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DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR. 6435 sations qui, à proprement parler , fussent mixtes ou indifférentes ; et leur assertion est rigoureusement vraie, si l'on excepte ceux de nos actes sensitifs qui ont pour but de nous faire acquérir une notion , ceux par lesquels nous connaissons. Encore même , l'intelligence, en tant qu’elleestune de nos facultés intérieures qui veut aussi être mise en jeu, est une source de plaisirs ou de peines , selon le degré d’entraînement qu’elle possède , et selon qu’on cède ou résiste à son impulsion; ne distingue-t-on pas le désir , le plaisir de l'étude , comme son dégoût et son ennui ? Mais, tous les autres actes sensitifs qui ont pour but plus direct la conservation de nous-mêmes, soit comme individu , soit comme espèce , ont toujours en eux le caractère de plaisir ou de douleur : par Rà la sensibilité est bien plus apte à remplir son office, qui est de nous guider dans la vie; en tout , nous en croyons bien plutôt nos sentimens , nos affections, que ce qui ne parle qu’à notre raison.
Ainsi, parmi les sens externes, déjà le goût et l'odorat sont constamment l’occasion de jouissances ou de souffrances; et ces sens, qui ne servent généralement qu’à nous donner des notions corporelles qui importent à notre conservation physique, diffèrent, sous ce rapport, des sens de la vue, de l’ouïe et du toucher, qui, plus spécialement affectés à l'intelligence, sont aussi plus froids. Mais les impressions de ces derniers sens s’animent elles-mêmes , quand elles ont trait en quelque chose à notre conservation : la vue de l’objet aimé , le son de sa voix , le contact de sa main, de ses vêtemens seuls jettent dans l’âme une vive émotion. Enfin, l’on connaît la sensation de volupté exquise qui marque l'instant du rapprochement des sexes , et l’excrétion du sperme,
Les sensations internes sont.encore plus évidemmen empreintes des caractères de plaisir ou de douleur ; elles ne les déposent jamais. N’avons-nous pas dit qu’un de leurs attributs était de faire éprouver du plaisir ou de la douleur, selon qu’on cède ou résiste au vœu dont elles sont l'organe ? avons-nous besoin de rappeler les diverses sensations internes de la faim, de la soif? etc.
Enfin , tout ce qui, dans le moral, constitue ce qu’on appelle les facultés affectives , présente le même attribut. Toutes ces facultés sont aussi pour nous la source d’émotions tour à tour agréables ou pénibles : de À même le nom de passions , que généralement on leur à données. À elles se rapportent le plaisir moral et la douleur morale: et, comme ces facultés affectives tiennent le premier rang dans la nature de l’homme, il n’est pas étonnant que les joies et les peines qui s’y rapportent aient une si grande part dans notre existence, C’est, en effet, par ces facultés affectives principalement que nous sommes heureux ou malheureux.
Ainsi donc, le plaisir et la douleur sont dans toutes nos sensations , et ces deux modes de sentir se partagent toute notre vie. Or, quels sont-ils Pun et l’autre? D’abord, on ne peut pas plus les définir que la sensibilité en général, que toute sensation en particulier ; on ne peut qu’en appeler sur eux au sentiment intime de chacun. Est-ce définir ces deux sensations, que de dire, du plaisir, qu’il est une sensation qu’on désire prolonger , que l’âme aime mieux éprouver que ne pas éprouver; et de la douleur, qu’elle est, au contraire, une sensation qu’on veut fuir, cet que l’âme aime mieux ne pas éprouver qu'éprouver ? N'est ce pas là dire simplement que le plaisir plaît, et que la douleur fait peine?