CHAPITRE" T
Examen comparatif des Corps inorganisés et des Corps organisés.
‘étude de tout corps naturel , quel qu'il soit, comprend deux objets; savoir : l'examen de sa composition matérielle, c’est-à-dire de sa structure , des parties diverses qui le forment ; et l’examen des actions diverses par lesquelles il se conserve, et remplit dans l’univers, dans le système général de la nature, le rôle particulier qu’il est appelé à y jouer. D’une part, il est évident que tout corps est composé de parties matérielles, dont on doit chercher à connaître la disposition et l’arrangement. Gela est certain de tous les minéraux, de tous les végétaux et de tous les animaux. D’autre part, il est également certain que tout corps agit, exécute des mouvemeps, tantôt
dans sa totalité, tantôt dans son intérieur et entre les parties qui le forment, pour se conserver , se modifier , et produire tous les phénomènes qu’il présente. Or, les corps inorganisés et organisés diffèrent, sous l’un et l’autre point de vue.
ARTICLE ή
Différences de la Composition matérielle dans les Corps inorganisés et organisés.
Quand on étudie la composition matérielle ou la structure d’un corps, il faut successivement exposer ce qui apparaît à son extérieur et ce qui se montre quand on pénètre dans sonintérieur : la forme, le volume ont trait au premier objet; et la nature chimique et la tex ture au second. Or, sous chacun de ces points de vue, les corps inorganisés et organisés sont entièrement différens.
1° Forme extérieure. Dans le corps inorganique ou minéral, la forme du corps n’est pas fixée d’une manière invariable. Le plus souvent cette forme est irrégulière, et elle dépend de l’ordre dans lequel se sont agrégées les molécules qui le constituent. Il n’y a que celles-ci qui aient une forme déterminée. Quelquefois, à la vérité, ces minéraux forment des cristaux réguliers. Mais d’abord, pour que cela soit, il faut que la liqueur de laquelle doivent se précipiter les molécules du minéräl, jouisse, comme on dit en minéralogie, des conditions du temps, de l’espace et du repos , ce qui manque souvent. Ensuite, très-souvent une substance minérale, même lorsqu'elle cristallise, prend différentes formes ; la chaux carbonatée, par exemple, cristallise ou en
rhombes, ou en prismes hexaèdres réguliers , ou en solides terminés par douze triangles scalènes , ou en dodécaèdres dont les faces sont des pentagones, etc.
Dans le corps organisé, au contraire, la forme est toujours constante , déterminée ; chaque végétal , chaque animal ont la leur ; et cette constance dans la forme s’entend même, non-seulement du corps vivant entier et considéré dans sa masse , mais encore de chacune de ses parties constituantes en particulier, de chacun de ses organes.
En outre , dans le minéral , la forme est généralement anguleuse , et ne paraît tendre nullement à une fin qui soit déterminée , ni être utile en rien à la conservation de l'être. Dans le corps organisé, au contraire , la forme est généralement arrondie ; et cela est aussi ,/ non-seulement du corps en masse , mais encore de chacune de ses parties composantes. Cette forme aussi est évidemment en rapport avec une fin déterminée , et telle qu’elle devait être pour la conservation du corps. à
2° Volume. Dans le minéral, le volume n’a rien de constant ; ce volume peut être indifféremment petit ou grand, selon la quantité dans laquelle se sont déposées les molécules qui le forment. Cela est même , lorsque Ja forme est cristalline ; un même cristal , dans une même substance minérale, peut être très-petit ou très-gros.
Au contraire , le volume du corps organisé est déterminé ; chaque végétal, chaque animal ont leur stature propre, qui est celle de leur espèce , et qui est à peu près fixe pour chacun.
3° Nature chimique. On 2ppelle ainsi la nature de la matière elle-même qui compose les corps; et, à cet égard, on distingue en cette matière les élémens aux-
quels elle peut être ramenée , et les combinaisons diverses que peuvent former , entre eux, ces élémens.
Dans le corps inorganique, d’abord ,peuvent se trouver tous les élémens connus de la matière , et qui, d’après la chimie actuelle , sont au nombre de plus de quarante; seulement deux de ces élémens, et ce sont ceux qui formerontsurtout les corps organisés , le carbone et l’azote , ne s’y montrent qu'enétat de combinaison. En second lieu , dans ce corps inorganique , la composition chimique est plus simple; car quelquefois ce corps est formé par un seul élément ; et, dans tous les autres cas, il n’offre le plus souvent qu'une combinaison ternaire, En troisième lieu, ce corps offre des combinaisons fixes, parce que ses élémens ont satisfit complètement aux aflinités énergiques qui les ont entraînés ; et de là la grande résistance qu'offrent les corps inorganiques à la décomposition. En quatrième lieu , les élémens qui le forment sont ceux-là même auxquels la chimie ramène tous les corps, et que cette science n’a pu encore décomposer. Enfin, c'est en vertu des aflinités chimiques générales que sont réunis dans le minéral ces élémens.
Dans le végétal et l'animal , au contraire , on ne trouve qu'un petit nombre des élémens connus de la matière, savoir : l’oxigène , l'hydrogène, l'azote, le carbone, le soufre, le phosphore , etc. En second lieu, la nature chimique est plus composée ; car jamais le corps organisé n'est un corps simple, ni même un composé seulement binaire, mais bien au contraire un composé au moins ternaire ou quaternaire. Le végétal et l'animal les plus simples offrent , dans la matière qui les forme, la réunion; le premier de trois élémens au moins , oxigène, hydrogène et carbone ; et le second, de quatre , oxigène,
hydrogène , carboneet azote. Entroisième lieu , dans ces corps, les combinaisons sont mobiles, parce que leurs élémens n’ont pas satisfait complètement aux affinités qui les ont entraînés, ne sont pas’ en entier saturés. Quatrièmement, on peut distinguer , dans le matériel de ces corps , deux sortes d’élémens ; des élémens dits chimiques ou inorganiques , qui sont ceux que présentait le minéral, et que la chimie retire par l’analise de tout corps quelconque ; et des élémens dits organiques , ainsi nommés, parce qu'ils n'existent que dans les corps vivans, et sont les produits exclusifs de l’organisation et de la vie. On retire, par exemple, des végétaux et des animaux : 1° de l'oxigène , de l'hydrogène , du carbone, de l'azote, différens métaux , quisont des élémens chimiques; 2° de l’albumine, de la gélatine, de la fibri ne, etc. , matières qui généralement composent leurs organes , qui conséquemment peuvent être dites leurs élémens ; mais qui, étant déjà des corps composés, et surtout n'étant faites que par l’organisation et la vie, sont, à juste titre , appelées élémens organiques. Enfin, ce ne sont pas les aflinités chimiques ordinaires , non plus que la force de cohésion, qui assurent dans le végétal et l’anima] union et l’association des molécules et des élémens qui les forment ; ce sont les mêmes forces qui ont fait.les élémens organiques, c’est-à-dire les forces de l’organisation et de la vie. à Or, comme on est parvenu à connaître quelles condilions règlent l'exercice des affinités chimiques ordinaires, et qu'au contraire on ignore pleinement les lois de la vie , ilen résulte cette autre différence entre les corps inorganiques et organiques : qu'on peut composer et décomposer les premiers , mais non les seconds. Un chi-
miste, en effet, peut décomposer et composer un minéral quelconque , un sel par exemple; mais aucun ne peut analiser et refaire un végétal ou un animal. Comment le pourrait-il , puisqu'il ne connaît pas les lois de la vie , n’a pas en main l’aflinité vitale , si on peut parler ainsi, qui a présidé à leur formation? La chose est certainement évidente , relativement à la composition ; elle l’est aussi à l'égard de la décomposition , car tout ce qu’on qualifie des noms d’analises végétales ou animales, ne sont que des destructions,de corps organisés.
4° Disposition intime. On appelle ainsi l’arrangement physique des molécules matérielles qui composent les corps; el, sous ce point de vue, les corps inorganiques et organiques sont aussi très-dissemblables.
D'abord, dans le minéral , les molécules dematière qui composent le corps sont toujours disposées par couches superposées les unes aux autres. Dans le végétal et l’ani- mal, au contraire, ces molécules forment toujours un entrecroisement , un entrelacement ; elles constituent
des fibres qui s’entrecroisent , et forment des tissus spon-
gieux , aréolaires. s
En second lieu, le corps inorganique est toujours, ou tout solide, ou tout liquide, ou tout gaz; jamais il n’offre dans sa composition une réunion de parties solides et de parties fluides. Ce qu’on appelle dans un minéral l'eau de cristallisation ne contredit pas cette assertion ; car cette eau n’est autre chose que celle qui tenait primitivement en suspension ou en dissolution les molécules du minéral, ou même une eau étrangère qui a été incarcérée, entre les molécules de ce minéral, au moment où ces molécules se sont rapprochées pour le former. Le corps organisé ,au contraire , offre toujours
une réunion de parties solides et de parties fluides; le végétal, en même temps qu'il a des parties corticales et ligneuses plus ou moins dures, à de la sève ; etl’animal, en même temps qu'il a des os , des chairs, a du sang et d’autres fluides.
Enfin , dans les corps inorganiques , la masse du corps est homogène, c’est-à-dire composée de parties qui se ressemblent toutes par leurs qualités physiques et chimiques , et par les actions qu’elles accomplissent dans le système du corps. Dans un morceau .de marbre, par exemple, ce sont partout des molécules de carbonate de chaux, qui ont toutes la même dureté , la même composition , et qui surtout concourent toutes d’une même manière à la formation et à la conservation du corps. Au contraire , la masse de l’être organisé est hétérogène, c’est-à-dire , que le corps est formé de parties qui diffèrent par leurs formes, leurs qualités physiques et chimiques , et surtout parce qu'elles n’exécütent pas dans Je système du corps les mêmes actions, mais concourent, chacune à leur manière , à sa formation et à sa conservation. Le végétal, par exemple, offre dans sa composition, du bois, de l'écorce , des feuilles, des racines, des fleurs, etc. , toutes parties, de consistance, de forme, de composition chimique différentes , etqui surtout concourent, chacune à leur manière, à la conservation de l'être; les unes en Jui assimilant de nouveaux matériaux, les autres en le dépouillant de ceux qui le formaient préalablement. Il en est de même del’aänimal, qui nous offre des os , des muscles, des nerfs , des vaisseauæ , etc. , toutes parties qui sont aussi très-différentes les unes des autres , surtout par le rôle qu’elles remplissent dans l’économie de l'être: les unes le faisantsentir,
d’autres se mouvoir, d’autres se nourrir, etc. En un mot , le corps organisé seul offre dans sa structure des organes , c'est-à-dire, des parties différentes de forme , de structure , affectées chacune à des offices spéciaux, et concourant toutes néanmoins à fonder lindividualité de l'être. Tel est, en effet, le nom qu’on a donné à ces parties constituautes des corps vivans , du mot grec opyavs, qui veut dire instrument ; parce qu’on peut effectivement considérer ces parties comme autant d’instrumens , de roues , qui accomplissent, par le concours de leurs actions , la vie de l’être.
De cette’ dernière différence entre les corps inorganiques el organiques , différence qui est capitale , il résulte cette double conséquence , qui est inverse pour chacune de ces classes de corps : pour les corps inorganiques , 1° que leurs parties composantes peuvent exister , aussi bien lorsqu'elles sont séparées, que lorsque elles sont réunies en agrégats ; et queleminéral, comme le dit M. Lamarck, n'a réellement lindividualité que dans la molécule intégrante; 2° qu’il n’y a aucune dépendance forcée entre les parties de ce minéral, non plus qu'entre les actions de ces parties; de sorte qu’une de ces parties peut être modifiée sans que les autres s’en ressentent, Et au contraire pour les corps organisés : 1° que leurs parlies composantes ne peuvent exister que lorsqu'elles sont liées à tout l'être; qu’ainsi l’'individualité n’est pas dans la molécule intégrante seule , mais dans une masse de molécules intégrantes diverses, réunies en un corps particulier; 2° qu’il y a une dépendance éntre toutes les parties qui forment un végétal et un animal , de même qu’un accord entre les actions diverses de toutes ces parties; de sorte que la lésion d’une
partie et la modification d’une action entraînent la lésion et la modification des autres parties et des autres actions. Ainsi , de grandes différences séparent les corps inorganiques et les corps organiques , sous le rapport de la composition matérielle, Or, on a donné au mode de composition matérielle des corps organisés le nom d’organisation, d’après les organes que nous avons dit le constituer; et, par suite, on a appelé corps organisés ou organiques , les végétaux et les animaux qui présentent ce mode de structure, et corps inorganiques les minéraux qui ne l’ont pas. Gette dernière dénomination est bien préférable à celle de corps inertes qu’on donnait jadis aux minéraux; parce que de celle-ci on pouvait conclure, contre la vérité, que ces corps n’exécutent aucunes actions. Ce qui caractérise le mode de structure appelé organisation , c’est que le corps, 1°a une composition chimique spéciale, et en opposition avec les aflinités chimiques générales ; 2° offre une réunion de parties solides et de parties fluides; 5° à une texture aréolaire, fibreuse ; 4° enfin, présente un assemblage d'organes , c’est-à-dire de parties qui sont diverses entre elles par la forme , la structure , les usages, et qui concourent toutes néanmoins à un même résultat. C’est surtout ce dernier trait qui caractérise une organisation, et qui a souvent fait prendre ce mot dans un sens figuré, comme quand on dit l’organisation d’une machine, d’un État ; faisant allusion aux rouages divers qui composent cette machine, aux ordres différens de citoyens qui forment cet État, et qui, destinés chacun à des offices spéciaux , concourent néanmoins à la formation du tout.
AnTiCcLE IE,
Différences dans les Actions des Corps inorganiques et organiques.
Tous les corps sont actifs ; tous exécutent des actions par lesquelles ils se conservent ce qu'ils sont, et concourent aux différens phénomènes de l’univers. C’est par ces actions qu'ils commencent à être , se conservent, sont modifiés pendant la durée de leur existence, et finissent. Mais, sous chacun de ces quatre points de vue, ainsi que sous le rapport des forces auxquelles par abstraction on rapporte ces actions, les êtres inorganiques et organiques sont tout-à-fait dissemblables.
1° Origine. Un minéral doit de commencer à étre, à exister , à ce que des circonstances extérieures à lui , les forces générales de la matière, le détachent de la masse d’un autre minéral , ou précipitent du séin d’un liquide les molécules qui le constituent , ou associent , combinent ses élémens pour le former de toutes pièces Il n’y a rien dans cette originé qui constitue ce qu’on! va voir fonder dans le corps organisé une génération , une naissance. Enfin, dans le règne minéral, les individus, dans leur succession, sont complètement indépendans les uns des autres.
Le végétal et l'animal, au contraire, doivent d’étreàune génération ; c’est-à-dire qu'ils proviennent toujours d’une molécule qui a appartenu primitivement à un être semblable à eux, la graine dans le végétal, l’œuf dans l'animal ; molécule qui s’est détachée de cet être en des circonstances déterminées, et qui, à la suite de développemens successifs, les a formés. En un mot, les corps organisés naissent.
À la vérité, comme souvent on voit apparaître spontanément des corps organisés là où il ne paraît pas y en avoir eu précédemment; comme il est des végétaux et des animaux dans lesquels on n’a trouvé jusqu’à présent ni graines ni œufs, les Anciens ont cru, et quelques modernes croient encore à ce qu'on appelle une génération, équivoque, c'est-à-dire une formation de toutes pièces de l'être. vivant à la surface du globe par les lois générales de la matière, et par un mécanisme semblable à celui qui. donne l’être à un minéral. Par exemple , les Anciens voyant apparaître des vers etautres animaux dans les chairs qui se pourrissent, croyaient à une généraiion spontanée par la chaleur et la putréfaction, corruptio unius , generatio alterius. De même, quelques modernes y ont cru, d’après l'existence des vers intestinaux, et surtout d’après cette immensité d’animaux infusoires qui se montrent tout à coup dans les liquides, même lorsqu'on a fait bouillir préalablement ces liquides. Enfin , sans parler d’un ouvrage récent qu’a publié M. Frey sur cette question, et où sont consignées des. expériences dans. lesquelles l’auteur. a.cru assister à des générations spontanées d'animaux déjà assez élevés dans. l'échelle, un des plus célèbres naturalistes de notre temps, M. Lamarck , professe qu’il se fait des générations spontanées aux extrémilés, des règnes végétal et animal; et il établit que nos, espèces vivantes actuelles ne sont.que:les, produits.de ces générations spontanées , qui ont.été. graduellement, compliqués, perfectionnés par l'organisation, et dont:les formes ont été alors fidèlement transmisegipar,la succession des générations.
» Mais.ces générations spontanées sont-elles bien réelles?
Le plus grand nombre des physiologistes de. nos jours
les récusent 3 ils font remarquer que l’idée n’en est venue, en quelque sorte, que négativement, pour lés cas où l'on ne voyait pas l'emploi des procédés par lesquels la nature d'ordinaire forme les corps organisés ; qu'aussi le domaine de ces générations spontanées s’ést d'autant plus limité, que les connaissances en histoire naturélle se sont plus étendues. Il est dé fait, par exemple, qu’Aristote croyait à la génération spontanée des vers et insectes qui apparaissent dans les chairs pourries ; et aujourd’hui les recherches de Redi, Swamerdam , Spallanzan:, ont prouvé que ces animaux provenaient, comme tous autres, d’œufs qui étaient déposés dans ces chairs. De mème , on a déjà signalé la génération de plusieurs vérs intestinaux : par exemple, on a reconnu les sexes des ascarides, leurs œufs ; on les a surpris accouplés, et il est facile de concevoir comment ces œufs ont pu passer d’un corps dans un autre. Quant aux animaux mfusoires, sont-ce bien de nouveaux animaux qui ont été formés de toutes pièces, ou des animaux provenant d'œufs qui étaient préalablement dans les liquides, et y sont éclos ? Il n’est pas plus possible de démontrer l’une de ces opinions que l’autre , et par conséquent on est réduit à admettre celle qui est la plus probable , et c’est la dernière. D'ailleurs, en admettant la réalité de cette force cos+ mique , de cette génération équivoque, on ne pourrait la rapporter aux mêmes forces qui font le minéral; il est sûr, en effet , que les forces générales de la matière, loin de donner la vie, tendent à l’étouffer; il sera démontré que ce n’est pas par cés forces que les corps vivans subsistent, mais par une force spéciale à eux. Comment croire dès lors que ces forces générales, impropres à entretenir la vie, puissent la créer? Enfin, à
supposer que la formation ne soit pas plus dans ces derniers êtres vivans une évolution que dans les corps inorganisés, elle est toujours au moins une suite de la vie d’un autre individu; et certainement au moins ces individus, dans leur succession, sont dépendans les uns des autres,
Concluons donc que les corps organisés nous offrent déjà ce caractère distinctif, que seuls ils naissent , et ont pour origine ce qu’on appelle une génération.
2° Mode de conservation. Les corps inorganisés et organisés ne diffèrent pas moins, sous ce rapport. D’abord, pour le minéral, cette conservation ne s'entend que de l’individu seulement; cet être, en effet, ne jouit pas de la faculté de se reproduire ; il est détruit et cesse d’être, par cela seul qu’il donne l'existence à un autre mintral, Le végétal et l’animal , au contraire, ont à se conserver à la fois, et comme individu, et comme espèce; ils jouissent de la faculté de donner l'existence à un être semblable à eux , et cela en continuant de vivre; en un mot, ils se reproduisent.
Ensuite, le minéral, dans sa conservation individuelle, n'offre rien de plus que les actions mêmes qui ont fondé. son existence. Sa conservation n’est, en effet, que la persistance des affinités d’agrégation et de combinaison qui ont réuni et juxta-posé les molécules qui le forment. Le végétal et l’animal, au contraire, se conservent par un mécanisme qui leur est spécial : d’un côté, ils saisissent sans cesse, dans les corps extérieurs à eux, une certaine quantité de matière , et fabriquent avec elle un fluide qu'ils assimilent ensuite à leur propre substance; d’un autre côté, ils retirent en même temps de tous leurs organes, et sans cesse aussi , une quantité de la
hatière qui les formait préalablement, etla rejettent hors d’eux : ils se montrent ainsi toujours en proie à deux mouvemens opposés, l’un de composition , et l’autre de décomposition. Le végétal , par exemple , puise sans cesse dans le sol et l'atmosphère, par ses racineset par ses branches , des matériaux divers avec lesquels il fabrique la sève dont il se nourrit ; et tandis qu’il s’approprie celte sève , il rejette , sous forme d’excrétions , une portion de la matière qui le formait, Il en est de même de l’animal, qui prend au dehorsde lui, et de l'air, et des alimens; qui fabrique avec eux un fluide propre à le nourrir, le sang; et qui, en même temps qu'il s’assimile ce fluide, se débarrasse, par des excrétions, d’une portion de la matière qui le composait. En un mot , les corps organisés qui seuls nous avaient offert les particularités de naître et de se reproduire, sont aussi les seuls qui se nourrissent, qui se conservent comme individu par une nutrition. Tel est, en effet, le nom qu’on donne au mode de conservalion si spéciale que nous venons de décrire ; et de lui résultent les différences suivantes entre les corps inorganiques et organiques. La conservation du minéral n'est, en quelque sorte , qu’un état stationnaire ; ei celle du corps organisé nous offre, au contraire , un flux continuel de matière, entrant d’un côté et sortant de l’autre. Le minéral, pour se conserver, n’a besoin du contact d’aucun corps, et sa conservation même est d'autant. plus assurée, qu’il est plus isolé : le corps organisé, au contraire , réclame toujours pour sa conservation la présence de corps étrangers, dans lesquels il puisse puiser Ja matière nouvelle qu’il doit s'approprier sans cesse. Enfin , le minéral n’a rien de fixe et de déterminé dans son modede conservation, parce que celui-ci dépend des
forces générales de la matière, et tient à la nature des divers corps qui sont mis en contact avec lui, et sur le choix desquels il n’a aucune influence. Le végétal et l'animal, au contraire, ont un mode de conservation constant et déterminé , parce que ce mode est le fait de leur activité propre , et non le résultat des forces générales et des corps extérieurs qui les entourent. Sans doute ce sont bien ceux-ci qui leur fournissent la matière nouvelle qu'ils s’'approprient , et qui reçoivent la matière ancienne qu'ils rejettent ; mais c’est la propre activité de l'être organisé qui règle la mesure dans laquelle se font , et ceite appropriation, et ce dépouillement.
5° Changemens pendant l'existence. Tout corps est susceptible d’éprouver des changemens pendant: qu'il existe , mais le corps organisé en offre qu Jui sont propres, etque ne présente pas le corps inorganique. D'abord tous ceux qu’éprouve celui-ci ne portent que sur sa masse, son volume et sa forme. Ainsi, les corps extérieurs qui le touchent , et que des circonstances indépendantes de lui ont mis en contact avec sa surface, déposent-ils sur lui des molécules nouvelles ? il augmente dans sa masse , son volume , eksa figure estchangée. Ces corps détachent-ils , au contraire , de sa surface quelques-unes des molécules qui le formaient ? il diminue dans sa masse, son volume. À cela seul se bornent les changemens que cet être peut éprouver. En second lieu, il n’y a rien de fixe et de déterminé dans ces changemens , parce qu'ils sont dus à la quantité des molécules qui sont appliquées ou enlevées à la surface du minéral, et que celte quantité tient plus aux corps qui entourent le minéral qu'au minéral lui-même. Enfin , les actions qui opèrent ces chansemens , se passent toutes à la surface du minéral; son
intérieur y est tout-à-fait étranger , et n'y prend part que lorsque tout est détruit autour de lui ; l’augmentation du minéral est en effet comme le grossissement graduel de la boule de neige qu'on roule sur le sol; elle se fait par juæta-position, comme on dit , mot dont l’étymologie indique rigoureusement l’acception. En un ot, l'augmentation et la diminution duminéralne sont pasun accroissement et un dééroissement , mais un ed changement dans la masse.
Le végétal et l'animal , au contraire ; éprouvent des changemens que d’abord on ne peut borner à la masse, au volume et à la forme ; qui ensuite sont constans , déterminés , le produit de l'activité propre de l'être; et qui enfin n'arrivent pas à sa surface seulement , mais ont lieu dans son intérieur comme à l'extérieur. Ges changemens sont de deux sortes; ceux qui fondent ce qu’on appellé les âges, et ceux qui constituent les maladies.
D'abord , le corps organisé présente pendant la duréé de son existence une succession de changemens déterminés , dont le minéral n’a pas les analogues , et qu’on ap pelle ses âges. On voit ce corps organisé augmenter d’a: bord sa masse , se développer , comme on dit; puis paraître rester stationnaire pendant quelque temps , et enfin décroître à mesure qu'il approché de son terme: Ces changemens ne dépendent pas des circonstances extérieures ; ils tiennent à la mesure dans laquelle se fait le mouvement nutritif dont nous parlions tout à l'heure ; et, comme celui-ci est réglé par l’activité propre de l'être, il en résulte que ces changemens sont constans et déterminés. Enfin , les actions se passent ici dans toutes les parties de l’être à la fois , à l’intérieur comme à l’extérieur , et non à la surface seulement; c’est à toutes les
parties en même temps que s'appliquent les molécules nouvelles, et de toutes les parties aussi que se détachent les molécules anciennes. L'augmentation de volume est bien cette fois. ce qu’on appelle un accroissement , car toutes les parties y participent en même temps, l’intérieur comme l'extérieur. Tout se fait, comme on dit, parintus-susception , mot dont l’étymologie indique aussi rigoureusement l’acception. En un mot, les corps organisés , qui sont les seuls qui naissent, se reproduisent , se nourrissent, sont aussi les seuls qui croissent , qui vieillissent , qui en somme aient des âges.
En second lieu , les corps organisés peuvent s’offrir sous deux autres états-qui n’ont pas encore d’analogues dans le règne minéral, en état de santé et en état de maladie : en santé, quand toutes leurs actions s’exécutent avec aisance , liberté , et qu'il y a accomplissement possibles de toutes leurs facultés , et espoir de parcourir toute leur carrière; en maladie, quand ces actions , au contraire , s’exercent avec difficulté, douleur , et qu'il y a perversion des facultés, et crainte d’une destruction plus ou moins prochaine. Les corps organisés sont aussi les seuls qui peuvent être dits sains ou malades. Hs peuvent même présenter dans leur état de santé des nuances diverses, inapplicables aux minéraux , les différences qui fondent ce qu’on appelle les tempéramens ; et seuls ‘encore ils peuvent avoir, ou une constitution faible, ou upe constitution forte , etc.
Gertes, voilà de grandes différences entre les corps * norganiques et organiques sous ces trois premiers points de vue; et déjà elles peuvent nous expliquer celles que nous avions signalées dans la structure de-ces deux classes de corps. Ainsi, le corps organisé, par opposition au
corps inorganique , a toujours offert une réunion de parties solides et de parties fluides; c’est que les parties nouvelles qu'il s’approprie, ainsi que les parties anciennes dont il se dépouille , sont appliquées et enlevées à tous les organes à la fois, à l’intérieur et à l'extérieur; et, pour que cela fût possible, il fallait bien que ces parties revêtissent l’état de fluide. Ainsi , le corps organisé a, par opposition au corps inorganique , une composition hétérogène , offre un assemblage d'organes ; c’est que les actions de ce corps organisé sont diverses, comme on l’a vu : les unes lui font reproduire son espèce, les autres effectuent sa nutrition ; et comme ces actions, nutrition et reproduction ne sont pas elles-mêmes des actes simples , mais le produit du concours de beaucoup d’autres actions diverses , qu’on appelle fonctions, il fallait bien que l’être eût autant d'organes particuliers pour exécuter chacune de ces fonctions. Enfin , le minéral ne pouvait avoir une forme et un volume constans et déterminés, puisque l’une et l’autre dépendent de l’ordre et de la quantité dans lesquels se déposent les molécules qui le forment , et que ces deux conditions tiennent à une circonstance sur laquelle il ne peut influer , la nature des corps qui le touchent. Au contraire, le corps organisé qui se nourrit par sa propre activité, et qui éprouve pendant sa durée une succession de développemens déterminés , devait avoir une forme et un volume constans; et, en effet , il y tend sans cesse par son activité propre, y parvient par une gradation constante , et emploie pour y arriver un temps déterminé. Mais poursuivons notre parallèle.
= 4° Fin. Tout corps cesse d’être , finit; mais les corps inorganiques et organiques diffèrent encore sous ce rap-
port. Le minéral cesse d’exister toutes les fois que la force de cohésion et les affinités de combinaison qui tenaient juxta-posées et réunies les molécules qui le forment, sont vaincue par d’autres affinités qu’exercent sur lui les corps extérieurs qui le touchent ; et qu’ainsi ses molécules composantes sont entraînées par à à la formation d’autres corps. De Rà résulte qu'il n’y à rien de fixe et de déterminé sur la durée de l'existence d’un minéral, puisque ce sont les corps extérieurs ,et sur lesquels il n’a aucune prise, qui déterminent sa destruction. Si quelquefois on peut calculer d’une manière approximative la durée de son existence, c’est d’après la considération toute mécanique de sa densité et de sa masse, son usure ainsi que tous les changemens qu’il éprouve, se faisant de l’extérieur à l’intérieur. Sa destruction n’est donc ni nécessaire ni spontanée. Ajoutons encore que ce minéral conserve , jusqu’à sa destruction complète, ses qualités intimes ; ne variant, comme on l’a déjà dit, que dans les qualités accessoires de sa masse, de son volume et de sa forme.
Le végétal et l’animal , au contraire , finissent quand s'arrête ce mouvement nutritif en vertu duquel ils se conservent. Celte fin est à peu près fixe pour chaque espèce. D’où il résulte que la durée de l'existence du corps organisé est limitée. Et, en effet, pouvait-il en être autrement chez ces êtres qui, par leur activité propre , déterminent toutes les phases de leur vie? Ils ne peuvent prolonger à l'infini le mécanisme qui les fait vivre; ce mécanisme se détruit par le fait même de la durée de son exercice; et cet anéantissement constitue un phénomène tout-à-fait étranger au règne minéral, une mort. Les corps organisés qui seuls naissent, se reproduisent, se nour+
ACTIONS: 'g
rissént, croissent, vieillissent , sont aussi les seuls qu meurent. L'époque de cette mort ne peut plus ici se calculer par la considération toute mécanique de la densité et de la masse ; parce qu'en eflet l’usure se fait à l’intérieur comme à l'extérieur. Enfin, le corps organisé ne conserve pas jusqu'à la fin ses qualités intimes, comme nous avons vu que cela était dans le minéral; dès que son activité propre a cessé , et qu'il est cadavre, mot qui encore ne peut être appliqué au minéral , ses parties se détruisent , parce que les molécules intégrantes et conslituantes qui les formaient étaient engagées dans des combinaisons contraires aux forces chimiques , et que cette activité seule maintenait; elles se puütréfient , en un mot; phénomène qui n'a pas encore son équivalant dans le règne minéral, et qui n’est autre chose que le rez tour de la matière qui compose les corps organisés aux forces physiques et chimiques générales.
5° Forces motrices, Quelles que soient les actions des corps qu'on étudie , on ne peut en pénétrer l'essence ni la cause. Mais l'esprit de l’homme (par suite d'un instinct qui lui est propre, qui le porte toujours à rattacher tout phénomène à sa cause} cédant aussi à la tendance qu'il a continuellement de généraliser, a été conduit à concevoir tous les corps comme animés de forces particulières , auxquelles ils doivent toutes les ac-+ tions qu'ils produisent, et qui sont conséquemment comme les causes de ces phénomènes. Telles sont, par exemple, la force d’atiraction en astronomie ; la force de gravüation en physique , la force d’a/ffinité en chimie , et la force de vie en physiologie. Ge n'est pas ici le lieu de discuter comment l'intelligence humaine a été conduite àadmettre l'existence de ces forces , et quelle
ms
idée il faut s’en faire. Nous nous en occuperons ailleurs, à ce que nous appelons la philosophie de notre science : on y verra que tantôt ces forces ne sont qu’un mot par lequel on représente la cause inconnue des faits; que tantôt elles expriment l’action la plus générale , et celle dont les autres ne sont que des modifications. Mais, supposant ces forces admises , comme elles sont établies d’après les actions , on concoit qu'elles doivent être diverses comme le sont les actions elles-mêmes ; et, en effet, de même qu’à juger d’après la structure et les actions, il y a deux classes de corps bien distinctes, de même on reconnaît deux genres de forces motrices , les forces générales , et les forces spéciales ou vitales.
Les premières sont celles qui agissent en tout corps, quel qu’il soit, dans les corps vivans comme dans les corps inorganiques ; et c’est à cause de cela qu’elles sont dites générales. Telles sont toutes les forces dites physiques et chimiques , les forces de gravitation , de cohcsion , les affinités chimiques , la force expansive du calorique , etc.
Les secondes, au contraire, sont celles qui, opposées à celles-là, font produire des phénomènes tout différens , et affranchissent jusqu'à un certain point des forces générales : on les appelle spéciales , parce qu'elles n’existent pas dans tous les corps, mais dans quelques-uns seulement ; et on les appelle vitales , parce qu’elles sont exclusives aux corps vivans. Il est possible, sans doute, qu’elles aient au fond la même nature que les forces générales ; mais il est sûr qu’elles sont au moins, ces forces générales, modifiées , et que les faits qu’on leur rapporte fondent des exceptions aux lois générales , et, à ce titre, méritent d’être rattachés à des lois spéciales
Or, ceci étant admis sur les forces auxquelles on rapporte toutes les actions des corps, est-il besoin de dire que Jes corps inorganiques et organiques diffèrent encore sous ce point de vue ? Cela ne résulte-t-il pas nécessairement de la diversité de leur structure et de celle de leurs actions ?
Le minéral, en effet, ne présente que les forces générales , et dépend en toutes ses actions, de la gravitation , de la force de cohésion, des affinités, de la force répulsive du calorique, etc. La première l'entraîne toujours vers le centre de la terre, le fixe au sol, ly attache en proportion de sa masse et de sa densité. Les secondes maintiennent dans un rapport déterminé de position les molécules intégrantes et conslituantes qui le forment. Enfin, la dernière lui fait partager toujours la température du milieu dans lequel il est placé.
Le végétal et l’animal, au contraire , sont bien, jusqu’à un certain point, soumis à ces mêmes forces générales ; mais ils obéissent de plus à d’autres forces spéciales à eux, qu’on appelle vitales, et dont le caractère est de soustraire plus ou moins les corps qu’elles animent, aux forces générales dont nous venons de parler. En effet, ces êtres triomphent , momentanément au moins, de la force de gravitation , puisque le végétal prolonge ses tiges dans l'air, fait circuler sa sève de bas en haut, souvent Jance au loin ses graines ; puisque l’animal fait aussi circuler en lui de bas en haut le sang qui le fait vivre, et d’ailleurs par l’acte de la locomotion, se détache spontanément du sol. Dans l’affranchissement momentané où sont de cette force ces êtres organisés , il n'y a même rien qui soit relatif aux circonstances de masse et de densité qui en règlent l’exercice dans les
autres corps. Ils ne sont pas davantage soumis à'la force de cohésion et à FafJinité chimique; car les molécules qui forment leurs parties sont unies dans des combinaisons contraires à celles que veuleñt ces forces , comme le prouvé leur putréfaction à la mort. Enfin , ces végétaux et ces animaux sont de même affranchis de la force répulsive du calorique , car ils ont uné température qui leur est spéciale , qu’ils conservent indépendamment de celle du milieu dans lequel ils vivent, qui est la même en toutes saisons, tous climats, et qui ne change que par les variations de leur activité propre , dont elle est le produit.
Nous aurions pu ne pas faire mention de tout ce dernier article, puisque ces forces, dont on dit les corps animés , ne sont que des abstractions de notre esprit , par lesquelles on exprime avec le plus de généralisation possible les actions des corps , et que celles-ci étant indiquées , la différence des forces devait s’ensuivre. Mais, comme l'indication de cette différence est en quelque sorte le résumé de toutes les autres , qu’elle est employée par tous les auteurs comme Jangage abréviatif, nous avons cru devoir terminer par elle ce parallèle des corps inorganiques et orgañiques.
Ainsi, des différences plus importantes encore distinguent sous le rapport des actions les corps inorganiques et organiques. |
Or, de même qu'on avait donné un nom particulier, celui d'organisation , au mode de structure propre aux corps organisés; de même on en a donné un à leur mode d’activité, celui de vie ; et par suite on a appelé corps vivans les végétaux et les animaux qui le présentent. Ainsi, ces êtres-ont été appelés indifféremment
ACTIONS: 91 à. de
corps organisés OÙ vivans, selon qu'on a eu égard , ou à leur mode de composition matérielle , qui est une organisation , ou à leur mode d’activité , qui est une ve: et ces deux dénominations sont également bonnes , car Le mode de structure , appelé organisation , et le mode d’activité, appelé vie, existent toujours ensemble. Ge qui caractérise la vie, est donc : de commencer à être par une naissance; de se conserver comme individu par une nutrition , et comme espèce par une reproduction ; d’avoir une durée limitée; de présenter , pendant cette durée , les mutations connues sous le nom d’äges; et de finir par une mort. Les corps organisés seuls ont la wie. Les minéraux existent, mais les végétaux et les animaux seuls vivent (1). Ce qui la caractérise encore, c’est cet
(1) Les auteurs ont beaucoup varié et varient encore sur la définition qu’on doit donner du mot vie. Buisson dit qu'il ne peut pas plus être défini que le mot étre, qui a tant occupé les métaphysiciens. Mais on peut toujours préciser le sens qu’on attache à un mot. Kant définit la vie, un principe intérieur d’action, de changement et de mouvement ; Schmidt, l’activité de la matière dirigée par les lois de l’organisation ; Erkard , la faculté du mouvement destinée au service de ce quiest mu; Crevisanus , l'uniformité constante des phénomènes avec la diversité des influences extérieures; Zichat, l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort , etc. Mais toutes ces définitions me semblent défectueuses. Kant et Schmidt, par exemple, disent bien que la vie est un principe d'activité , mais ils ne spécifient pas son mode , et c’est ce qui était nécessaire, puisqu'il y a un principe d'activité partout. Les définitions d’Erhard et de Crevisanus sont trop abstraites. Celle de Bichat est surtout mauvaise , car elle semble faire de la mort un être positif; et s’il est vrai, au contraire , que cette mort ne soit que la cessation de la vie, cette définition se change en celle-ci, Le vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la cessation de la
activité intérieure spéciale que présentent les corps qui la possèdent, et qui, les affranchissant en partie des forces générales, en fait comme autant de petits tourbillons, de petits systèmes spéciaux dans l’univers.
Telles sont les différences des corps inorganiques et organiques ; et l’on voit que , dans le parallèle que nous venons de faire de ces deux classes de corps, nous avons, par le fait, énuméré ce qui doit faire le sujet de la physiologie, les phénomènes de la vie. Rechercher
vie, ce qui est ne rien dire. Une bonne définition de la vie doit, non-seulement établir qu’elle consiste en un mode d'activité , mais encore spécifier les traits qui distinguent ce mode d'activité de tous les autres. Or, c’est ce que fait la définition que nous donnons, quand nous disons qu’elle est un mode d'activité , d’existence, dans lequel on commence à être par une zaissance, on croît par éntus-susception ,; On finit par une mort , et, pendant la durée de l'existence qui est limitée, on se conserve comme individu par nutrition , Comme espèce par une reproduction, et l’on passe par divers ges. C’est bien là, en effet, spécifier le genre d'activité qui la constitue; car, pour ce quiest de son essence , on conçoit qu’on ne peut pas plus la connaitre que celle de tout autre mode d'activité. Du reste , n’est-ce pas notre même idée qu’exprime M. Cuvier, quand il définit la vie : « La faculté qu'ont certains corps » de durer pendant un temps et sous une forme déterminée, en » attirant sans cesse , dans leur substance, une partie des sub- » stances environnantes, et en rendant aux élémens une portion » de leur propre substance ? » Ce n’est en effet là que détailler un des traits que nous n’avions fait que dénommer , celui de la conservation comme individu par une nutrition. Il en est de même encore quand ce savant dit de la vie, « qu’elle est un tourbillon » plus ou moins rapide et compliqué, dont la direction est con- » stante, et qui entraine toujours des molécules de mêmes sortes ; » mais où les molécules individuelles entrent , et d’où elles sortent » continuellement, de manière que la forme du corps vivant lui » est plus essentielle que la matière. »
comment un être vivant naît, comment il se nourrit, se reproduit, comment s’enchaînent, pendant sa vie , ses divers âges, enfin, comment il meurt; tel est, en effet , le but de la physiologie. Mais ce ne sont là que les phénomènes généraux de la vie, ceux qui sont propres à tout être vivant quelconque. Les êtres vivans sont, comme on le sait, très-nombreux , et ils diffèrent relativement aux procédés plus ou moins simples ou composés par lesquels s’accomplit en eux la vie. Nous avons surtout à faire connaître ceux qui appartiennent à la vie de l’homme. Pour cela, comparons entre eux les corps vivans , pour nous élever du plus simple au plus compliqué , l’hemme ; et, comme ces corps vivans sont de deux sortes , les végétaux et les animaux, faisons-
en d’abord le parallèle,