‹ Physiologie de l'homme (volume 4)Chapitre 4 sur 35 · XV] PRÉFACE · texte numérisé non relu

XV] PRÉFACE

la science de l'homme, les: traités d'anatomie , par exemple ; presque tous sont en quatre volumes; l’Anatomie de Bichat, celle de Sæœmmerine, en ont sept. Or, si la description seule des parties du corps humain exige des ouvrages d’une telle étendue, peut-on s'étonner que l'exposition des fonctions de cesparties, qui a nécessité quelques détails sur leur structure, ait réclamé autant d'espace ? J'ai cherché à tenir le milieu ,entre un Traité trop exclusivement élémentaire et borné aux dogmes qu’on déduit des faits, et un Traité historique et critique de la science, où de continuelles discussions viendraient détourner du but auquel on doit tendre.

Dans le Dictionnaire des Sciences Médicales, et dans le Dictionnaire de Médecine, j'avais publié un certain nombre d'articles sur différens points de la physiologie de l’homme. J'avertis le lecteur que plusieurs reparaitront dans cet ouvrage, Tantôt ils seront modifiés, d’après les conseils qui m'auront été donnés, et les travaux que j'ai faits depuis l'époque de leur publication. Tantôtils seront tout-à-fait les mêmes; ayant tàché d'exposer une première fois les choses convenablement et avec clarté , je n'ai pas cru devoir m'efforcer de le faire en d’autres mots.

La physiologie , en général, est la science qui traite des phénomènes de la vie, et la physiologie de l’homme , en particulier, est celle qui traite des phénomènes de la vie de l’homme. Il saffit du moindre coup-d’æil jeté sur l’univers, pour reconnaître que les corps qui y existent sont de deux sortes : les corps qui ne vivent pas, ou les minéraux ; et les corps qui vivent, ou les végétaux et les animaux. Tout est différent et même opposé entre ces deux classes de corps, et la structure, et les actions ; les derniers seuls possèdent le mode d’existence, d’activité qu’on appelle vt&e, et qu’on verra être caractérisé par les facultés de se nourrir, de se reproduire, et pour quelques-uns par celle de sentir. Or, tandis que la physique , la chimie, les sciences dites physiques, traitent des phénomènes étrangers à la vie, la physiologie traite de ceux qui sont propres à cet état. On voit déjà par là que la physiologie doit occuper un des premiers rangs parmi les sciences naturelles , puisqu'elle embrasse, dans ses considérations, une grande moitié des corps de notre univers, ceux qui nous offrent les phénomènes les plus élevés, et dont nous-mêmes faisons partie. À i

2 CONSIDÉRAFIONS GÉNÉRALES.

Mais, envisagée d’une manière aussi générale , la physiologie offre un champ tellement vaste , qu’on a dû néces: sairement y établir des subdivisions ; et on l’a fait, tantôt d’après la nature des êtres vivans dans lesquels on étudie lavie, tantôt d’après le caractère que présentent les phénomènes vivans eux-mêmes.

Ainsi , d’une part , on sait qu’il y a beaucoup d’espèces d’êtres vivans , des végétaux, des animaux; beaucoup de végétaux , un nombre plus grand encore d’animaux; et déjà l’on a subdivisé la physiologie selon qu’on étudie la vie dans tous ces êtres à la fois, ou seulement dans quelques-uns d’entre eux. Par exemple , on partage la physiologie en végétale et animale, selon qu’on étudie la vie des végétaux seulement , ou celle des animaux. On a appelé physiologie comparée une division de cette science dans laquelle , étudiant la vie dans toute h série des êtres vivans, on signale la diversité des formes, des modes qu’elle présente dans chacun d’eux. Sous cé même point de vue, on a encore partagé la physiologie en généraleet en spéciale. La physiologie générale est la science qui , sans faire d’application à aucune espèce vivante déterminée , traite d’une manière philosophique et abstraite ; des phénomênes de la vie. La physiologie spéciale , | au conbraîre ; est celle qui, prenant pour sujet d'étude | üne espèce vivante distincte , décrit lé mécanisme de la vie en elle. Enfin , on concoit qu’il doit y avoir autant | de physiolodies spéciales , qu’il y a d'espèces vivantes | particulières; chacune a la sienne : il y à la physiologie | du chien ; celle du cheval , etc. ; et puisque l’homme est un être vivant , il doit y avoir J4 physiologie del l'homme. |

D'autre part, les phénomènes de la vie sont suscep-b

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tibles de se produire de deux manières : tantôtavec régularité , bien-être , de sorte que l'individu peut exercer toutes les facultés que comporte sa nature , eta tout espoir de parcourir toute sa carrière ; c’est ce qui constitue l’état de santé : tantôt avec irrégularité, malaise , et de sorte qu'il ya lésion ou même impossibilité de quelques-unes des faculiés del’être, et risque pour lui d'une destruction plus ou moins prochaine : c’est ce qui constitue l’état demaladie. Or, on a fait deux sciences séparées de l'étude des phénomènes dela vie dans chacun de ces deux états : l’une est la physiologie proprement dite, où hygiénique , qui traite des phénomènesde la vie dans l’état de santé ; l’autre est la physiologie pathologique, qui traite de ces phénomènes dans l’état de maladie. On concoit que toute physiologie spéciale se subdivise en hygiénique et en pathologique , puisque tout être vivant est susceptible de se présenter - dans les deux états de santé et de maladie, » C’est, d’abord, de la physiologie de l’homme , et en- * suite de sa physiologie hygiénique, c'est-à-dire de la considération de sa vie dans l’état de santé, que nous nous occuperons dans cet ouvrage. Notre objet sera d’exposer toute la mécanique de l’homme, ce premier être de l’univers. Nous pénétrerons dans l’intérieur de son organisation, distinguerons les diverses parties qui le composent, assignerons à chacune de ces parties leur rôlé spécial, montrerons comment elles sont enchaînées pour consti: tuer son énsemble , dévoilerons tout l’artifice de sa vie, et remonterons jusqu'aux conditions matérielles des diverses facultés physiques et morales dont il est doué. Ainsi qu’un artiste mécanicien quelconque expose l’action de chacune des roues qui composent une machine , fait voir comment ces roues sont engrenées pour concourir à pro-

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duire un effet général , décrit, en un mot, la mécanique de sa machine ; de même le physiologiste médecin décrit la mécanique de l'homme, c’est-à-dire Fartifice par lequel l'homme vit , maintient dans l’univers son existence comme individu et comme espèce, y établit son indépendance , y développe les brillantes et nombreuses facultés qui sont ses aitributs.

À en juger par le nombre considérable des parties qui composent le corps de l'homme , par la multiplicité des actions qu’on lui voit produire , l’analise de la mécanique humaine est une des œuvres les plus difficiles que l'esprit humain puisse tenter. Que de parties , en effet, entrent dans la composition de l’homme ! et que de variétés dans les formes et les usages de ces parties ! Les unes servent à recevoir et à élaborer , ou l’air qui est un des élémens nécessaires de la vie, ou l'aliment que l'homme , par son activité intérieure , doit convertir en sa propre substance : tels sont les organes de la respiration et de la digestion. D’autres, au contraire, rejettent hors de l’homme des matériaux qui en ont fait parlie quelque temps, et qui, usés probablement par la vie, sont devenus impropres, et doivent être remplacés par de nouveaux ; tels sont les . organes des eæcrétions. Certaines parties plus dures, plus solides que toutes les autres, forment comme la charpente du corps, déterminent sa configuration générale, ses atütudes, la direction de ses mouvemens : ce sont les os. Certaines autres, véritables chairs douées d’unefaculté de contraction par laquelle elles rapprochent leurs extrémités de leur centre , font par suite mouvoir les parties auxquelles elles sont implantées, et sont les agens de la locomotion générale et de tous les mouvemens qu'exécute le corps : ce sont les snuscles. Il en est

qui sont affectées au service spécial de chacun des sens, à la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Il n’est pas enfin jusqu’à la faculté la plus noble de l’homme, celle de la pensée et des actes moraux, qui n'ait dans l’organisation de l’homme une partie chargée de la produiré, le cerveau. Or, il faut que le physiologiste apprécie dans tout cet ensemble , non-seulement le mode d’action de chacune de ces parties , le mécanisme de chacune de ces facultés , mais encore la connexion, l’enchaînement qui les lie, afin qu’il voie: comment de leur concours résultent pour l’homme , la possibilité de se conserver, celle de se reproduire et d’exercer ses facultés propres; et cela pendant un espace de temps déterminé qui constitue pour lui ce qu’on appelle sa vie, et en passant pendant cet intervalle par des états variés et déterminés qui constituent pour lui ce qu’on appelle ses âges.

C’est l'exposition de ce eh En quelque vaste et diff cile qu’elle puisse être, que j’entreprends de faire dans cet ouvrage. Nous n’avons pas besoïn de faire remarquer toute l'importance de cette étude. La physiologie;-considérée comme objet de curiosité seulement; et séparé: ment des applications utiles auxquelles elle:conduit , serait déjà digne d'intérêt , puisqu'elle a pour but de faire connaître l’homme, de scrutersa nature, ét d'éclairer le mystère de sa vie. Mais de quelle utilité prochaine n'est-elle pas pour la médecine ! Indépendamment de ce : qu'elle fait connaître l’être dont celle ci se fropose de diriger la vie, ne faut-il pas savoir quel est le jeu des organes dans la santé, pour reconnaître les altérations de ces organes dans les maladies? Que de phénomènes morbides , de symptômes dont on ne peut concevoir la production sans lé secours de cette science! Elle seule

apprend quelles influences sont indispensables à l’homme pour la conservation de sa vie et de sa santé ; par conséquent instruit sur les causes des maladies , et met à même de prédire et de prévenir ces maladies. Elle est certainement la science qui a les rapports les plus intimes avee la médecine proprement dite; elle en est vraiment la base. Du reste, elle a des liaisons non moins prochaines avec la plupart des autres sciences naturelles, la physique, la chimie , l’histoire naturelle , et surtout la philosophie et la morale. N’a-t-elle pas , en effet, pour but l’étude de l’homme ? et y a-t-il rien dans le monde physique et dans lemonde moral auquel celui-ci soit étranger ? Tous ces rapports de la physiologie de l’homme avec la plupart des autres sciences , ressorliront avec évidence dans Vhistoire que nous allons faire ; en présenter ici le développement , ne serait qu'une verbeuse amplification. Nous dirons seulement , que dans l’application des diverses autres sciences , physique , chimie, histoire naturelle, mathématiques , à la physiologie humaine , il faut faire un juste emploi ; ne pas les y admettre comme essentielles, mais aussi ne pas les en rejeter comme accessoires. Entrons donc aussitôt en matière , et commencons par des considérations préliminaires , destinées à nous faire aborder notre sujet , à nous en faire embrasser l’étendue , àen poser les fondemens, etmarquer les divisions d’après lesquelles nous en présenterons les détails et les développemens. C’est ce qu’on appelle des Prolégomènes.

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