ARTICLE LE
Des Sécrétions récrémentitielles.
Toutes ces sécrélions , ainsi nommées parce que leurs produits sont repris par l'absorption interne, et rentrent dans le torrent dela circulation, ont pour agens des organes exhalans, et sont versées dans des cavités intérieures , et qui ne communiquent nullement au dehors. De là résulte, que leurs humeurs remplissent deux sortes d’oflices; des services locaux relatifs à la partie sur laquelle elles sont versées, et des services généraux comme retournant dans la lymphe et le sang
veineux. Nous allons les décrire successivement , mais en passant avec brièveté sur celles qui ont pu déjà nous occuper.
$. IT. Exhalation séreuse du Tissu Cellulaire , où Lamineux.
Le tissu cellulaire ou lamineux , ce solide organique , qui, en même temps qu’il forme le canevas de tous nos organes, semble être une spongiosité jetée entre toutes nos parties pour en remplir les vides, exhale dans ses aréoles une sérosité sous forme de vapeur. Dansles lames de ce tissu s'ouvrent en effet de véritables vaisseaux séreux , qui perspirent une vapeur albumineuse , analogue à celle que nous verrons être fournie par les membranes séreuses. On a des preuves de cette sécrétion, dans la vapeur qui s’exhale de l'intérieur d’un animal récemment tué et ouvert, et dans la maladie appelée anasarque. Ce suc est repris par l’absorption interne dans la même proportion qu’il est exhalé, et ne s’accumule dans le tissu cellulaire que dans le cas maladif que nous venons de dénommer. À tort on a supposé , qu'il était animé dans ce tissu, d’un mouvement de circulation dans une direction déterminée, et dont le diaphragme serait le principal moteur par ses abaissementet élévation alternatifs ; qu'il y suivait des courans dans des directions diverses. Son usage est évidemment de faciliter les mouvemens , les glissemens des parties. Etudié chimiquement, il paraît contenir une certaine quantité d’albumine , de l’eau et quelques sels. On ne peut en évaluerla quantité totale , les diverses parties du corps différant beaucoup les unes des autres, relativement à la quantité qu’elles en présentent.
« SÉGRÉTIONS SÉREUSES: 507 $. II. Sécrétion des Sucs Séreux.
Toutes les membranes du corps, appelées séreuses ou oilleuses simples, qui tapissent les cavités splanchni ques, et servent de pédicule et de soutien aux organes qui y sont contenus , sont de véritables organes exhalans qui sécrètent un halitus albumineux. Ces membranes ont été décrites à l’article des organes divers auxquels elles appartiennent : ce sont les arachnoides cränienne et rachidienne , la plèvre, le feuillet interne du péricarde , etle péritoine. Il faut encore y ajouter la mem brane vaginale du testicule , dont nous parlerons à la génération. Indiquons du reste, seion notre ordre accoutumé , leur disposition anatomique d’abord , etensuite leur action de sécrétion.
Ces membranes ont la forme d’un sac sans ouverture, d’un côté tapissant la cavité splanchnique dans laquelle elles existent , de l’autre revêtant les viscères qui y sont contenus , servant ainsi de lien à l’une et aux autres , et repliée conséquemment au dedans d'elle-même, comme l’est la lame interne d’un bonnet de coton relativement à l’externe. Par leur face externe , elles adhèrent dans une de leurs moitiés à la cavité splanchnique, et dans l’autre aux viscères auxquels elles servent de pédicule. Leur face interne , au contraire, est libre et répond à la cavité qu’elles forment dans leur ensemble. C’est à celleci que suinte l'humeur qu’elles sécrètent. Quant à leur texture, elles sont des organes sécréteurs exhalans, c’est-à-dire, qu’en elles le système vasculaire sanguin qui apporte les matériaux de la sécrétion, se continue sans aucun intermédiaire avec le système vasculaire exhalant. Ce sont des membranes très-minces, transpa-
568. FONCTION DES SÉCRÉTIONS. + rentes, blanches, luisantes à leur surface libre, dont le fond est celluleux, et dans la trame desquelles les artères devenues capillaires se continuent avec de nombreux vaisseaux exhalans. On n’y a pas découvert de nerfs.
Ces membranes sécrètent, par le mécanisme général des sécrétions, un suc sous forme de vapeur, d’halitus , qui entretient la souplesse de la membrane, et est repris par l’absorption interne en même temps qu’ilest exhalé. On avait rapporté ce suc, à l’action de glandes qu’on disait logées dans leur tissu; mais Ruisch a prouvé que ces glandes n’existaient pas. {unter en assimilait la formation à une transsudation à travers les aréoles, les interstices , les porosités des vaisseaux ; mais c’est d’autant plus évidemment une sécrétion , que son produit quoique assez semblable au sérum du sang, cependant en diffère encoreun peu. C’est le sang artériel qui fournit les matériaux de cette sécrétion, qui est visible à l'œil nu, quand on met à découvert unemembrane séreuse et qu’on l’observe.
L’humeur qui en est le produit est un suc albumineux , ayant la plus grande analogie avec le sérum du sang, en différant cependant en ce qu’il contient moins d’albumine. Hewson , l'ayant recueilli sur des animaux qu'on tuait exprès, l’a vu par le repos et son exposition à l'air, se coaguler comme la iymphe coagulable du sang. Bostock à trouvé en lui, de l’eau, de l’albumine en moindre proportion que dans le sérum du sang , de la matière incoagulable et des sels; M. Beclard dit que cette matière incoagulable , est du mucus gélatiniforme semblable à celui qu’on trouve dans l’albumine coagulée du sérum du sang. Schwilgué y à signalé
SÉCRÉTIONS SÉREUSES. 5069 encore une matière extractive et une matière grasse.
Dans l’état naturel, jamais ce suc ne fait amas dans la cavité de la membrane séreuse, parce que l'absorption interne le reprend à mesure qu'il est exhalé. Mais dans l’état maladif, cela n’est pas de même, comme dansles diverses hydropisies ; et toujours il s’y accumale un peu après la mort. Il est versé au lieu où il doit agir aussitôt qu'il est fait, et par le seul fait de la disposition mécanique des parties ; et l’on ne peut pas séparer son excrétion de sa sécrétion.
Ses usages locaux sont de former à la surface des viscères une atmosphère chaude, humide, qui entretient leur température , leur souplesse , et facilite leurs mouvemens , leurs glissemens. A juger par les douleurs que causent les moindres obstacles aux glissemens des orga-
nes les uns sur les autres , il paraît que de la facilité dans
ces glissemens est une condition d’intégrité bien importante pour notre économie; et les sucs séreux servent à l’établir. Quant à ses usages généraux , comme ce suc est repris par l'absorption interne , retourne à la Iymphe et au sang veineux ,il concourt à la crâse de ces fluides; et il doit compter parmi les matériaux que l’économie puise en elle-même pour sa conservation. M. Chaussier conjecture même , que ces sucs sont plus propres que tous autres à cet oflice, comme étant déjà le produit d’une élaboration organique, qui a dù les rapprocher davantage de l’état de matière vivante,
Les exhalations séreuses diffèrent probablement dans chaque membrane ; les légères différences qu’on peut signaler entre ces membranes, et la diversité des sues des hydropisies de chacune, portent à le croire. Leur quanuté totale est impossible à évaluer; Bichat croit qu’elles
surpassent les sucs muqueux et cutanés , et cela, parce que les surfaces séreuses lui semblent avoir plus d’étendue que les membranes muqueuses el la peau : mais cela n’est qu’une conjecture dont il est d'autant plus permis de douter, que la quantité de la sécrétion varie certainement dans chaque membrane séreuse particu lière.
$. III. Sécrétion de la Synovre.
On appelle synovie l'humeur grasse qui est versée dans les articulations mobiles, y enduit les surfaces des os et en facilite les mouvemens. Nous avons parlé de cette humeur à l’article locomotion. Rappelant les opinions erronées qu'on à eues successivement sur sa production, savoir : celle de Clopton-Havers, qui en placait la source dans de prétendues glandes synoviales, considérant comme telles ces masses cellulo-rougeâtres qu’on trouve en quelques articulations, et qui ne sont que des replis de la membrane synoviale, analogues à ceux qu'offrent toutes les membranes séreuses ; celle de Haller qui la regardait comme la moelle qui avait transsudé à travers l'extrémité spongieuse des os; nous avons dit que tous les physiologistes la rapportaient aujourd’hui, avec Bichat, à action exhalante d’une membrane, dite synoviale, qui a la même forme qu’une membrane séreuse , et qui, par beaucoup d’anatomistes , est considérée comme une dépendance du tissu séreux.
Ces membranes sont multiples : d’abord , il en existe dans toutes les articulations mobiles ; ensuite, il en est dans toutes les coulisses et gaînes où se meuveni des tendons ; enfin, on en trouve en quelques endroits, immédiatement sous la peau, partout où cette membrane
SÉCRÉTION DE LA SYNOVIE. o7i recouvre des parties qui exercent de grands et fréquens mouvemens, comme entre la peau et la rotule , entre l'olécrâne et la peau, etc. Ges dernières sont appelées bourses synoviales sous-cutanées. Toutes, comme les membranes séreuses , forment des sacs sans ouverture , adhérant par leur face externe à la cavité de l'articulation , de la coulisse de tendon qu’elles tapissent, et par leur face interne étant libres et ne répondant qu'à elles-mêmes. C’est de ce côté qu’elles exhalent. Leur texture intime est celle des membranes séreuses , une trame celluleuse , pénétrée par des vaisseaux capillaires sanguins, se changeant promptement en vaisseaux exhalans. Il y a quelques différences dans chacun des trois genres que nous avons distingués , synoviales des articulations , synoviales des tendons , et bourses synoviales sous-cutanées.
C’est par exhalation que ces membranes produisent la synovie , dont nous avons indiqué, à l’article de la locomotion , les qualités physiques et la composition chimique. Peut-être y a-t-il quelques différences dans celle de chacun des trois genres d’organes synoviaux. La synovie des bourses sous-cutanées est trop peu abondante pour qu’on ait pu la recueillir et l’examiner. Celle des synoviales des tendons est visqueuse , d’un jaune rougeätre , oléiforme , en partie coagulable, et contient de l’albumine et du mucus. Enfin, c’est à la synovie des articulations que se rapporte l’analise de M. Margueron ; aux principes , eau , albumine , fibrine, soude, muriate de soude, phosphate de chaux, que ce chimiste y a trouvés , il faut ajouter une matière animale, qu'on dit être de l’acide urique.
C’est aussi du sang artériel qu'émane celte sécrétion ;
et l’absorption interne en reprend le produit à mesure qu'il est exhalé , de sorte qu’il ne forme aucun amas dans les articulations, et les tient seulement humides. Les parties sont encore disposées de manière , que le suc est versé aussitôt sur les surfaces où il doit agir , et que l’excrétion succède irrésistiblement à la sécrétion. Ses usages sont évidemment de faciliter les glissemens et les mouvemens des os et des tendons. On ne peut pas plus évaluer la quantité totale des exhalations synoviales, que celles des exhalations séreuses ; il y a même plus de différences entre les membranes synoviales, l’activité de la sécrétion dans chacune étant en général en raison de Ja mobilité de l'articulation à laquelle elle appar-
tient.
$. IV. Exhalation de la Graëisse.
Il a existé beaucoup de controverses anatomiques sur l'organe producteur de la graisse. Æaller prétendait que cette humeur existait toute formée dans le sang, et qu’elle transsudait à travers les pores des artères. Mais en vain on examine le sang qui se rend à la partie La plus chargée de graisse, on n’y peut découvrir par avance cetle humeur ; nous avons posé en principe qu'aucune humeur sécrétée n’existait toute formée dans le sang; si la graisse faisait exception à ce principe, el qu'elle transsudât à travers les pores des artères, on devrait en observer des traînées le long de ces vaisseaux ; on ne pourrait expliquer pourquoi cette matière abonde en une partie du corps, et manque en une autre : tous ces faits doivent faire rejeter l'hypothèse de aller, bien qu’en ces derniers temps, un habile chimiste, M. Chevreul, ait signalé dans le sang une matière grasse. On ne peut ad-
SÉCRÉTION DE LA GRAISSE. 579 mettre non plus l’idée qui a régné longtemps, que c’est le même tissu cellulaire que nous avons vu être le siége d’une exhalation séreuse , qui, par un autre ordre de vaisseaux exhalans , produit la graisse. Aujourd'hui la production de cette humeur est rapportée à un tissu particulier appelé adipeux.
Ce tissu , entrevu par Malpighi, et démontré par IW. Hunter, consiste en un assemblage de vésicules trèspetites, entassées en plus ou moins grand nombre, for mant des masses plus ou moins volumineuses , réunies entre elles par du tissu cellulaire , et servant de réservoir à la graisse. Îl varie dans les diverses régions du corps ; sous la peau , il forme une couche plus ou moins épaisse et généralement répandue ; ailleurs il se présente sous l'apparence de masses arrondies, pyriformes, pédiculées, de rubans aplatis. Ges masses, par la dissection, se réduisent en lobules ou grains adipeux, qui, examinés au microscope, paraissent eux-mêmes composés d’une infinité de petites vésicules qui ont un six ou un huit centième de pouce de diamètre. Ge tissu n’a donc pas, comme le cellulaire , une structure aréolaire , mais sa disposition ressemble à celle des fruits de la famille des hespéridées, et offre une agrégation de vésicules membraneuses attachées à des cloisons qui les séparent. Chaque vésicule est supportée par un petit pédicule , comme le sont des grains de raisin. Leurs parois sont tellement minces qu’on ne peut les apercevoir; mais la disposition de la graisse en masses isolées et distinctes prouve qu’elles existent, et surtout que ces vésicules ne communiquent pas entre elles. Du tissa cellulaire très -fin existe entre elles; et leurs élémens constituans sont des artères, des veines et des exhalans. On ne
sait pas si des nerfs leur arrivent. I1 y a beaucoup de variétés dans les diverses parties du corps, relativement à l'existence de ce tissu. Il abonde sous la peau , au dessous des membranes séreuses , synoviales , à la face, en dedans et en dehors du thorax , aux environs du cœur , à l'abdomen , à l'extérieur des reins , dans l’épaisseur du mésentère , des épiploons , dans le bassin , au niveau des articulations dans le sens de la flexion, etc. Il manque , au contraire , au-dessous des membranes muqueuses, sous la peau du crâne, du nez, du menton, aux paupières, au pénis , dans le parenchyme des viscèressretc.
Ce tissu sécrète par voie d’exhalation la graisse , matière fluide dans le corps vivant, mais qui à sa sortie se coagule , est inodore , jaune, d’une saveur douce , fade, etmoins pesante que l’eau. Long-temps elle fut regardée comme un principe immédiat; mais M. Chevreul a fait voir qu’elle est composée de deux matériaux organiques distincts : la stéarine, qui, fusible à 50 degrés environ, est une masse solide , incolore , insipide, presque inodore , soluble dans l'alcool ; et l’élaine qui , fluide encore à zéro , est jaunâtre , plus légère que l’eau , et aussi soluble dans l'alcool. MM. Bérard et de Saussure ont trouvé la graisse des animaux une combinaison, en proportions différentes , de carbone , d'hydrogène et d’oxigène ; mais On n'a pas déterminé celle de la graisse humaine. Peut-être du reste la graisse varie-t-elle un peu de nature dans les diverses parties du corps : cela est certain au moins pour sa couleur et sa consistance. Elle n'existe que là où est le tissu adipeux , par conséquent manque en certaines parties, abonde en d’autres, et est dans chacune en des quantités diverses. Certains ani-
SÉCRÉTION DE LA GRAISSE. 979 maux en offrent des accumulations en quelques lieux du corps , comme au dos chez les chameaux , à la queue dans les moutons de Barbarie. Gela se voit même en certaines races d'hommes ; les femmes de la tribu des Bosjesmans , par exemple, offrent une saillie graisseuse remarquable des fesses.
Jadis on avait admis l’existence de glandes graisseu-
e ses : mais c’est une hypothèse aussi peu admissible, que celle de Riégel, qui veut que la graisse qui entoure les reins soit formée dans les capsules surrénales, et excrétée de là par des conduits particuliers ; et que celle d’Ev. Home, qui en place l’origine dans l'intestin, la dit un produit de la digestion , comme le chyle, et la fait absorber dans le gros intestin.
Les usages de la graisse sont locaux et généraux. Les premiers sont mécaniques , et relatifs à l'intégrité physique des parties : ainsi elle modère la pression à la plante des pieds dans la station, aux fesses dans l’attitude assise; elle sert de point d’appui à la peau dans l'exercice du tact ; elle remplit les vides des parties, conjointement avec le tissu cellulaire : il est probable qu’elie sert à conserver notre température, car elle est un mauvais conducteur du calorique , et il est d’observation qu’elle forme une couche plus épaisse sous les tégumens des animaux qui habitent les pays froids. On à dit que sa transsudation allait profondément assouplir les fibres, et extérieurement huiler la peau : mais cela est aussi hypothétique que cette autre idée de Fourcroy, qui veut que par elle le sang soit dépouillé d’un excès d’hydrogène, et que la matière nutritive soit rendue plus azotée. Quant aux usages généraux de la graisse; comme humeur récrémentitielle, elle doit concourir à l'entretien
du corps , et plus qu'aucune autre, elle peut être consi. dérée comme une provision mise en réserve par la nature pour subvenir à la nutrition. C'est ce que font présumer, d’un côté, la facilité avec laquelle la graisse se dissipe à la moindre abstinence; et, d'autre part , le phénomène des animaux dormeurs, qui, chargés de graisse lorsqu'ils s’endorment , sont devenus très-maigres lorsqu'ils se réveillent.
C’est l'absorption interne qui la reprend dans les lieux ouelleest sécrétée; mais, à la différence des exhalations précédentes, la graisse s’accumule toujours en certaine quantité dans les parties où elle est exhalée : sans cela, elle ne pourrait pas remplir les services mécaniques auxquels elle est destinée. Avec sa sagesse accoutumée, la nature n’a placé dans le corps humain de tissu adipeux que là où la graisse élait utile , etau contraireil manque aux parties où elle aurait été nuisible. Il est impossible d'évaluer sa quantité totale : on dit que chez un homme adulte et d’embonpoint ordinaire , elle forme la vingtième partie du poids du corps. Il faut d’autant plus considérer celte évaluation comme une simple approximation, que peu d’exhalation offre plus de variétés d’individu à individu, et se montre plus mobile dans un même homme. On a des exemples d’obésité et de maigreur ex-
trêmes. Souvent on maigrit vite , et on engraisse de mé- .
me. Les circonstances qui amènent généralement l’embonpointsont, le repos des organes musculaires, nerveux et génitaux, joint à une nourriture succulente : on sait que nous engraissons Les animaux domestiques destinés à nos tables, en les condamnant au repos, et de plus l'absence de toutes sensations , comme quand nous leur crevons les yeux : on sait aussi que la castration active
SÉCRÉTION DE LA MOELLE. 077 l’exhalation de la graisse ; l’âge mûr a le même effet. Il faut joindre à cela une disposition particulière du tissu adipeux.
$. V. Æxhalation de la Moclle.
Dans la cavité médullaire des os longs, dans les spongiosités des os courts , et dans les porosités dela substance compacte de tout os quelconque, il est exhalé une humeur huileuse analogue à la graisse dont nous venons de
traiter, et qui est appelée moelle. L’organe qui la sécrète est appelé tissu médullaire ou adipeux des os , que plusieurs anatomistes rapportent au tissu adipeux qui nous occupait tout à l'heure. Dans les cavités des os longs, ce tissu s’offre sous l'apparence d’une membrane fort sensible, qui tapisse le canal intérieur de l’os , et envoie en dehors des prolongemens dans la substance compacte, et en dedans d’autres prolongemens qui forment des cloisons intérieures , dans lesquelles se trouvent les vésicules de la moelle. Gette membrane , dite médullaire , est formée principalement par des vaisseaux sanguins ramifiés dans un tissu cellulaire très-fin, et qu’on peut injecter. On peut aussi y poursuivre des nerfs. C'est dans ses cloisons intérieures que sont des vésicules toutà-fait semblables à celles du tissu adipeux , ayant le même volume , etparaissant suspendues aussi commedes grains aux vaisseaux sanguins. Ge sont elles qui contiennent la moelle, et elles ne communiquent pas non plus entre el les. Dans la substance spongieuse des os, la membrane n’est pas aussi distincte, et on ne voit que les vésicules, qui se montrent aussi dans les porosités de la substance compacte.
Ce tissu médullaire exhale un suc, appelé moelle dans 9. 37
le canal médullaire des os longs, suc médullaire dans la substance spongieuse, et suc huileux dans la substance compacte. Ce suc a beaucoup de ressemblance physiquement et chimiquement avec la graisse; il est seulement plus fluide , plus coloré, plus jaune.
Les usages de ce suc sont peu connus. On à dit qu'il rendait les. os plus flexibles et moins cassans ; mais les os des enfans qui sont dépourvus de moelle, sont bien moins fragiles que ceux des vicillards, dans lesquels la moelle abonde. Haller a pensé qu’il servait à la reproduction des os, et notamment à la formation du cal; mais une fracture se guérit d'autant plus promptement, qu'on est plus jeune, et il y a dans le premier âge bien moins de moelle que dans les âges suivans. Nous avons réfuté l’idée de sa transsudation à travers les extrémités articulaires des os, pour aller former la synovie. Pour prouver son influence sur la nutrition et la conservalion des 05, on ne peut arguer des expériences de Troja , qui consis- {aientà détruire avec un fer rouge la membrane médullaire , et à voir par suite l'os se nécroser. La membrane médullaire, en effet , ne sert pas seulement à l'os, comme organe producteur dela moelle ; elle estle périoste interne de cet organe ; d'elle proviennent beaucoup de vaisseaux | qui pénètrent sa substance , eton concoit dès lors que sa destruction doit entraîner celle de l'os, indépendamment du service dela moelle. Ge sucn’a peut-être pas d’autre office local que de remplir le vide des os ; du moins que penser de cette idée, que la moelle est le réservoir du calorique latent et de l'électricité? Quant à ses usages génÉrAUX , ils seroient ceux de la graisse. Peut-on la considérer de même, comme une provision mise en réserve pour la nutrition ? Offre-t-elle dans sa quantité les
SÉCRÉAONS DES MUCUS COLORANS. 379 mêmes variations que la graisse ? et ces variations surviennent-elles coïncidemment, dans les mêmes Circonstances, et par les mêmes causes ? la moelle n'est-elle que la graisse , avec la modification qu'a commandée sa siluation dans l’intérieur des os ? c’est ce qui est probable, mais ce qui n’est pas démontré. Sa quantité toiale est impossible à évaluer.
$. VI. Exhalations des Mucus colorans de La peau, et d’autres surfaces.
Dansla partie de la peau qu’on appelle corps Muqueux , et qui est intermédiaire au derme qui est plus profonde. mentsitué, et à l’épiderme qui est tout-à-fait extérieur ; il est exhalé un mucus , un pigmentum auquel est dû la couleur particulière de la peau. Cette matière colorante existe dans les hommes de toutes les races ; excepté les albinos; mais c’est surtout dans les nègres qu'il est possible de la voir. Liüttre fit macérer de la peau de nègre dans la vue de gonfler le corps muqueux , de séparer l’épiderme du derme, et de pouvoir obtenir la matière colorante isolée; mais ilne put réussir. Quelquefois cependant, en agissant ainsi sur la peau du scrotum , on parvient à séparer des portions de Corps muqueux coloré assez étendues. Si on prolonge la macération , le Corps Muqueux serésouten une mucosité , teint l’eau , et laisse déposer au fond du vase une poudre brune impalpable. Gette expérience met hors de doute l'existence de cette matière colorante , qui paraît consister en globules colorés disséminés dans le corps muqueux.
On sait qu’elle n’estpas lamême dansles diverses races d'hommes. Le corps muqueux où elle siège est d'autant
plus épais, que cette matière est d’une couleur plus fon-
980 FONCTION DES SÉCRETIONScé; à cetitre, ilne l’est nulle part plus que chez le nègre, et son épaisseur va en diminuant successivement jusque chez le blanc. Gest par exhalation que cette matière est produite, et par résorption qu'elle est renouvelée. D'un côté, on ne peut la croire l'effet physique de la lumière, amenant quelques combinaisons avec le liquide plastique , le tissu cellulaire à demi organisé , qui constitue le corps muqueux: c’est bien une action organique qui la produit, La couleur dela peau, en effet, se montre dépendante du degré de développement de cette membrane, des variations des âges, el de l’état de santé et de maladie : le nègre, par exemple , naît presque aussi blanc que l’européen ; ce n’est que sraduellement qu’il devient noir ; il ne l’est parfaitementque dans ’âge adulte; dans sa vieillesse, sa peau perd un peu du beau noir de jais qu’elle avait dans le bel âge de sa vie, et se nuance de jaune. Toutes les régions de sa peau , d’ailleurs, n’ont pas le même degré de noirceur ; les parties cénitales le pénis , le scrotum, les auréoles des seins , les lèvres de la vulve , sont les parties les plus noires; viennent ensuite les fesses ; puis, les paupières, la face, l'abdomen , le thorax , les membres; la paume des mains et la plante des pieds, sont toujours les parties les moins noires. La couleur de la peau du nègre change visiblement par l’état de maladie : celle-ci peut même ne porter que sur la sécrétion quinous 0CCupPE ; si cette sécréion n'a pas lieu, la peau est sans couleur , ce qui constitue les albinos dans l'espèce noire , et la leucozoonte dans l’espèce blanche ; on a vu des blancs devenir noirs, des femmes , par exemple , pendant leur grossesse ; et au contraire , des nègres se tacheter de diverses couleurs, être ce qu'on appelle nègres-pies. Si nous ci-