SI
cadavériques ; les fluides sont bien loin de suivre pen dant la vie le cours qu’annoncent ces injections ; et ce qui le prouve, c’est qu’elles annoncent la communication de tous les genres de vaisseaux , quels qu’ils soient, artères, veines, lymphatiques, sécréteurs, etc. Beaucoup de considérations , en outre , combattent l’idée de celte communication des systèmes lymphatique et veineux à leur origine , ou au moins veulent qu'on la réduise à peu de chose. Pourquoi en effet, dès lors, l’abouchement par deux troncs du système lymphatique dans le système veineux ? S’il est vrai que la lymphe, produit de l'absorption lymphatique , aille en s’animalisant graduellement dans son cours, comme cela est très-probable; s’il est vrai que le choix des veines sous-clavières , pour l’arrivée de la lymphe dans le sang, sans importance pour l’ordre de la circulation, peut-on
ne soit pas
admettre cette communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines dès leur origine première ? et si elle est réelle, et si par conséquent les Iymphatiques versent dès ce lieu dans les veines les produits de leur absorption, n'est-il pas probable que ce n’est qu’en trop petite quantité , pour faire concevoir , sans le secours d'une absorption directe par les veines , la très-grande capacité qu'offrent aussitôt ces vaisseaux ? Du reste, la question que nous agitons ici nous fait toucher le point précis de la difficulté : comme on l’a vu, nous ne déclarons les veines et les vaisseaux lymphatiques les agens de l’absorption , que parce que nous retrouvons en eux les matières absorbées ; mais rien ne prouve que ce soient ces vaisseaux qui aient effectué immédiatement les absorptions ; ces absorptions se font dans l'intimité des parties, dans ce qu’on appelle les systèmes capillaires ; peut-être existe-
i-il là un ordre de vaisseaux tout-à-fait distincts des lymphatiques et des veines , qui en sont les agens, et qui en portent seulement les produits dans les systèmes vasculaires efférens , comme il en est probablement qui puisent dans le système vasculaire général afférent, le système artériel, pour effectuer les nutritions. Il faudrait, pour résoudre la question, pénétrer la texture de ces systèmes capillaires, et elle n'est pas connue.
Les raisons que présentent de leur côté les sectateurs de l'absorption exclusive par les veines, ne sont pas plus absolues. 1° Des recherches anatomiques , délicates, faites d’abord par Meckel, puis par M. Ribes, semblent prouver que les veines ont aux diverses surfaces , el dans l'intimité des parenchymes, des communications plus libres que les vaisseaux lymphatiques , par exemple. Des injections poussées dans les veines de la partie inférieure de la cuisse, ont pénétré jusque dans la peau et le tissu cellulaire, et beaucoup plus loin que celles poussées par les artères; une injection poussée dans la veine cave à pénétré jusque dans le tissu spongieux du corps des vertèbres. Mais d’abord il est possible que ces anatomistes aient dû lesrésultats qu'ils ont obtenus à l'état de putréfaction commencante dans lequel étaient les cadavres sur lesquelsils ont opéré. Ensuite , si les veines ont, plus évidemment encore queleslymphatiques , leurs radicules ouverts aux diverses surfaces, cette disposition n’en est pas moins celle qui est propre aux vaisseaux lymphatiques : Flandrin, en injectant les vaisseaux Iymphatiques du diaphragme , a vula matière de l'injection suinter à la face abdominale de ce muscle. 2° On a argué de la petitesse des troncs aboutissans du système
iymphatique, comparativement à la quantité des matières qui sont recueillies par les absorptions internes : on s’est demandé ce que devenait le produit des absorptions iniernes, quand le canal thoracique est en entier rempli par l’afllux du chyle, et suflit à peine à cet afllux. On à observé que le sang veineux ne devrait commencer à prédominer sur le sang artériel , qu’à partir des veines sousclavières. Mais toutes ces raisons, qui sont bonnes pour appuyer l’idée d’une absorption veineuse , sont impuis santes lorsqu'elles tendent à faire rejeter tout-à-fait l’absorption Îlymphatique. Elles ne prouvent même rien pour l’absorption veineuse, s’il est vrai que les Iymphatiques aboutissent dans les veines dès leur origine première et dans le cours de leur trajet. 3° Enfin , opposant expérience à expérience , on a argué de cas d’absorptions insolites, dans lesquelles les matières n’ont été retrouvées que dans les veines, et jamais dans les vaisseaux lymphatiques. Par exemple, M. Magendie dit que , dans plus de cent cas où il a injecté des matières odorantes ou colorantes dans les plèvres, sur des surfaces muqueuses , séreuses , et dans des parenchymes , il n’a jamais vu ces matières pénétrer dans les lymphatiques, et, au contraire , les a toujours retrouvées dans les veines , ou au moins dans le sang et les excrétions : mais, ainsi que nous l’avons dit aux partisans de Hunter, que peuvent ces faits négatifs contre les faits positifs qui leur sont opposés? {unter injecte une eau colorée d’indigo à la surface du péritoine , et voit, par suite , les lymphatiques de l'abdomen se colorer en bleu. Flandrin répète avec succès cetle même expérience. Mascagni trouve en des animaux qui étaient morts d’hémorragies pulmonaires et abdominales , les vaisseaux Jymphatiques du
DE L'ABSORPTION INTERNE. 79 poumon et du péritoine pleins de sang ; ce même physiologiste assure avoir trouvé souvent dans les vaisseaux lymphatiques le fluide d’une hydropisie ; il a observé sur lui-même le gonflement des ganglions de l’aine, consécutivement à un bain de pied. M. Desgencttes dit avoir vu les lymphatiques du foie contenir une lymphe amère, et ceux du rein une lymphe urineuse. Sœmmering à trouvé de la bile dans les vaisseaux lymphatiques du foie , et du lait dans ceux des aisselles. Enfin M. Dupuytren a vu, chez une femme qui avait une énorme tumeur suppurante à la partie interne de la cuisse, les vaisseaux lymphatiques de la peau qui avoisinaient la tumeur, etles ganglions de l’aine pleins d’un liquide qui avait l’opacité, la couleur blanche , la consistance du pus. Encore une fois , que peuvent des faits négatifs conire tant de faits positifs! M. Magendie a répété, pour prouver l'absorption veineuse en général , l'expérience de l’anse intestinale qu’il avait imaginée pour prouver l'absorption par les veines mésaraïques et dont nous avons parlé plus haut : il a coupé la cuisse à un chien vivant, de manière à ce que ce membre ne tienne plus au corps que par l'artère et la veine crurale ; il a ensuite inséré de l’upas tieuté dans la patte de l’animal, et a vu les effets du poison se manifester au bout de quatre minutes. Bien plus , coupant l'artère et la veine crurale elles-mêmes, et les remplaçant par des tuyaux de plume disposés de manière à pouvoir transmettre le sang, l’expérience a eu les mêmes résultats : il était si certain qu'ici c'était le sang veineux qui transportait le poison , qu’en pressant ou non avec le doigt la veine crurale, on suspendait ou laissait se développer les effets délétères. Mais cette intéressante expérience , excellente pour prou-
ver la réalité de l’absorption veineuse, ne prouve tien contre l’absorption lymphatique ; il eût fallu la faire dans un ordre inverse comme contre - épreuve , c’està-dire placer le poison dans une partie qui n’eût conservé de communication avec le reste du corps , que par l’intermédiaire d’un vaisseau lymphatique. Cette expérience prouve même moins pour l'absorption veineuse que celle de l’anse intestinale, parce qu'ici on a introduit le poison en piquant la patte de l'animal avec un instrument qui en était imprégné , et que dès lors on à empoisonné directement le sang veineux. D’ailleurs , que prouvera-t-elle si les Iymphatiques s’ouvrent dès leur origine , et, chemin faisant, dans les veines ?
En somme , puisque tout est égal entre ces deux sysièmes vasculaires , veines et vaisseaux lymphatiques , à l'égard de l’absorption interne , et que ce qu’on peut dire de l’une de ces deux absorptions peut se dire certainement de l’autre , on est forcé de les admettre toutes deux. Ainsi, de même que l’appareil chylifère est l’agent de l’absorption chyleuse et le chyle son produit , les systèmes lymphatique et veineux sont les agens de l'absorption interne, et les fluides Iymphe et sang veineux en sont, pour unepartie, au moins les produits.
Cependant, faisons remarquer qu’il y a doute si ces veines et vaisseaux lymphatiques effectuent immédiatement les absorptions , ou si ce ne seraient pas des vaisseaux plus déliés encore , capillaires , d’un autre ordre , qui ne feraient qu'aboutir à eux. D’une part, à juger par les chylifères, on peut croire que les lymphatiques et les veines ont des radicules libres aux surfaces : cela semble nécessaire pour les absorptions des sucs sécrétés ; et, la facilité avec laquelle les injections poussées dans les
veines, arrosent les surfaces et pénètrent les parenchymes , porte aussi à le penser. Alors la dificulté qui a existé sur la disposition des chylifères à leur origine se représente ici : selon les uns , ce sont les radicules mêmes des lymphatiques et des veines qui exécutent l’absorplion ; selon d’autres , ces radicules ont à leurs extrémités un tissu spongieux , une sorte de substance gélatineuse qui effectue l'absorption, et qui, en se continuant avec les parois des veines et des vaisseaux lymphatiques , en conduit le produit dans l’intérieur de ces vaisseaux. Ainsi le mécanisme de l'absorption se rapprocherait de ce qu'il est dans les derniers animaux, où cette fonction est accomplie sans l'intervention d’aucuns vaisseaux , et par la substance même du corps. Il est certainement possible qu'aux dernières extrémités des systèmes vasculaires des animaux compliqués, se trouve ce tissu vivant par excellence , qui compose à lui seul les animaux les plus simples , et exécute toutes leurs fonctions, l’absorption en particulier. D'autre part , ce n’est que parce qu’on retrouve dans les veines et les vaisseaux lÿmphatiques les matières absorbées, et parce que ces vaisseaux sont les seuls systèmes vasculaires de retour de notre économie, qu’on les a dits les agens des absorptions. Mais il pourrait bien se faire qu’il y eût au-delà d’eux d’autres vaisseaux, plus fins encore, qui exécutassent l'absorption, et en rapportassent les produits dans leur intérieur. Ce sont des vaisseaux autres que ceux qui forment le SyYsième afférent , c’est-à-dire le système artériel , qui effectuent les nutritions, la composition : pourquoi ne pas concevoir de même certains vaisseaux , effectuant spécialenent la décomposition, et en rapportant seulement les produits dans les systèmes vasculaires efférens , e’est-à- 3. 6
dire, les systèmes vasculaires lymphatique et veineux ? IE faut certainement séparer les vaisseaux du corps en deux ordres : les vaisseaux de conduite , de transport, les gros vaisseaux , et ceux-là sont, ou afférens comme les artères, ou efférens comme les vaisseaux lymphatiques et les veines : et les vaisseaux dits capillaires , qui puisent dans les premiers et fournissent aux seconds : les premiers ne remplissent en quelque sorte qu’un usage mécanique , en apportant et exportant les fluides nutritifs ; les seconds, au contraire, exécutent les nutritions , les calorisations , les sécrétions , les absorptions. Sans doute,
il y a continuité entre ces deux ordres de vaisseaux, puisque ce sont dans les premiers que les seconds puisent, et aux premiers qu’ils fournissent ; mais , à juger par les actions des uns et des autres , ils ne sont pas les mêmes. Or ,quelle est la disposition de ces vaisseaux dits capillaires ? elle est ignorée ; il faudrait, pour la connaître , pénétrer la texture intime des parties, et on ne peut y parvenir, Comme nous le dirons. Notre ignorance sur ces systèmes capillaires , doit donc en mener une semblable surles agens réels des absorptions internes qui se font en eux. Toutefois, sans rechercher davantage si c’est immédiatement ou médiatement qu’absorbent les veines et les vaisseaux lymphatiques , ce sontces deux ordres de vaisseaux qu’on considère commeles agens de l’absorption interne, et il faut dès lors traiter successivement de l'absorption lymphatique et de l'absorption veineuse.
$. IT. De l’Absorption lymphatique.
[ faut commencer par faire l’étude anatomique du système vasculaire qui l’effectue , puis nous en ferons l'histoire physiologique.
DÉ L'ABSORPTION LYMPHATIQUE. 83 1° Système vasculaire lymphatique.
On appelle ainsi tout l’ensemble des parties qui , dans le corps de l’homme et des animaux vertébrés, servent à la formation et à la circulation du fluide appelé lymphe. Il se présente chez l’homme, sous l’apparence de vaisseaux très-nombreux ; d’un côté, prenant leur origine aux diverses surfaces internes et externes du corps, dans l'intimité de toutes les parties ; de l’autre, aboutissant par deux troncs communs dans le système veineux , tout près du lieu où ce système veineux s’abouche lui-même dansle cœur ; et traversant, dans l’intervalle , un nombre considérable de ces organes de mixtion , d’élaboration des fluides, appelés ganglions. Il a donc bezucoup de ressemblance avec le système chylifère, et il faut de même étudier en lui les vaisseaux et les ganglions.
1° Les vaisseaux lymphatiques sont des vaisseaux membraneux, minces , pellucides, généralement assez grêles , qui, ainsi que nous le disions tout à l’heure , d’un côté, ont leur origine à toutes les surfaces internes et externes du corps , dans la profondeur de toutes les parties; qui, de l’autre côté , s’abouchent par deux troncs centraux dans le système veineux, dans les veines sousclavières , près du lieu où ce système veineux s’abouche dans le cœur; et qui recueillant ou recevant à leur origine dans les parties les divers matériaux de l’absorption interne , fabriquent avec eux la Iymphe, en partie au moins , et conduisent cette lymphe dans le sang veineux.
À leur origine dans l'intimité de toutes les parties, la
capillarité des vaisseaux lymphatiques est telle, que leur G*
disposition ne peut être connue ; perdus dans la substance des organes dont ils constituent un des élémens , ils ne peuvent être distingués des autres vaisseaux. Les premiers anatomistes qui les découvrirent, croyaient qu'ils faisaient suite aux dernières ramifications des artères. Ils s’appuyaient sur ce qu’une injection poussée dans une artère s’engage dans les Iymphatiques. Ils Les disaient destinés à rapporter au cœur la partie séreuse du sang , tandis que les veines y rapportaient la partie rouge de ce liquide. Lorsqu’ensuite on eut établi, d’après l’analogie de ce système avec le chylifère, et après les autres argumens indiqués plus haut , qu'il était un agent de l’absorption interne , on pensa que ces vaisseaux à leur origine étaient ouverts et béans sur toutes les surfaces et dans la profondeur de toutes les parties. En effet , des matières déposées sur quelques-unes des surfaces du corps, et dans le tissu des parties, se retrouvaient dans l’intérieur des vaisseaux lymphatiques; et une substance injectée dans l'intérieur de ces vaisseaux venait sourdre à la surface des diverses membranes, et dans le parenchyme des divers organes. Alors on eut recours au microscope pour saisir Ma disposition de leurs orifices : Lieberkun, dit qu'ils étaient au sommet d’une petite ampoule ou vésicule , qui, tapissée intérieurement d’une membrane cellulaire , et pénétrée par une arlère et une veine, présentait dans son intérieur une cavité pleine d’un tissu spongieux. Hewson prétendit que ces orifices étaient de simples trous, apercevables sur les réseaux que forment ces vaisseaux à leur origine. D’autres parlèrent de pores organiques , de villosités, etc. On retrouve ici l’une ou l’autre des deux opinions admises à l’égard de l’origine
des chylifères ; ou les vaisseaux communiquent immédiatement par des orifices libres avec les diverses surfaces et dans les parenchymes ; ou il existe à leurs extrémités et dans leur pourtour un tissu gélatineux qui est celui qui effectue immédiatement l'absorption ; ou bien encore il existe au-delà d’eux un autre ordre de vaisseaux plus déliés , étant à la décomposition ce que les exhalans nutritifs sont à la composition , effectuant dès lors l’absorption, et ne faisant qu’en apporter les produits au système lymphatique, qui ne serait qu’un système vasculaire général efférent. Tout cela ne peut être que conjectural , puisqu'on ignore la disposition des systèmes capillaires , et que c’est dans ces systèmes capillaires qu’est l’origine des vaisseaux lymphatiques. On voit bien que dans ces systèmes capillaires il y,a communication facile entre les diverses espèces de vaisseaux qui les forment, entre les artères et les veines , les artères et les lymphatiques, les veines et les lymphatiques même; des injections passent facilement de l’un de ces vaisseaux dans les autres. Mais, si ces injections prouvent qu’il ÿ a communication, elles n’en font pas connaître le mode : est-ce par continuité de vaisseaux , ou par un lissu intermédiaire ? cela est ignoré,
Quelle que soit cette origine , ces vaisseaux Iymphatiques, devenus un peu gros, se séparent du tissu des organes dans lequel ils étaient comme perdus, et commencent à être visibles. Alors on les voit manifestement se diriger vers les deux troncs communs de tout le système, sous forme de canaux cylindriques, transparens , membraneux , toujours assez grêles, et en s’anastomosane mille fois entre eux dans leur trajet. Ils sont trèsnombreux , plus cependant en certaines parues que
dans d’autres; par exemple, dans toutes celles qui sont le siége de quelques sécrétions récrémentitielles : ils constituent aussi en grande partie le tissu des surfaces et des membranes blanches. On en trouve dans presque toutes les parties du corps : les anatomistes disent n’en avoir pas trouvé encore au cerveau, à la moelle épinière , à l’œil, à l'oreille interne, etc. ; mais il est probable que cela tient à la faiblesse des moyens anatomiques , car on ne voit pas pourquoi ces parties n’auraient pas, comme toutes les autres, des vaisseaux lymphatiques. Dans le long trajet qu’ils parcourent, ils vont en s’ouvrant sans cesse les uns dans les auires, de manière à former un seul et même sysième. Cependant, malgré cet abouchement successif des uns dans les autres, ils restent toujours grêles: et c’est une des différences qui distinguent le système lymphatique du système veineux. Îls marchent sur deux plans: l’un superficiel qui rampe sous la peau ou sous la membrane qui enveloppe Porgane, et qui accompagne les veines superficielles et sous-cutanées ; l’autre profond , qui est situé plus profondément dans les interstices des muscles, ou dans le tissu même des parties, el qui accompagne les artères. Des anastomoses existent entre ces deux plans. Cette disposition ne se remarque pas seulement dans les membres , elle a lieu dans chaque viscère , et dans le tronc lui-même où l’on voit le plan superficiel des vaisseaux lyÿmphatiques au-dessous de la peau , et le plan profond entre les chairs et la membrane séreuse qui tapisse les cavités splanchniques. Dans ce trajet aussi , ces vaisseaux souvent se réunissent en faisceaux , s’enlacent par des replis multipliés, et forment des plexus inextricables. Ils sont placés généralement à la face interne des
membres, ou dans les vides que laissent entre eux les organes, accompagnant les artères , les enlaçant de leurs plexus, et traversant’ d'espace en espace les ganglions qui constituent l'autre partie du système lymphatique.
Tous aboutissent enfin à deux troncs, qui sont les cenires de tout le système, et qui s'ouvrent eux-mêmes dans le système veineux : l’un situé à gauche, appelé canalthoracique; l'autre, situé à droite , appelé le grand vaisseau lymphatique droit. Le premier est ainsi nommé à cause de sa situation dans le thorax, qu'il traverse dans toute sa hauteur perpendiculaire : il commence à ce même réservoir de Pecquet que nous avons décrit à l’article de l'appareil chylifère. Il est formé là, par trois gros vaisseaux; dont l’un est l’aboutissant de tous Îles lymphatiques de l'intestin, de tous ceux qui ont recueilli dans cet intestin le chyle, produit de la digestion ; et dont chacun des deux autres est formé par la réunion de tous les lymphatiques de la moitié inférieure du corps. De là, ce canal thoracique monte le long du corps des vertèbres, en faisant quelques flexuosités ; arrivé à la hauteur du diaphragme, il s'engage dans une ouverture dont est percé ce muscle, parvient dans le thorax, le traverse dans toute sa hauteur, et s'élève jusqu’à la face antérieure du col, à un pouce à peu près audessus de sa destination. Il se replie alors en arcade , et vient s'ouvrir dans la portion sous-clavière de la veine brachiale gauche. Une valvule existe au lieu de cet abouchement, et est disposée de manière à permettre la chute de la iymphe dans le sang, et à prévenir , au contraire , le reflux du sang dans le canal thoracique. Dans ce trajet, ce canal a de 16 à 18 pouces de longueur ; plus large en bas , se rétrécissant dans son milieu, et s’élar-
gissant de nouveau dans son milieu, son calibre est de deux àtroislignes. Souvent, dans sa longueur, ilse partage en plusieurs troncs, qui cependantseréunissent de nouveau en un seul avant d'arriver à la veine, le plus souvent au moins; d’autres fois, il est double. Il importe de connaître ces variations dans sa structure, afin de s'expliquer la diversité des résultats qu'ont obtenus ceux qui, dans des expériences physiologiques sur les animaux vivans, en ont fait la ligature. Ge tronc recoit tous les vaisseaux lymphatiques de la moitié inférieure du corps , plus une grande partie de ceux du thorax, et tous ceux de la moitié gauche de la partie supérieure du corps ; c’est à lui aussi qu'’aboutit le chyle qui provient de la digestion.
L'autre tronc lymphatique est étendu obliquement à droite sur l’apophyse transverse de la dernière vertèbre cervicale, et s’ouvre dans la portion sous-clavière de la veine brachiale du côté opposé , du côté droit. Une valvule existe aussi au lieu de cette insertion, et est disposée de manière à remplir le même usage. Ce tronc, long d’un quart de pouce à peu près , est aussi gros que le canal thoracique , et recoit leslymphatiques du côté droit du thorax et des parties supérieures du corps.
Plusieurs autres petits vaisseaux lymphatiques , mais dont l'existence n’est pas constante , s’abouchent dans la veine cave supérieure , au voisinage de ces deux troncs.
Ces deux troncs sont, pour le sysième lymphatique, ce que sont les veines caves pour le système veineux. Ce n’est pas cependant que le système lymphatique soit dans son ensemble comme le système veineux. Les veines marchent des parties au cœur, en devenant de moins en moins nombreuses, et de plus en plus grosses, el ont
dans leur ensemble la forme d’un arbre : les 1ÿmphatiques , au contraire , parcourent de longs trajets en res tant toujours grêles; et formant sans cesse des divisions et des anastomoses très-multipliées , ils simulent plutôt des réseaux qu’ils n’ont la forme d’un arbre, Les lymphatiques sont aussi plus nombreux que les veines ; on dit qu'il y à quatorze lymphatiques superficiels pour une veine ; d’où l’on établit que la capacité du système lymphatique est supérieure à celle du système veineux. Mais, d’abord, il est impossible de préciser la capacité de chacun de ces systèmes ; ensuite, on nepeut pas plus spécilier la différence qu’il y a sous ce rapport entre l’un et l’autre; enfin, si l’on remarque la petitesse des lÿmphatiques , peut-être soupconnera-t-on que le surplus de capacité qu’on accorde à ce système est moindre qu'on ne l’a dit.
C’est une question aussi de savoir si, chemin faisant, beaucoup de lymphatiques ne s'ouvrent pas dans les veines qu'ils avoisinent. Blizard dit avoir vu deux fois une terminaison directe des lymphatiques dans les veines iliaques. Nous avons déjà parlé des idées de Vieussens et autres à cet égard.
Quant à la texture des vaisseaux lymphatiques , tous sont formés de trois membranes superposées l’une à l’autre, et unies par du tissu cellulaire. 1° L’extérieure n'est guère qu’un tissu cellulaire condensé qui les unit aux parties voisines. 2° La suivante est la principale, et celle à laquelle le vaisseau doit sa solidité : quelques-uns, mais à tort, avaient voulu faire croire qu’elle était musculeuse; par exemple, Scheldon qui disait avoir vu des fibres musculeuses dans le canal thoracique du cheval; Schneider qui en avait vu dans celui de l’homme ;
98 FONCTION DES ABSORPTIONSe
Cruiskank , parce qu'il avait vu ces vaisseaux manifester de l'irritabilité sous l'influence d’irritans chimiques , de l’huile de vitriol , par exemple. 3° L’intérieure, au contraire , est mince, délicate, transparente , et se déchire au moindre contact: continue à celle qui tapisse l’intérieur des veines , elle en diffère un peu, car elle est sujette à un encroûtement plâtreux que l’autre ne présente jamais. On a dit qu’elle était, ainsi que la membrane interne de tout autre vaisseau, le siége d’une exhalation dont le produit servait à la défendre du contact de la lymphe ; mais probablement on s’en est laissé imposer par quelque transudation cadavérique ; du moins, un vaisseau lymphatique s’oblitère en entier quand la lymphe cesse d’y circuler. Elle forme, d’espaces en espaces, dans l'intérieur des vaisseaux , des valvules , c’est-à-dire des replis dont les bords libres sont dirigés du côté des troncs centraux, et qui servent à prévenir le reflux de la lymphe. Ces valvules y sont plus nombreuses encore qu'aux veines , disposées de même par paires, et placées surtout aux points où les lymphatiques se réunissent : c'est à cause d'elles que les lymphatiques qu’on a injeciés paraissent coupés par des nodosités. Ajoutons que ces trois membranes qui composent les lymphatiques recoivent en outre les élémens sans lesquels aucun organe, quel qu'il soit, ne peut vivre , des artérioles, des veinules , etc.
Cette texture donne à ces vaisseaux assez de solidité , une solidité qui même est supérieure à celle d’une artère d’un volume égal, car ils supportent le poids d’une colonne de mercure plus forte. Îls sontaussisuscepiibles d’une certaine distension , comme le prouvent les injections , ou la ligature du canal thoracique. Ils sont
DE L'APPAREILLYMPHATIQUE. 91
de même contractiles ; et rien de plus variable que le volume des lymphatiques et la quantité de lÿmphe qui y circule. En général ces vaisseaux ont une vitalité plus | exaltée que les veines.
2° Ganglions lymphatiques. Ge sont des organes gé-. néralement arrondis, d’un volume qui varie depuis un dixième de ligne jusqu'à la grosseur d’une noisette, el qui, placés çà et là sur le trajet des vaisseaux lymphatiques , recoivent d’un côté un certain nombre de | ces vaisseaux , et de l’autre côté donnent naissance à d’autres qui continuent le système. Appelés jadis glandes conglobées, mot fort impropre, ils abondent surtout au niveau des articulations, dans tous les lieux où le système cellulaire prédomine, et ils sont d’autant plus nombreux qu'on approche plus des troncs qui sont les centres du système. Leur nombre peut être de six à Isept cents , et ils sont spécialement nommés d’après leur situation. Ainsi, en commencant par le membre inférieur , on en signale trois ou quatre dans le creux du
jarret, les poplités ; puis, huit à douze dans le pli del’aine, Les inguinaux : recherchant ensuite ceux de l'abdomen, on trouve successivement huit à dix ganglions iliaques, dix ganglions prélombaires,cent mésentériques, soixante mésocoliques, et un grand nombre avoisinant chaque principal viscère de l'abdomen, et nommés d’après cela Isous-hépatiques , spléniques, pancréatiques, pelviens. Le membre supérieur en présente de même quatre à cinq auprès du coude , les huméro-cubitales, et six à huit dans le creux de l’aisselle, les axillaires. À la tête et au col sont deux ou trois mastoidiens, des sous- zigomatiques, des maæillaires , des sublinguaux, beaucoup de trachéliens, des sus-scapulaires , des sous-cla-
vwiers, etc. Enfin dans le thorax, où sont situés les deux troncs aboutissans du système , on signale des ganglions prédorsaux , des intercostaux , un entre chaque côte ; des diaphragmatiques, des médiastins, des sous-sternaux , et enfin ceux quiavoisinent les viscères intérieurs du thorax, et en ont tiré leur nom, les bronchiques , pulmonaires , cardiaques , etc. Nous nous bornerons à cette énumération générale des ganglions Iymphatiques, parce qu'il doit nous suffire de dire que, recevant d’un
côté des vaisseaux lymphatiques , et de l’autre côté don-, nant naissance à d’autres , ils font réellement de tous un.
système continu. Il est ceftain , en effet, que ces ganglions s’envoient réciproquement des vaisseaux de com: munication. Ils sont souvent si petits qu’on ne les voit
pas,et c’est la maladie qui en les grossissant les fait appa-
raître. Il en est aux deux plans que présentent dans leur marche les lymphatiques; et généralement ils ne sont jamais isolés, mais toujours réunis au nombre de plusieurs et disposés en groupes.
Leur texture, objet de recherches très-importantes , puisque par elle on peut pénétrer le rôle qu'ils jouent dans la généralité du système , est encore un sujet de controverse pour les anatomistes. Si l’on en croit Haller , Albinus, ces ganglions sont formés par les circonvolutions des vaisseaux lymphatiques qui se sont roulés sur eux-mêmes pour les former. Malpighi, Morgagni , Cruiskank , pensent , au contraire , qu'ils sont des amas de cellules, recevant d’un côté des vaisseaux lymphatiques qu'on appelle afférens , donnant naissance de l’autre côté à d’autres vaisseaux lymphatiques appelés efférens , et dans l'intérieur desquelles s’exhale un suc destiné à se mêler à la lymphe et à l’é-
DE L'APPAREIEMLYMPIATIQUE. 93
laborer. Les vaisseaux efférens sont plus gros et moins nombreux que les afférens. Telle est , en effet , la disposition du thymus et d’autres organes, que nous allons dire être rapportés par M. Chaussier, aux ganglions lymphatiques. Si l’on veut appliquer aux ganglions Iymphatiques l’idée que l’on se fait de tout ganglion quelconque , il faut se les présenter comme dés agsælomérations de vaisseaux lymphatiques divisés , Dhs , pelotonnés , anastomosés à l'infini, réunis en masse par des liens celluleux, et formant ainsi un organe qui recoit beaucoup de vaisseaux sanguins , des nerfs du trisplanchnique, et qu’enveloppe une membrane celluleuse assez dense. Malpighi disait musculeuse , et Vuck fibrotendineuse , cette enveloppe extérieure ; mais il est évident qu’elle n’est que du tissu cellulaire condensé. Si l’on cherche à poursuivre les vaisseaux lymphatiques dans les ganglions, à les y dérouler, on reconnaît que ces vaisseaux y ont des parois moins épaisses , et des anastomoses plus fréquentes. Du reste , il faut avouer que l’on est ici dans une ignorance égale à celle où nous sommes toujours pour tout ce qui est Rarié à la texture profonde des organes. S æœmmering dit que cette texture n'est pas la même dans tous les ganglions ; que dans les uns elle est vasculaire , dans d’autres celluleuse, et dans d’autres à la fois vasculaire et celluleuse.
Toutefois, ces ganglions, qui sont de couleur rosée chez l'enfant, grise chez l'adulte , doivent à leur texture , quelle qu’elle soit, une solidité assez grande, mais qui est moindre cependant que celle des vaisseaux lÿymphatiques eux-mêmes. Ils jouissent d’une sorte de mobilité dans leurs rapports et leurs attaches avec les parties voisines. Ils ont surtout une vitalité fort énergi-
que, comme il est prouvé par la fréquence de leurs maladies , et la facilité avec laquelle ils s’altèrent sympathiquement. |
M. Chaussier considère comme appartenant aux ganglions lymphatiques , un certain nombre d’organes dont les usages dans l’économie ne sont pas encore bien connus ; tels que le thymus , la thyroïde, les capsules surrénales , etpeut-être la rate ; il en fait une section à part, sous le nom de'ganglions glandiformes. Bien que cette idée de ce professeur eût besoin , pour être jugée , de développemens qu’il n’a pas donnés , nous allons dire quelques mots de ces divers organes. Nous avons déjà parlé de la rate. Le thymus est un corps formé de cinq à six lobes distincts, situé dans le thorax, à sa partie supérieure et antérieure , derrièrele sternum, et qui, appartenant plus particulièrement au premier âge de la vie, sera décrit à l’article du fœtus. La thyroïde est un organe lobulaire aussi, situé à la partie antérieure du col, audessous de la peau et de quelques muscles sous-cutanés ; appuyé sur là partie antérieure et inférieure du larynx et les premiers anneaux de la trachée-artère. Formé de lobes qui se sabdivisent successivement en lobules et en grains, Cet organe à une couleur tantôt rouge, tantôt jaune , et présente intérieurement des vésicules remplies d’un fluide qui est visqueux, et incolore ou jaunâtre. On a dit qu’il servait à sécréter le mucus bronchique ; mais jamais on n’a pu lui trouver un canal excréteur. Comme il est plus volumineux dans le fœtus que dans l'adulte, on peut le croire destiné plus particulièrement à quelques fonctions nutritives relatives à cel âge ; cependant sa persistance jusque dans l'extrême vieillesse , le volume énorme des artères qui lui arrivent, ainsi que le
nombre des nerfs et vaisseaux lymphatiques qui le pénètrent , ne permettent pas de douter qu’il ne remplisse aussi quelque office important, mais inconnu, dans tout le cours de la vie. Nous en dirons autant des capsules surrénales , petits corps placés dans l'abdomen , hors du péritoine, au-dessus de chaque rein dont ils embrassent l'extrémité supérieure : les artères qui y aboutissent ont aussi plus de volume chez le fœtus que chez l’adulte ; mais comme ils persistent pendant toute la vie, on ne peut les y croire inutiles. Ils consistent en de petites poches à parois parenchymateuses épaisses , dont le tissu est aussi lobulaire , granulé , et dont la cavité intérieure est pleine d’un fluide visqueux , qui est rougeâtre dans le fœtus , jaune dans l’enfance, et brun dans la vieillesse. Nous reviend rons plusieurs fois sur ces organes, à l’occasion de chacun des usages hypothétiques qu’on leur a attribués.
Tel est l’ensemble général du système lymphatique. Pour bien le voir , il faut, ou injecter le système par le canal thoracique avec du mercure, ou lier le canal thoracique , afin que la lymphe, faute de pouvoir s’écouler dans le système veineux, distende les vaisseaux Iympha: tiques et les rende facilement apercevables. Si on en fait l’examen sur un animal vivant, on voit que le plus souvent Îles vaisseaux lymphatiques des membres, de la tête et du colsont affaissés, et paraissent comme vides ; qu’il ya, sous le rapport de leur plénitude , beaucoup de différence entre les divers vaisseaux lymphatiques du corps; et qu'enfin , généralement ce système ne paraît pas rempli à l'instar de ce qu'est tout autre système vasculaire , le veineux, par exemple,
Îl n'existe pas dans tous les animaux: et, dans ceux
chez lesquels on le trouve , il n’a pas toujours le même degré de complication. Il manque au-delà des animaux vertébrés; dans les poissons et les reptiles, il ne consiste que dans des vaisseaux; et ce n’est que dans les oiseaux et les mammifères, qu’il offre de plus les ganglions.
Les Anciens n’en avaient aucune connaissance. En 1565, Eustachi fit la découverte du canal thoracique , qu’il appela vena alba thoracis; seulement il n’en saisit pas la fonction, et sa découverte fut même bientôt oubliée. En 1622, Aselli découvrit les vaisseaux chylifè res, mais sans en reconnaître encore les usages. En 1634 , Weslingius retrouva le canal thoracique, et, plus tard, en 1649, vit que ce canal était l'aboutissant des vaisseaux chylifères d’Aselli. Enfin, presque en même temps, en 1690, 1651, 1655, Olaüs Rudbeck, Thomas Bartholin en Allemagne, et Jolyff en Angleterre , découvrirent toute la généralité du système Iymphatique. Chacun de ces trois anatomistes revendiqua la gloire de cette importante découverte ; la grande influence qu’exercait alors Bartholin sur le monde savant la lui fit d’abord attribuer ; mais, depuis, la postérité a prononcé en faveur de Rudbeck. Gelui-ci les nomma vaisseaux séreux, et Bartholin, vaisseaux lymphatiques. Du reste , les uns el les autres n’en saisirent pas d’abord la disposition et les fonctions ; ils les disaient continus aux artères , et n'étant que leurs ramifications dernières. C’est J. Hunter qui, le premier, établit qu'ils naissaient aux diverses surfaces où se font des absorptions , et qu'ils étaient les agens de ces absorptions. Depuis, cette opinion a été généralement admise, et les travaux successifs de Ruisch, Nouguez, Monro, des deux /lunier, et
surtout ceux de Mascagni, Cruiskank , ete., ont porté cette branche de l’anatomie à un point de perfection qui égale celui où sont parvenues toutes les autres parties de cette science.
2% Mécanisme de la Lymphose.
Dans l'étude physiologique de l'absorption lymphati-que, nous allons suivre le même ordre que dans celle de l'absorption chyleuse ; c’est-à-dire rechercher » 1° quels sont les matériaux sur lesquels agit l’appareil Iymphatique , et conséquemment d’où provient la lymphe; 2° ensuite, ce qu'est l’action d'absorption qu'exécuté cet appareil à son origine , et d’où résulte la Iymphe ; 3° quel est le cours de cette lymphe, qui en est le produit, et quelles altérations elle éprouve dans ce cours ; 4° enfin, ce qu'est cette lymphe considérée en elle-même , quelles sont ses propriétés physiques , sa nature chimique , sa quantité.
1° Matériaux de la {ymphe. Avant la découverte du système lymphatique, les Anciens regardaient la Iymphe comme n'étant que la sérosité du sang. Îl en fut de même encore dansles premiers temps de la découverte de ce système , lorsqu'on disait que les vaisseaux Jyÿmphatiques n'étaient que la continuation des dernières artérioles, On établissait que le sang, arrivé aux dernières ramifications des artères , se partageait en deux parties : une rouge , plus consistante, qui était rapportée par les veines; et une blanche, séreuse, qui était rapportée par les lymphatiques. Ainsi.c’était du sang lui-même qu'é. manait la lymphe , et les vaisseaux lymphatiques étaient les vaisseaux de retour de Ja partie séreuse du seng,
tandis que les veines étaient ceux de la partie rouge. Les 3. "
preuves , sur lesquelles on se fondait , étaient la ressemrblance apparente qui existé entre la Iymphe et la sérosité du sang, Ct la facilité avec laquelle une injection cadavérique passe des dernières artérioles dans les premiers radicules des Iymphatiques. Dans cette manière de voir, qui est encore celle de M. Magendie qui nie l'absorption lymphatique , l’histoire de la lymphe ne devrait pas se rapporter à la fonction des absorptions, mais à celle de la circulation.
Mais , depuis que Hunter , en arguant des absorptions insolites , et de la grande ressemblance du système [ymphatique avec le chylifère , a présenté les vaisseaux lynphatiques comme les agens des absorptions internes , IE Iymphe a dù être dérivée , en parlie au moins, des maiériaux de ces absorptions. Nous avons vu, en effet, que beaucoup de considérations conduisaient à faire admettre les lymphatiques comme les agens des absorp- Lions internes ; et alors la lymphe qui y circule, doit être, en partie au moins, considérée comme formée par les matériaux de ces absorptions.
Or, ces matériaux que nous avons déjà énumérés , sont : 1° ce que l'absorption interstitielle reprend dans chaque organe pour sa décomposition. 2° Tous les sucs sécrétés récrémentitiels, les sucs séreux, la sérosité du tissu lamineuæ , la graisse , la synovie , le suc médullaire, la moelle, les mucus colorans de la peau, de l’iris , de la choroïde, les trois humeurs de l'œil, la lymphe de Cotunni. 3° Enfin quelques parties des humeurs sécrétées excrémentitielles, surtout de celles qui ont dans leurs voies d’excrétion un réservoir, COMME la bile, le sperme, l'urine, etc.
Sans doute ces matériaux ne sont pas exclusivement
préparés pour la formation de la Iÿmphe. Ceux du premier ordre composent la substance même des organes ; les humeurs sécrétées récrémentitielles ont chacune un usage spécial, et qui est différent pour chacune d'elles : il en est de même des humeurs sécrétées excrémentitielles. Mais enfin, comme toutes ces matières ne reviennent au torrent circulatoire qu’en faisant partie de la Iymphe, on doit les considérer en même temps comme des matériaux constitutifs de ce fluide. C’est une nouvelle preuve de la merveilleuse structure de notre corps , et de l’art avec lequel un même rouage y sert à des offices divers. Ici l’absorption interne concourt tout à la fois : à la décomposition du corps en reprenant dans les organes les matériaux usés; à sa composition, en fournissant les matériaux constitutifs de la lymphe ; et elle assure l'intégrité physique de beaucoup de parties , l'équilibre de beaucoup de sécrétions, en en recucillant les fluides dans une quantité égale à celle dans laquelle ils sont fournis.
D'ailleurs , parmi ces matériaux, il en est qui paraissent plus particulièrement destinés à la Iymphose, la graisse , par exemple. Sans doute , cette matière remplit divers usages dans l’économie , comme d’entretenir la température des parties , d’en remplir les vides ; mais , à certains égards, on peut la considérer comme une provision mise en réserve pour servir à la lymphose, et suppléer à l'alimentation. Les animaux hybernans, par exemple , sont très-gras quand ils s’endorment, et se réveillent extrêmement amaigris ; dans l’abstinence, la graisse est la première matière dont la rés orption se manifeste; cette résorption est déjà sensible après vingt-qtiatre
heures : voyez-la se dissiper de même dansles maladies.
mX {
100 FONCTION DES ARSORPTIONS.
M. Chaussier assigne par conjecture le même usage à plusieurs autres sucs : par exemple, il pense que le thymus , la thyroïde, les capsules surrénales , tous les organes qu'il a appelés ganglions glandiformes , servent à préparer des matériaux à la lymphe, et concourent à la crâse de ce fluide. IL le dit surtout du thymus qui disparaît après le premier âge, ce qui prouve qu'il ne sert qu'à la nutrition du corps, et non à aucune fonction animale proprement dite. Mais ce thymus ne peut-il pas servir autrement à la vie fœtale : être, par exemple, un organe de respiration , Comme quelques-uns le conjecturent ? Ge professeur émet aussi l'idée que les sucs des membranes séreuses , en même temps qu'ils remplissent des offices mécaniques relatifs aux parties qu'ils arrosent, ont reçu de l’action de sécrétion qui les a faits une-nature qui les dispose merveilleusement à former la lymphe : mais ce n’est encore là qu’une conjecture que rien ne justifie.
Tels sont toutefois, les matériaux que l'absorption interne fournit pour la constitution de la lymphe. On ne peut rien préciser sur leur quantité. D'abord , comme une partie d'eux peut être saisie par l'absorption veineuse, il est impossible de savoir dans quelle proportion ils concourent à la formation de chacun des fluides des deux absorptions internes. Ensuite, la quantité de cha-
cune de ces substances est mille fois variable en elle- «
même : par exemple, la proportion des matières fournies par l'absorption interstitielle variera nécessairement selon le degré d'activité du mouvement putriüf , selon les âges ; celle des sécrétions est dépendante de mille circonstances générales ou locales , et est relative aux parties qui sont le siége de ces sécrétions.
2 Action absorbante des tymphatiques , et élaboraérice de la lymphe. Quels que soient les matériaux desquels dérive la Iymphe , soit que cette humeur provienne en partie de la sérosité du sang, soit qu’elle ne résulte que des matériaux de labsorption interne, il est sûr qu’elle est faite à l’origine même des vaisseaux lymphatiques. D’une part, en effet, cette lymphe n’existe pas toute formée dans l’une ni l’autre des deux sources que nous venons d'indiquer; d’autre part, elle se montre déjà dans les premiers vaisseaux lymphatiques apercevables ; il faut donc bien qu’elle ait été faite dans l’intervalle , c’est-à-dire à l’origine même du système. L’action qui la fait est double peut-être, savoir la transudation de la partie séreuse du sang, et le phénomène de l’absorption interne. Mais ici nous ne devons nous occuper que de ce dernier, qui n’est pas contestable; et, à son égard, il faut admettre queles radicules lympbatiques,qui sont toujours appliqués aux matériaux divers que nous avons indiqués, se livrent à une action quelconque, en vertu de laquelle ils saisissent ces matériaux et les changent en une humeur qui est, ou la lymphe elle-même, ou un autre fluide qu’on ne peut spécifier , puisqu'il est aussitôt mêlé à la lÿymphe; mais qui au moins ne conserve plus rien des matières dont il dérive, puisqu'on ne peut les y retrouver, et qu’on peut confondre avec la lymphe. ,
Nous ne pouvons dire de cette action des radicules lymphatiques que ce que nous avons dit de l’action ahsorbante des chylifères. D'abord , comme celle-ci, c'est une action toute moléculaire, qui échappe à nos sens, dont nous ne pouvons conséquemment donner la description , et qui n’est manifestée que par son résul-
at, la formation de la lymphe. On a dit que le radicule Jymphatique éprouvait une sorte d’érection, se livrait à des contractions et dilatations alternatives en vertu desquelles la matière était saisie et élaborée. Mais on a avancé cela , plutôt d’après une vue de l'esprit que d’après une observation directe; ou parce qu’on a vu de semblables mouvemens dansle point lacrymal, et que ce point lacrymal qui est chargé dans l'œil d’absorber les larmes , a paru être une image grossie de tout radicule lymphatique.
En second lieu , on ne peut préciser le lieu précis du lymphatique où se fait l'absorption ; et nous sommes ramenés ici à notre ignorance sur l’origine des lymphatiques , et sur les systèmes capillaires. Le lymphatique at-il un orifice immédiatement ouvert sur les surfaces où se font les absorptions, et conséquemment dans un contact immédiat avec les matériaux à absorber ? ou àt-il à son extrémité, et dans son pourtour, un tissu gélatineux qui effectue l'absorption ?ou bien, enfin, y a-t-il, au-delà des lymphatiques, un système vasculaire plus délié, faisant partie des systèmes capillaires , effectuant les absorptions et en versant les produits dans l’un et l’autre des deux systèmes vasculaires généraux efférens et de retour ? chacune de ces opinions a été tour à tour professée , sans qu'on puisse donner Îa démonstration d'aucune d'elles.
En troisivme lieu, cette action n’est pas seulement une action de pompement , mais en outre une action d’é- Jaboration; en même temps que les matériaux divers que nous avons énumérés sont saisis, ils sont travaillés , et changés en lymphe. Gette lymphe en effet n'existe pas dans ces matériaux; elle ne se montre qu'à partir de ces
vaisseaux , ce sont ces vaisseaux qui réellement l'ont faite.
Enfin , l'essence de cette action de Iymphose est aussi impénétrable que celle de l’action de la chylose; et on ne sait d’elle que les deux propositions que nous avons dites de toute action de l’économie examinée jusqu’à présent , savoir que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas passifs pour la produire; et que, n'étant pas une action mécanique et chimique, elle doit être dite une action organique et vitale.
Sous le premier point de vue, il est certain que les vaisseaux lymphatiques doivent agir pour effectuer cette action absorbante élaboratrice, car leur intégrité est nécessaire pour qu'elle ait lieu : si, par exemple, les absorbans des surfaces sécrétoires récrémentilielles sont malades , l'absorption ne se fait pas ou se fait mal, etil en résulte des hydropisies. L’absorption d’ailleurs exige l'état de vie, et varie selon les conditions organiques diverses dans lesquelles peuvent être les vaisseaux Iymphatiques.
Sous le second point de vue, il estégalement sûr que la lymphose ne peut être rapportée à aucune des forces mécaniques et chimiques connues; qu’elle est une de ces actions par lesquelles les corps vivans font exception à la nature générale, et qu’on appelle à cause de cela organiques et vitales. Gette action en eflet pourrait-elle n’être, comme on l’a dit, qu’une introduction passive des matériaux de la [ymphe à travers les pores des vaisseaux Jymphatiques ? mais alors il faudrait que la lymphe existât toute formée dans les matériaux dont elle dérive, ce qu’on sait ne pas être; tout autre fluide que la lymphe devrait être absorbé aussi, et c’est ce quin’est pas, N’est-elle, comme d’autres l'ont supposé,
qu’un phénomène analogue à l'attraction des tubes capillaires ? inais pour cela, il faudrait encore que la Iymphe existât avant les vaisseaux lymphatiques, que tout autre fluide fût de même absorbé. On a enfin attribué cette action à une pression propre à exprimer la ]ymphe dans les vaisseaux lymphatiques ; de même qu’on avait conçu le passage du chyle dans les vaisseaux chylifères, par suite de la pression qu'exercait l'intestin sur la masse chymeuse, et de lexpression qui en était l'effet. Mais d’abord , cette expression prétendue du chyme n’est certainement pas l’essence de l'absorption chyleuse; ensuite, quelle serait, dans l’absorptionlymphatique, la puissance compressive qui la produirait ? enfin, cela suppose ioujours que la Iÿmphe existe toute faite avant les radicules lymphatiques. Nulle action physique et mécanique ne peut donc être dite l’essence de cette action d’absorption. Elle n’est pas davantage une action chimique : il n’y à pas en effet de rapports chimiques , entre les élémens des absorptions internes considérés comme matériaux de l’absorption , et la Iymphe considérée comme son produit; de la connaissance de la composition chimique des premiers, on ne peut , parles lois chimiques sénérales , conclure à la formation de la seconde : enfin, le produit de cette opération est un fluide organique, la lymphe, et toute action chimique générale est impropre à en produire de ce genre. Ainsi donc, puisque cette action d'absorption n’a pas son analogue parmi les actions physiques et chimiques générales , il faut la dire une action organique et vitale.
Geite action élaboratrice, se passant aux extrémités capillaires d’un système vasculaire, et agissant sur des molécules très-divisées , nos sens ne peuvent rien en sai-
sir; et l’on ne peut qu’en assurer les trois propositions que nous avons indiquées à l’occasion des actions élaboratrices précédemment examinées. 1° Une seule substance peut la subir, celle que recueillent les absorptions internes; toutes les autres substances venant du dehors ou de l’économie elle-même, si les Iymphatiques les saisissent, ne feront qu'être absorbées, mais sans être changées en lymphe; 2° évidemment l’action formatrice de la lymphe n’est pas une action chimique, mais est une élaboration d’un genre spécial, et qui n’a aucun rapport avec les lois chimiques ordinaires; 3° enfin, son produit est toujours identique, de la Iymphe : car, d’un côté, n’est-ce pas toujours le même appareil qui agit? et d’autre part, ne sont-ce pas toujours les mêmes matériaux sur lesquels cet appareil opère ? il n’y a aussi que des degrés inégaux de perfection, selon le degré d’intégrité et d'énergie de l’appareil lymphatique , et selon l’état plus ou moins bon des matériaux qu’il élabore.
Cependant on a été un peu en doute sur cette dernière proposition, à cause de la diversité qui existe dans les matériaux avec lesquels la lymphe est faite ; et l’on a demandé si c’est une même lymphe qui provient de chaque partie. Les faits directs propres à dicter une réponse sûre manquent. On n’a pas en effet examiné comparali vement la lymphe des diverses parties du corps, et il est probable que, quand même on aurait fait cet examen comparatif, nos sens et nos agens chimiques auraient été trop faibles pour constater des différences, à supposer qu’il en existât. Mais on peut arguer de quelques raisonnemens , pour conjecturer que c’est une même Jymphe qui est faite dans Les diverses parties du corps , aux
origines du système lymphatique. En effet, c’esthien, à la vérité, de matériaux divers que provient la lymphe; mais les alimens ne sont-ils pas divers aussi ? et avec eux l'appareil digestif ne fait-il pas cependant un même chyme ? la chose importante c'est que ce soit toujours le même appareil fabricateur qui agisse.
Mais cette lymphe peut quelquefois se montrer diflérente d'elle-même. D'abord , nous avons dit que dans sa crâse plus ou moins parfaite, elle dépendait , et du degré d’intégrité de l'appareil lymphatique qui la fabrique, et de l’état plus ou moins bon des matériaux avec lesquels elle est fabriquée. Ensuite, elle peut se irouver mêlée à des matières étrangères venant du dehors ou de l’économie elle-même , que les vaisseaux lymphatiques auront absorbées, mais non élaborées; de même que souvent quelques principes physiques et chimiques des alimens ont passé avec le chyle, et se monirent dans ce liquide avec leur nature étrangère. Mais, dans les premiers cas , le produit de l’action n’en est pas moins de la lymphe; et le dernier contredit encore moins le principe de l'identité de ce produit, puisque les différences qu’il présente ne portent pas sur ce qui est lymphe, à proprement parler, mais sont dues à des matières étrangères qui peuvent accidentellement lui être mêlées.
3° Circulation de la lymphe. La Iÿmpbhe, produit de l’action que nous venons d'étudier , ne reste pas stationnaire : des premiers vaisseaux lymphatiques où elle est apercevable, on la voit passer dans les autres vaisseaux qui leur sont continus; cheminer ainsi vers les troncs aboutissans de tout le système ; traverser, dans ce long, trajet, les nombreux ganglions qui sont sur sa route; et
DE L'ABSORPTION LYMPNHATIQUE. 107
enfin être versée par les deux troncs centraux, dans les veines sous-clavières, où elle se mêle au sang veineux. Chemin faisant , elle a reçu dans le réservoir de Pecquet, dans le canal thoracique, le fluide de l'absorption alimentaire , le chyle, s'il y en a de fait; et dès lors elle l’entraîne avec elle.
L'histoire de ce mouvement qu’on appelle circulation delalymphe, et qui serait mieux appelée sa progression, puisqu'il n’y a pas de cercle de décrit , offre absolument les mêmes traits que la circulation du chyle, et en sera, en quelque sorte, une répétition ; il faut aussi rechercher les causes qui meuvent le fluide, indiquer les résistances mécaniques que ces causes ont à surmonter, et, en évaluant les unes et les autres, faire connaître tous les traits de la circulation lymphatique, son degré de rapidité , par exemple, etc,
Parmi les causes qui impriment à la Iymphe le mouvement déterminé qu’elle suit, la principale est la continuité de l’action d'absorption qui se fait aux origines du système. Les radicules lymphatiques faisant sans interruption, à leur origine, de la nouvelle Iymphe, celle ci doit nécessairement pousser en avant la lymphe qui remplissait le vaisseau , et de proche en proche le fluide doit arriver ainsi dans le canal thoracique et dans le torrent veineux. La même action qui fait la Iymphe concourt donc à la faire circuler,
Une autre cause de la circulation de la Iymphe est une contraction exercée par les vaisseaux lymphatiques , en vertu de laquelle ces vaisseaux pousseraient de proche en proche dans leur intérieur la Iymphe, depuis les radicules d’origine jusqu'aux troncs centraux. A la vérité celle action n'est pas visible; en vain on observe pen-
dant le cours de la Ilymphe, chez un animal vivant, un lymphatique mis à nu, on n’y aperçoit pas de contractions ; mais elle est admise généralement d’après des raisonnemens assez spécieux , et qui sont les mêmes que ceux qu’on a invoqués en faveur de la contraction des chylifères : 1° l’état grêle des Iymphatiques qui à ce titre peuvent être supposés doués de contractilité tonique, comme tous les vaisseaux capillaires ; 2° l’existence des ganglions Iymphatiques , qui , devant détruire l’impulsion première qu’a reçue la lymphe à l’origine du système, exigent qu’une autre force pousse cette lymphe d’un de ces ganglions à l’autre; 3° l’écoulement qu’on observe dans la lymphée, dans l'ouverture d’un vaisseau lymphatique, ce qui ne pourrait être produit par la première cause impulsive indiquée, mais suppose une action directe de la part des vaisseaux lymphatiques. Si on pique le canal thoracique d’un animal vivant , après en avoir fait la ligature, on voit le fluide jaillir; et ce qui prouve que cela est dû à une contraction vitale de ce vaisseau , c’est que le jet ne s’observe plus si on fait l'expérience après la mort; 4° la particularité qu’offrent, dans le cadavre, la plupart des vaisseaux lymphatiques d’être vides , ce qui prouve que ces vaisseaux ont, en raison de leur tonicité, exprimé leur lymphe dans les gros troncs. Quelques physiologistes, à la vérité, ont cru pouvoir rapporter ces faits à l'attraction des tubes capillaires ; mais, si cela était, pourquoi varieraient-ils selon les conditions organiques des vaisseaux ?
À ces causes principales de la circulation de la Iymphe, il faut ajouter, comme auxiliaires , le battement des artères qui avoisinent les vaisseaux lymphatiques , et la pression des parties voisines , clc.
I n’y à pas plus de cœur dans la circulation de la iymphe que dans celle du chyle. Quelques physiologistes avaient voulu considérer comme tels les ganglions : Malpighi, par exemple, qui disait qu'à cause de cela ces ganglions étaient entassés dans la région de l’aine , afin qu’ils puissent faire monter la lÿmphe quoiqu'elle circule là contre son propre poids; Bichat, qui croyait que , si la circulation de la lymphe est plus disposée à s'arrêter aux membres , c’est que là il y a moins de ganglions. Mais il n’y a rien de musculeux dans l’organisation de ces ganglions : on ne voit jamais en eux de contraction; on ne peut y en provoquer par quelque stimulant que ce soit; loin que la circulation lymphatique s'accélère en eux , elle paraît s’y ralentir un peu; ces ganglions ne sont réellement que des agens de mixtion et d'élaboration de la lymphe. S'ils étaient des cœurs, loin qu'ils pussent faciliter la circulation de la lymphe, ils devraient y mettre obstacle par leur multiplicité.
Telles sont les causes motrices du fluide. Si on admet que la lymphe est la sérosité du sang, et que les vaisseaux lymphatiques en sont les canaux de retour, comme les veines sont ceux de la partie rouge , on pourrait croire que, le cœur a sur la circulation lymphatique la même influence que sur la circulation veineuse. Il est, en effet, bien étrange que ceux qui professent cette opinion, M. Magendie, par exemple, n’aient pas présenté l’action du cœur comme cause de la circulation de la Iymphe, ainsi qu’ils l'ont fait pour la circulation veineuse. Mais d’abord , l'influence du cœur sur la circulation veineuse est un fait contesté, et qui est nié aujourd’hui par beaucoup de physiologistes ; et ensuite , l'existence des ganglions , et la particularité qu'ont les Iym-
phatiques de rester toujours plus grêles que les veines, sont des raisons de plus pour croire que cette influence est nulle surtout dans la circulation lymphatique.
Indiquons maintenant les résistances dont doivent iriompher ces puissances , pour mouvoir lalymphe. Ces résistances sont les mêmes que celles que nous avons accusées à l’article de la circulation du chyle ; savoir : 1° la masse du fluide lui-même , masse qui résiste plus en certains lieux, par exemple, en ceux dans lesquels le fluide doit circuler contre son propre poids; 2° les frottemens qui sont nécessairement en raison du nombre des vaisseaux, de leur petitesse , de leurs bifurcations , de leurs anastomoses dans des directions rétrogrades, etc.
Or, pour apprécier avec toute rigueur le phénomène de la circulation de la Iymphe , il faudrait pouvoir évaluer, et ces diverses puissances motrices, et ces résistances. Mais cela n’est pas possible. Peut-on, par exemple, calculer la puissance de chacune des deux causes principales de la circulation de la lÿmphe, ou au moins leur puissance réunie? ces causes étant organiques, et comme telles sujeites à varier par mille conditions à peine appréciables, on ne peut rien dire sur elles que de général et d’approximatif. D’autre part, peut-on mieux calculer les effets des résistances ? par exemple, quelle est la masse du fluide à ébranler, quelle est la perte de mouvement qu’entraînent les frottemens , etc. ? Le nombre seul des données à faire entrer dans le calcul serait propre à eflrayer le géomètre le plus habile , quand bien même ces données ne seraient pas par elles-mêmes insaisissables.
Il est donc impossible d’analiser avec rigueur le phénomène; et tout ce qu’on peul dire, c’estque probable-
ment la Iymphe n’obéit qu’à une cause impulsive faible. Et en effet, sa circulation est influencée par les causes mécaniques propres à la retarder ou à la faciliter, plus que celle de tout autre fluide du corps, le sang, par exemple. Que la lymphe ait à circuler de bas en haut contre les lois de la gravitation universelle, pour peu qu’il y ait faiblesse dans l’économie, cette gravitation suflit, ou pour arrêter son mouvement , ou au moins pour le ralentir , comme le prouvent l’enflure, l’ædème des jambes qui surviennent chez les convalescens : qu'une compression quelconque gêne le cours de la Iymphe dans quelque point du système , ou que cette lymphe reçoive une impulsion mécanique par l'influence d’un mouvement extérieur , cela suffit encore pour en modifier la circulation. Quand ces obstacles à la circulation Iymphatique existent dans l’état ordinaire des choses, leurs effets ne sont pas apparens généralement , à moins qu'il n’y ait maladie, parce que les moteurs ont été calculés de manière à pouvoir les vaincre. Mais, quand ils sont accidentels et non ordinaires , leurs effets se manifestent : et ces effets , sans contredit, sont autant de preuves de la faiblesse des causes impulsives et organiques qui président à la circulation de la lymphe. D'autre part, beaucoup de circonstances mécaniques peuvent faciliter cette circulation ; et plusieurs même semblent être autant de précautions qu’a prises la nature pour faciliter la circulation de la lymphe, ou remédier aux . mauvais effets qui pourraient résulter de son retard. Ainsi nous avons déjà signalé le battement des artères voisines des vaisseaux lymphatiques, les pressions des muscles et organes voisins , etc, ; il faut y ajouter encore : 1° les anastomoses multipliées qui existent entre les vais-
seaux ymphatiques , et desquelles il résulic que, si le fluide trouve quelque obstacle d’un côté , il peut refluer et s'échapper d’un autre ; 2° les valvules qui existent dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques , et qui ont cette utilité de prévenir la marche rétrograde de la lymphe, et de partager ce fluide en colonnes, qui sont petites, et conséquemment plus facilement ébranlables : 3° la susceptibilité qu'ont les vaisseaux lymphatiques de se dilater , ce qui fait que , si la lymphe y stagne et s’y engorge momentanément, au moins elle y trouve l’espace nécessaire pour la contenir ; 4° enfin, la très-grande capacité du système lymphatique, condition heureuse de structure , qui n’a pas seulement pour objet de faire contenir au système Jymphatique les nombreux matériaux que l'absorption interne recueille, mais encore de prévenir les mauvais effets qui pourraient résulter d’une stase de la lymphe dans l’intérieur de ce sysième, Ces quatre dispositions se rencontrent en effet dans tout système vasculaire, dont le fluide intérieur mu par une cause impulsive peu énergique circule avec lenteur : elles existeront , par exemple , dans le système veineux.
Du reste , il y a encore beaucoup de choses inconnues dans l’histoire de la circulation de la lymphe : quelle est la rapidité du cours de la lymphe? ce cours est-il uniforme dans toute l’étendue du système lymphatique ? ou peut-il être plus rapide en uné partie et plus lent dans une autre ? va-t-il en s’accélérant, ou en se ralentissant, à mesure que le fluide s’approche des troncs qui sont les aboutissans de tout le système ? ce sont autant de questions auxquelles la science est hors d’état encore de répondre.