‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 49 sur 65 · RE · texte numérisé non relu

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APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 491 siques et chimiques, par lesquels on a cherché à expliquer la chaleur animale.

De même, Boin nie qu'aucun organe du corps soit spécialement chargé de dégager le calorique qui produit la température du corps, et pense que ce dégagement est un résultat commun de toutes les actions vitales, quelles qu'elles soient, des actions nerveuses , MusCuiaires, de la digestion, de la respiration, de la circulation , des nutritions , des sécrétions , etc. Ses argumens sont , que l'exercice de chacune de ces fonctions modifie, en effet, la température du corps. Les travaux d’esprit, par exemple , échauffent la tête ; quelle forte chaleur manifestent les maniaques , et dans quelle indépendance du froid extérieur sont ces infortunés ! dans les affections de l’ame, on a tour à tour chaud ou froid , quel que soit l’état de l’atmosphère. Nous montrerons ci-après, que la chaleur animale est, comme toute fonction , sujetle à une influence nerveuse. Les mouvemens du corps sont certainement favorables à la production de la chaleur ; qui ne connaît les bons effets de lexercice contre le froid ! c’est par lui que les Hoïlandais , jetés dans le Spitzberg, parvinrent à y résister. La digestion modifie de même la chaleur; dans son commencement , elle cause un sentiment de froid, un léger frisson; à sa fin, au contraire, la température du corps est un peu élevée; et c’est pour cela qu’on a comparé cette fonction à un accès de fièvre. La respiration aussi a été de tout temps présentée comme influant prochainement sur la chaleur animale; seulement les Anciens disaient qu’elle servait par l’air frais qu’elle introduit dans le poumon à rafraîchir le sang; et les Modernes en font la source principale de la chaleur. Il est sûr que

dans les animaux, il y a un rapport entre l'étendue de la respiration et le degré de la température ; les oiseaux qui ont la respiration la plus ample ont la température la plus élevée ; les reptiles qui ont la respiration la plus bornée sont des animaux à sang froid ; et les mammifères qui , sous le rapport de la respiration , tiennent le milieu entre ces deux classes d’animaux, leur sont aussi intermédiaires sous le rapport de la chaleur. Il en est de même encore de la circulation , car la chaleur augmente quand la circulation se presse, diminue dans le cas contraire. Entin, on peut en dire autant, des nutritions qui arrachent toutes les parties au repos, et n’ont jamais lieu sans production de chaleur; des sécrétions, dont les organes sont des points continuels de fluxion. Ainsi, toute fonction peut être présentée comme cause de la chaleur. Ajoutons que dans les animaux, la température est en raison du nombre et de l’énergie des fonctions , et de la complication de l’organisation. Mais comment croire que des actes , aussi divers que ceux que nous venons d’énumérer , puissent amener un résultat unique ? Les faits qu’on vient de rapporter prouvent bien que chaque fonction modifie la chaleur, mais non qu’elle la produit. Enfin , à supposer queAa chaleur fût le résultat commun de toutes ces fonctions, la chaleur n’en aurait pas moins un appareil spécial , les systèmes capillaires des organes qui en sont les agens.

Je crois qu'il faut admettre un appareil calorificateur. Alors quel est-il? On à émis ici deux opinions opposées. Selon les uns ,-le calorique est dégagé dans un seul lieu, d’où il est ensuite conduit , comme par des tuyaux de chaleur, dans toutes les parties du corps. Selon d’autres,

LA

toute partie du corps dégage son calorique et a sa température spéciale.

La première opinion a beaucoup de variantes : chaque organe important, chaque fonction principale ont été tour à tour indiqués comme les foyers de la chaleur ; le cœur , le poumon , le cerveau, etc.

1° Nous trouvons d’abord la théorie des Anciens , qui placaient le siége de la chaleur dans le cœur ; le sang s’en chargeait dans ce viscère , el allait ensuite la disséminer dans toutes les parties. Hippocrate, parexemple ,/ disait qu’une chaleur innée, calidum innatum, était primitivement rassemblée dans le ventricule droit du cœur ; que les oreillettes ‘étaient des soufllets qui conduisaient l’air sur ce viscère pour en alimenter le foyer ; et qu’ensuite Le sang y puisoit le calorique pour aller le répandre en toutes les parties. Galien admettait de même une semblable chaleur , allumée dans le cœur par ce qu'il appelait dans sa mauväise physiologie l’esprit implanté, entretenue par l’'humide radical , c’està-dire le sang, et ranimée par l'air de la respiration. On croyait qu’il y avait au dedans de nous un foyer embrasé ; la fumée de ce feu s’échappait par la trachée-artère. La respiration servait à rafraîchir le sang; la plus grande partie de la chaleur innée sortait avec l'air expiré, la plus petite partie seulement allait au ventricule gauche et de là à toutes les parties.

Mais, que d’objections contre ce premier système ! le cœur devrait être plus chaud qu'aucune autre partie du corps, et même calciné, si en lui se dégageait tout le calorique que suppose la température du corps humain. Le sang devrait être plus chaud au delà du ventricule droit, dans l’artère pulmonaire , par exemple; et nous

verrons que c’est le contraire quia lieu. Dans la théorie, on dit qu’une partie de la chaleur innée siégeant dans le cœur, esi rejelée avec l'air expiré, et qu'ainsi la respiration sert à rafraîchir le sang : mais alors pourquoi faire produire à grands frais de la chaleur dans le cœur, pour la dissiper ensuite ? Pourquoi , si la respiration rafraîchit le sang, ce fluide est-il plus chaud au sortir du poumon qu'avant d’y entrer? La température dans les animaux, au lieu d’être en raison de l’étendue de leur respiration, devrait être d’autant moindre que la respiration serait plus ample. D’ailleurs, pourquoi le sang se chargerait-il plus de la chaleur du cœur, que toutes les parties solides environnantes ? Celles-ci ne sont-elles pas de meilleures conductrices de ce principe ? et à ce titre ne devraient-elles pas être plus chaudes , et même calcinées ? Dans cette théorie, comment expliquer les augmentations et diminutions locales de chaleur , pendant que la température reste la même dans les autres lieux du corps; par exemple, la chaleur extrême que développe une partie enflammée ? Enfin , toute cette théorie repose sur un fondement hypothétique , l'existence d’un foyer de chaleur innée dans le cœur : qui a vu ce foyer ? Qu'est-ce qui l’entretient , le produit ? Cette théorie est donc abandonnée aujourd’hui.

Il en est de même de plusieurs plus modernes qui s’y rapportent; comme celle de Descartes, qui attribuait la chaleur à une ébullition du sang dans le cœur ; celle de Van-Helmont et de Sylvius Del-Boë, qui la faisait dépendre d’une effervescence du sang dans cet organe; celle de Vieussens qui en accusait une fermentation de ce fluide , etc. Ges théories ne diffèrent en effet de la première , qu’en ce qu’au lieu d'admettre dans le cœur

un foyer inné de chaleur, elles supposent un dégagement de calorique dans cet organe d’après les idées physiques et chimiques dutemps. Mais encore une fois ,ilest sûr qu’il ne se dégage pas dans le cœur , plus de calorique qu'ailleurs. :

9° Vient ensuite l'hypothèse des chimistes modernes , qui placent le siége de la chaleur animale dans le poumon. Elle a varié autant que leur théorie de la respiration.

Sans remonter à Mayow, quille premier l’a émise , voici comment Lavoisier et Séguin la présentèrent d’abord. L’oxigène de l'air inspiré se combine avec le carbone et l'hydrogène du sang veineux, et en effectue la combustion; étant dès lors solidifié , il dégage du calorique; et celui-ci absorbé par le sang va se répandre dans tout le corps. Les argumens sur lesquels on appuyait ce sysième , étaient : 1° l'assimilation que l’on avait faite de la respiration à une combustion; et comme cette dernière dégage évidemment du calorique , il devait en être de même de la première. 2° Le fait que le sang artériel est un peu plus chaud que le sang veineux. 5° Des expériences de Lavoisier et de M. Delaplace qui, plaçant dans le calorimètre des animaux , comparent la quantité de glace que ces animaux fondent, et par conséquent la quantité de chaleur qu’ils dégagent , avec la quantité d’acide carbonique qu'ils produisent dans un même temps , et voient que la quantité de calorique qui résulterait de la quantité d’acide carbonique qui a été formée, est justement celle qu'ont dégagée ces animaux. 4° Des expériences de Brodie, Thillaye, Legallois, qui prouvent que lorsque sur des animaux on gêne la respiration, on voit dans la même proportion baisser

leur température. 5° Enfin, celte observation de physiologie comparée , que dans la série des animaux, l'élévation de la température est en raison de l'étendue de la respiration. Il est certain, en eflet, que les poissons qui ne respirent que de l'eau, et qui même, s’il faut en croire les dernières remarques de M. de Blainville, n’ont qu’une circulation simple, sont. des animaux à sang froid; qu'il en est de même des reptiles, bien que plusieurs respirent Pair, mais parce qu’ils ont une circulation simple; qu’au contraire, les mammifères qui ont une circulation double et qui respirent l'air, sont des animaux à sang chaud ; et qu’enfin les oiseaux, dont l'organe respiratoire n’est pas borné au thorax , mais s'étend dans l'abdomen , et selon quelques-uns dans les os, et qui à ce titre ont la respiration la plus étendue, sont aussi de tous les animaux ceux qui ont la température la plus haute. Ce rapport de la respiration et de la calorification dans la généralité des animaux, se retrouve dans chacun dans la série des âges : pendant la vie fœtale où la respiration manque , les mammifères sont tous à sang froid; plusieurs le sont encore dans les premiers jours de leurnaissance ; et ce n’est que dans la même proportion que leur respiration prend de l'étendue , que la température.de leur corps devient plus forte. Dans cette théorie, du reste, on admet une opinion inverse de celle d'Hippocrate et des Anciens; au lieu de rafraîchir le sang, la respiration est l’action qui dégage le calorique.

Sans doute , il est de nombreux rapports entre la respiration et la chaleur animale; et à tous ceux que nous venons d'indiquer, on peut en ajouter d’autres encore qu’a signalés M. Edwards, et qui prouvent que la res;

piralion est , dans les animaux supérieurs et dans l’homme , liée à la calorification plus que toute autre fonction. Ainsi, les animaux supportent d'autant moins la privation d'air, qu'ils ont une température plus élevée; les æffets de l’asphyxie sont bien plus lents chez les animaux à sang froid, que chez ceux à sang chaud, et chez les jeunes animaux que chez les adultes. Ainsi, les animaux consomment dans leur respiration d’autant plus d’oxigène , qu'ils sont plus à sang chaud , et qu'ils approchent davantage de l’âge adulte. Enfin, M. Edwards a reconnu, qu’en même temps que les saisons modifient la calorification . elles modifient aussi la respiration: et que , si dans l'été on produit moins de chaleur, tandis qu’en hiver on en produit davantage , dans la première de ces saisons la respiration consomme moins d’oxigène que dans la seconde. Mais, malgré ces nombreux rapports, il est impossible d’admeitre l'hypothèse des chimistes sur la calorification. 1° Cette hypothèse repose sur la théorie chimique de la respiration ; et nous avons réfuté celle-ci. La respiration , en effet , n’est pas une combustion. L’oxigène sans doute sert à cette fonction : mais rien ne prouve qu'il y soit décomposé ; et surtout on est sûr qu'il ne concourt pas à former les matières excrémentitielles qui sont rejetées dans la fonction. En un mot, la théorie chimique de la calorification reposant sur la solidification de l’oxigène , et cette solidification étant un fait plus que douteux, il s’ensuit que cette théorie pèche par sa base. Jamais, en agitant avec de V'oxigène une quantité de sang égale à celle que contient le corps humain, on ne produira toute la chaleur que manifeste ce dernier. 2° Les deux degrés de chaleur que manifeste de plus le sang artériel, sont bien peu de

chose pour la température du corps humain. 5° M. Dulong répétant les expériences de Lavoisier et de Laplace, iendantes à comparer les quantités de calorique dégagées par les animaux dans le calorimètre , avec celles qui résulteraient de l'acide carbonique formé pendant le même temps dans leur respiralion , n’est point arrivé à un résultat aussi heureux; il a toujours trouvé la quantité de calorique dégagée par les animaux , supérieure à | celle qui résulterait de la quantité d'acide carbonique formée ; et cependant ses expériences ont eu, Sur celles de Lavoisier , le double avantage d’être faites avec un appareil plus ingénieux , et d’être pratiquées sur un même animal. 4° L’affaiblissement qu'amènent dans la chaleur animale des troubles de la respiration, prouve bien un lien entre ces deux fonctions, mais non que celle-ci soit la source de celle-là : on peut l'expliquer en remarquant que c'est la respiration qui fait le sang artériel , et que c’est de ce sang artériel que provient le calorique dégagé, ou que ce fluide au moins est le slimulus obligé de l’action de la calorification. D'ailleurs, cet affaiblissement n’est pas un phénomène constant; les asphyxiés devraient être très - promptement froids , et, au contraire , leurs cadavres conservent long - temps la chaleur de la vie; dans les maladies du poumon , loin que la chaleur soit diminuée , elle est souvent augmentée ; dans ce qu’on appelle la maladie bleue , on devrait n'avoir que la température des reptiles , et cela n’est pas. 5e Les mêmes réflexions s'appliquent aux nombreux rapports qui se montrent entre la respiration et la calorification, tant dans les divers animaux que dans les divers âges. 6° Nous prouverons ci-après que la chaleur animale est dépendante d’une influence nerveuse ; qu'elle

"s'éteint en des cas où les centres nerveux sont lésés , bien que la respiration soit artificiellement entretenue , et que même alors elle s’éteint plus vite que si on n’entrelenait pas cette fonction; de sorte qu'alors la respiration à réellement consumé du calorique, au lieu d’en produire. 7° Dans la théorie que nous combattons , une partie du calorique produit servirait, d’abord à échauffer l'air inspiré, puis à gazéifier l'acide cdfbonique et à vaporiser l’eau, qui résulteraient de la combustion du carbone et de l'hydrogène du Sang , au moins à porter à la température animale la transpiration pulmonaire : or on à calculé qu’il en resterait irop peu pour l'entretien de la température ; généralement les procédés de la nature sont mieux combinés, et leurs résultats obtenus avec moins de perte. 8 Le poumon étant , dans l’hypothèse, le foyer du dégagement du calorique , quels seraient les conducteurs qui se chargeraient de ce calorique pour le disséminer dans toutes les parties ? Dira-t-on que c'est le sang artériel ? mais il n’est que de’ deux degrés plus chaud que le sang veineux, et cela certainement n’est pas suflisant. Pourquoi d’ailleurs les autres parties environnantes ne se chargeraient-elles pas de même de la propagation de ce fluide ? cependant elles ne sont pas plus chaudes que le reste du corps. Avec ce foyer local de chaleur , comment expliquer les inégalités de température qui s’observent si souvent dans les diverses parties du corps humain, surtout dans les maladies? 9° Enfin , le poumon devrait être, non-seulement plus chaud que toute autre partie du Corps, mais même calciné.

Les chimistes, à la vérité, ont cherché à prévenir cette dernière objection. Les uns ont dit que , si le poumon n'était pas brûlé, c’est que le calorique dégagé

était employé à vaporiser l’eau, et à gazcilier l'acide car

bonique. Mais la matière de la transpiration cutanée n’est-

elle pas vaporisée et gaztifiée, sans le secours de cecalo- |

rique artificiel ? Ilest de fait, en outre , que l'acide carbonique se condense sans dégagerde calorique; il doit donc se gazcifier sans en absorber. Enfin, si après la vaporis sation de la transpiration pulmonaire, ce qui reste du

calorique dégagé par la respiration ne suflit pas, sinon! pour calciner le poumon, au moins pour le rendre un |

peu plus chaud, à coup sûr ce reste ne pourra suilire |

pour entretenir la température du corps humain. Les.

autres ont transporté le siége de la combustion au-delà! du poumon , dans le cours dela circulation. Mais nous. avons prouvé dans le temps que l’hématose était effec-. tuée exclusivement dans le poumon, et que le sang ar, icriel restait identique dans tout son cours. Crawford à établi que le sang artériel a plus de capacité, pour le ca= lorique , que le sang veineux; que dès lors, au moment) où ce sang est fait dans la respiration , il s'empare du calorique qui a été dégagé lors de l’accomplissement de la fonction ; et qu’il ne le cède ensuite qu’à mesure que, dans les divers organes , il cesse d’être sang artériel et devient sang veineux. Mais d’abord Davy nie que le sang! artériel ait plus de capacité pour le calorique, que le sang veineux. En second lieu , la différence indiquée est peu, de chose comme 11,5, à 10. En troisième lieu, Crawford n’a pas tenu compte de la différence de capacité del l'air atmosphérique, et d’une vapeur aqueuse , Comme} l'est la transpiration pulmonaire; celle-ci est quarantesept fois plus grande , et par conséquent absorberait et au-delà tout le calorique dégagé. Legallois, partant des données mêmes de Crawford, à fait voir par le calcul,

APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 901 ue le calorique dégagé par la respiration étant absorbé Bu , ne pourrait pas même constituer le sang artériel , et que le poumon , au lieu de courir le risque d’être calciné, serait menacé d’être congelé. Enfin, la théorie de Crawford n’est plus celle que nous combattons ; le calorique , en effet, y est dit être dégagé de toutes les parlies à la fois; le poumon n’est plus le foyer où se dégage ce calorique , mais seulement une des voies par lesquelles il est puisé au dehors.

C’est, en effet, de cette manière seulement, que la respiration sert à la chaleur animale , et, à cause de cela, qu’elle est dans de certains rapports avec elle : elle est une des voies par lesquelles le calorique est puisé au dehors. Il faut bien, en effet, que ce calorique provienne du dehors ; il est trop subül, pour qu'on ne le considère pas comme un élément; il répugnerait certainement à notre esprit de eroire qu'il se forme de toutes pièces dans l’économie. Dès lors il ne peut pénétrer que par celles de nos fonctions qui constituent des ingestions , la digestion , la respiration , par exemple ; et celleci doit surtout remplir cet oflice , puisque l'aliment qu’elle saisit est un gaz, c'est-à-dire un corps qui contient beaucoup de calorique.

5° Enfin M. Prodie à Londres , et M. Chaussat à Genève, ont eru pouvoir dériver la chaleur animale des centres nerveux, et cela, d’après les expériences suivantes. M. Brodie coupe la tête à un chien , après avoir pris la précaution de lier les vaisseaux du col, afin de prévenir toule hémorragie; et, pratiquant l’insufilation pulmonaire , il voit la température de l'animal baisser sraduellement , et cet abaissement amerer la mort, Comme la circulation a éontinué de se faire ,‘ainsi que

le montrent les battemens du cœur et du pouls ; qu'il en a été de même de l’hématose artérielle, puisque c’est du sang artériel qui se montrait dans les artères , il conclut d’abord que ce ne sont pas ces fonctions qui entretiennent la chaleur , puisqu’alors la température de l’animal n’aurait pas dû baisser. Cette conclusion lui paraît d'autant plus juste, qu’il n’observait aucun rapport entre le décroissement de la chaleur et l’état du pouls et des respirations; Ja chaleur baissait à partir du commencement de l'expérience , et le pouls ne commençait à s’altérer qu'après 55 minutes. Mais il y a plus: faisant la même expérience comparativement sur deux autres chiens, et abandonnant l’un sans lui pratiquer l’insufllation pulmonaire, pour qu’il n’y ait pas de respiration, et ne la pratiquant chez l’autre qu'après avoir lié la base du cœur pour arrêter toute circulation , il voit l’abaissement de la température être moins prompt chez ce dernier , qui est sans circulation , et être encore plus tardif chez le premier qui n’a ni circulation ni respiration ; et dès lors il conclut : 1° que ces deux fonctions, circulation et respiration, non-seulement n’entretiennent pas la chaleur, mais même la dissipent ; 9° que, puisque la chaleur a diminué par le fait seul de la lésion des centres nerveux, c’est à l’action de ces centres et surtout de l’encéphale, qu'est dû son dégagement.

M. Chaussat , d’après des expériences du même genre, veut préciser davantage quelle partie nerveuse préside au dégagement du calorique : 1° à l’aide d’une ouverture faite au crâne d’un animal , ce physiologiste coupe le cerveau au devant du pont de Varole, de manière à ce que la huitième paire de nerfs étant intacte, et la respiration se continuant naturellement , on n'ait pas

APPAREIL DE LA CALORIFICATION. 503 besoin de recourir à l’'insufilation pulmonaire. Dans cet animal mutilé ainsi , la respiration et la circulation con - ‘tinuent ; l’expérimentateur s’assure que c’est du sang ariériel qui circule dans les artères; et cependant, la température de l'animal baisse graduellement ; de 4o degrés qu’elle était au commencement de l expérience , elle est tombée à 24 degrés en douze heures, époque à laquelle l'animal meurt. Il paraît évident à M. Chaussat, qu'à compter du moment de la section du cerveau , il ne s’est plus dégagé de chaleur, et que le corps s’est refroidi graduellement, comme il l’eût fait après la mort : bien plus , le temps où le refroidissement s’est fait le plus rapidement, est celui où la circulation était la plus active, c’est-à-dire le commencement de l'expérience. Si, au lieu d’expérimenter de cette manière, M. Chaussat paralysait l’action cérébrale par une forte commotion, ou en injectant une forte décoction d’opium par la veine jugulaire, en remplaçant alors la respiration par l’insufflation pulmonaire , les résultats étaient absolument les mêmes. Il conclut donc que le cerveau influe prochainement sur la production de la chaleur. IL s'agissait dès lors de savoir par quel intermédiaire , si c'était par Ja huitième paire , ou par la moelle spinale. 2° Il coupe les nerfs vagues à un chien; et, adaptant un tube à la trachée-artère pour que la respiration se connue , il voit néanmoins la température de l'animal baisser graduellement, et n’être plus, après soixante heures, époque à laquelle l'animal meurt, qu'à 20 degrés. L’animal n’était pas mort d’asphyxie , car ses poumons étaient crépitans, sans aucune trace d'infiltration, et en partie pleins de sang artériel. Selon M. Chaussat, il'est mort de froid, et voici une nouvelle cause de mort ajoutée

à toutes celles qu’ont accusées les nombreux expérimenriateurs qui ont fait la section ou la ligature de la huitième paire de nerfs. Cependant , comme dans cette expérience , l’abaissement moyen a été moindre que dans les précédentes, M. Chaussat pense qu'il s'est dégagé encore un peu de chaleur après la section de la huitième paire, tandis qu'il ne s’en était plus dégagé du tout après la lésion directe du cerveau, 5° Il coupe la moelle spinale sous locciput, et bien qu’il pratique l’insufflation pulmopaire, il voit aussi la température de l’animal tomber graduellement, etla mort arriver après dix heures lorsqu'elle est baissée à 26 degrés. Gomme la mort arrive dans cette expérience , bien plus promptement que dans la précédente , il conclut que c'estplus par la moelle spinale, que par la huitième paire, que s’exerce l’influence du cerveau sur la production de la chaleur. 4° Enfin, comme lorsque la moelle spinale est coupée entre chacune des douze vertèbres dorsales, l’abaissement se montre d’autant moins rapide, que lopération est faite plus bas, et même paraît nul pour les dernières ; M. Chaussat pense que ce n’est point parelle-même, mais parle tri-splanchpique qu’agit la moelle. Pour s’en assurer, il ouvre Fabdomen à un animal, à gauche , au-dessous de la douzième côte, el extirpe la capsule surrénale de ce côté. Dans cette opération , le tri-splanchnique est coupé au moment où ce nerf se jette dans le plexus semi-lunaire ; or, dans celte expérience , l’animal perd graduellement sa chaleur , et meurt après dix heures, dans le même degré de refroidissement que lorsque l’on avait coupé la moelle spinale sous l’occiput, Cependant, comme ici iln”y avait eu de coupé qu’un des nerfs tri-splanchniques. pour équivaloir à la section des deux, M. Chaussat fait

» celle autre expérience : par une incision faite dans le

dernier espace intercostal, tout près du rachis, il va lier l'aorte au-dessous du lieu où elle traverse l’arcade du diaphragme , et un tube est inséré dans la trachéeartère pour prévenir Fasphyxie : l'animal perd encore plus rapidement sa chaleur, et meurt après cinq heures. Dans tous ces cas, l’animal est , selon M. Chaussat, mort de froid ; l’action à laquelle il doit de renouveler le calorique que lui soutire continuellement l’élément ambiant, ayant été rendue impossible. Pour avoir un terme de comparaison , il avait fait mourir de froid des animaux par une immersion prolongée dans l’eau froide, et il avait vu de même leur température baisser jusqu’au degré qui est incompatible avec la vie, et qu'il dit être le 26° pour les animaux à sang chaud. Appelant l'attention sur les cas naturels de mort par congélation, il dit qu'évidemment le froid tue par l’épuisement des forces nerveuses , comme l'indique l’accroissement progressif de la stupeur et de la débilité des principales fonctions de l’économie. Enfin, tuant tout à coup un animal, et étudiant la marche de son refroidissement après la mort, il a vu qu’elle était tout-à-fait la même que dans les cas où il avait lésé directement le cerveau, ou coupé sous locciput la moelle spinale ; ce qui l’a confirmé dans la pensée que dès lors il ne s'était plus dégagé de chaleur.

Ces travaux, sans doute, sont utiles, comme prouvant que la chaleur tient à une action vitale , et n’a pas sa base unique dans la respiration et la circulation , comme montrant surtout que la chaleur est dépendante d’une influence nerveuse. Il aurait suffi, pour l’assurer, de remarquer que la chaleur est toujours affaiblie dans

un membre paralytique , qu'elle est modifiée par les affections de l’âme. Mais pour cela le système nerveux en est-il l'appareil spécial? et le tri-splanchnique en est-il, comme le veut M. Chaussat, le foyér unique ? Alors ce nerf en serait l'organe sécréteur; mais ce serait toujours du sang qu'il la retirerait; et en recoit-il assez pour cet office? pourquoi ce nerf ne serait-il pas brûlé? comment expliquer, dans cette hypothèse, les diversités de température des diverses parties du corps, les échauffemens et refroidissemens partiels ? Toutes ces expériences prouvent seulement que , dans les animaux supérieurs, les nerfs agissent et sont nécessaires pour vivifier les organes calorificateurs , mais non qu'ils le sont eux-mêmes. Dans ces animaux supérieurs , trois fonctions sont indispensables à la vie, et rendent tous les organes tributaires de leur intégrité , la circulation , la respiration et l’innervation. On a donc pu leur rattacher plus ou moins tous les autres actes de la vie, jusqu’à ce qu’on ait pu reconnaître que leur influence sur eux n’était qu'indirecte. On l’a fait surtout pour la calorification , qui , quoique fonction dernière, leur est, en effet, plus soumise qu'aucune autre , surtout à l’innervation. Mais il aurait sufli, pour éviter cette faute, de réfléchir que cette puissance de calorification est commune à tous les êtres vivans , et que tous cependant n’ont pas de respiration, de circulation, ni de système nerveux : seulement, dans les animaux supérieurs auxquels ces appareils sont surajoutés, ces appareils se subordonnent tous les actes de la vie, et leur sont plus ou moins nécessaires.

Terminons ces discussions , en disant que nous ne reconnaissons pas de foyer local de calorilication , mais

que nous admettons que toute partie du corps dégage elle-même la quantité de calorique de laquelle dépend sa température. C’est là la seconde théorie professée sur la chaleur animale.

Ici nous trouvons deux nouvelles hypothèses :

1° Le calorique est dégagé dans tout le cours de la circulation par quelques causes mécaniques ou chimiques, selon l’idée que l’on se fait de la génération de la cha-

leur dans la nature générale. Les diverses causes qui

amènent le dégagement du calorique dans la nature universelle , ont, en effet , tour à tour été invoquées pour expliquer la production de la chaleur dans le corps vivant. Ainsi, les médecins physiciens du dernier siècle en accusaient la matière subtile des Cartésiens mise en mouvement par les actes de la vie: Sylvius Delboë et V'an- Helmont la disaient un produit des effervescences du sang et des humeurs ; Vieussens et Pringle l'attribuèrent , le premier à une fermentation du sang, le second à une putréfaction de ce liquide; Borelli disait que le mouvement du cœur et des artères dégageait du sang un esprit, une matière ignée qui produit la chaleur; /10ffman en assignait comme cause une agitation des parties sulfureuses du sang. On voit ici une application de toutes les mauvaises théories physiques et chimiques du temps. Parmi ces vains systèmes , il faut cependant distinguer celui des mécaniciens, de Boërhaave et de Douglass : la chaleur est un produit des frottemens du sang contre les parois des vaisseaux, et des heurtemens des globules de ce liquide les uns contre les autres : on donnait pour preuves, que la chaleur animale paraît être en raison directe de la vitesse de la circulation du sang , de la circonférence des vaisseaux, de l'étendue de leur

surface. Ainsi s’expliquait pourquoi la chaleur des parties décroît en raison de leur éloignement du cœur ; et si la respiration produit une chaleur si énorme, c’est que dans le poumon la cireulation est 43 fois plus rapide.

Mais, indépendamment de toutes les objections qu’on peut faire à ces hypothèses surannées sur la formation de la chaleur, objections que nous tairons exprès, il est sûr que pendant quele sang circule dans les gros vaisseaux , il n’éprouve aucun de ces changemens chimiques auxquels on veut attribuer le dégagement du calorique ; et quant à la théorie toute physique des mécaniciens et de Boërhaave, on peut répondre que physiquement jamais les frottemens des liquides ne produisent de chaleur sensible, et que bien souvent la chaleur n’est pas en rapport avec la circulation. En vain Fabre, pour échapper à la première difficulté, a voulu faire dériver la chaleur des frottemens qui ont lieu entre les molécules mêmes des solides vivans; comme ces solides sont toujours baignés d’un liquide , ils ne pourraient pas davantage s’échauffer physiquement. On ne peut aussi admettre l’idée de Douglass , qui avait transporté la théorie mécanique des frottemens des gros vaisseaux au système capillaire cutané, et qui faisait dériver la chaleur de la condensation et du relâchement alternatifs de ces capillaires cutanés sous l'influence de la température atmo sphérique.

9° Dans une seconde hypothèse, on admet que le calorique est dégagé dans le parenchÿme de toute parte , par une action spéciale de ce parenchyme , sous la présence du sang artériel , soit que celui-ci en fournisse les matériaux , soit qu'il agisse seulement comme stimulus , et sous une influence nerveuse : on admet quil est

exhalé dans ces parenchymes. Avec cette opinion , qui est celle qui, aujourd’hui est la plus cénéralement admise , s'expliquent aisément , la diversité de chaleur des différentes parties du corps, les modifications que peut présenter localement la température, c’est-à-dire les échauffemens et refroidissemens partiels. Avec elle se conçoit la dépendance où est la chaleur d’une in- {luence nerveuse; et, comme alors, chaque partie dégage dans son parenchyme son calorique propre, de même qu'il avait effectué sa nutrition, on doit dire les calorifications , comme on dit les nutritions.

Gette opinion adoptée, l'appareil de la calorificalion est le parenchyme nutritif des organes; el comme sa structure a été indiquée à la fonction précédente , nous pouvons passer aussitôt à l'étude physiologique de son

action.

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