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DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR

En second lieu, on a chérché à quelle circonstance organique une sensàtion quelconque devait d'être agréable ou douloureuse. Dans l’un et l’autre cas , sans doute. il y a une action quelconque dans des parties nerveuses, puisque le plaisir et la douleur sont des sensations, et que les parties nerveuses seules peuvent engendrer des sensations : mais on a voulu caractériser la différence d'action dans les deux cas. La plupart ont dit que dans la douleur il y avait distension des fibres nerveuses. Mais la solution de celte question est encore impossible. Dans l'histoire des sensations, nous avons vu que dans toutes, les actions d'impression étaient inappréciables : com ment dès lors spécifier ce qu’il y a de différent entre l'impression dolorifique et celle de plaisir ? D'ailleurs, on ne pénètrerait pas davantage , pourquoi telle impression est agréable , et telle autre pénible ? Cela tient sans doute à une harmonie préétablie entre nos organes et l'univers, et entre nos divers organes entre eux; mais c’est encore là un de ces faits qu’on ne peut qu’observer sans pouvoir en pénétrer l’essénce.

À juger d’après notre sentiment intime, il y a certainemént une grande différence entre le plaisir et la douleur : et cependant quelques philosophes ont dit que ces deux modes de toutes sensations ne différaient que par le degré. Buffon , par exemple, a dit que le plaisir n’était que le premier degré de la douleur , et que la douleur n’était que l'extrême du plaisir. Ce savant arguait de ce que quelques sensations , agréables dans leur principe, deviennent douloureuses par le fait seul de leur continuité ; les sensations du chatoutillement et du prurit, par exemple. Il nous semble qu'il y a ici abus de mots. Sans doute le plaisir et la douleur sont des phénomènes d’un même ordre, en tant qu’ils sont l’un et l’autre des

648 FONCTION DE LA SENSIBILITÉ, sensations ; mais à coup sûr ils doivent beaucoup différer, puisqu'ils produisent en nous des impressions si diverses. Le plaisir éclate surtout dans la santé, et lorsqu'on a pouvoir et sagesse d'exercer toutes ses facultés dans l'ordre naturelet convenable. n’y a dans cet état qu’une seule fonction dont l’accomplissement cause de la douleur , l'accouchement. La douleur, au contraire , est davantage le propre de l’état maladif. Toute sensation externe , d’abord , prend ce caractère, aussitôt que le contact du corps extérieur alière le tissu des organes ; toute sensation organique sévit de même sous ce type, aussitôt que l’omission du rapport qu'elle réclame menace de laisser se détruire le corps : enfin qu'une partie quelconque du corps devienne le siége d’une maladie, {a proie d'une altération, aussitôt la douleur y éclate. La douleur est donc la triste compagne de Ja maladie. À cet égard, elle a un champ bien plus vaste que le plaisir. En effet, dans la santé, tout organe n’est pas sensible, et, par conséquent, tous ne peuvent être le siége du plai-

sir : au contraire, toute parlie peut être malade, et iln’en est aucune sur laquelle la douleur n’étende son empire.

Ces deux sensations du reste ont le même but, celui de nous faire présider à notre conservation. Par le plaisir .que nous trouvons à satisfaire nos divers besoins, nous sommes sollicités à accomplir les divérs actes qui sont nécessaires à notre vie ; et, par la douleur , nous sommes entraînés plus forcément encore à ce que la nature veut de nous, quand nous n'avons pas voulu céder à son premier appel. Sous ce rapport, la douleur n’est pas moins utile que le plaisir; parlant aussitôt qu'une partie s’alière , elle est véritablement une sentinelle incorruptible qui veille sur tout le corps.

À juger par la vivacité respective des sensations de

DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR, 649 plaisir , la nature semble avoir attaché à la conservation des espèces un intérêt plus grand qu’à celle des individus. La généralion est , en eflet , la fonction qui possède les sensations de plaisir les plus fortes : il n’y à rien d'aussi vif dans les fonctions de la nutrition. Cette fonc. tion de génération semble même répandre une teinte de volupté surles autres sensations qu’elle emploie, sur les sens dela vue , de l'ouie, du toucher, par exemple, comme nous l'avons dit plus haut.

IL est tas notre économie un lissu particulier auquel la sensation de plaisir semble plus spécialement attachée ; c’est letissu érectile : partout où il existe, les sensations tactiles prennent un caractère de volupté remarquable; par exemple, aux lèvres de la bouche, d’où est venu l'usage du baiser; au mamelon du sein, d’où la sensation agréable que beaucoup de nourrices disent éprouver par l'acte de l’allaitement; au pénis de l’homme ; au clitoris de la femme , etc. Aussi, la nature a-t-elle employé avec profusion ce tissu érectile dans la compo: sition des organes génitaux externes. C’est d’après le mode d’action propre à ce tissu, et qui consiste dans une dilatation de sa substance, que l’on dit d’une manière générale : que nos organes s’épanouissent sous les impressions du plaisir, el, au contraire , se resserrent sous celles de la douleur; comme si, dans le premier cas , ils voulaient aller au-devant de la cause d’impression: et, dans le second , au contraire , se dérober à son action.

Enfin comme l’action sensoriale quelconque d’où résulte un plaisir ou une douleur est généralement très-vive, le plaisir et la douleur plus que toute autre sensation s’accompagneront de phénomènes expressifs ,

porteront le trouble dans toute l’économie , y exerceront des stimulations générales, des dérivations. La thérapeutique emploie souvent la douleur comme médicament excitant ou révulsif; elle emploierait de même le plaisir , si elle Pavait à ses ordres. Souvent , en effet, ce plaisir a les mêmes influences que la douleur; s’il est trèsvif , il ne peut être prolongé; il s'accompagne irrésistiblement des mêmes moyens confus d’expression, cris, mouvemens désordonnés ; on peut lui appliquer toutes les considérations qui concernent les sensations un peu intenses , et dont nous parlerons à l’article des connexions des fonctions.

JIci, nous terminons l’histoire de la fonction de la sensibilité. On sait maintenant comment, par les actes qui la constituent , l’homme a tout à la fois la connaissance de lui-même, et celle des corps éxtérieurs; comment il éprouve toutes les impulsions intérieures propres à diriger sa conduite physique et morale. On est convaincu que cette fonction est le moyen que la nature s’est ménagé en lui comme en tout animal, pour l’obliger à agir dans le but de sa conservation et du rôle qu’elle a voulu lui faire jouer dans l’univers. Mais cette fonction n’est pour lui qu’un guide , qu’un conseil ; il faut étudier maintenant celle par laquelle il établit tous les rapports extérieurs qui lui sont nécessaires , et qui par la dépendance où elle est de sa volonté, le rend réellement l’arbitre de sa destinée. C’est celle de la locomotilité, ou des actions musculaires volontaires.

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