de l’homme et son industrie , ont aussi une grande part à la puissance qu'il développe sous ce rapport.

Cependant, cette puissance de l’homme de résister au froid ne s’étend qu’à une certaine fimite : à un certain degré, l’action de calorification ne peut plus suffire à

renouveler le calorique qui est soutiré: quelques parties du corps commencent à se congeler , la température du corps baisse , et quand elle est tombée à 26 degrés à peu près , la mort arrive. Ce sont les parties les plus éloignées des organes centraux , les moins vivantes, qui recoivent le moins de sang , et qui offrent le plus depoints de contact avec l'élément ambiant, qui sont congelées les premières. Cette congélation , du reste, n'arrive que tardivement, et est précédée d’un état organique particulier , qui n’est pas tout-à-fait la mort, mais qui est au moins la suspension de la vie. Le froid paraît tuer par l’épuisement des forces nerveuses , à juger par l’accroissement progressif de la stupeur et de la débilité dans lesquelles on tombe , et par le sommeil trompeur et funeste qui vous saisit en cette circonstance. Nous n’avons pas besoin de dire, que la résistance qu’on oppose à cette impression de froid est en raison de l'énergie de la vie; qu'elle est moindre, par exemple, chez les vieillards, les convalescens , les gens faibles , etc. Alors éclatent les sensations factiles de froid, dont nous avons parlé dans le temps, et qui surviennent également, soit que le milieu ambiant devenu tout à coup plus froid soutire davantage de calorique, soit que ce milieu restant le même , la vie soit affaiblie et effectue une calorification moins énergique.

2° Résistance au chaud. Gomme il est fort rare que l'homme soit exposé à un milieu d’une température, nonseulement supérieure , mais égale à la sienne , Boérhaave croyait que si ces cas se rencontraient, le plus souvent cet être ne pourrait pas continuer de vivre. Mais cela n'est pas : Franklin le premier remarqua qu’un jour que la température extérieure était de quatre degrés

supérieure à celle du corps humain, la sienne n'avait pas changé, et était dès lors inférieure à celle du milieu ambiant; et depuis lors, on a reconnu dans beaucoup de cas que l’homme résiste à des chauds assez intenses aussi bien qu'aux froids. Nous en avons rapporté plus haut de nombreux exemples. Déjà , en 1748, Linnings avait vu la température extérieure être à Charles-Town supérieure à celle du corps humain; et Adanson avait fait la même remarque au Sénégal , et Ellis, en Georgie. En 1760, Duhamel vit une fille supporter dix minutes la chaleur d’un four chaud à 119°. Enfin, en 1779 , Fordyce, Banks , Blagden, Solander à Londres,et Dobson à Liverpool, et en 1806, MM. Berger et Delaroche à Paris, firent des expériences à ce sujet, et supportèrent, pendant dix minutes et plus, des chaleurs de 100 à 115 degrés. Sans doute alors le calorique tend à pénétrer le corps de l’homme; ce qui le prouve, c’est que les objets que le corps touche se refroïdissent ; mais l’homme n’en reste pas moins à sa température propre ; du moins cette température ne s’est élevée que d’un à deux degrés dans les expériences des Anglais , et de trois à quatre au plus dans celles de MM. Berger et Delaroche. Il s’agit encore d'indiquer quelles causes amènent ce résultat.

Ces causes sont multiples aussi. D'abord , il est probable que de même que dans les conditions de froid l'action de calorification avait redoublé d’activité, ici elle a diminué, étant moins sollicitée par l’élément extérieur. En second lieu, il y a l'influence de la peau, qui mauvaise conductrice du calorique s'oppose un peu à l'introduction de ce fluide : cependant ceci est moins marqué en nous qu’en beaucoup d’autres animaux. En

troisième lieu , l’homme alors recourt aussi à beaucoup de moyens artificiels de refroidissement ; il use de vêtetemens qui le défendent ; dans leurs expériences , Fordyce et autres souffraient plus nus qu'habillés; et T'illet et Blagden ont vérifié le fait par des expériences sur des animaux. Îl se soumet continuellement au contact d’un air frais et de corps ‘froids ; il renouvelle sans cesse le premier en l’agitant. Il prend des positions telles que ses parties cessent de se toucher , et sont , au contraire , dans des contacts multipliés avec l'air. Il s’abstient de tous mouvemens et de tous actes organiques propres à exciter l’action de la calorification. Enfin, son intelligence et son industrie ne sont pas moins

employées que pour échapper au froid. Mais il paraît

qu’en outre il a en lui une cause physique de refroidissement , savoir, l’évaporation des perspirations cutanée et pulmonaire. Franklin est le premier qui ait eu cette idée. Un jour que la chaleur extérieure était plus forte que celle du corps humain , il remarqua que sa peau lui paraissait plus fraîche que les autres corps, son pupitre , par exemple; il en accusa son état de sueur; et, réfléchissant que toujours la sueur coule en abondance quand on est exposé à une forte chaleur, il conjectura que celte évacuation servait à absorber, en se volatilisant, une certaine quantité de calorique au corps, et était le moyen de réfrigération du corps. Il assimila le corps humain transpirant à ces vases dits alcarazas, qui, laissant suinter à travers leurs parois des gouttes du liquide qu'ils contiennent , conservent ce liquide frais , si on les expose au soleil, qui vaporise la partie du fluide qui à transsudé. La transpiration lui parut agir dans le corps humain, comme le fait cette portion de liquide

MÉCANISME DE LA CALORIFICATION. 927 qui transsude dans ces alcarazas. Il invoqua lexemple des éponges mouillées, qui s’échauffent moins que tous les autres corps, probablement aussi parce que la vaporisation d’une partie de l’eau qui les mouille absorbe une partie de leur calorique. Gertes, on ne pouvait qu'être séduit par cette application physique, dont on pourrait citer encore d’autres exemples; mais ce n’était néanmoins qu’une conjecture qu'il fallait chercher à démontrer. Fordyce crut y parvenir, en soumettant à la même étuve dans laquelle il pénétrait ,une bouteille pleine d’une eau ayant la température du corps humain: et il dit que, si celle-ci ne gardait pas sa température à l'instar de lui, c’est qu’elle n’était pas, comme lui, le siége d’une transpiration continuelle. I est certain qu’en couvrant d’un enduit imperméable un alcarazas , et en prévenant ainsi la transsudation qui se fait à sa surface, on voit le liquide qui est contenu dans son intérieur s’échauffer. Cependant la démonstration n’était pas encore rigoureuse. MM. Berger et Delaroche firent mieux. D'un côté, dans une étuve chaude de 50 à 60 degrés, ils laissèrent, pendant deux heures, une grenouille , un alcarazas plein d’eau portée à la chaleur animale, et deux éponges imbibées de la même eau, et ils virent la grenouille acquérir une température de 57 degrés, et ces corps y persister ensuite également. Ayant substitué à une grenouille un lapin, le résultat fut le même, et partant plus frappant. D'un autre côté , ayant placé des animaux dans une atmosphère chaude, tellement saturée d'humidité qu'aucune vaporisation ne pouvait s’y produire ; ils ont vu les animaux être pénétrés par le calorique, et leur température s'élever; tandis que, par comparaison des corps inertes , mais, évaporables , placés dans une étuve sèche, ne s’échauflaient pas , ou beau-

coup moins que des animaux à sang chaud. Ges expérimentateurs cherchèrent même à supprimer en eux toute transpiration, en s’enduisant, avant d’entrer dans l’étuve, d’un vernis à l'esprit de vin; mais leur expérience fut sans résultats, probablement parce qu'ils ne purent arrêter la transpiration pulmonaire : du moins il est certain qu'ils avaient perdu autant que s'ils n’avaient pas eu recours au vernis , comme ils s’en convainquirent en se pesant avant et après l'expérience. La proposition de Franklin est donc aujourd’hui généralement approuvée.

Tels sont les moyens par lesquels l'homme se maintient à sa température propre , malgré les impressions d’une chaleur supérieure. Gependant sa puissance à cet égard ne s'étend aussi que jusqu’à un certain point : à un certain degré , l’action transpiratoire ne suflit plus, la température générale de l'individu s'élève , et la mort arrive ; celle-ci vient quand la température s’est élevée de 6 à 7 degrés; cette époque est la même pour tous les animaux. Voici les phénomènes que l’on observe : l’homme, dans les étuves , éprouvait de la cuisson à diverses régions de la peau, aux paupières, aux narines , aux mamelons du sein : la peau rougissait, le pouls s’accélérait, ses battemens s’élevaient à 160 et plus; après quelques minutes, la peau ruisselait de sueur , il survenait une anxiété générale, une grande gêne de la respiration, de la céphalalgie, des étourdissemens et

même des syncopes; il fallait cesser l'expérience : le -

corps avait perdu par la sueur 250 à 500 grammes de son poids. Si on expérimentait sur des animaux , et qu'on les abandonnât dans l’étuve jusqu’à la mort, à l’examen du cadavre, on trouvait une extinction absolue de toute irritabilité, et une tendance fort grande à la putréfaction. L'air chaud sec était supporté plus long-

temps que l'air chaud humide. Ce qu’on perdait en poids par la transpiration , était d’autant plus considérable que la chaleur était plus grande, et c'était plus fort dans l’air humide que dans l'air chaud. En général , l'homme résiste plus au froid qu'au chaud. La résistance, comme on le concoit, est aussi en raison de l'énergie de la vie ; elle est moindre dans le vieillard, le convalescent, l’homme faible : c’est alors que sont éprouvées les sensations de chaleur. Rappelons, en effet, ce que nous avons dit à l’histoire du tact, que l'homme n’est Jamais sans éprouver des sensations de froid ou de chaud : ces sensations se succèdent sans cesse les unes aux autres, selon les variations du milieu ambiant et de l’énergie vitale : il est pour chacun un état moyen au-dessus ou au-dessous duquel on a chaud ou froid ; à cet égard chacun a sa constitution propre et ses habitudes. Quand on recoit une impression de froid, si elle est extrême , elle est aussitôt sédative, stupéfiante ; mais si elle est modérée, l’engourdissement qu’elle cause est bientôt suivi d’un redoublement d’activité, d’une réaction : la partie qui en est Le siége fait éprouver alors une sensation de chaleur marquée; à juger par cette sensation, on croirait que cette partie est alors à une température supérieure à celle qu’elle avait d’abord; mais ce n’est qu’une illusion qui tient à la vitesse avec laquelle la chaleur se rétablit dans la partie refroidie; la température est moindre qu’elle n’était d’abord : si l’on fait refroidir une de ses mains dans la neige, el qu’ensuite, lorsque la réaction étant arrivée, elle paraît brûlante , on l’applique à l’autre main qui est dans son état ordi : paire, celle-çi en juge très-bien le refroidissement.

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