‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 8 sur 65 · LT · texte numérisé non relu

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D'abord , il paraît quela circulation de la Iymphe est assez lente : si on coupe un vaisseau lymphatique sur l'homme vivant, on voit la Iymphe en sortir lentement et sans jet : c'est une observation qu'a faite Sœmmering, et que M. Magendie à répétée depuis. Si on isole dans une certaine étendue les vaisseaux lymphatiques du col, on reconnaît aisément que la lÿmphe n’y circule qu’avec une grande lenteur. Si on presse ces vaisseaux avec le doigt, et qu'on oblige ainsi la lymphe qui les remplit à passer dans la veine sous-clavière , on voit qu’il faut souvent plus d’une demi-heure pour qu’ils se remplissent de nouveau. Cruiskandk a évalué la rapidité du cours de la lymphe à quatre pouces par seconde, 20 pieds par minute ; mais d’après quelles bases a-t-il fait cette évaluation ? et que doit-on en penser si ce cours de la Iymphe n’est uniforme, ni dans les diverses parties du corps, ni dans les différens points du système ? Tout ce qu'on sait, c’est que cetie circulation est lente, plus lente surtout que celle du sang veineux , à juger par les ganglions qui existent dans le système lymphatique et qui manquent dans le système veineux, et parce que le jet de Iymphe que darde le canal thoracique est moins étendu que celui de sang veineux que fournit une veine d’un volume égal à celui de ce canal, Aussi les anastomoses , entre les lymphatiques, sont-elles plus multiplices encore qu'entre les veines; et la capacité de ce système supérieure à celle du système veineux ?

Ensuite, on pense généralement que la circulation de la lymphe n’est pas uniforme dans les diverses parties du corps; qu’elle est plus lente dans une partie et plus précipitée en une autre: On se fonde sur ce que l’action absorbante première n’a pas, sans doute, la

même énergie dans tous les organes , et prédomine sur tout dans ceux où il y a beaucoup de matériaux internes à recueillir; sur ce que l'examen des cadavres fait voir souvent les vaisseaux lymphatiques d’une partie pleins de lymphe, tandis que ceux d’une autre partie sont tout-à-fait vides ; sur ce qu’enfin cette même différence entre les vaisseaux lymphatiques s’observe dans l’homme et les animaux vivans. Îl est de fait , par exemple, que, tandis que toujours le canal thoracique contient de la lymphe, les vaisseaux lymphatiques des membres, de la tête et du col sont presque toujours vides. On irouve d’ailleurs, dans cette non conformité du cours de la lymphe, une analogie de plus avec la circulation veineuse. À la vérité, ces raisonnemens ne sont pas tous convaincans : les différences de plénitude qu’on trouve entre les vaisseaux lymphatiques pourraient tenir, non à des variations dans la vitesse de la circulation Fymphatique, mais à la quantité plus ou moins grande de lymphe qui est faite dans chaque partie du corps. Toutefois, cette opinion d’une différence de vitesse dans la circulation de la Iymphe , selon les diverses parties du corps , est universellement adoptée. Jädis même on avait exagéré cette opinion ;, jusqu’à admettre des irrégularités locales ; constituant des oscillations , des transports d'humeur , produisant les métastases , et fondant ce que Bordeu appelait des courans : mais ceci est trop évidemment faux pour avoir besoin de réfutation.

Enfin, n’y ail pas une différence de vitesse dans le cours de la Iymphe , selon le point du système auquel ce fluide est parvenu? et la circulation de ce fluide ne va-t-elle pas en se ralentissant ou s’accélérant graduel-

lement, à mesure qu'il se rapproche des troncs centraux ? C’est ce qu’on ignore encore, et sur quoi l’on ne peut faire que des conjectures. Si l’on ouvre, par opposition , un lymphatique très-éloigné du canal thoracique, et un autre qui en soit, au contraire, très-rapproché, on ne peut saisir aucune différence dans la vitesse de la Iymphe qui y circule. Dans la circulation sanguine , soit artérielle, soit veineuse, on verra que la vitesse du fluide varie selon la distance des troncs centraux : que, par exemple, dans la circulation artérielle, elle va en diminuant graduellement , Soit parce que les frottemens affaiblissent graduellement la force impulsive , soit parce quede.fluide passe sans cesse d’un lieu plus étroit dans un lieu plus large; que, dans la circulation veineuse, au contraire, la vitesse va en s’augmentant de plus en plus , parce que, dit-on , le fluide passe sans cesse d’un lieu plus large dans un lieu plus étroit. On a voulu

“faire une application de ces idées à la circulation lym-

phatique , et particulièrement établir que le cours de la lymphe va en s’accélérant graduellement. Mais les vais seaux lymphatiques ne vont pas en grossissant graduellement comme les veines, et ne forment pas de même un cône, ayant son sommet au canal thoracique et sa base aux parties. On ne peut pas arguer à son égard avec autant de vraisemblance qu’on le fait dans le système veineux, de cette loi d’hydrodynamique : que, lors qu'un liquide coule à plein tuyau, la quantité de ce liquide qui, dans un instant donné, traverse les différentes sections du tuyau, doit être partout la méme ; de sorte que , quand le tuyau va en s'élargissant, la vitesse diminue, et, quand letuyau va en se rétrécissant, elle s’accrott. indépendamment de ce que lapplication 8°

de cette loi mécanique à la circulation sanguine est

peut-être erronée , l'existence des ganglions , et la peti-

tesse constante des vaisseaux lymphatiques empêchent surtout qu’on puisse la faire à la circulation lymphatique. Ces ganglions, qui sont une présomption de plus en faveur de notre idée que la Iymphe circule lentement , jettent nécessairement beaucoup d’obscurité sur la question de savoir, si le cours de la lymphe est uniforme dans les diverses parties du corps et selon les divers points de son trajet.

Il est cependant une circonstance qui doit modifier le cours de la lymphe : c’est l’afflux d’une quantité considérable de chyle dans ce liquide. Il paraît impossible que le canal thoracique recçoive ainsi, outre la lymphe ordinaire , une quantité considérable de chyle , sans que la circulation de tout ce système ne soit modifiée. Alors, ou le canal thoracique est plus plein, ou son dégorgement dans le système veineux se fait plus vite. Mais on ne peut rien spécifier encore à cet égard d’après des faits directs : M. Magendie, seulement , dit avoir observé que la lymphe lui a paru être dans les animaux d’autant plus considérable et d’autant plus rouge , que ces animaux étaient à jeûn, c’est-à-dire d'autant plus que la quantité de chyle fourni était moindre.

Toutefois, sans que nous sachions quel temps emploie

‘un globule déterminé de Iymphe pour parcourir tout le

système , c’est-à dire pour se porter du lieu où il a été fait jusqu’au canal thoracique, il est sûr qu'il y parvient. Alors il est versé par ce canal, et l’autre tronc central, dans les veines sous-clavières, et, à l’article de l'absorption veineuse, nous verrons comment il est porté avec le sang veineux dans le centre de la circulation,

DE L'ABSORPTION LYMPHATIQUE. 11 7 dans le cœur. Ge versement de la Iymphe dans le sar g se fait en petite quantité, comme goulte à goulle, de sorte que le sang n’est pas trop subitement modifié par ce fluide nouveau qui lui arrive. Une valvule est placée en ce lieu, soit pour modérer la chute de la lymphe dans le sang , soit pour prévenir le reflux de cette Iymphe et du sang dans le canal thoracique , lors d’un embarras dans les cavités droites du cœur. Il est certain du moins que, lorsqu'un embarras dans le poumon fait stagner le sang dans les cavités droites du cœur , et le fait refluer de là dans les veines caves , on n’a jamais vu ce fluide refluer de même dans le canal thoracique. On

a vanté aussi l'heureux choix des veines sous - clavières

pour aboutissans du système lymphatique, comme étant des veines dans lesquelles le reflux du sang du cœur est moins sensible. ÆZaller i invoque comme causes auxiliaires de la circulation de la Iymphe dans le canal thoracique, le voisinage de l'artère aorte , et la pression exercée par les mouvemens du diaphragme dans la respiration.

La lymphe, dans son cours , reste-t-elle la même dans ce long trajet, ou va-t-elle en s’animalisant , en se perfectionnant toujours davantage ? On ne peut répondre par des faits directs ; on n’a pas examiné et analisé comparativement de la Iymphe prise à l’origine du système, et de la Iymphe prise dans le canal thoracique , et il est probable que cet examen, s’il avait été fait, ne pourrait faire résoudre la question. Cependant on la décide aflirmativement par les mêmes raisons que nous avons données pour le chyle, savoir , la petitesse et l’état constamment grêle des vaisseaux lymphatiques, qu’on ne peut regarder comme étant seulement des agens de transport et de conduite ; la lenteur de la circulation

lymphatique ; enfin, l'existence des ganglions, qui n'étant pas certainement des cœurs, des organes d’impulsion, doivent être considérés comme des organes de mixtion , d'élaboration. À la vérité, cet usage qu’on attribue aux ganglions n’est qu’une conjecture; et, en l’admettant , on ne connaît pas la manière dont ils le remplissent. Selon les uns, c’est en ajoutant à la Iymphe une sérosité qui la délaie , et qu’ils exhalent dans leur intérieur , soit que cette lymphe vienne s’épancher dans leurs cellules , soit qu’elle reste dans ses vaisseaux propres. Selon d’autres , au contraire, c’est en dépouillant la lymphe de certains principes , et ceux-là s'appuient sur la

- k 2 ou ; couleur jaune qu’ont les ganglions Iymphatiques du foie,

sur la couleur noire des ganglions bronchiques , la couleur blanche des ganglions des chylifères, la couleur rosée des ganglions mésentériques dans les animaux qu’on a nourris avec des'alimens colorés par la garance; ils rappellent que M. Desgencttes a trouvé amère la Iymphe venant du foie, urineuse celle qui vient du rein, et ils conjecturent que ces deux lymphes avaient probablement été adoucies par l’action des ganglions. Ge qu'il y a de sûr, c’est que la lymphe paraît plus concrescible en sortant de ces ganglions qu’en y entrant. Ge qu'il ÿ a de certain encore, c’est que ces ganglions sont des parties extrêmement utiles, car ils prédominent dans l’âge où la nutrition est la plus active, c’est-à-dire dans l’âge de l'accroissement; et leurs maladies, comme le prouvent le carreau , les scrophules , ont la plus funeste influence sur la nutrition ; leur vitalité, à juger du moins par la fréquence de leurs maladies et de leurs sympaihies, est bien plus grande que celle des vaisseaux lymphatiques , qui ne paraissent être chargés que d'un

ET

DÉ L'ABSORPTION LYMPHATIQUE. M9 rôle de transport, ce sont eux, enfin, qui manifestent les premiers les eflets des matières délétères que labsorption saisit, comme le prouve l’observation de la syphilis, de la peste , etc. Du reste, ayant avoué notre ignorance sur ce qu'était l’action des radicules lymphatiques , qui a fait en premier lieu la lymphe, on juge bien que nous ignorons également ce qu'est le perfectionnement que nous supposons ici être éprouvé par ce liquide.

Tel est le cours de-la lymphe : on le voit à l'œil nu dans les expériences sur les animaux vivans; il esb prouvé , d’ailleurs, par la disposition de l'appareil Iymphatique, la réunion de tous les vaisseaux lymphatiques

aux deux troncs centraux, et l’abouchement de ces

deux troncs centraux dans-le système veineux ; par la disposition des. vaivules de ces vaisseaux, qui est telle que la Iymphe peut circuler de la circonférence au centre, et non dans la direction inverse; enfin, il est mis hors de doute par les | 7 et la ligature du canal thoracique. Si on injecte les lymphatiques des racines aux troncs, l'injection réussit assez bien, jusqu'à un certain point cependant, à cause des sanglions ; et, au contraire, elle est bien plus difficile dans la direction opposée. De même, si on lie le canal thoracique, on voit par suite se gonfler tout le système, puisque rien du fluide qu’il contient ne peut passer dans le système veineux, et que l’absorption qui se fait toujours continue d’ajouter à sa quantité. Nous avons dit que cette expérience avait été faite plusieurs fois, et sénéralement amenait la mort au bout de six à quinze jours, puisqu'elle privait le sang du chyle et de la lymphe , qui sont destinés à le renouveler.

4° De la lyÿmphe considérée en elle-méme. Quoique

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la lymphe puisse provenir un peu de la sérosité du sang, et qu’à ce titre on doive revenir encore ci-après sur sa formation, cependant, comme l'absorption interne a certainement part médiatement ou immédiatement à sa production , nous allons en faire ici l’histoire particulière. Nous y sommes obligés d’ailleurs , puisque cette lymphe est, ainsi que le chyle, un fluide sur lequel opèrera la respiration.

D'abord , il est deux manières de s’en procurer : ou bien, l’on ouvre plusieurs vaisseaux lymphatiques par une sorte de lymphée , comme Sœmmering Va fait une fois au pied, et l’on recueille le fluide qui en sort: ou bien , l’on fait jeûner quatre à Cinq jours un animal, et quand on présume qu'il ne se fait plus de chyle par suite de l’abstinence, on tue l’animal, et on recueille le fluide qui est dans le canal thoracique , et qu’on suppose devoir être alors dela lymphe pure.

Voici les propriétés physiques qu’elle présente : c’est une liqueur diaphane , incolore, peu odorante et peu sapide selon les uns ; qui, selon les autres , a une couleur rosée, légèrement opaline, une odeur de sperme fort prononcée , une saveur salée ; qui est légèrement visqueuse , essentiellement albumineuse, et dont la pesanteur spécifique est supérieure à celle de l’eau distillée ; le rapport de l’une à l’autre est comme 1022,98 est à 1000,00. Sa couleur, dit-on , est d'autant plus rosée , que l'animal sur lequel on l’a prise a plus jeûné. Examinée au microscope, elle offre les mêmes globules que ceux qui composent le sang, sinon qu’ils sont plus petits , et non revêtus de l'enveloppe colorante. Dans sa composition chimique , elle a beaucoup de ressemblance avec le sang. Abandonnée à elle-même, elle se partage

comme lui en deux parties : 1° une liquide , qui est un sérum à peu près semblable à celui du sang; °° une solide, qui est un caillot d’un rose plus foncé, formé de filamens rougeâtres , ressemblant à des arborisations vasculaires , et composé aussi comme le caillot du sang. Voici du reste le détail d’une analise de la Iymphe faite par M. Chevreul : dans 1000 parties de lymphe retirée d’un animal à jeûn, il a trouvé : eau, 926,4; fibrine, 004,2; albumine, 061,0; muriate de soude, 006,1; carbonate de soude) 001,8; phosphate de chaux, de magnésie , et carbonate de soude, 000,5.

Quant à la quantité de la lymphe, il n’est guère possible de l’évaluer. Comment, en effet, pouvoir recueillir toute celle qui remplit le système lymphatique ? Peut-être est-elle moins considérable qu’on ne l’a supposé d’après la grande capacité du système lymphatique et le grand AE T de vaisseaux de ce système ? En effet, écicoup de ces vaisseaux paraissent être le plus souvent vides , ou n’être parcourus que par un mince filet de Iymphe. Une expérience particulière de M. Magendie porte aussi à le croire. Ge physiologiste, Méchant à recueillir toute la noire d’un chien Fa forte taille , n’en a guère obtenu qu’une once et demie : il lui aparu que cettequantité augmentait toutes les fois qu’on soumettait l’animal à l’abstinence. Du reste, cette petite quantité de lymphe, à supposer qu’elle fût réelle , ne pourrait faire rien préjuger contre l’absorption lymphatique ; car rien ne prouve d’autre part que les absorptions internes aient besoin de s'effectuer beaucoup et vite.

La Iÿmphe produit, en partie au moins , de l’absorp tion interne , en a nécessairement dans l’économie toute

importance. Mais, de plus , elle fonde un suc qui pariage avec le chyle l’oflice de renouveler, de faire le sang, d’être un des matériaux de l’hématose. Gette lymphe, en effet, a recu dans son sein le chyle; et l'on verra qu'elle va avec lui se changer au poumon, par l'acte de la respiration, en sang artériel. Ainsi que nous l'avons déjà dit, tout corps vivant se nourrit à la fois et avec ce qu'il prend au dehors de lui, et avec ce qu'il puise dans sa propre substance. C’est le chyle qui représente les matériaux nutritifs pris au dehors, et la lymphe représente une partie de ceux qui proviennent de l’économie même. Sans doute les premiers matériaux sont les principaux, et même en dernière analise indispensables ; mais il est certain que les derniers peuvent les suppléer quelques jours, puisqu'on ne meurt pas aussitôt par abstinence. Alors, sans douteïla lymphe répare à elle seule le sang : aussi est-elle alors plus abondante , plus rosée ; et on voitdisparaître rapidement les matériaux avec lesquels elle est faite, la graisse, par exemple. Sous ce point de vue, la Iymphose a dans l’économie la même importance que la chylose ; comme elle, elle tend à préparer lès matériaux constitutifs du fluide immédiatement nutritif, le sang artériel. C’est même une merveille bien digne d’être remarquée , que de voir ces actions qui se succèdent, et qui sans doute sont différentes, puisqu'elles sont exécutées par des organes différens , travailler cependant la matière de manière à la rapprocher également par degrés de la forme sous laquelle cette matière sera propre à vivre, el à faire partie d’un organe; il est impossible de méconnaître une animalisation graduelle et de plus en plus

, k DE L'ABSORPTION VEINEUSE. 123

forte, dans le chyle d’abord, puis dans la lymphe, et enfin dans le sang. La lymphe est une humeur qui tient le premier rang dans ce qu'on appelle les fluides de composition ; et il ne faut pas s'étonner dès lors de la funeste influence qu’ont sur la nutrition et l’accroissement les maladies du système lymphatique. Ainsi s’explique pourquoi ce système lymphatique prédomine dans le jeune âge, où tous les mouvemens nutritifs doivent être plus prononcés; pourquoi c’est à cet âge que les maladies Iymphatiques sont les plus communes, les maladies d’un système étant toujours en raison de son degré d'activité.

S. II. De l’Absorption veineuse.

Il faut dans son étude, qui dans beaucoup de points offrira les mêmes traits que l’absorption lymphatique , suivre le même ordre, c’est-à-dire décrire d’abord anatomiquement le système veineux, puis en exposer l’action.

19 Système vasculaire veineux.

Il se compose chez l’homme de vaisseaux nombreux , appelés veines, qui, commençant dans l'intimité de toutes les parties du corps, dans ce qu’on appelle les systèmes capillaires , se portent depuis ces lieux divers, où se font les absorptions internes, jusqu’à l'organe central de la circulation , le cœur. Il faut aussi en étudier Vorigine , le trajet, la terminaison et {a texture.

Leur origine dans la profondeur des parties nous échappe. Selon les uns, elles sont continues aux ramifications dernières des artères ; M alpighx, Leuwenhoeck, par exemple, croient l'avoir remarqué dans leurs’ ob-

servalions microscopiques sur les animaux vivans. On l’a dit aussi d’après la facilité avec laquelle une injeclion passe d’une artère dans une veine, facilité qui est plus grande ici qu’en tout autre vaisseau. Selon d’autres , au contraire , il y a, entre les artérioles dernières et les premières veinules des cellules, un parenchyme spongieux , dans lequel les premières déposent des sucs et où les dernières en pompent d’autres. Le doute ici tient à l'impossibilité où nous sommes de pénétrer la texture des systèmes capillaires, comme nous l’avons déjà dit à l’article des Jymphatiques , et comme nous le dirons encore à celui de la circulation. Les veines commencent-elles comme les Iymphatiques par des radicules béants aux diverses surfaces ? ou ont-elles à leur origine des vaisseaux plus déliés chargés d’effectuer l’ absorption ù de même que les artères en auraient à leur terminaison chargés d’effectuer l’exhalation nutritive ? Encore une fois , tout cela ne pou être présenté es comme conjecture. Tout ce qu’on sait, c’est qu'en même temps qu'il y a communication facile entre les artères et les veines , les veines sont ouvertes dans le tissu des organes et sur les diverses surfaces autant que les lymphatiques, et plus que les artères. Nous avons déjà dit que M. Ribes, injectant les veines de la moitié inférieure de la cuisse , ou la veine cave , a vu, dans le premier cas, la matière pénétrer jusque dans la peau et le tissu cellulaire, et sa le second , jusque dans le tissu spongieux du corps

es vertèbres. Long-temps avant , Meckel avait établi ce fait anatomique. M. Ribes, injectant une veine du basfond de la vessie, d’un côté a rempli le plexus vésical et le tissu caverneux de la verge et de l’urètre , et de l’autre a pénétré jusqu'à la veine hypogastrique. Nous avons

DE L'APPAREIL VEINEUX. 195 dit aussi qu’en injectant les veines mésaraïques, il avait pénétré les villosités intestinales , et rempli la cavité de l'intestin. Get anatomiste conclut de ses travaux en ce genre, que les veines , à leur origine dans les organes , forment des plexus ,« des corps caverneux, concourent très-prochainement à former certaines parties , et que, de leurs origines capillaires, les unes sont immédiatement continues aux dernières artérioles, et les autres ouvertes et béantes dans les aréoles du tissu lamineux et dans la profondeur des organes. ÎL ajoute qu'il ne revient ainsi de veines que dés parties qui reçoivent des artères, et que beaucoup de différences existent entre les organes sous le rapport de la quantité des veinules qu'ils contiennent ; par exemple , la rate, les corps caverneux de la verge, le clitoris, l'utérus, l'iris, le gland, l’urètre, etc., paraissent en être presque exclusivement formés. | d

À partir de cette origine, les veines, quand elles commencent à être visibles, se présentent sous forme de canaux très-ténus , communiquant tous les uns dans les autres, et constituant un réseau très- délié : elles cheminent de là en formant successivement des ramuscules, des rameaux, des branches, des troncs , en un mot, des canaux de plus en plus gros et de moins en moins nombreux, et en se dirigeant du côté du cœur, dans l'oreillette droite duquel elles finissent par aboutir par trois troncs.

Dans le long trajet qu’elles ont à parcourir, elles affectent deux plans : un profond, qui est contigu aux artères et se distribue comme elles : et un superficiel qui se dessine sous la peau , et sous l'enveloppe de chaque organe : de très-fréquentes anastomoses les unissent, Ges

anastomoses s'étendent des veines superficielles aux veines profondes , des veines de la partie supérieure du corps à celles de la partie inférieure , de celles de l’intérieur d’une cavité à celles de la périphérie de cette cavité, ete. : d'autant plus multipliées, que les veines sont plus petites et plus éloignées du cœur , elles sont réellement innombrables dans les systèmes capillaires et dans les parenchymes.

Les veines variant beaucoup en chaque organe pour la capacité et la disposition, on ne peut rien dire de leur volume qui varie depuis la ténuité du cheveu jusqu’à la grosseur du pouce : généralement elles sont d’autant plus nombreuses et d'autant plus grêles, qu’elles sont plus éloignées du cœur , et d’autant moins nombreuses et d’autant plus grosses qu’elles s’en rapprochent, d’où la comparaison qu’on a faite du système veineux à un arbre qui à son tronc au cœur, el ses ramifications dans les parties : la seule différence, c’est que ces ramifications ne sont pas libres et isolées , mais unies entre elles en réseaux pour constituer les parenchymes des organes. Les divisions de ces veines se font sous des angles irèsdivers , droits, aigus, obtus, etc. Les gros troncs sont placés profondément et à l'abri de toutes atteintes extérieures. Tantôt leur direction est droite, tantôt elle est flexueuse ; mais plus généralement les veines offrent moins de flexuosités que les ’arlères et surtout que les " jymphatiques. Elles n’offrent pas dans leur ensemble une suite de cônes, mais bien une suite de cylindres successivement plus gros; et comme, la capacité réunie de deux rameaux veineux est supérieure à celle du tronc qu’ils forment par leur réunion, et cela dans toute l’étendue du système , il en résulte que la capacité du sys-

DE L'APPAREIL VEINEUX. 197 ième veineux va en diminuant des parties au cœur, et que cet appareil de vaisseaux offre dans son ensemble un cône dont le sommet est au cœur, et la base aux diverses parties.

Du reste , ces veines offrent presque toutes des particularités dans chaque partie du corps; par exemple , au cerveau , elles aboutissent toutes aux sinus de la duremère ; au cordon spermalique , elles sonttrès-flexueuses , anastomosées très-fréquemment entre elles , et forment ce que nous verrons y être appelé le corps pampiniforme ; autour du vagin, elles forment le corps rétiforme ; dans l'utérus , les sinus utérins, etc.

Toutes se terminent enfin à trois troncs qui sont les aboutissans de tout le système, et qui s’ouvrenteux-mêmes dans l'oreillette droite du cœur, savoir, la veine cave supérieure , la veine cave inférieure , et les veines cardiaques. La veine cave supérieure est l’aboutissant de toutes les veines de la moitié supérieure du COFPS ; c’est à elle qu’appartiennent les veines soüs-clavières , dans lesquelles nous avonsvu affluer le chyle et la Iymphe ; elle a beaucoup de grosseur, et s’étend depuis le cartilage de la première côte jusqu’à l'oreillette droite du cœur, étant en partic renfermée dans le péricarde. La veine cave inférieure est l’aboutissant de toutes les veines de la moitié inférieure du corps , et s'étend depuis la quairième vertèbre des lombes jusqu’à l'oreillette droite du cœur. Enfin, les veines cardiaques ou coronaires appar- & tiennent au cœur lui-même, et nées de son tissu , elles vont s'ouvrir aussi dans l'oreillette droite. Une anastomose très-remarquable $’étend de l’une des veines caves à l’autre ; c’est la veme a£zygos qui sertsà remédier aux obstacles que l'une où lautre pourrait offrir, surtout

aux embarras de la veine cave inférieure, car elle est unie à la supérieure beaucoup trop près de son entrée dans le cœur, pour qu’on puisse supposer qu’elle serve à son dégorgement.

Enfin , les veines sont composées de trois membranes superposées les unes aux autres et unies entre elles par de la cellulosité : 1° l’extérieure est celluleuse, et n’est guère qu’une condensation du tissu cellulaire ‘environnant, de ce tissu jeté dans l'intervalle desparties pour en remplir les vides; 2° au-dessous de la précédente est la membrane propre des veines qui adhère beaucoup à la première. La plupart des anatomistes la disent formée de fibres longitudinales qui sont plus marquées dans la veine cave inférieure que dans la supérieure , dans les veines superficielles et sous-cutanées que dans les veines profondes , aux rameaux qu'aux troncs , etqui , à chaque bifurcation des veines , se partagent elles-mêmes pour se continuer sur chacun des deux rameaux. M. HMagendie dit les avoir vues entrelacées dans tous les sens. Gette membrane quoique mince, est fort résistante et surtout assez extensible, ce qui était nécessaire pour la fonction que les veines ont à remplir , la circulation dans ces vaisseaux étant exposée à éprouver fréquemment des retards. Différente de celle des artères, par exemple, molle , au lieu d’être sèche et élastique, sa nature est sui generis, car elle ne ressemble à aucun des autres diissus de l’économie; évidemment surtout elle n’est pas musculeuse, car l'inspection anatomique n’y fait rien voir de tel, et on ne peut jamais déterminer en elle la moindre contraction : peut-être cependant existe-t-il quelques fibres musculaires à l'origine de la veine cave inférieure et à la veine azygos. M. Magendie dit qu'elle

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