STRUCTURE. 59 ARTICLE Î
Diférences dans la Composition matérielle des Animaux.
Les animaux diffèrent beaucoup sous ce rapport; et le volume, la forme, l’organisation intérieure présentent chez eux les oppositions les plus fortes.
1° Relativement au volume, les uns sort microscopiques, c’est-à-dire tellement petits que la vue de l’homme ne peut les apercevoir qu’aidée du microscope. D’autres, au contraire, présentent une masse de cent pieds et plus de longueur, comme la baleine. Entre ces deux extrêmes, sont tous les intermédiaires possibles. Mais ce premier point de vue ne conduit à aucunes généralités utiles à l’objet de notre étude.
2° Îl n’en sera pas de même de la forme; sur elle reposent les deux premières classes dans lesquelles on à partagé les animaux. D'abord, il est dés animaux dont la forme ne peut être rapportée à aucune figure connue , déterminée , qui sont dits, à cause de cela, n’avoir pas de forme , et qu’on a réunis en une première classe sous le nom d'animaux amorphes ou hétéromorphes. Ce sont les animaux dont l’organisation est la plus simple, la vie composée du plus petit nombre d’actions. Il est , au contraire, d’autres animaux dont la forme est déterminée , et on en a fait une seconde classe , sous le nom d’animaux morphes.
Ceux-ci, dans leur forme, affectent deux types principaux : ou bien , leur corps offre des rayons qui sont disposés autour d’un centre ; ou bien, leur corps est composé de deux moitiés semblables qui sont disposées le long d’un axe. Delà, leur partage en deux autres classes,
celle des animaux radiaires ou actino-morphes ; et. celle des animaux binaires , symétriques ou artiomorphes. Les animaux radiaires sont déjà plus compliqués que les animaux amorphes ; leur sensibilité est plus évidente ; leur organisation moins homogène offre déjà des rudimens du système nerveux , qui est l'agent de cette faculté; mais ils sont les plus simples des animaux morphes. C’est, au contraire, à la classe des animaux binaires qu'appartiennent les animaux les plus composés, comme on pouvait le concevoir , puisque l’homme en fait partie.
Sans doute , ces animaux binaires, considérés sous le rapport de leur forme, présentent encore d’innombrables différences. Tantôt ils n’ont qu’un tronc sans appendices ou membres. Tantôt ils présentent nettement ces deux sortes de parties: dans ce dernier cas, les membres sont, ou des nageoires, ou des ailes, ou des pattes, des pieds , des mains, selon le milieu qu’habite l'animal , et les offices que doivent accomplir ces membres. Chez les uns, le tronc est un , et ne se partage pas en plusieurs pièces : chez d’autres, s’isole de lui une partie au moins, la tête, qui contient les principaux organes des sens et l’organe de l’intellect. Ou bien, la peauest nue; ou elle esten entier ou en partie recouverte d'organes défensifs divers, écailles , plames , poils. Tantôt cette peau a la même apparence et la même organisa tion partout; tantôt, en quelques points de son étendue, elle est modifiée de manière à constituer des appareils particuliers qui sont les organes des sens. Enfin , quelquefois cette peau n'offre aucune ouverture qui communique dans l’intérieur du corps, aucun repli qui s’y enfonce; et d’autres fois, au contraire, existent dans l'inté-
rieur du corps des cavités qui communiquent à son extérieur par des ouvertures qui aboutissent à la peau, et dans lesquelles celle-ci paraît s'être repliée. Mais ces différences , quelque considérables qu'elles soient, ne prétent encore à aucune généralité ; et plusieurs tiennent à l’état de l’organisation intérieure.
3° Ce sont les différences relatives à l’organisation intérieure , qu'il nous importe surtout d’énumérer , parce que ce sontelles qui prouvent que la vie a plus ou moins de simplicité ou de complication.
D'abord , ilest des animaux, et ce sont les amorphes, ceux qui sont au dernier degré de l’échelle animée, dans lesquels l’organisation est la plus simple possible. D’üne part, le corps n'offre aucune cavité intérieure; d’autre part , toute la masse en paraît homogène , semble être une matière spongieuse, celluleuse, sans distinction possible d’aucuns élémens primitifs , d’aucuns organes particuliers. La surface externe du corps saisit par absorption les matériaux nutritifs ; elle rejette par sa transpiration les matériaux dont l'être se dépure; elle développe les bourgeons reproducteurs ; enfin elle accomplit à elle seule la sensibilité, à supposer que ces êtres si simples en soient doués. ?
Îlest ensuite d’autres animaux, les radiaires, dans lesquels l’organisation est déjà plus compliquée. D’abord , la surface externe du corps ne suffit plus à l'absorption des matériaux nutritifs ; une cavité existe à cet effet dans l’intérieur, et c'est là le premier rudiment d’un appareil digestif. Cette cavité d’abord n’a qu’une seule ouverture , représente un cul-de-sac; elle n’est encore que le corps lui-même , et n’est pas, comme cela sera par la suite, un organe distinct, flottant dans l’intérieur ; elle semble
n'être que la peau externe qui s’est repliée en dedans pour la former. Mais bientôt, dans quelques radiaires même , elle a deux ouvertures, et traverse le corps de part en part. C’est en elle que l’aliment est reçu et élaboré, quand l'absorption de la surface externe du corps ne peut plus à elle seule effectuer la préhension des matériaux nutritifs , ou même ne peut plus y servir du tout. D'autre part, l’organisation n’est plus si homogène: dans la masse celluleuse commune, commencent à sa distinguer en rudimens les tissus nerveux et musculaire, agens de la sensibilité et de la locomotilité. Le premier consiste en des corps globuleux, d’une matière blan châtre et molle , en nombre égal à celui des rayons qui composent l'animal, qu'on appelle ganglions, et desquels se détachent des filets qu’on appelle nerfs, qui vont se distribuer à toutes les parties, et surtout à la peau externe pour lui donner la faculté du tact, et à la peau interne ou membrane digestive pour la rendre apte aussi à sa fonction. Le second consiste en filamens rougeâtres ou blanchâtres , qui sont dirigés dans les sens selon lesquels doivent se produire les mouvemens. En un mot, voilà déjà dans ces animaux trois appareils distincts: le digestif, le nerveux et le musculaire, Mais il n’y a pas encore d'organes sexuels, ni de vaisseaux, ni d'organes sécréteurs , ni aucunes parties dures.
Enfin , c’est dans les animaux binaires que l’organisation présente une série de complicationsconsidérables. D'une part, chacun des trois appareils qui se sont isolés les premiers vont s’agrandir pour leur objet spécial , la nutrition , la sensibilité et la locomotilité, et donner par là naissance à d’autres appareils. D'autre part , il va s'en former aussi de distincts pour la reproduction et
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les expressions. Parcourons le règne animal sous chacun de ces cinq chefs.
Nutrition. Non-seulement la surface externe du corps ne l’effectue plus à elle seule; non-seulement il y à une cavité digestive; mais cette cavité digestive se complique , et d’autres appareils lui sont ajoutés. Ainsi, d’abord, cette cavité digestive arrive à avoir deux ouvertures , la bouche pour l'introduction des alimens, et l'anus pour l'expulsion de leurs débris. Ensuite , elle forme un canal qui est distinct du corps, et qui flotte dans son intérieur. Successivement elle cesse d’être un simple repli de la peau externe, mais est formée d’organes qui paraissent spéciaux , et auxquels on a donné des noms parliculiers; savoir, la bouche, l'estomac, l'intestin. Dans les radiaires , le produit de son travail, le chyle , avait passé à travers ses parois pour aller imprégner la substance du corps et s’y assimiler : dans la série des animaux binaires, au contraire, on voitanparaître des vatsseauæ qui vont pomper en elle le fluide qu’elle a fait ; et c'est là un premier rudiment de ce qu’on appelle un appareil circulatoire. Souvent , enfin, dans les animaux binaires , pour que l’élaboration digestive s’effectue , il y à besoin que des sucs divers , faisant l'office de menstrues , la salive, la bile, soient versés dans la cavité digestive; et, par conséquent, se montrent dans le voisinage de celte cavité les organes chargés de la fabrication de ces sucs, des organes sécréteurs, des glandes , le foie, par exemple.
D'autre part,bientôt àla cavité digestive,s’ajoutent d’autes appareils nutritifs. De même que cette cavitédigestive s'était développée quand la surface externe du corps n'avait plus pu effectuer l'absorption des matériaux nutritifs , on
Go DES ANIMAUX.
suffire à elleseule à cette absorption ; de mêmeilarrive un degré de complication dans les animaux, dans lequel la surface externe du corps ne peut plus effectuer l’absorption de l'air atmosphérique que nous avons dit être nécessaire à toute vie. Alors, une portion de la peau externe se replie aussi au dedans de l’animal , pour constituer un organe chargé decette absorption; et cette autre cavité, distincte de la digestive,est ce qu’on appelle l'appareil respiratoire. Ensuite , cet appareil respiratoire va lui-même , comme le digestif, en se compliquant; tantôt il est apte à recevoir l’air seul, et est un poumon; tantôt il est propre à recevoir l’eau , et est une branchie.
Mais, ce n’est pas tout encore. Quand cet appareil respiratoire existe, il est évident que ce n’est pas au même lieu que sont absorbés, et les alimens , et l'air; et, cependant ce n’est que lorsque celui-ci a modifié Le fluide qui provient des alimens que ce fluide est apte à nourrir les parties. Il faut bien dès lors que des organes conduisent ce fluide , d’abord de la cavité digestive qui le prépare à l'appareil respiratoire où Pair le modifie; et ensuite, de l'appareil respiratoire , à toutes les parties où il doit être mis en œuvre. Or, ces organes fondent un nouvel appareil, Fappareil circulatoire. Déjà nous en avons indiqué les premiers rudimens dans les vaisseaux destinés à pomper , dans la cavité digestive, le produit de la digestion ; mais il est aussi plus ou moins compliqué , tantôt ne consistant qu’en des vaisseaux , tantôt présentant de plus des organes d’impulsion appelés cœurs, qui exercent sur ce fluide une action de projection.
Enfin, quand le mécanisme natritif des animaux est compliqué , en ce qui concerne la composition , au point d'exiger tous ces appareils distincts , des organes diges-
STRUCTURE: 61 üis, respiratoires et circulatoires , il est rare qu'il ne le soit pas de même à l'égard de la décomposition. D'abord, de même que des vaisseaux spéciaux , par une action d'absorption , avaient puisé , dans les appareils digestif et respiratoire , les matériaux extérieurs nécessaires à la composition; de même aussi des vaisseaux recueillent, dans toutes les parties, les matériaux dont elles doivent se dépouiller , et dont le rejet doit effectuer la décom position. De là la distinetion de deux espèces d’absorptions ; une dite externe , ou de composition , qui recueille les matériaux venant du dehors pour la composition ; et une dite interne , ou de décomposition, qui recueille les matériaux provenant du corps animé luimême, et qui doivent être rejetés. Les vaisseaux qui accomplissent cette dernière peuvent même être d’une ou de deux sortes , des veines et des lymphatiques. Ensuite, la peau externe , qui, dans les derniers animaux, suffisait à la décomposition par la transpiration dont elle est le siége, ne peut plus l’effectuer seule ; certains organes sécrétoires ajoutent leur action à la sienne, et principalement les organes de la dépuration urinaire.
Ainsi, les animaux binaires offrent , sous le rapport de leur nutrition, une organisation de plus en plus compliquée ; et l’homme est à cet égard au plus haut rang.
Sensibilité. À partir des animaux binaires , l'appareil de cette fonction se complique aussi, etil arrive à consti-. tuer le premier rouage de toute l’organisation. D'abord , à certains lieux de la surface externe du corps , et à l'entrée des cavités digestive et respiratoire, se développent des organes de sens spéciaux , de vue, d’ouïe , de goût et d’odorat. En second lieu , le système nerveux ne consiste plus en quelques ganglions épars ; mais, d’abord, parmi
ces ganglions, il en esl un qui devient centre pour tous les autres; et ensuite, tout le système se compose constamment de trois sortes de parties : 1° une masse nerveuse plus ou moins grosse, appelée encéphale, située le plus souvent dans une cavité distincte, la cavité du crâne dans la tête, envoyant des nerfs aux organes des sens et présidant aux fonctions des sens et à l'intelligence; 2° un long cordon nerveux appelé moelle spinale, fournissant des filets à tous les muscles de la locomotion , et leur transmettant les ordres de la volonté; 5° enfin, ce qu’on appelle le grand sympathique, assemblage de di vers ganglions , les analogues de ceux qui existaient dans les derniers animaux , qui envoyent des nerfs aux organes de la nutrition et de la reproduction, et liennent sous leur dépendance toutes les actions de l’éconemie animale qui sont irrésistibles et non perçues. Il y a , en effet , ceci de remarquable, c’est que, bien que le système nerveux soit l'agent spécial de la sensibilité; dans les animaux élevés, une de ses portions se subordonne les organes chargés des actions de la nutrition et de la reproduction , de sorte qu’il devient le rouage suprême des animaux; et cette portion estcette dernière que nous venons d’appelerle grand sympathique. En troisième lieu, ces trois parties constituantes du système nerveux, varient beaucoup dans la série des animaux binaires par le volume, la situation et la dépendance dans laquelle elles sont les unes des autres. Ainsi , l’encéphale est d'autant plus volumineux , relativement au reste du système nerveux , quel’on s'approche plus de l’homme et des autres animaux supérieurs, et que les actes les plus élevés de la sensibilité , savoir, les facultés intellectuelles et morales , sont plus nombreux et plus puissans. Get encéphale le plus souvent est dans une cavité distincte,
STRUCTUREs 65 celle du crâne; mais, lorsque cela n’est pas, et qu’il est renfermé dans la même cavité que les autres viscères , i est toujours au moins situé au-dessus de l’æsophage, ou du canal digestif. Quant à la moelle spinale , elle est située sur le côté de l'appareil digestif dans certains animaux, ceux qu’on appelle les mollusques; au-dessous. dans certains autres, ceux qu’on appelle les insectes ; et enfin , au dessus dansles animaux supérieurs , ceux qu’on appelle les vertébrés. Dans ce dernier cas, l’animal a toujours des parties dures ; et les deux parties nerveuses principales, l’encéphale et la moelle spinale, sont enfermées dans une cavité que forment ces parties dures, qui est située sur la ligne médiane , et règne dans toute l'étendue du tronc. Enfin , bien que ces diverses parties nerveuses aient chacune leurs fonctions propres , elles communiquent toutes entre elles, semblent dès lors ne former qu'un seul système; et surtout sont d’autant plus dépendantes de l’une d'elles, l'encéphale, que l'animal est plus élevé .dans l’échelle et se rapproche plus de l’homme, que l’animal est plus âgé , et que la fonction à laquelle elles président est plus élevée dans l’animalité.
5° Locomotilité. L'appareil de cette fonction, qui a commencé à s'isoler dans les animaux radiaires, va aussi, en se compliquant, dans la série des animaux binaires. D'abord, il en est dans lesquels il ne se compose encore que de ces fibres rouges ou blanches , contractiles, dont l’ensemble est appelé système musculaire ; ceux-là, par conséquent, ne contiennent encore dans leur organisation aucunes parties dures. Mais ensuite, ces animaux offrent des parties dures, qui forment la charpente de leur corps, les leviers de leurs membres,
et qui, influant par leur disposition, leur mode d’articulation , sur la direction des mouvemens, deviennent partie intégrante de l'appareil locomoteur. Ces parties dures sont même de deux sortes; ou extérieures , des dépendances de la peau et développées dans l’épaisseur de cette membrane ; ou intérieures, constituant des organes particuliers, des os. Dans le premier cas, le système musculaire est au dedans des étuis cornés qu'il doit mouvoir; et, dans le second , il est au contraire en dehors, et disposé autour des os. Les insectes nous offrent un exemple du premier mode d'organisation , et les animaux dits vertébrés nous en offrent un du second. C’est dans ce dernier que les os, en même temps qu'ils forment ce qu’on appelle, par opposition aux muscles , les organes passifs du mouvement, servent aussi à constituer des cavités dans lesquelles sont contenus les centres nerveux, l’encéphale et la moelle spinale : sur la ligne médiane, et dans toute la longueur du tronc de l'animal, règne une . suite d’os appelés vertèbres, unis entre eux, tantôt d’une manière immobile, tantôt d’une manière mobile, et qui forment une cavité, celle du crâne et du rachis, dans laquelle sont logés l’encéphale et la moelle spinale. L'existence de cet axe vertébral fonde alors le trait le plus saillant de l’organisation de ces animaux, et de là le nom de vertébrés qui leur a été donné. Nous n'avons pas besoin de dire que l'animal, tantôt est sans membres, tantôt en a; et, que dans ce dernier cas, ces membres sont, ou des nageoires , ou des ailes, ou des pattes, ou des pieds, selon qu’il doit se mouvoir dans l’eau, dans l’air ou sur la terre. Les animaux, considérés sous ce même point de vue, sont privés ou doués d'organes
de préhension , et ceux-ci sont très-divers , des trompes, des mains, etc. :
4° Expressions. Les animaux diffèrent beaucoup aussi relativement aux organes d'expression : tantôt ils paraissent n’en point avoir de spéciaux , leurs sentimens étant manifestés par de simples changemens dans leur pose , leur attitude , l’état extérieur de leur peau; tantôt ils possèdent un organe propre à produire des sons ,. une espèce d’instrument à vent et à anche, situé sur Je trajet des voies respiratoires , et qu’on appelle larynæ.
5° Reproduction. Enfin , il n’y a que les derniers animaux qui se reproduisent seuls ,.et à l'aide de bourgeons que développe la surface externe de leur corps. Bientôt existent des organes spéciaux pour la reproduction , les organes sexuels. Ces organes sont de deux sortes : les mâles préparant un fluide destiné à féconder le germe, et propres à appliquer ce fluide au germe ; les femelles produisant le serme et lui fournissant un asile dans les premiers temps de son développement. Tantôt ces organes sont réunis sur un même animal. Tantôt ils sont séparés, et l'espèce animale est partagée alors en deux individus, le mâle et la femelle; d’où est venu le nom de sexe, donné aux organes génitaux qui décident ce partage. Ils sont eux-mêmes plus ou moins compliqués dans la série des animaux. Dans le mode le plus simple, ils consistent : le mâle, en une glande appelée testicule , sécrétant le fluide fécondant appelé sperme, et dans le canal excréteur de cette glande; la femelle., en un organe producteur des germes , l'ovaire , et le canal excréteur de cet ovaire. Mais bientôt l’un et l’autre sexe se. complique : l'appareil génital mâle offre de plus un organe d’excitation propre à porter le sperme jusque
dans le sein de la femelle , pour aviver le germe, lorsque celui-ci est encore attaché à l’ovaire qui le porte; c’est ce qu'on appelle une verge, un pénis : l'appareil génital femelle offre deux nouveaux organes; un réservoir appelé matrice ou utérus, où l'œuf fécondé vient se mettre en dépôt, s'attacher , et éprouver ses premiers développemens ; et un appareil glanduleux, les mamelles , destiné à préparer le lait, qui doit servir d’aliment à l'individu nouveau dans les premiers temps de sa vie isolée.
Telles sont les grandes différences que présentent les animaux considérés sous le point de vue de leur structure. Elles vont se remontrer à nous, ét être mieux concues dams la comparaison que nous allons faire des animaux sous le rapport de leurs actions.
AnTice Il.
Différences dans les Actions des Animaux.
Les animaux ne diffèrent pas moins à cet égard, et c'est même ce qui a décidé toutes les différences qu'ils nous ont présentées dans leur organisation. C’est par des procédés plus ou moins simples ou compliqués qu’ils accomplissent leur vie. Pour le prouver , comparons-les successivement , relativement à chacune des cinq facul: tés dont ils jouissent , sous les points de vue de leur sensibilité , de leur locomotilité , deleurlangage , de leur nutrition et de leur reproduction; et eu égard à la dépendance ou à l'indépendance dans laquelle sont les unes des autres leurs diverses parties et leurs diverses actions.
1° Sensibilité. Tous les animaux possèdent cette faculté ; tous lui doivent d’avoir un mot qui perçoit, qui veut, d’avoir la conscience de leur existence; mais tous
ACTIONS. 07 n'en jouissent pas au même degré. D'abord les zoologistes croient qu'il est des animaux qui peuvent bien sentir les impressions que font sur eux les corps extérieurs, mais qui ne peuvent nullement réagir sur ces corps, qui n'ont aucun des sentimens qui les provoquent à agir; ce sont ceux dans lesquels le système nerveux n'offre pas, parmi les ganglions qui le composent , un ganglion qui soit central. Si de tels animaux existent, c’est chez eux que la sensibilité est Ja plus restreinte, Dans tous les autres animaux, non-seulement l'être perçoit les impressions externes ou internes qui le frappent. mais encore 1l a les sentimens intérieurs qui le provoquent à agir ; et sa sensibilité comprend alors deux espèces d'actes , les sensasions par lesquelles il recoit des impressions, et les actes intellectuels et affectifs par lesquels à est sollicité à des actions diverses,
Mais ces deux sortes d’actes qui constituent la sensi-
bilité des animaux, sont multiples généralement , et plus
ou moins nombreux dans la série de ces êtres. Ainsi, les sensations d’abord sont externes ou internes , selon que la cause impressionnelle qui les détermine est exténieure ou intérieure au corps de l'animal; et les unes et les autres sont plus ou moins nombreuses. Quelques animaux , par exemple, n’ont qu’un seul sens, le tact ; d’autres en ont un ou deux de plus, le goût et l’odorat; enfin, les animaux supérieurs en ont cinq, ces trois premiers , plus, l’ouie et la vue. Ces sens peuvent en outre être plus ou moins délicats, plus ou moins exquis. De même , les sensations internes sont en plus ou moins grand nombre, selon que le mécanisme de la nutrition et de la reproduction est plus compliqué ;, nécessite un plus ou moins grand nombre de fonctions distinctes, 5*
et surtout de fonctions réclamant un rapport avec l’extérieur : à elles se rapportent les sensations de la faim , de la soif , du besoin de respirer, les besoins des excrétions , etc.
Nous en dirons autant de l’autre ordre d’actes sensitifs, des facultés intellectuelles et affectives. Destinées à faire connaître le monde extérieur, et à commander les actions, les unes et les autres sont d’autant plus nombreuses dans un animal, que cet être a plus de rapports à établir avec l’univers , soit pour sa conservation, soit pour le rôle qu’il est appelé à y remplir. Aïnsi, dans les uns, elles sont peu nombreuses et peu étendues, bornées à des instincts matériels: dans d’autres, elles se multiplient et s’agrandissent par degrés , jusqu’au point de comprendre parmi elles des facultés morales, c’està-dire celles auxquelles on doit des notions de juste et d’injuste , des notions de religion , comme cela est chez l’homme , qui seul a cet attribut, et est par lui distingué de tous les animaux.
2° Locomotilité. Tout animal jouit de la faculté de se mouvoir, et doit à cela d’être le maître de son existence; mais tous ne possèdent pas cette faculté au même degré. Les uns ne pouvant pas se mouvoir en masse, et restant , comme les végétaux , fixés à la même place , n’exécutent que les mouvemens partiels que réclame leur conservation ; ils prennent leurs alimens, l'air dont ils ont besoin , etc. Les autres , au contraire, indépendamment de ces mouvemens partiels, se meuvent en totalité, ont une progression. Souvent même alors , leur corps a besoin d’une action spéciale pour être maintenu dans sa pose naturelle , pour que les diverses parliés qui le forment ne se dérobent pas les unes
ACTIONS. 69 sous les autres ,,et cela constitue une station. La locomotilité s'étend donc graduellement dans la série des animaux , depuis ceux où elle consiste en de légers mouvemens partiels utiles à la nutrition et à la reproduction , jusqu'à ceux dans lesquels elle accomplit la station et la progression de l'être. Il y a ensuite beaucoup de variétés dans le mode selon lequel ces dernières sont effectuées : tantôt elles se font sans le concours de membres, tantôt c’est le contraire; ici, elles ont lieu sur la terre, là, dans l’air , dans l’eau, etc. Par exemple , pour ce qui est de la station, elle est, ou passive , ou active : passive, quand le corps repose de toute sa longueur sur le sol, ou est soutenu dans un liquide dont la pesanteur spécifique est plus considérable que la sienne ; active, quand le corps est composé de plusieurs pièces, et qu’il faut des efforts musculaires pour maintenir ces pièces fixées les unes sur les autres. La station active ensuite se distingue selon le nombre et la position- des membres qu’elle exige ; 6n admet, pat exemple, une station multipède, qui est celle dans laquelle il y a autant de paires de membres que d’anneaux au corps ; une station quadrupède , dans laquelle il n’y a plus que deux paires de membres placées aux extrémités du corps ; et une station bipède, dans laquelle il n’y a qu'une paire de membres située à l’extrémité postérieure du corps, et sur laquelle celui-ci est relevé. Ces différencess’appliquent de même à la progression ; elle se fait sans ou avec des membres; et, selon qu'elle a lieusur la terre, dans l’air ou l’eau, ces membres sont différemment figurés. Enfin , les mouvemens partiels sont eu: mêmes plus ou moins nombreux dans les animaux, selon que ceux-ci sont plus élevés dans l'échelle , et ont
une vie plus compliquée. Si ces animaux ont des sens, une digestion, une respiration, il y a autant d’appareils locomoteurs distincts, pour diriger les sens du côté d’où viennent les excitans, pour prendre les alimens, pour saisir l'air ; s'ils ont un organe de préhension , ils pourront le mouvoir , etc.
3° Expressions. Nous avons dit que, parce que les animaux avaient des sentimens et des volontés , ils avaient aussi un langage ; mais ce langage varie chez eux comme leur sensibilité avec laquelle il est toujours en rapport. Chez ceux dont la sensibilité est restreinte , et le pouvoir sur la nature borné , il se réduit à des phénomènes expressifs qui ne sont sensibles qu'à la vue , qu'on appelle gestes, et qui consistent en des changemens dans la pose , les mouvemens de l’animal, dans l’état de coloration de la peau, etc. Chez les animaux supérieurs , au contraire , dont les sentimens sont plus multipliés , l'influence sur l’univers plus grande , chez ceux surtout qui sont destinés à une vie sociale , outre le premier ordre de phénomènes expressifs , il en est d’autres qui consistent en des sons que l’animal peut même articuler; et il én résulte des actions très-intéressantes, celles de læ voiæ et de la parole. |
4° Nutrition. Tous les animaux se conservent, comme individus , par une nutrition. Mais cette nutrition, d’après l’idée que nous en avons donnée, ne peut être ün acte simple : elle est toujours Le résultat de plusieurs actes, qu'on appelle fonctions; et ces fonctions sont, chez les divers animaux, en plus ou moins grand nombre , et ont dans chacun d’eux un degré plus ou moins grand de complication.
Toute nutrition , en effet, comporte nécessairement
ACTIONS. 74 que quelques matériaux soient pris dans l’univers , dans les corps extérieurs ; parmi ces matériaux doit être absolument de l’air, ou au moins un de ses principes , l’oxigène ; ces matériaux ne sont pas appliqués à l’être vivant sous leur forme propre ; ils sont d’abord élaborés par lui; et, ce n’est qu'après, qu’ils sont assimilés aux organes , en même temps que ceux-ci sont dépouillés de quelques-uns des matériaux qui les composaient préalablement. Or , il y a quelques animaux dans lesquels ces actions diverses , toute cette série de phénomènes, semblent s'effectuer en même temps et au même lieu, être confondues ensemble; tandis qu’il en est d’autres dans lesquels ces actions sont produites par des organes différens, en des temps différens, et s’enchaînent et se succèdent entre elles, de manière à ce qu’on en fasse autant de fonctions séparées dont la nutrition sera le résultat.
Ainsi, dans les animaux les plus simples, la nutrition ne semble résulter que du concours de deux actions, l’une pour la composition, et l’autre pour la décomposition; savoir, une absorption et une exhalation ou transpiration. Ces animaux , en eflet , absorbent par la surface externe de leur corps, l’air et les divers élémens nutritifs dont ils ont besoin ; en même temps que ces matériaux sont ainsi absorbés, ils recoivent la forme nouvelle sous laquelle ifs sont propres à être assimilés à l'être; et, comme celui-ci a peu de volume , cette matière ainsi élaborée est aussitôt appliquée aux organes, ét assimilée à leur substance. La matière absorbée ne se laisse pas voir dans l'intervalle du lieu où elle a été äbsorbée , et de celui où elle a été assimilée. La part qu'a l'air dans la nutrition, et que nous verrons ailleurs étre
Ce |
isolée sous le nom de respiration; l'action par laquelle le fluide qui résulte de labsorption est porté aux organes où il doit être mis en œuvre , et que nous verrons aussi ailleurs être isolée sous le nom de circulation; cette autre action par laquelle chaque organe s’approprie ce fluide qui a été fait au loin et qui lui a été apporté, et qu’on isole aussi sous le nom d’assimuilation : toutes ces actions sont ici confondues en une seule, l'absorption. En même temps, une exhalation , effectuée aussi par la surface externe de l'être , le débarrasse d’une certaine quantité de la matière qui le formait.
Mais, dans d’autres animaux, successivement le mécanisme par lequel s’accomplissent la composition et la décomposition se complique ; et comporte un plus grand nombre d'actions. D'abord l’élément ambiant, dans lequel l'être vit, ne contient plus, tout disposés à être absorbés , les matériaux nutritifs ; il faut que ce soit l’animal lui-même qui leur imprime cette disposition, et cela dans une cavité digestive. La nutrition comprend alors une action de plus, la digestion, fonction préparatoire qui dispose la matière nutritive à être absorbée. En second lieu, quand il existe une digestion, comme c’est dans une cavité intérieure que se fait l’absorption de la matière nutritive, on conçoit que l'air, qui est nécessaire à toutè vie, ne peut être absorbé en même temps, au même lieu que celle-ci; son absorption souvent alors se fait à part, et constitue une nouvelle action ou fonction, qui s'ajoute aux précédentes , et qu’on appelle respiration. Dans ces cas, la matière absorbée se laisse voir dans l'intervalle du lieu où elle a été absorbée, et de celui où elle est assi-
milée ; elle se montre sous la forme d’un fluide, qui est conduit de l’un de ces lieux à l’autre. En troisième lieu , lorsque , dans le mécanisme de la nutrition d'un animal, il y a concours d’une digestion et d’une respiralion , comme le fluide que l’absorption a recueilli dans la cavité digestive n’est apte à nourrir les organes qu'après qu'il a été modifié par le contact de l'air, il en résulte qu'il faut que ce fluide aille se soumettre au contact de cet air dans l'organe de la respiration, pour être porté ensuite aux parties qu'il doit nourrir: pour cet eflet il est recu dans une suite de vaisseaux qui le portent, d’abord de la cavité digestive à l'organe de la respiration , et ensuite de cet organe de la respiration à toutes les parties auxquelles il doit être assimilé; et c’est là une nouvelle action , qu’on appelle cireulation. Dans tous ces cas, les divers matériaux nutritifs n’accomplissent pas immédiatement la composition, mais seulement sont changés en un fluide distinct , appelé sang, lequel va ensuite s’assimiler aux parties. Mais, comme alors on peut séparer distinctement les actions par lesquelles se fait le fluide destiné à la nutrition , de celle par laquelle ce fluide est assimilé aux divers organes , on a fait une cinquième fonction de cette dernière action , sous le nom de nutrition proprement dite ou assimilation. Enfin , le mouvement de décomposition s'exécute aussi dans les animaux avec plus ou moins de simplicité ou de complication. Dans les uns, il est accompli par une simple exhalation ou transpiration qu'effectue la surface externe du corps, la peau. Mais dans d’autres , c’est d’abord une action d'absorption , qu'on appelle interne par opposition à l'absorption composante , pour faire entendre que les
matériaux qu’elle recueille sont pris en dedans et non en dehors du corps , qui saisit dans les organes les élémens dont l’économie doit se dépurer; et cette absorption peut être unique ou double, Ensuite , au lieu d’une transpiration externe pour effectuer à elle seule la décomposition , il y a concours de plusieurs autres excrétions , etsurtout existence d’une principale, appelée dépuration urinaire.
Ainsi la nutrition exige chez les animaux , dans son mécanisme le plus simple, le concours de deux fonctions , l'absorption et une transpiration cutanée; et, dans son mécanisme le plus compliqué, celui de six, la digestion , l'absorption, la respiration, la circulation, l'assimilation et les eæcrétions.
Mais ce n’est pas tout : chacune de ces fonctions est ensuite elle-même plus ou moins complexe; et nous allons les passer rapidement en revue , pour signaler au moins celles des complications qui sont les plus importantes, et qu'il nous imporie de faire connaître d’abord. |
Digestion. La digestion offre dans la série des animaux de nombreux degrés de complication; depuis le cas où son organe consiste en un simple repli intérieur de la peau , n'ayant qu’une seule ouverture , et qui peut même être impunément retourné ; jusqu’à celui où cet organe occupe toute la longuenr du corps, d’une de ses extrémités à l’autre , et est partagé en plusieurs cavités successives quifont toutes éprouver à l'aliment üne élaboration distincte. Dans le premier cas, l’animal probablement se nourrit à la fois, et par ce qu’absorbe sa peau externe et par ce qu'il digère ; car on peut le retourner , et faire que la peau externe devienne la cavité digérante, et que
la cavité digestive devienne la surface exhalante. Dans le second , beaucoup de variétés sont possibles, mais il est inutile de les énumérer ici.
Absorption. Dans les animaux les plus simples , cette action effectue à elle seule la nutrition; c’est-à-dire tout à la fois saisit, élabore les matériaux nutritifs et les assimile aux organes , eëten même temps retire du corps une partie de la matière qui le formait, pour la rejeter au dehors sous formée de transpiration. Dans ce mode le plus sinple, elle est vraiment la nutrition toute entière. Et cependant on voit déjà qu’elle est de deux espèces ; lPune qui puise au dehors les matériaux extérieurs destinés à la recomposition du corps, et qu’on peut appeler absorption externe ou de composition ; l’autre qui retire des organes les matériaux qui doivent être remplacés et excrétés , et qu’on peut appeler &bsorption interne ou de décomposition. Mais, toute moléculaire , elle n’est reconnue que paf ses résultats ; on ne distingue ni ses agéns ni ses produits; et c’est immédiatement qu’elle effectué. la composition et la décomposition.
Dans les animaux supérieurs, où la nutrition comprend dans son mécanisme le concours d’une respiration, d’une circulation, etc. , l’absorption présente bien plus de complication. Sans doute, elle est encore de deux sortes, externe et interne ; mais l’une et l’autre vont sé montrer avec d’autres traits. D'abord, on ne rattache plus à l'absorption externe celle de l'air; on en fait, comme on l’a vu, une fonction séparée sous le nom de respiration. Ensuite, cette absorption externe est appelée alimentaire ou digestive, parce que c’est sur les alimens et dans l’intérieur de la cavité digestive qu’elle se fait. En troisième lieu, on en distingue et les agens et
le produit ; les uns sont un système de vaisseaux appelés chylifères , qui ont leurs orifices ouverts dans la cavité digestive; l’autre est un fluide appelé chyle. Enfin ce n’est pas immédiatement que cette absorption effectue la composition, elle forme seulement le fluide chyle, lequel ensuite-ne sera assimilé aux organes que lorsque la respiration l’aura changé en sang artériel.
De semblables différences existent dans labsorption interne. D'abord , elle ne s’exerce pas seulement sur les matériaux qui ont besoin d’être repris dans l’intérieur des organes , et de l’extraction desquels dépend la décomposition ; elle recueille encore beaucoup de sucs sécrétés divers qu’a nécessités l’organisation complexe des animaux supérieurs, et qui versés sans interruption sur des surfaces qui n’ont pas d’issue au deñors, augmenteraient indéfiniment , si l’absorption ne les enlevait pas en même proportion qu'ils sont produits : elle agit même sur lesmatières excrémentitielles de l’économie, dont elle saisit quelques parties, pendant que ces matières parcourent les voies de leur excrétion. Ensuite on distingue également et ses agens et ses produits ; des systèmes de vaisseaux l’effectuent, et des fluides distincts en sont le résultat. Seulement , tantôt il n’y a qu’un seul ordre de vaisseaux pour l’accomplir , des veines , et, par conséquent , qu’un seul fluide qui en dérive , le sang veineux ; tantôt il y a deux ordres de vaisseaux, des veines , et ce qu’on appelle des vaisseaux lymphatiques ; etalors deux fluides en représentent les produits, le sang veineux et la {ymphe. Enfin, ce n’est pas immédiatement non plus que cette absorption effectue la décomposition ;: elle forme seulement les fluides sang veineux et Iymphe ; et ce n’est encore que lorsque ceux-ci auront été chan-
gés comme le chyle par la respiration en sang artériel, que les organes des excrétions en retireront ce qu'ils doivent rejeter au dehors.
Ainsi, dans les animaux supérieurs , l’absorption , tant externe qu’interne , au lieu d’effectuer immédiatement la composition et la décomposition du corps, comme dans les animaux inférieurs , sert seuiement à fabriquer des fluides , qu’ensuite la respiration changera en sang artériel ; et ce n’est que dans ce sang artériel que seront pris , et les matériaux de la composition et ceux dela décomposition. L’absorption digestive, en effet, donne naissance au chyle; l'absorption interne , au sang veineux et à la lymphes ces trois fluides alors se mêlent , et ,conduits de concert à l'organe de la respiration, y sont changés en sang artériel; enfin c’est le sang artériel qui, tout à la fois , est assimilé aux organes pour la composition, et fournit aux excrétions pour la décomposition.
De à il résulte, 1° que les matériaux de l'absorption interne que jusqu'ici nous avions présentés comme re- Jatifs seulement à la décomposition du corps, servent aussi à sa composition, puisqu'ils concourent , comme ceux de l'absorption externe, à la formation du fluide général, le sang artériel. Et, en effet, puisque les animaux peuvent plus ou moins continuer de vivre encore quelque temps sans manger, n'est-ce pas-une preuve que leur sang se renouvelle un peu avec ce qui est pris au dedans d'eux-mêmes ? 2° que l’absorption , dans les animaux supérieurs, est évidemment multiple, de trois espèces ; savoir : la chyleuse , la veineuse et la lymphatique; et peut se définir, la fonction par laquelle sont re-cueillis les matériaux nutritifs , tantexternes qu’internes, et sont fabriqués les fluides qui serviront de base à la
composition du fluide genéral de la nutrition , le sang artériel.
Respiration. La respiration s'entend de la préhension de Fair par un organe distinct , et séparément de l’action d'absorption qui saisit les autres matériaux nutritifs. A ce titre, elle n’existe déjà que dans des animaux élevés. Ce n'est pas que l'air ne soit nécessaire à la vie de tout être vivant; tout végétal et tout animal meurent, si on les prive du contact de cet important élément; mais il paraît que chez ceux de ces êtres qui se nourrissent par une äbsorption de la surface externe du corps , et qui trouvent dans l’élément ambiant leurs matériaux nutriüfs tout préparés, l'air fait subir à ces matériaux l'in fluence nécessaire , avant que l’absorption s’en saisisse , ou plutôt au moment même de cette absorption. Au contraire , chez ceux qui se nourrissent par leur intérieur, à l’aide d’une cavité digestive , cela ne pouvait plus être ; et il a fallu la modification qui constitue la respiration.
Or, il y a déjà , dans les animaux , deux différences àl’égard de cette respiration, Chez les uns, les insectes, par ëxemple , qui sont les premiers qui offrent cette action , elle se fait par des trous qui sont en certains nombre: sur les côtés du corps de l'animal , et qui sont les orifices de vaisseaux appelés trachées, et qui seramifient dans toutes les parties : l'air extérieur pénètre par ces trous, est conduit par les trachées dans toutes les parties; et, appliqué:au fluide nutritif lorsque celui-ci est arrivé aux organes , il l’élabore à l’instant même où son assimilation va se faire, Dans les autres animaux , au contraire ; il y a dans le corps un organe distinct, qui, d’une part , absorbe J'air, qui de l’autre reçoit les fluides
ACTIONS. 79 des absorptions externe et interne , dans lequel se fait l'élaboration importante de la sanguification , et d’où part ensuite le sang artériel, une fois fait, pour aller nourrir les organes. En un mot, chez les uns, la respiration est dite disséminée , et chez les autres elle est locale. Le résultat , dans les deux cas , est sans doute le même : mais tandis que dans les insectes c'était l'air qui allait chercher le fluide nutritif pourle vivifier , dans les autres animaux, c’est le fluide nuiritif qui va chercher l'air dans un organe particulier pour en subir l'influence. Du reste, remarquons quel lien existe entre tous les animaux , malgré leurs dissemblances; la cavité diges= tive n'était prunitivement qu'un prolongement, dans l'in térieur de l’anumal, de la peau externe, qui, dans les êtres plus simples , eflectuait seule l'absorption nutritive ; de même aussi, les trachées ou Les poumons, ne sont qu’un même prolongement de cette peau externe, qui d’abord effectuait seule la respiration.
De plus, c’est tantôt l'air en nature, et tantôt l’air mêlé à l’eau , que les animaux respirent ; et cette diffé. rence s’observe , soit que la respiration soit disséminée , soit qu’elle soit locale. Ainsi , dans le premier cas , les trachéts sont ou aérifères , ou aquifères. Dans le cas de la respiration locale , si c’est l'air en nature qui est respiré, l'organe respiratoire est ce qu’on appelle un poumon, c’est-à-dire un sac dans l'intérieur duquel pénètre” V’air, et à la surface interne duquel viennent couler les fluides à sanguifier. Si c’est, au contraire , l’air mêlé à l’eau , l'organe respiratoire est ce qu’on appelle une branchie , c’est-à-dire un assemblage de feuillets recevant , dans les vaisseaux qui les forment , les fluides asanguifier, et à Ja surface ‘externe desquels coule l'élément aqueux
qui sanguifie. Sous ce rapport les animaux se partagent en aériens et aquatiques. Les quadrupèdes et les oiseaux ont des poumons ; les poissons des branchies; et certains reptiles ont à la fois des poumons et des branchies, ce qui les a fait appeler amphibies.
Circulation. La circulation est aussi une fonction élevée, et qui n’existe que dans les animaux supérieurs. D'abord , s’entendant principalement du mouvement progressif du fluide nutritif général, du sang , elle ne peut exister que dans les animaux qui ont un sang , et manque par conséquent dans ceux chez lesquels les matériaux nutritifs accomplissent immédiatement la nutrition. Ensuite , ce mot circulation ne désigne pas seulement une progression quelconque du fluidenutritif, mais il exprime que ce fluide , dans son cours , décrit un cercle qui part d’un lieu pour revenir à ce même lieu ; et, sous ce second rapport , la circulation n'existe que dans les animaux qui ont une respiration locale , et des absorptions externe et interne distinctes. En effet , dans cés animaux, les fluides des absorptions digestive el interne sont recueillis, dans leurs parties respectives, par des vaisseaux , les chylifères, les vaisseaux lymphatiques etles veines ,pour être conduits à l'organe dela respiration. Cela était nécessaire, puisque l'air est seul capable de rendre assimilables les matériaux nutritifs que représentent ces fluides , et de les changer en sang. D'autre part , d’autres vaisseaux recueillerst , dans l’organe de la respiration , le sang artériel qui y est fait ; et le conduisent aux parties qu’il doit nourrir. Or, comme c’est à ces parties que commencaient les principaux vaisseaux des absorptions , ceux dans lesquels ont abouti tous les fluides destinés à faire le sang, les veines, on voit que:le fluide a réellement décrit un cercle.
Mais la circulation présente, dans les animaux qui la possèdent ; des différences relativement au degré de complication de l'appareil qui fait circuler le sang; et relativement au cours que suit ce fluide. Sous le premier rapport , tantôt la circulation n’est effectuée que par des vaisseaux, les uns afférens, portant le sang de l’organe respiratoire aux parties ; les autres référens , rapportant le sang des parties à l’organe respiratoire; vaisseaux bien distincts, car ce n’est pas un même sang qui y circule, et ce sang circule dans chacun d’eux dans une direction opposée. Tantôt, outre ces vaisseaux , il existe un muscle creux placé sur leur trajet, dans un point déterminé de l’espace qu'a à parcourir le sang, muscle creux recevant ce fluide dans son intérieur , destiné à Lui imprimer un mouvement par ses contractions, et qui est ce qu'on appelle un cœur. Seulement, comme le cours du sang est continu, ce cœur est nécessairement composé de deux cavités qui se suivent et communiquent, l’une par laquelle il reçoit le sang , et l’autre par laquelle il le projette; il était, en effet, impossible qu’une même cavité pût à la fois, et se dilater pour recevoir le sang, et se contracter pour le lancer ; la cavité quirecoit, s’appelle oreillette, et celle qui projette , ventricule,
Sous le second rapport , celui du cours que suit le sang , la circulation présente une différence encore plus importante. Il est des animaux dans lesquels il n’est pas nécessaire que le sang qui revient des parties, aille en entier se refaire dans l'organe de la respiration ; une partie seulement y est conduite, et suflit pour revivifier toule la masse. Il est d’autres animaux, au contraire , chez lesquels tout sangrevenant des parties doit, à chaque
cercle circulatoire, repasser en entier par l'organe de la 1. 6
respiration , etne peut être renvoyé aux parties qu après avoir été rétabli dans cet organe, sang artériel. Dans le premier cas, il n’est pas nécessaire que les deux sangs restent isolés: dès lors il n’y a qu’un seul cœur , à l’oreillette duquel aboutissent à la fois, et le sangrevivifié, artériel, qui revient de l’organe de la respiration, et le sang veineux qui revient des parties ; ces deux sangs se mêlent dans son intérieur, pour être ensuite projetés , en partie à l’organe de la respiration, et en partie aux organes qui doivent êlre nourris ; le fluide , dans son cours, ne décrit qu’un seul cercle qui commence au cœur, et la circulation est ce qu’on appelle simple ; le cœur est un, et à un seul ventricule et une seule oreillette. Dans le second cas au contraire, il faut nécessairement que les deux sangs restent isolés, ne semélent pas l’un à l’autre : dès lors un même cœur ne peut plus suffire à leur envoi , et l’on observe l’une ou l’autre des trois dispositions suivantes : 1° ou bien, il n’y a pas de cœur, et la circulation estexclusivement accomplie par des vaisseaux ; 2° ou bien, il n’y a de cœur que pour l’un des deux sangs ; soit pour le sang artériel, et par conséquent placé sur la route du sang qui va de l'organe respiratoire aux parties; soit pour le sang veineux, et placé, au contraire, sur la route de celui qui va des parties à l’organe respiratoire; 3° ou bien enfin , il y a deux cœurs , un pour chaque espèce de sang; l’un dit veineux ou pulmonaire , recevant le sang veineux du corps et l’envoyant à l'organe de la respiration; l’autre , dit artériel , recevant le sang artériel de l'organe de la respiration et l’envoyant aux parties. Seulement, comme ces deux cœurs sont accolés l’un à l’autre, ils paraissent ne former qu’un seul organe, qui serait partagé en deux moitiés, une pour chaque espèce de sang,
chacune ayant une oreillette et un ventricule ; ils semblent ne constituer qu’un seul cœur, qu’on a dit être à deux ventricules et deux oreillettes. Toutefois , comme dans ce cas, qui est le plus complexe , le sang décrit deux cercles : l’un s'étendant du cœur veineux à travers l'organe de la respiration , jusqu’au cœur artériel ; l’autre s'étendant de ce cœur artériel à travers toutes les parties du corps jusqu’au cœur veineux , ily a comme deux circulations , et la circulation est dite double. C’est cette dernière forme qui existe dans les animaux supérieurs et dans l’homme.
Assimilation. Ici il n’existe aucunes différences : car cette action n’est, à proprement parler, que la mise en œuvre du fluide nutritif, que son assimilation aux organes pour le renouvellement de leur substance et l’entretien de leur température. Elle est le terme de la nutrition, et par conséquent la même en tous corps organisés. Seulement, quelques physiologistes l’ont subdivisée d’après son but, qui est de renouveler la substance des organes, et de maintenir leur température ; et ils ont fait de ce dernier résultat une action à part, sous le nom de calorification. Alors on peut, à l'égard de cette dernière , partager les animaux en deux classes : ceux dits à sang froid, dont la température égale à peine celle du milieu dans lequel ils vivent ; et ceux dits à sang chaud , dont la température , au contraire , surpasse celle du milieu qu’ils habitent.
Excrétions. Enfin, les animaux qui différaient tant dans Le mode selon lequel s'effectue leur composition, ne sont pas moins dissemblables dans celui selon lequel se fait leur décomposition. Chez les uns , les excrétions se réduisent à une seule, une exhalation, une trans-
piration, dont la peau, la surface externe du corps, est le siége. Dansles autres , au contraire , s’ajoute une autre excrétion , celle de l’urine. Dans les premiers , l’absorption interne ou décomposante , effectue immédiatement l’excrétion. Dans les seconds, au contraire , cette absorption , ainsi que nous l’avons dit, aboutit comme l’externe ou la nutritive , au fluide général, au sang artériel ; et c’est ensuite de celui-ci qu'est extraite la matière excrémentitielle , par le jeu d'organes qu’on appelle sécréteurs , et par une action spéciale, qu'on appelle sécrétion. I y a plus : comme l’économie des animaux peut offrir beaucoup d’autres organes de ce genre, c’est-àdire destinés à sécréter du fluide nutritif général des humeurs particulières ; comme ces humeurs peuvent être créées dans des vues étrangères à la décomposition du corps, et ne pas être rejetées au dehors; on réunit toutes ces actions dans une même classe , dite la fonction des sécrétions; et les excrétions ne forment plus qu’une dépendance de cette fonction , comprenant celles des sécrétions dont les produits sont excrémentitiels, c’est-à-dire , sont rejetés hors de l’économie.
5° Reproduction. Le mécanisme de la reproduction devient aussi de plus en plus compliqué, à mesure qu’on s’élève dans l’échelle des animaux. Dans les derniers de ces êtres, par exemple, cette faculté s’accomplit encore sans sexe&: ou bien, l’animal, à une époque déterminée de sa vie, se sépare de lui-même en plusieurs fragmens , qui deviennent autant d'individus nouveaux; ce qui constitue ce qu’on appelle la génération fissipare : ou bien, l'animal pousse à sa surface de petits bourgeons , des gemmules qui, à une époque déter-
minée aussi, se détachent pour former les individus nouveaux; ce qui s'appelle la génération gemmipare externe : où bien enfin, c’est dans un lieu déterminé et intérieur de l’animal que se forment les gemmules ; ce qui forme la génération gemmipare interne. Dans tous ces cas, un individu seul peut se reproduire,
Mais , après ces animaux les plus simples, la reproduction exige le concours des sexes: et alors, tantôt ils sont réunis sur un seul individu, qui est ce qu'on appelle hermaphrodite , et peut se féconder seul; tantôt ils sont réunis sur un seulindividu, mais qui ne pouvant plus se féconder seul , exige le concours d’un autre individu, et qui même remplit à son égard un double office , celui de mâle et de femelle ; quelquefois enfin, chaque sexe est porté par un individu différent , et l’espèce animale est composée de deux individus, le mâle et la femelle.
Dans ce dernier cas, qui est celui des animaux su. périeurs, deux nouvelles différences se présentent : quelquefois le fluide fécondant du sexe mâle n’est appliqué à l'œuf du sexe femelle que lorsque celui-ci a été rejeté par la femelle, est pondu ; comme dans les poissons : d’autres fois , au contraire , le fluide du sexe mâle est appliqué à l’œuf du sexe femelle, quand celuici est encore renfermé dans l’intérieur de la femelle et attaché à son organe propre. Alors la génération offre, dans sa généralité, ce qu’on appelle une copulation, un accouplement ; et l'individu mâle possède un organe propre à cette action , le pénis , la verge.
Enfin, quand il y a accouplement, il peut exister encore les variétés suivantes : 1° ou bien , l’œuf une fois fécondé est aussitôt pondu par la femelle, et ce n’est
qu'après la ponte qu'il éclôt, et que paraît l'individu nouveau : c’est ce qui constitue les ovipares ; 2° ou bien, l’œuf fécondé tend aussi à être pondu aussitôt; mais cheminant avec lenteur dans les voies de son excrétion, il a quelquefois le temps d’y éclore , de sorte que l’individu nouveau sort du sein de sa mère sous sa forme propre : c’est ce qui fait les ovo-vivipares, comme la vipère, le serpent. Un même animal, selon les circonstances, est ovipaïe ou ovo-vivipare; il n’y a là, en effet, de différences que dans la longueur du temps que l'œuf met à être pondu; 3° Enfin, dans les animaux les plus élevés, l’œuf fécondé se détache aussitôt de l’ovaire; mais, au lieu d’être pondu au dehors, il va se placer dans un réservoir , appelé matrice ou utérus, y prend attache , en tire des sucs qui sont utiles à son développement; et, croissant ainsi aux dépens de la mère , il éclôt dans ce réservoir, de manière que l’individu naît sous sa forme propre. De plus, après sa naissance , ce nouvel individu reçoit de sa mère son premier aliment, le lait, que lui prépare une sécrétion spéciale de celle-ci. C’est ce qui constitue les vivipares, dans lesquels la génération comprend conséquemment , outre la copulation et la conception , ce qu’on appelle la gestation ou grossesse, et l'allaitement.
Il y a aussi beaucoup de différences dans les soins et l'éducation que les pères et les mères donnent à leurs petits. Par exemple, parmi les ovipares, il en est quelques-uns qui se contentent de placer leurs œufs dans des circonstances favorables à leur éclosion, et cela par pur instinct, et qui les abandonnent après , de sorto qu’ils ne connaissent jamais leurs petits : tels sont les insectes, D’autres , au contraire, les soumettent à une
ACTIONS: 87 véritable incubation , et connaissant leurs petits, subviennent à leur subsistance dans les premiers temps de leur vie : les oisçaux , par exemple. Dans les vivipares, enfin , ces soins sont encore plus étendus, puisque les mères tirent d’elles-mêmes la nourriture qui convient à leurs petits dans les premiers temps de leur vie, c’està-dire les allaitent.
Telles sont les différentes que le mécanisme de Ja reproduction nous présente dans les animaux : ajoutons que cette faculté peut , ou n'être effectuée qu’une fois pendant la vie de l'être , ou être plusieurs fois répétée ; que quelquefois un accouplement ne féconde qu’un seul individu , et d’autres fois, au contraire, féconde plusieurs générations successives, comme dans les pucerons; qu’enfin , les petits naissent, tantôt avec les formes qu'ils auront désormais, ayant subi d'avance toutes leurs métamorphoses ; et tantôt, au contraire , avec des formes qu’ils dépouilleront , leurs métamorphoses se faisant plus tardivement.
6° Centralisation des organes et des actions des animaux. Enfin, non-seulément les animaux différent beaucoup entre eux par le nombre des organes qui forment leur corps, et celui des fonctions qui accomplissent leur vie; mais encore ils varient par la dépendance dans laquelle sont les uns des autres ces organes et ces fonctions. Dans les plus simples, il y a tant d’indépendance entre les parties, qu’on peut couper ces êtres en plusieurs fragmens qui alors vivent isolément les uns des autres. Dans les plus élevés, au contraire, la dépendance devient telle, que non-seulement chaque fragment cesse de faire un individu nouveau, mais encore aucun fragment ne continue de vivre, si la division
est portée un peu loin. Il est aisé de concevoir cette différence. Dans les premiers, l’organisation est homogène; il y a peu ou point de système nerveux; la nuirition est effectuée par une absorption et une exhalation seulement ; et, comme toute partie a la texture qui la rend propre à ces deux actes , toute partie peut continuer de vivre, quoique séparée du tout. Dans les seconds, au contraire , d’abord l’organisation est hétérogène, et la nutrition exige le concours de beaucoup d’actes ; et alors il devient nécessaire pour que la vie se continue dans un fragment quelconque du corps, que ce fragment contienne les organes des fonctions indispensables à la nutrition. Ensuite , nous avons dit qu'à partir des animaux binaires, il y avait une portion du système nerveux qui se subordonnait les fonc tions nutritives , le grand sympathique. Or , il est d’observation que toutes les parties nerveuses sont dans les animaux d’autant plus dépendantes de l’encéphale, que ces animaux sont plus élevés dans l'échelle, sont plus âgés , et que les fonctions auxquelles président ces parties nerveuses sont plus élevées elles-mêmes dans Fanimalité ; et cela devient une nouvelle raison pour qu'il y ait plus de dépendance entre toutes les parties , et que la vie soit plus centralisée. À ce titre, le système nerveux devient dans les animaux supérieurs le premier rouage de l’économie , puisqu'il se subordonne toutes les actions. Ainsi, dans les animaux: chez lesquels le système nerveux n’est pas encore distinct, la vie n’est pas centralisée, et chacun des fragmens dans lesquels on divise l’être, continue de vivre. Dans ceux chez lesquels le système nerveux se compose d'autant de ganolions qu'il ya de rayons au corps, il y a déjà plus de
centralisation ; les fragmens dans lesquels on divise l’animal, ne continuent de vivre qu’autant qu'ils contiennent en eux un deces ganglions. Enfin, dans ceux où le système nerveux se compose d’un encéphale, d’une moelle spinale et d’un grand sympathique, la centralisation est absolue ; toute partie nerveuse est dépendante de l’intégrité de l’encéphale, et de sa communication avec l’encéphale ; elle meurt hors ces deux conditions , mais plus ou moins promptement, selon le rang de l'animal dans le règne, selon son âge, et selon le degré d’animalité de la fonction à laquelle la partie nerveuse préside. Par exemple, tandis que l’homme et un mammifère meurent aussitôt par la décapitation, un reptile ne meurt, par la décapitation, qu’au bout de six mois; et tandis que les fonctions des sens, des mouvemens, qui sont fort élevées dans l’animalité, se suspendent aussilôt par une lésion de l’encéphale, les fonctions du grand sympathique, qui sont purement nutritives, continuent encore quelque temps, et d'autant plus que lanimal est plus jeune : ces rapports sont ceux qui constituent ce qu’on appelle l’innervation.
Telles sont toutes les différences que nous présentent les animaux. Terminons l'examen comparatif de ces êtres, par l'indication de la classification dans laquelle la zoologie les dispose.